30/08/2014

Université d’été du PS français (1): leçons de faire-savoir

 

 

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Avant de tirer les conclusions de l’Université d’été du PS français en rade… de La Rochelle, retenons les leçons de faire-savoir prodiguées samedi par certains ministres ou ex du gouvernement Valls-Hollande. Impressionnants. De vrais artistes. S’ils n’ont pas encore compris les fondamentaux de l’économie mondialisée, au moins maîtrisent-ils les nouveaux moyens de communications.

Le Plouc s’en est persuadé en rédigeant ses touïtes au fil des interventions de l’Ejecté Arnaud Montebourg et du ministre des finances Michel Sapin, ainsi qu’en assistant à l’arrivée vélocipédique de la Garde des Sceaux et des Dérailleurs Christiane Taubira.

 

Prenons le match Montebourg-Sapin. L’orateur s’efforce de commencer ni trop dur ni trop mou, afin de laisser les touïteurs se chauffer, tout en marquant son territoire. Après cette période initiale, il lance sa première phrase touitable. Bien entendu, elle ne doit pas dépasser les cent quarante signes maximum requis par ce truchement gazouilleur. Montebourg passe à l’attaque: «Nous avons construit le patriotisme économique au quotidien».

Cinquante-quatre caractères, ce qui laisse au touïteur l’espace nécessaire pour situer le lieu et les circonstances de la déclaration. Il s’agit aussi de prendre la pose patriotique, histoire de ne pas laisser Marine Le Pen agiter seule le drapeau tricolore.

 Et ainsi de suite, jusqu’à la dernière salve, celle qui doit viser Manuel Valls, l’Ejecteur de l’Ejecté : «C’est le destin des responsables politiques de se faire congédier lorsque, quelque fois, ils ont raison».

Nonante caractères, ce qui ménage de la place pour les guillemets et la mise en situation. Et lorsque Montebourg parle «destin», chaque auditeur pense aussitôt «2017». C’est de la mécanique subliminale.  

 

Entre ces phases touïtables, l’orateur prend soin de réserver, en  longues plages, une série de propos anodins afin de laisser le touïteur souffler, tout en ménageant les effets rhétoriques. Les Mozart du babil numérique savent que les fortissimi doivent être judicieusement dosés.

 

Sur ce terrain, le ministre Sapin a paru un peu vermoulu en comparaison du concertiste montebourgeois. Mais pour la mise en scène, la diva reste Christiane Taubira.

 

Elle doit marquer son soutien aux «frondeurs» tout en restant au gouvernement. Il lui faut donc attirer l’attention des médias afin que, si Valls l’éjecte à son tour, cela fasse le maximum d’images. Or, pas de bol, lorsque Taubira va débarquer, Montebourg fait son numéro devant toutes les caméras. Qu’à cela ne tienne, la Garde des Cycles (photo prise devant l’Elysée) arrive à vélo à l’Espace Encan où se tient l’uni d’été rochelaise. Succès garanti. Toujours à l’affut du dérisoire spectaculaire, les faiseurs d’image fondent sur la pétulante pédaleuse comme un essaim de guêpes.

 

Pour être politicien en France, il ne faut pas seulement causer fort, il faut aussi pédaler juste.

 

Et l’on se prend à songer que si les membres de cette caste mobilisaient autant de talents sur leurs dossiers qu’ils en fournissent pour leurs shows, la France s’en porterait d’autant mieux.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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28/08/2014

Montebourg l’imposteur – Les Jeudis du Plouc

 

images.jpg Ministre de l’économie s’opposant en paroles à la politique économique qu’il est chargé de conduire, Arnaud Montebourg a donc cessé – très provisoirement – de se payer la tête des Français. Remarquons qu’il n’a pas de lui-même renoncé à ses fonctions, ce qui lui aurait conféré un semblant d’allure. Il a été extrait du gouvernement par le premier ministre Valls et le président Hollande, comme une écharde.

 

Auteur en 2001, avec Vincent Peillon, d’un rapport sur la Suisse et le blanchiment d’argent sale truffé d’erreurs et d’approximations, Montebourg avait déjà montré à cette occasion que son faire-savoir dépassait de plusieurs coudées son savoir-faire. La Suisse et l’argent sale sont-ils des thèmes porteurs ? «Allons-y gaiement, ça nous propulsera au firmament médiatique. Et ne nous encombrons pas d’inutiles exactitudes». Cela lui avait valu de se faire appeler «Montebourde» par la presse romande. 

Bien entendu, ce fracassant rapport n’a eu aucun effet. Le secret bancaire suisse n’a été coulé, une douzaine d’années plus tard, que par la seule volonté de la puissance américaine. Montebourg n’a joué, dans cette affaire, que le rôle de mouche du coche. Il est vrai que cet agaçant diptère et le vrombissant politicien partagent plus d’un point commun.

 

Aujourd’hui, l’Ejecté de Frangy-en-Bresse affirme que la voie économique suivie par François Hollande mène à l’échec; il réclame la fin des mesures d’austérité et l’instauration de la relance par l’augmentation du pouvoir d’achat. La croissance qui en résulterait, permettrait de créer des emplois.

Tout d’abord, le France ayant perdu une grande partie de son tissu industriel, l’augmentation, aujourd’hui, du pouvoir d’achat des Français favoriserait surtout les importations, creusant encore plus le déficit commercial de ce pays. Dès lors, on voit mal comment l’emploi pourrait croître dans ces conditions. Cela dit, il est vrai que les mesures d’austérité adoptées par Hollande-Valls risquent fort de créer une déflation catastrophique.

 

Comment le gouvernement socialiste de la France s’est-il mis dans cette fâcheuse posture? Les causes sont nombreuses mais proviennent d’une erreur, «mère» de toutes les autres. A peine élu en juin 2012, François Hollande a renoncé à sa promesse de renégocier le pacte budgétaire européen – le tristement fameux TSCG ­– qui avait été adopté fort légèrement par l’alors président Sarkozy sous la pression de l’Allemagne d’Angela Merkel. Ce traité condamne ceux qui l’ont signé à suivre des mesures d’austérité budgétaires dictées, dans les faits, par Berlin. En le paraphant, la France s’est mise dans l’incapacité à reconstruire son industrie, notamment dans les domaines de l’environnement et du développement durable. Le candidat François Hollande avait bien vu l’écueil. Devenu président, il s’est aussitôt couché devant la chancelière allemande sans obtenir la moindre concession majeure.

 

Or, à la même époque, le ministre du Redressement économique (non, ce n’est pas drôle!) Arnaud Montebourg n’avait pas dénoncé cette capitulation concédée avant même le combat. Au contraire, il s’était montré solidaire de l’action du gouvernement auquel il appartenait de plein droit. Dès lors, lorsque Montebourg réclame aujourd’hui des mesures de relance rendues impossibles par le traité qu’il a approuvé, on ne frise plus l’imposture. On la défrise. Carrément.

 

De même,  ses rodomontades et tartarinades n’ont pas empêché le groupe Mittal de fermer ses hauts-fourneaux à Florange. Il avait tenté de faire oublier cet humiliant échec en lançant la promotion de produits français à la «une» des magazines, son torse télégénique enveloppé d’une marinière armoricaine (photo : sa marionnette aux « Guignols»).

 

L’action politique d’Arnaud Montebourg se borne donc à promouvoir son égo, à prendre la pose, à s’agiter mécaniquement lorsque pointe une caméra. Son modèle, c’est Sarkozy. Son anti-modèle, c’est Mendès-France.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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22/08/2014

Etat islamique, Russie, Iran and Co : à la recherche de l’ennemi principal (les Jeudis du Plouc)

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Mao Tsé-Tung en fit l’une de ses grandes réflexions stratégiques durant sa conquête du pouvoir. Il est essentiel de déterminer l’ennemi principal et, pour l’abattre, de s’allier avec l’ennemi secondaire. Quitte, lorsque l’ennemi principal est vaincu, à se retourner contre l’allié provisoire redevenu ennemi principal. Vous me suivez? Le Plouc vous avertit qu’il s’agit, en l’occurrence, d’une Longue Marche…

C’est ainsi que les troupes Parti communiste chinois ont pactisé avec celles de leurs adversaires nationalistes du Kuomintang, tout d’abord entre 1924 et 1927 contre les puissants seigneurs de la guerre, puis entre 1937 et fin 1945, contre les envahisseurs japonais. Dès les Nippons battus, la guerre civile a repris ; elle s’est conclue le 1er octobre 1949 par la victoire des communistes de Mao. Le Kuomintang a dû se contenter de régner sur Taïwan.

Mais à l’époque, les rapports de force se présentaient de façon ­– relativement – simple en Chine. Il fallait choisir entre faire la guerre à son ennemi national ou s’allier avec lui contre l’envahisseur.

 

Aujourd’hui, pour les Etats démocratiques, déterminer l’ennemi principal devient un casse-tête qu’on n’ose à peine qualifier de chinois. Il y a surabondance de facteurs hostiles. Or, il est impossible de vaincre en luttant sur plusieurs fronts à la fois. Pour l’instant, les démocraties n’ont pas encore choisi leur ennemi principal.

Ou plutôt, cet ennemi principal change tout le temps de tête: il y a trois ans, c’était le dictateur syrien Bachar al-Assad ; l’an passé, l’AQMI et divers groupes djihadistes au Mali lui ont volé la vedette ; au début de l’année les agressions de Poutine en Ukraine ont pris le dessus sur la scène médiatique. Et lorsque la météo belliqueuse s’apaise pendant un bref moment, on reparle du nucléaire iranien ou alors le couple infernal Netanyahou-Hamas se déchaîne une fois de plus. Dans ces conditions, on ne sait plus où donner de la haine.

 

Il s’ensuit que jamais, dans la période contemporaine, la situation internationale n’est apparue aussi confuse, aussi déstabilisante, aussi angoissante. Les chefs d’Etat paraissent tous dépassés par des événements ; ils ne feignent même plus d’en être les organisateurs.

 

Mais la donne risque de changer maintenant. Une petite organisation djihadiste active en Irak, puis en Syrie, portant le fer à la fois contre Bachar al-Assad et ses opposants démocrates, a pris tout le monde de court – et en premier lieu Obama. Elle est parvenue à s’emparer de manière fulgurante d’une grande partie de l’Irak et de la Syrie, créant ainsi l’Etat islamique (anciennement Etat islamique en Irak et au Levant-EIIL), une sorte de "Djihadistan". Son chef Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi – qui se fait désormais appeler Ibrahim – s’est proclamé Calife, rétablissant l’ordre islamique de l’époque ottomane. Il n’entend pas en rester là et veut étendre son Etat à l’ensemble de l’Irak et de la Syrie mais aussi de la Jordanie et de toutes les terres de la région. En tant que Calife, les musulmans lui doivent obéissance partout, affirme-t-il.

En égorgeant le journaliste américain James Foley, en terrorisant les Arabes chrétiens et les Yézidis, en appliquant la dictature la plus implacable au nom de la charia, en s’emparant de pans entiers de deux pays, l’Etat islamique a décuplé le pouvoir de nuisance de l’islamoterrorisme.

A cet égard, il convient de remercier les pétromonarchies du Golfe qui ont largement financé la bande du Calife avant de se rendre compte, mais un peu tard, que ce chien enragé allait mordre la main de ceux qui l’ont nourri pendant si longtemps. Un grand merci aussi à la Turquie qui a fermé les yeux sur l’approvisionnement en armes de l’Etat islamique.

 

D’aucuns ont cru que le pseudo-Calife Ibrahim n’était qu’un chef de bande ensauvagé à la tête de brutes épaisses incapables de concevoir une politique cohérente. Rappelez-vous, on disait jadis la même chose à propos de Hitler.

La presse américaine relate qu’en fait, l’Etat islamique est en train de constituer une autorité de façon fort habile, en prélevant un impôt bien inférieur aux pots-de-vin de rigueur dans les régimes précédents en Syrie ou en Irak, en ouvrant des hôpitaux, des dispensaires, des centres alimentaires afin de répartir la nourriture de façon équitable, en réorganisant la vie sociale. Nul doute que cette politique va séduire une large part des habitants, épuisés par des guerres civiles dévastatrices. Actuellement, les troupes de l’Etat Islamique comptent entre 20 000 et 40 000 hommes. Chaque jour, de nouveaux volontaires viennent d’un peu partout, attirés par le versement d’un salaire régulier et la dynamique du succès.

 

Alors, voilà enfin l’ennemi principal rêvé pour les démocraties ! Certes, Poutine risque fort de profiter de cette situation pour pousser ses pions en Ukraine. Mais il sait aussi que l’islamoterrorisme peut faire rage à l’intérieur de ses propres frontières. Dès lors, la puissance américaine saura-t-elle amener la Russie à se contenter d’avaler la Crimée et à laisser l’Ukraine en paix ? Sera-t-elle capable de convaincre le gouvernement israélien et le Hamas à mettre une sourdine à leurs affrontements sans fin? Espérons-le car, avec cet Etat islamique fondé sur le terrorisme, il y a péril en nos demeures, encore plus qu’à l’époque de Ben Laden. Mais les hésitations du décevant Obama au Proche-Orient ne sont pas pour nous rassurer.

 

Jean-Noël Cuénod

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Le reportage de Meydan Dairieh, un journaliste palestinien, qui décrit l'embrigadement des enfants au "djihadistan" ou Etat islamique 


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17/08/2014

Pavel Korbel, le peintre mystique vient d’atteindre le bleu éternel

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Le grand peintre de l’esprit incarné, Pavel Korbel (photo), a rejoint le 11 août cet Eternel qui lui était si présent. Il avait 82 ans. La cérémonie religieuse donnée en son honneur se déroulera mardi 19 août à 14 h. à l’Eglise catholique du Sacré-Cœur à Montreux. Depuis quelques années, il avait quitté Genève pour gagner les hauteurs montreusiennes et les splendeurs de ce panorama inspiré, inspirant.

Né à Szarvas en Hongrie, le 18 janvier 1932, dans une famille slovaque, il a été envoyé dès 14 ans en Tchécoslovaquie, afin de poursuivre ses études ; il y restera vingt-deux ans. Après le bac, les études pédagogiques et les Beaux-Arts de Bratislava, Pavel Korbel se partage entre peinture et enseignements.

 

Les chars soviétiques envahissant Prague en août 1968, il quitte la Tchécoslovaquie pour se réfugier en Suisse dont il adoptera la citoyenneté en 1981. Cet exode sera pour lui une libération dans tous les sens du terme, comme il l’expliquera au Plouc, trente-trois ans plus tard :

« Ce ne sont pas les troupes soviétiques qui m’ont chassé de Tchécoslovaquie. Mon départ était dicté, avant tout par un choix d’ordre philosophique, artistique, spirituel. L’Armée Rouge n’aurait pas envahi mon pays que je serai tout de même parti. Ma décision prise et mon départ accompli, je me suis senti libre, pleinement. » 

L’un de ses premiers actes outre Rideau de Fer est d’entreprendre l’indispensable voyage en Italie et surtout, à Venise, ville qui restera l’un des lieux-phare de son inspiration :

« En accomplissant ce pèlerinage aux sources italiennes, je voulais, en quelque sorte, me laver le regard, me déconditionner de toutes les années que j’avais passées dans un univers totalitaire. » Il retirera de cette imprégnation italienne, une structure classique qui, comme une colonne vertébrale, ne se remarque pas mais permet au tableau de se tenir debout.

 

 L’une des caractéristiques de Pavel Korbel est son va-et-vient entre la peinture d’inspiration mystique et le portrait. Dans l’une, le tableau dépasse la frontière entre le figuratif et l’abstrait pour les unir dans un espace de non-dualité. Ses figures anthropomorphiques sont multivoques. Dans l’autre, Pavel Korbel revient vers l’humain, la sensualité, l’incarnation. 

 

Même s’il maîtrise le trait à la perfection, cet artiste complet se distingue tout particulièrement comme coloriste. Il existe un « bleu Pavel » que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Un bleu qui n’est pas une couleur froide ; au contraire, elle réchauffe comme l’eau d’un lagon. Ce bleu, allumé par une touche orangée, est une porte vers notre ciel intérieur que nous enfermons à double tour. Les tableaux de Pavel nous donnent les clefs et, surtout, l’envie de s’en servir.

 

En Suisse, il a été reconnu par de nombreuses personnalités comme Peter Ustinov et son fils, le sculpteur Igor. Durant ces dernières années, Pavel Korbel a été célébré dans ses pays d’origine, la Hongrie et la Slovaquie. Un film a d’ailleurs été consacré à son œuvre et à sa vie.

 

Ces prochains jours, contemplez le ciel. Vous le verrez, le bleu ne sera plus comme avant. Le Grand Architecte vient d’embaucher un sacré peintre.

 

Jean-Noël Cuénod


Le labyrinthe de la vie - Pavel Korbel

 

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16/08/2014

Au cœur du Débarquement en Provence : René Char, la résistance corps et âme

 

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Il y a septante ans, les Forces françaises libres et les Alliés débarquent en Provence, le 15 août 1944. Un mois plus tard, ils gagneront les premiers contreforts des Vosges. Parmi ceux qui ont préparé ce débarquement de 580 000 hommes, l’un des plus grands poètes de notre langue, René Char (1907-1988). Après avoir été convoqué en juillet 1944 à Alger par le général de Gaulle[1] qui préside alors le Gouvernement provisoire de la République française, le capitaine Alexandre – nom de résistant du poète – revient dans sa Provence natale pour l’assaut final.

 

René Char commande alors le Service action parachutage (SAP) de la zone Durance et installe son quartier général à Céreste dans les Basses-Alpes. De 1943 jusqu’au débarquement en Provence, le SAP réceptionne 53 parachutages d’armes, gère 21 arsenaux secrets, dont aucun ne sera découvert par les troupes allemandes, et distribue munitions et armements venant de Grande-Bretagne. Le capitaine Alexandre est donc l’un des principaux officiers de l’ « Armée de l’ombre » en Provence.

 

Son engagement dans la Résistance a commencé très tôt. Démobilisé après le désastre de juin 1940, il regagne sa maison de l’Ile-sur-la-Sorgue mais doit prendre le maquis presqu’aussitôt, le préfet du Vaucluse l’ayant dénoncé comme « communiste ». Certes, René Char n’a jamais appartenu au PC, toutefois sa réputation de poète surréaliste suffit à le rendre hautement suspect. Après la perquisition de son domicile, le 20 décembre 1940, par la Gestapo, l’écrivain se cache dans son pays provençal qu’il connaît par cœur. Et s’installe à Céreste dans une clandestinité qui durera près de quatre ans. A vélo, à pied à travers forêts et garrigues, Char recherche tous ceux qui refusent l’occupation et les recrute pour former son maquis à Céreste. Dès 1941, ce maquis et son chef – qui s’appelle désormais capitaine Alexandre –se mettent au service des premiers réseaux de résistance qui, avec d’autres, formeront en novembre 1942, l’Armée Secrète.

 

Lorsque la France est occupée, René Char a 33 ans. Depuis toujours, il est habité par la poésie. Ses premiers poèmes, diffusés de façon confidentielle, seront remarqués par Aragon et Eluard, puis par Breton qui adoube ce colosse rugbyman au sein du groupe surréaliste. En 1935, Char publie l’un de ses recueils les plus connus, Le Marteau sans Maître qui inspirera vingt ans plus tard au compositeur Pierre Boulez une œuvre pour voix d’alto et six instruments. A cette époque, le poète de l’Ile-sur-la-Sorgue n’a que peu de lecteurs… Mais quels lecteurs ! Ses aînés Breton, Aragon, Eluard, l’éditeur José Corti le tiennent pour l’un des leurs. A l’époque de la Seconde Guerre mondiale, Char a pourtant tiré un trait sur le groupe surréaliste ; il ne renie aucunement cette appartenance mais n’est pas homme à supporter les diktats, d’où qu’ils viennent. Cela dit, même au plus fort de son adhésion au mouvement, René Char a toujours pris ses distances avec les théories élaborées par André Breton, comme il l’explique dans sa préface au Marteau sans Maître :

J’ai toujours ignoré l’écriture automatique et tout ce que j’ai écrit était consciemment élaboré.

 

Dès le début de l’occupation, René Char renonce à publier, « aussi longtemps que ne se sera pas produit quelque chose qui retournera entièrement l'innommable situation dans laquelle nous sommes plongés », comme il l’écrit à son ami Francis Curel. De son point de vue, il n’est pas question de soumettre ses écrits à la censure. A toutes les censures. Celle de Vichy et des nazis, cela va de soi. Mais aussi celle des camarades et des compagnons de combat : « Tu ne devrais pas écrire ça ; tu risques de nuire à notre cause ». La poésie et l’être qui la porte sont formés de la même substance. Publier à un moment où tout est servitude, c’est participer à son propre esclavage.

 

C’est le choix de René Char. D’autres poètes de la Résistance, comme Aragon et Eluard, font alors le chemin inverse et publient soit clandestinement, soit en Suisse. Qui avait tort ? Qui avait raison ? Répondre serait indécent. Bien installés dans nos pantoufles fourrées qui sommes-nous pour jouer les arbitres ? En publiant Liberté en 1944, poème parachuté par la Royal Air Force, Paul Eluard a offert un grain de soleil aux Français. Et ça ne se refuse pas, un grain de soleil lorsque la nuit dure quatre ans. Mais René Char, en renonçant à diffuser sa poésie sous la botte, a témoigné de son incorruptibilité. Incorruptibilité de l’homme. Incorruptibilité de la poésie.

 

Ne pas publier ne signifie pas renoncer à écrire. A l’époque où il recrute, organise, planifie, commande des embuscades et fait le coup de feu, René Char rédige les Feuillets d’Hypnos, publiés en 1946 et repris dans Fureur et Mystère en 1948. Le jour, le poète a pour nom capitaine Alexandre, meneur d’hommes en colère. La nuit, il devient Hypnos, divinité grecque du sommeil qui peut endormir même les dieux. Mais Hypnos est aussi celui qui veille lorsque tout est endormi. Hypnos-Alexandre sera le veilleur combattant.

 

Les allusions à la guerre sont plutôt rares dans Feuillets d’Hypnos. Ci-dessous figure l’une d’entre elles qui se passe de tout commentaire. René Char y évoque l’assassinat  par les SS de l’un de ses hommes auquel il était fraternellement attaché, Roger Bernard, lui aussi poète, âgé de 23 ans.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Feuillets d’Hypnos – Fragment 138

 

Horrible journée! J’ai assisté, distant de quelque cent mètres, à l’exécution de B. Je n’avais qu’à presser, sur la gâchette du fusil mitrailleur et il pouvait être sauvé!

Nous étions sur les hauteurs dominant Céreste, des armes à faire craquer les buissons et au moins égaux en nombre aux SS. Eux ignorant que nous étions là.

Aux yeux qui imploraient partout autour de moi le signal d’ouvrir le feu, j’ai répondu non de la tête. Le soleil de juin glissait un froid polaire dans mes os.

Il est tombé comme s’il ne distinguait pas ses bourreaux et si léger, il m’a semblé, que le moindre souffle de vent eût dû le soulever de terre.

Je n’ai pas donné le signal parce que ce village devait être épargné à tout prix. Qu’est ce qu’un village? Un village pareil à un autre ? Peut être l’a-t-il su, lui, à cet ultime instant.

 

René Char


 

ESPACE VIDEO

 

 

Cette vidéo a été tournée en 1967 par le remarquable cinéaste genevois Michel Soutter (1932-1991).



[1] De Gaulle avait réuni les principaux chefs de la Résistance intérieure pour leur transmettre ses ordres pour les dernières étapes de la Libération ; le moins que l’on puisse dire est que le  courant n’a pas passé entre ces deux forts caractères. 

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14/08/2014

SANG NOIR

 

 

 

 

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Photo Arbralettres 

Cher ange où laves-tu donc tes os ?

Dans quel récipient les trempes-tu ?


Toute la suie que tu essuies

Dans ton ciel si souillé qui suinte

A passé ton squelette au brou de noix

Tu n’es plus que cet oiseau mazouté

Que l’homme a crucifié comme l’Autre

 

Nous avons tout corrompu même toi

Qui fut la plus belle part de nos rêves

Lave tes os, l’ange, lave tes os

Que nous puissions voir un peu de blanc

Au-dessus de tout ce sang noir qui coule

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

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12/08/2014

Michel Halpérin, hommage à un grand homme libre

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 Genève a perdu, lundi, l’une de ses plus belles voix, au sens propre comme au sens figuré, celle de Michel Halpérin. Elle ne s’élèvera donc plus des prétoires du Palais de justice ou de la salle du Grand Conseil. Chaude, dans les tonalités de baryton, elle ne déferlait pas en vagues tempétueuses mais coulait dans votre pensée comme un fleuve calme et puissant, pour la porter au-delà des préjugés.

Cette voix a convaincu maints jurés d’Assises que les apparences sont souvent trompeuses, que sous le masque déformant des rapports de police et des articles de presse, vit un humain, rien qu’un humain. Avec toutes ses failles, certes. Mais Michel Halpérin savait montrer aux juges les éclats de lumière qu’elles laissaient filtrer.

 

L’une de ses plus saisissantes plaidoiries fut celle qu’il a prononcée lors d’un procès hors norme, celui d’un ancien légionnaire accusé d’avoir tué sa maîtresse et qui était resté pendant plusieurs jours à côté du cadavre, afin de procéder à une sorte de rituel funéraire constitué d’offrandes et de bougies allumées. A la conclusion de sa plaidoirie toute de finesse, d’empathie et d’intelligente sensibilité, Me Halpérin a fixé du regard, le président, puis les jurés en prononçant sans monter le ton – il n’avait pas besoin de crier, chacun l’en écoutait d’autant mieux – « Memento mori !» Feu le président Jean Maye (autre belle âme) qui, pourtant en avait vu bien d’autres, a enlevé ses lunettes pour écraser furtivement une larme.

« Memento mori »… Les paroles de Michel Halpérin résonnent encore et prennent maintenant un ton d’Eternité.

 

Au Grand conseil aussi, cette voix s’est élevée pour sortir de leur marais les débats lorsqu’ils s’embourbent dans le dérisoire. Michel Halpérin n’avait nul besoin du fauteuil présidentiel – qu’il a occupé en 2006 – pour prendre de l’altitude et, ce qui est plus rare, pour la faire prendre à bien de ses collègues parlementaires. Libéral par amour de la liberté, il savait regarder au-delà des frontières partisanes.

 

Aujourd’hui, chacun se rappelle une anecdote à son propos. C’est souvent une façon pour les vivants de capter la lumière d’un défunt. Le Plouc va donc tomber dans ce travers mais il doit cette dette à Michel Halpérin, celle de lui avoir donné sa première leçon de liberté journalistique. Jeune rédacteur, Le Plouc hésitait à pondre un édito contre une décision du Tribunal fédéral. Comment un chroniqueur judiciaire encore balbutiant pouvait-il avoir le toupet de vilipender des juges fédéraux éminents et compétents ? « Pensez-vous que leur décision soit juste ? Non ? Alors, c’est votre devoir de le dire et surtout de l’écrire, point final. »

 

Point final? Non. Cette voix-là, cette voix libre, comment l’oublier?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

Allocution de Michel Halpérin au moment de quitter la présidence du Parti libéral genevois, en mai 2010.


Michel Halpérin quitte la présidence du PLG par TVduPLG

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11/08/2014

VERS LE MUR

   


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Que savons-nous de l’horizon ?

 

Nous qui passons notre chemin

Comme d’autres passent leur temps

Yeux vides tête baissée

 

La paresse de nos regards

A étouffé tous nos destins

Nous suivons la folie des chefs

 

Marchant vers la mort en baillant

Prenant le sang pour de la rouille

Et les cris pour des chansonnettes

 

Jugeant odieux l’étranger

Et glorifiant le bourreau

Nous n’avons plus ni faim ni soif

 

Que savons-nous de l’horizon ?

 

 Jean-Noël Cuénod


Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

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08/08/2014

Persécution des chrétiens d’Irak : où sont les manifestants ?

 

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Deux poids, deux mesures. C’est le reproche formulé par les manifestants européens propalestiniens – principalement français – à l’endroit de la politique occidentale dans le conflit israélo-palestinien. Les démocraties européennes et américaine soutiennent Israël et laissent tomber les Palestiniens. Pendant la bataille de Gaza – qui vient de reprendre feu – des dizaines de milliers de manifestants ont ainsi protesté contre cette politique «deux poids deux mesures». A Paris, ces démonstrations ont été marquées par la violence antisémite.

Aujourd’hui, les chrétiens d’Irak sont persécutés par les djihadistes, de même que les yézidis, fidèles d’une religion monothéiste issue de la Perse antique. Obligés de quitter leurs maisons, leur travail, leur ville natale par l’Etat Islamique qui veut se former entre l’Irak et la Syrie.

Les djihadistes leur ont laissé ce choix : soit ils se convertissent, soit il payent un impôt spécial en tant que sujets de seconde zone, soit ils sont passés «par le glaive». Sans oublier les Eglises détruites et le riche patrimoine des Arabes chrétiens et des yézidis réduit systématiquement en cendre, au nom d’un islam dévoyé mais diablement virulent.

Et où sont les manifestants de la semaine passée ? Les rues de Paris et d'ailleurs n’ont jamais été aussi calmes. Mais que voulez-vous, cette fois-ci, les victimes sont ces mécréants de chrétiens et de yézidis, alors que les bourreaux figurent parmi les combattants du Calife. Alors, ça change tout, forcément. Qui a dit, deux poids deux mesures ? Le sang des chrétiens et des yazidis serait-il moins purs que celui des musulmans ?

 L’actuel silence des musulmans d’Europe n’est pas supportable. Certes, des voix se font entendre ici ou là, parmi les fidèles les plus éclairés de l’islam. Mais elles n’ont pas suffisamment d’ampleur pour percer ce mur de silence. Où sont les démonstrations de solidarité ? Que font les grandes voix autorisées qui clameraient leur indignation devant ces persécutions commises au nom de l’Islam ?

Ce silence risque d’être interprêté comme un acquissement muet aux violences antichrétiennes et antiyazidies, mais aussi d’approfondir et d’élargir le fossé entre les musulmans et les autres citoyens des pays européens.

Aux musulmans d’Europe de démontrer qu’eux, au moins, refusent le « deux poids, deux mesures ».


PS: n'ayant ni le temps ni l'envie de vérifier chaque IP et compte tenu du nombre d'anonymes qui utilisent des pseudos qui ne sont ordinairement pas les leurs, je ferme les commentaires concernant ce texte ainsi que l'autre sur le même sujet. Mille excuses pour ceux qui sont de bonne foi.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Cette jeune femme appartenant à la religion yézidie dénonce devant le parlement irakien les persécutions dont les siens, mais aussi d’autres minorités, sont les victimes.

12:56 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : islam, christinanisme, irak, proche-orient, djihadisme, vidéo | |  Facebook | | |

07/08/2014

Danse de la femme et du cheval (les Jeudis du Plouc)

Le Plouc vous offre cette vidéo, sans coupure, avec toutes les longueurs qui font son charme. Nous avons le temps. C'est l'été.

Au début, Christine danse en dehors de l’objectif, quelque part dans le Périgord Vert. Le cheval, qui broutait, lève la tête. Ses oreilles et ses yeux se braquent sur la danseuse et ses mouvements doux. Il vient la chercher. Elle arrive lentement dans l’écran ; la danse avec le cheval commence. C’est la première fois que la femme et l’animal se rencontrent. L’une et l’autre s’apprivoisent comme le Petit Prince et le Renard.

 

Fasciné, le cheval suit la courbe des mouvements comme s’il cherchait à décrypter quelque message. Puis, il esquisse à son tour un mouvement dansé, jambe tendue pour répondre à celle qui s’approche.

 

Autour, le silence s’accomplit pour laisser parler l’émotion qui passe de la danseuse à son danseur, puis du danseur à sa danseuse. Pas de deux. Ou plutôt pas de six. La musique est dans leur cœur réciproque. Il n’y a plus ni humain ni animal mais un seul être aux formes changeantes. La vie. Et puis, c’est tout.

 

Jean-Noël Cuénod

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04/08/2014

A Gaza, Netanyahou remet le Hamas en selle

 

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Si le but du premier ministre israélien Netanyahou était de remettre le Hamas en selle, alors son bombardement massif sur Gaza a pleinement réussi.

Cette métastase palestinienne des Frères musulmans égyptiens subissait une nette perte de vitesse. Son alignement sur le sunnisme radical en lutte contre les organisations chiites en Syrie menaçait son approvisionnement en armes par l’Iran, principale force antisunnite avec son allié libanais Hezbollah au Proche-Orient. L’éviction du président égyptien Morsi, prélude à la répression contre les Frères musulmans, a privé le Hamas d’un soutien vital. A l’intérieur de Gaza, sa politique économique désastreuse –  basée sur la corruption et les trafic de produits circulant dans les tunnels qui relient la Bande à l’Egypte – l’a rendu très impopulaire. L’accord signé avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, après une longue rupture, tenait surtout de la planche de salut pourrie, dans la mesure où, pour une fois, le rapport de force était favorable à l’OLP d’Abbas, qui a, elle, admet l’existence de cet Israël que le Hamas veut détruire.

 

L’opération lancée par le gouvernement israélien a bouleversé cette donne défavorable au Hamas. La fâcherie syrienne étant reléguée au second plan, l’Iran le soutient à nouveau. Le flot d’armes, loin de se tarir, va déferler de plus belle. Le peuple gazaoui, qui ne supportait plus le Hamas, se tient derrière lui comme un seul homme, puisqu’il reste son seul défenseur militaire. Le rapport de force entre l’OLP et le Hamas s’est retourné en faveur de ce dernier, devenu intouchable grâce à l’aura de martyr. D’autant plus, que le bombardement par Israël d’une école de l’ONU à Rafah a soulevé l’indignation générale. Dès qu’Israël cessera les combats, le Hamas se donnera les gants du vainqueur qui, encore et toujours, tient tête à l’ennemi.

 

Alors, pourquoi Netanyahou s’est-il lancé dans cette aventure militaire ? Pour boucher les tunnels entre Gaza et Israël ? Le Hamas en construira d’autres, il en a fait sa mafieuse industrie. Pour faire cesser les tirs de roquettes ? Ils reprendront comme d’habitude, avec peut-être plus d’efficacité, compte tenu de l’expérience accumulée et de la reprise de l’approvisionnement en armes.

 

Le seul avantage – mais il n’est pas mince – pour Netanyahou est d’avoir conservé son ennemi favori. Il est difficile de grimer l’OLP et Mahmoud Abbas en antisémites sanguinaires et de les transformer en diables peints sur les murs séparant Israël de la Cisjordanie. Alors qu’avec le Hamas, c’est du solide : sa charte (en lire ici le texte intégral, traduit par le chercheur français au CNRS, Jean-François Legrain) est clairement fascisante, reprenant tous les fantasmes contre les Juifs, les Francs-Maçons, et la démocratie créés par Hitler et Mussolini.

Faute d’opposition crédible – où est la gauche israélienne ? – le clan Netanyahou continuera donc d’utiliser le Hamas pour faire oublier les problèmes intérieurs.

 

Alors, la paix peut attendre. Comme d’habitude.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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