01/09/2014

Université d’été du PS français à La Rochelle (2): L’impossible social-démocratie

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Photo JNC prise devant l'Université d'été de La Rochelle, dimanche 31 août 2014. Une militante distribue des tracts contre la politique du gouvernement Valls-Hollande. 

A l’Université d’été du PS à La Rochelle, lors d’un entretien inopiné, le politologue français Roland Cayrol nous a fait toucher du doigt la principale caractéristique qui sépare le PS des autres partis sociaux-démocrates européens:

«le PS n’est pas – et n’a jamais été – un parti social-démocrate, contrairement à ce que prétend François Hollande. Un parti social-démocrate repose sur une organisation syndicale puissante. Cela n’a jamais été le cas pour le socialisme français».

 

Beaucoup de syndicats mais peu de syndiqués, telle est la situation singulière de la France. A titre de comparaison, la plus importante centrale syndicale de ce pays, la CGT, revendique quelque 690 000 adhérents, alors que l’Union syndicale suisse en compte près de 400 000 pour… huit fois moins d’habitants. En Grande-Bretagne, le parti travailliste a été carrément créé par les syndicats qui voulaient disposer d’un relai politique. En Allemagne, en Autriche, en Suisse, dans les pays scandinaves, une seule centrale syndicale domine avec laquelle chaque parti socialiste ou social-démocrate a tissé des liens tellement étroits qu’on peut les qualifier de consubstantiels.

Les responsables syndicaux deviennent souvent des dirigeants politiques au sein de ces formations. En France, cette situation est rarissime. A telle enseigne que l’élection du syndicaliste de la CFDT Edouard Martin au Parlement européen sur la liste du PS français a été perçue, du côté des syndiqués, comme une trahison. Une réaction qui serait inimaginable en Suisse ou ailleurs.

 

Cette séparation entre gauche politique et syndicalisme remonte, au moins, à 1906, lorsque la CGT a créé sa Charte d’Amiens qui a donné le ton, par la suite, à toutes les autres centrales. Sous l’influence de l’anarcho-syndicalisme, cette Charte visait deux objectifs. D’une part, la défense des revendications immédiates et quotidiennes; d’autre part, la lutte pour une transformation de la société «en  toute indépendance des partis politiques et de l’Etat». Il n’y avait donc pas ce partage des rôles propres aux autres pays précités: aux syndicats les revendications sociales quotidiennes; aux partis de gauche, la transformation de la société. Au contraire, en France, syndicats et partis sont entrés en concurrence pour «changer le monde». Il s’en est suivi une idéologisation des syndicats qui se sont donc fragmentés, chacun défendant sa vision de la société.

 

Ce processus a créé la situation inverse à celle visée par la Charte d’Amiens. Alors qu’elle prônait l’indépendance du syndicat vis-à-vis des partis, cette Charte a abouti à créer des syndicats fortement idéologisés qui se sont soumis à des formations politiques, sans pour autant les influencer de façon notable, du fait de cette soumission. C’est ainsi que la CGT est devenue la courroie de transmission du Parti communiste français et la CFTC, la représentante de la doctrine sociale de l’Eglise catholique, deux entités qui, en matière de propagande et de contrôle, ont démontré toute l’ampleur de leur efficacité.

D’autres syndicats ont tenté de résister à ce processus. Force Ouvrière a quitté la CGT afin de se libérer du parti stalinien. Et la CFDT, issue de la CFTC, s’est émancipée de l’institution romaine. Mais ils n’ont pas réussi à créer une organisation unie et puissante, ni même à fournir au Parti socialiste des dirigeants de haut niveau, à l’exception, notable certes, de Jacques Delors (CFDT) et Pierre Bérégovoy (FO).

 

 

Le PS français s’est formé un autre humus, celui offert par le socialisme municipal. Au fil des succès électoraux, assurés par de bons gestionnaires, le Parti socialiste s’est créé de vastes réseaux sur tout le territoire. Il a attiré à lui les employés locaux, les fonctionnaires, les enseignants et s’est créé une clientèle à défaut de former des militants.

Parallèlement, cette large et implantation a séduit les éléments les plus carriéristes de la société française, ceux qui sont sortis de la fabrique à hauts fonctionnaires, l’Ecole nationale de l’Administration (ENA). Une grande partie d’entre eux ont adhéré au PS parce qu’ils voyaient dans ce parti une possibilité de promission. Ils auraient tout aussi bien pu choisir l’UMP ou une formation centriste de gouvernement. Par conséquent, ils leur a manqué cette «fibre populaire» qui permet à une formation sociale-démocrate de rester connectée au peuple. D’où l’autisme de l’actuel gouvernement.

 

 Autre élément négatif, alors qu’ils étaient environ 60 000 (sur quelque 100 000 adhérents !), les élus socialistes ont diminué de moitié après la déroute des élections municipales de ce printemps. Comme le PS repose en grande partie sur eux, le voilà fort dépourvu quand le tsunami électoral fut venu!

 

Le socialisme municipal semble avoir fait son temps. Et il est impossible de créer une sociale-démocratie sans substrat historique. «La gauche peut mourir», disait Manuel Valls. Pour le bon équilibre démocratique, il faudrait qu’elle renaisse en inventant un nouveau modèle qui pourrait fort bien inspirer les autres partis de la gauche européenne qui n’affichent pas tous une santé rayonnante. 

 

Jean-Noël Cuénod 

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Commentaires

Paradoxe français,

tout ce qui traite du pouvoir pour etre légitime doit étre esseulé.


Nous avons connu jusqu'à peu des gouvernants avec des ages vénérables, dont tout le monde savait qu'ils ne dureraient pas du fait de maladies, elles aussi vénérables...
Avec le PS nous avons un parti qui, comme dit dans le post, n'a pas de base populaire et ou conséquente.
La logique prévaut aussi pour les "affaires juridiques" qui dorment à chaque changement de majorité.

Ce qui change, c'est la faiblesse juridique des présidents, notre précédent président est immédiatement remis en cause alors que Mr Chirac, valérie et consort ont gouté de douce retraite.

Qui plus est la logique des contre-pouvoirs et ou de la limitation des budgets jouent à plein en permanence.
Le citoyen lambda opinionne qu'il veut plus d'efficacité mais personne ne remet en cause que les compétences des régions, départements, agglo. etc se chevauchent ; idem pour les ministéres ; idem entre le public& le privé.

Bref la logique reste la méme, toujours étre esseulé, pour garantir que "tout change pour que rien ne change".

Écrit par : dudul | 01/09/2014

Je me demande si le camarade Brunier, président des SIG, s'est rendu à cette réunion vu qu'il adore Hollande !

Écrit par : Octave Vairgevbel | 01/09/2014

"Hollande m'a tuer au lieu de tué" ne nous étonnons pas de la médiocrité des enseignants et des enseignements!

Écrit par : Pierre NOËL | 01/09/2014

"fibre populaire": ne devrions-nous pas tous avoir la "fibre populaire" sinon pour qui se prend-i-on? Les deux objectifs de la Charte d'Amiens, d'une part, la légitime défense des revendications immédiates et quotidiennes, d'autre part, la lutte pour une transformation de la société en toute indépendance des partis politiques et de l'Etat appelle la célébrissime remarque suivante: "pour transformer l'autre commence par te transformer toi-même"! Un exemple: mille petits champignons vénéneux. L'un d'eux fait appel à on ne sait quoi afin de devenir champignon comestible. Les 999 autres champignons suivent. Résultat, cette société de champignons vénéneux est devenue société de champignons comestibles. De cet appel à on ne sait quoi, on ne sait quoi ne saurait être partis de gauche ou de droite, ou du centre. Quel est le sens la raison de notre passage sur terre?! Si je réponds par "évoluer" je dois vouloir évoluer sans empêcher mon prochain quel qu'il soit d'en faire autant. Une plus juste répartition des biens et des connaissances, des moyens paraît s'imposer d'office. Appel à la création d'un nouveau parti: le PFP c'est-à-dire le Parti de la Fibre Populaire.

Écrit par : Myriam Kaiser | 01/09/2014

A M. NOEL,

Vous avez peut-être oublié le fameux "Omar m'a tuer", triste affaire qui a défrayé la chronique judiciaire au siècle passé. Cette phrase, avec sa faute d'accord, a été utilisée à de très nombreuses reprises. Et la photo publiée sur le présent blog n'est qu'une reprise supplémentaire...Et l'erreur ne doit rien ni au hasard ni à l'incompétence !

Écrit par : Michel Sommer | 02/09/2014

Oui, Michel Sommer je m'en souviens, vous avez très bonne mémoire!

"Et la photo publiée sur le présent blog n'est qu'une reprise supplémentaire...Et l'erreur ne doit rien ni au hasard ni à l'incompétence !"

Oui, mais encore, je reste sur ma faim, quel est votre point de vue, que voulez-vous dire? (ou écrire)

Merci de votre réponse.

Écrit par : Pierre NOËL | 02/09/2014

Ah, je viens de comprendre!! Mais bon: "heureux celui qui à compris qu'il ne fallait jamais chercher à comprendre ce que personne n'avait jamais compris; souvent, comprendre c'est désobéir" (Ca vient de l'armée, ne vous étonnez pas)

Écrit par : Pierre NOËL | 02/09/2014

putain la géguerre de " sans dents"qui attend la social-démocratie à côté de chez moi.

Écrit par : briand | 03/09/2014

Hollande en décidément plus que mauvaîse posture suite à la sortie du livre de son ex-compagne Madame Trierweiler. Un point de vue, le mien, n'engage personne: livre ignoble de par l'intention, la motivation, L'impudeur et l'indécence. L'appellation de "sans-dents", Hollande dixit, concernant les pauvres, les "pôvres"! accent français, les personnes indigentes, sans apporter rien à leur situation, hélas, mérite nuance: est-il plus plus méchant de parler de sans-dents que de sans-logis? En revanche, dangereuse banalisation de ces deux souffrances: SDF et, nouveau: SDS (sans-dents^). Conjugués parce qu'allant souvent de pair, intriqués: SDFS

Écrit par : Myriam Kaiser | 04/09/2014

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