16/08/2014

Au cœur du Débarquement en Provence : René Char, la résistance corps et âme

 

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Il y a septante ans, les Forces françaises libres et les Alliés débarquent en Provence, le 15 août 1944. Un mois plus tard, ils gagneront les premiers contreforts des Vosges. Parmi ceux qui ont préparé ce débarquement de 580 000 hommes, l’un des plus grands poètes de notre langue, René Char (1907-1988). Après avoir été convoqué en juillet 1944 à Alger par le général de Gaulle[1] qui préside alors le Gouvernement provisoire de la République française, le capitaine Alexandre – nom de résistant du poète – revient dans sa Provence natale pour l’assaut final.

 

René Char commande alors le Service action parachutage (SAP) de la zone Durance et installe son quartier général à Céreste dans les Basses-Alpes. De 1943 jusqu’au débarquement en Provence, le SAP réceptionne 53 parachutages d’armes, gère 21 arsenaux secrets, dont aucun ne sera découvert par les troupes allemandes, et distribue munitions et armements venant de Grande-Bretagne. Le capitaine Alexandre est donc l’un des principaux officiers de l’ « Armée de l’ombre » en Provence.

 

Son engagement dans la Résistance a commencé très tôt. Démobilisé après le désastre de juin 1940, il regagne sa maison de l’Ile-sur-la-Sorgue mais doit prendre le maquis presqu’aussitôt, le préfet du Vaucluse l’ayant dénoncé comme « communiste ». Certes, René Char n’a jamais appartenu au PC, toutefois sa réputation de poète surréaliste suffit à le rendre hautement suspect. Après la perquisition de son domicile, le 20 décembre 1940, par la Gestapo, l’écrivain se cache dans son pays provençal qu’il connaît par cœur. Et s’installe à Céreste dans une clandestinité qui durera près de quatre ans. A vélo, à pied à travers forêts et garrigues, Char recherche tous ceux qui refusent l’occupation et les recrute pour former son maquis à Céreste. Dès 1941, ce maquis et son chef – qui s’appelle désormais capitaine Alexandre –se mettent au service des premiers réseaux de résistance qui, avec d’autres, formeront en novembre 1942, l’Armée Secrète.

 

Lorsque la France est occupée, René Char a 33 ans. Depuis toujours, il est habité par la poésie. Ses premiers poèmes, diffusés de façon confidentielle, seront remarqués par Aragon et Eluard, puis par Breton qui adoube ce colosse rugbyman au sein du groupe surréaliste. En 1935, Char publie l’un de ses recueils les plus connus, Le Marteau sans Maître qui inspirera vingt ans plus tard au compositeur Pierre Boulez une œuvre pour voix d’alto et six instruments. A cette époque, le poète de l’Ile-sur-la-Sorgue n’a que peu de lecteurs… Mais quels lecteurs ! Ses aînés Breton, Aragon, Eluard, l’éditeur José Corti le tiennent pour l’un des leurs. A l’époque de la Seconde Guerre mondiale, Char a pourtant tiré un trait sur le groupe surréaliste ; il ne renie aucunement cette appartenance mais n’est pas homme à supporter les diktats, d’où qu’ils viennent. Cela dit, même au plus fort de son adhésion au mouvement, René Char a toujours pris ses distances avec les théories élaborées par André Breton, comme il l’explique dans sa préface au Marteau sans Maître :

J’ai toujours ignoré l’écriture automatique et tout ce que j’ai écrit était consciemment élaboré.

 

Dès le début de l’occupation, René Char renonce à publier, « aussi longtemps que ne se sera pas produit quelque chose qui retournera entièrement l'innommable situation dans laquelle nous sommes plongés », comme il l’écrit à son ami Francis Curel. De son point de vue, il n’est pas question de soumettre ses écrits à la censure. A toutes les censures. Celle de Vichy et des nazis, cela va de soi. Mais aussi celle des camarades et des compagnons de combat : « Tu ne devrais pas écrire ça ; tu risques de nuire à notre cause ». La poésie et l’être qui la porte sont formés de la même substance. Publier à un moment où tout est servitude, c’est participer à son propre esclavage.

 

C’est le choix de René Char. D’autres poètes de la Résistance, comme Aragon et Eluard, font alors le chemin inverse et publient soit clandestinement, soit en Suisse. Qui avait tort ? Qui avait raison ? Répondre serait indécent. Bien installés dans nos pantoufles fourrées qui sommes-nous pour jouer les arbitres ? En publiant Liberté en 1944, poème parachuté par la Royal Air Force, Paul Eluard a offert un grain de soleil aux Français. Et ça ne se refuse pas, un grain de soleil lorsque la nuit dure quatre ans. Mais René Char, en renonçant à diffuser sa poésie sous la botte, a témoigné de son incorruptibilité. Incorruptibilité de l’homme. Incorruptibilité de la poésie.

 

Ne pas publier ne signifie pas renoncer à écrire. A l’époque où il recrute, organise, planifie, commande des embuscades et fait le coup de feu, René Char rédige les Feuillets d’Hypnos, publiés en 1946 et repris dans Fureur et Mystère en 1948. Le jour, le poète a pour nom capitaine Alexandre, meneur d’hommes en colère. La nuit, il devient Hypnos, divinité grecque du sommeil qui peut endormir même les dieux. Mais Hypnos est aussi celui qui veille lorsque tout est endormi. Hypnos-Alexandre sera le veilleur combattant.

 

Les allusions à la guerre sont plutôt rares dans Feuillets d’Hypnos. Ci-dessous figure l’une d’entre elles qui se passe de tout commentaire. René Char y évoque l’assassinat  par les SS de l’un de ses hommes auquel il était fraternellement attaché, Roger Bernard, lui aussi poète, âgé de 23 ans.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Feuillets d’Hypnos – Fragment 138

 

Horrible journée! J’ai assisté, distant de quelque cent mètres, à l’exécution de B. Je n’avais qu’à presser, sur la gâchette du fusil mitrailleur et il pouvait être sauvé!

Nous étions sur les hauteurs dominant Céreste, des armes à faire craquer les buissons et au moins égaux en nombre aux SS. Eux ignorant que nous étions là.

Aux yeux qui imploraient partout autour de moi le signal d’ouvrir le feu, j’ai répondu non de la tête. Le soleil de juin glissait un froid polaire dans mes os.

Il est tombé comme s’il ne distinguait pas ses bourreaux et si léger, il m’a semblé, que le moindre souffle de vent eût dû le soulever de terre.

Je n’ai pas donné le signal parce que ce village devait être épargné à tout prix. Qu’est ce qu’un village? Un village pareil à un autre ? Peut être l’a-t-il su, lui, à cet ultime instant.

 

René Char


 

ESPACE VIDEO

 

 

Cette vidéo a été tournée en 1967 par le remarquable cinéaste genevois Michel Soutter (1932-1991).



[1] De Gaulle avait réuni les principaux chefs de la Résistance intérieure pour leur transmettre ses ordres pour les dernières étapes de la Libération ; le moins que l’on puisse dire est que le  courant n’a pas passé entre ces deux forts caractères. 

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Commentaires

Ne pas non plus oublier la centaine d'algériens assassinés par la police française sous les ordres de maurice papon, nous verrons comment Hollande va célébrer cet événement, si la guerre d'Algérie n'aura pas repris les combats d'ici là !

Écrit par : Corto | 16/08/2014

17 ans et quelques mois avant les ratonnades parisiennes et les harkis abandonnés en Algérie en prenant bien soin de les signaler au fln, des soldats africains chantaient, "c'est nous l'Afrique, qui venons sauver la France" !

Écrit par : Corto | 16/08/2014

La haine de l'autre est elle aussi issue de notre mode, celui du plus fort et du plus rusé. La conquête des grottes apportait la haine des autres tribus.

Les conquêtes entres les peuplades, que ce soit avec les chefs tribaux, les rois et autres seigneurs-dieux, ont alimenté cette haine. Sans parler des religions nées avec la haine, le racisme et ça continue aujourd'hui contrairement aux apparences.

La haine du juif c'est accentuée "grâce" la chrétienté et ses roitelets lorsque ceux-ci ont interdit les prêts d'argent avec intérêts entres chrétiens et entres crétins.

L'argent et le juif sont devenus les boucs émissaires de la chrétienté et leurs souverains mais également des industriels, mais aussi, des communistes et autres tarés d'extrême gauche, des nazis, des musulmans et des ignorants.

On peut y ajouter la jalousie de celui réussissant par son intelligence, son courage et son idéal de vie.

.../...

"Au Moyen-Age le prêt à intérêts, qu'on appelait "usure", était interdit par la religion chrétienne. C'est pour cela que les seuls "usuriers" auprès de qui on pouvait trouver un financement étaient les non-chrétiens, c'est à dire les juifs.
Plus tard, des Italiens du nord, les Lombards, s'y sont mis. Puis les gens de l'Europe du nord (les Flamands). Mais pendant des siècles, on ne pouvait que s'adresser aux juifs pour trouver de l'argent frais.
Aujourd'hui il n'y a plus que l'islam à interdire cela. Quelqu'un sait-il quand l'église catholique a changé sa doctrine en la matière ?"

"On a admis également que l'usurier irait non pas en enfer, mais au purgatoire. Il pourrait donc aller, passé un certain temps, au Paradis."

C'te bonne blague, ils y ont cru pour une majorité! Normal, les croyances et les appartenances doivent servir le roi et ses complices pouvant s'enrichir à loisir....

(Histoire de l'économie)
.../...

Aujourd'hui, les rois et le paperon blanc François 1er, prêchent que les peuples soient pôôvres, c'est en Corée. Les milliers de lingots d'or du vatican et des monarchies sont cachés partout dans le monde. L'argent frais récolté à Lourdes, et dans les autres lieux de commerces va droit dans les paradis fiscaux. Eux ont tous les droits les autres de croire et de prier.

Dormez en paix pauvres et braves gens, le roi et dieu s'occupe de vos sous. Les rois et leurs princes sont tous au paradis, mais c'est sur terre!

Il y a des coups de pieds au cul qui se perdent.

Écrit par : Pierre NOËL | 16/08/2014

Pourrait-on un peu plus entendre parler de René Char et de poésie?
Sans quoi, pour le dire clairement, certains coups de pieds symboliques pourraient atterrir pas forcément seulement là où indiqué quelques lignes plus haut!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16/08/2014

Est-ce seulement le problème de l'écriture automatique, ou la fermerture de la porte menant à l'inconscient? Car Breton disait que dans les images émanées du subconscient, on pouvait trouver une logique nouvelle, dont forcément on devenait conscient. En fait peu l'ont suivi, préférant plutôt un renouvellement de la boîte à métaphores dans une rhétorique qui restait classique. Personnellement je pense que c'est lui qui avait raison, ce n'est pas une question de diktat, il a cru que d'autres saisiraient l'importance de ce qu'il disait, cela n'a pas été forcément le cas! Le vrai disciple de Breton c'est sans doute Charles Duits, qui à partir des images nées de l'inconscient a créé une mythologie nouvelle.

Écrit par : Rémi Mogenet | 16/08/2014

" La haine de l'autre est elle aussi issue de notre monde" et non mode.

Toutes mes excuses.

Écrit par : Pierre NOËL | 16/08/2014

Que font Obama, Hollande, Merkel, Cameron, les autres et les rois et princes d'Europe contre les massacres de mécréants-chrétiens? Rien ou peu, ils vendent des armes. Nos anciens se sont battus contre l'horreur de la croyance nazie.

Comme Pétain, (autre croyant) ils collaborent avec les monarchies au nom de la croyance au divinités inventées, pour les besoins de la cause royale musulmane ou chrétienne.

Le réveil sera loin d'être un poème.

Écrit par : Pierre NOËL | 17/08/2014

MERCT Monsieur Cuénod pour ce rappel de faits hautement historiques et souhaités depuis 2000 par une poignée de* résistants* Suisses et ce pour x raisons et dans divers domaines
Cependant certains historiens parlent d'un sursaut de la part de Monsieur Hollande ceci afin d'assurer ses arrières pour sa prochaine ré-élection
Vrai ou faux peu importe le frère Jumeau du Débarquement de Normandie a été dépoussiéré pour aussi honorer la mémoire des nombreux Africains tombés pour la France
Très belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovsmeralda | 17/08/2014

Créer d'autres mythologies à partir "des images nées de l'inconscient":

Un lac très bleu
Des montagnes

Un jardin
Des fleurs

Silence

Le temps s'arrête
Stupeur, clouée sur place

Une douleur dans la nuque
Un feu dans le ciel une flamme comme une virgule s'en détache

Une fillette s'évanouit
Revient à elle tombée sur un tapis

Laine

Forte douleur tout à la fois physique et affective
Au cœur au plus profond

En nage
Se met à genoux pour se relever, non pour prier

Une voix: "je ne t'abandonnerai jamais!"


Esprit, dieu, fée
Battements, fort battements du cœur
Ailes, papillon

Apollon, du bonbon
Loukoum, toujours?

Dieux de la Grèce
Immortels et mortels

Mortels interchangeables
Jetables au gré et fantaisies des Olympiens

Immortels, mortels
Mortels, immortels

Elohim, OVNI, extraterrestres...


Mesdames et Messieurs, enfants
La note, qui la donnera?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/08/2014

MERCI ,en effet désolée pour la faute d'orthographe
Si je peux me permettre Monsieur Cuénod j'aimerais juste ajouter ceci, il ne faut jamais perdre de vue ceux qui se sont battus ou qui ont aussi comme certains Yénishs Suisses participé à l'effort de guerre et qui lors du conflit de 39-45 ont transmis des messages destinés à des résistants qui eux étaient aux abords des frontières
C'est juste un petit clin d'œil d'amitié pour des gens qui auront su réserver une part de leur chaleur humaine pour consoler certains gosses Suisses dépourvus d'amour parental et rejetés par tous/1948

Écrit par : lovsmeralda | 17/08/2014

Le seul constat à faire, le chrétien d'Irak est nettement plus "comestible" pour les cannibales de service que les soldats de Tsahal, le garde manger irakien contient de quoi satisfaire les besoins des régiments sanguinaires de l'islam décomplexés est présent lors des manifs des alliés du hamas.

En Irak, spécialement à Mossoul, entre 50'000 et 70'000 chrétiens sont dans une prison où le viole de chrétiennes et d'enfants est recommandé par la charia, comme au Nigeria, au Dearfour à nouveau à feu et à sang, avec 10'000 pour le moins rien qu'entre juillet et août 2014, tout ça pendant que la FRANCE fête le débarquement en Provence, quelle fête !

Les chrétiens d'Irak doivent être si émus avec ces célébrations !

Écrit par : Corto | 17/08/2014

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