12/08/2014

Michel Halpérin, hommage à un grand homme libre

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 Genève a perdu, lundi, l’une de ses plus belles voix, au sens propre comme au sens figuré, celle de Michel Halpérin. Elle ne s’élèvera donc plus des prétoires du Palais de justice ou de la salle du Grand Conseil. Chaude, dans les tonalités de baryton, elle ne déferlait pas en vagues tempétueuses mais coulait dans votre pensée comme un fleuve calme et puissant, pour la porter au-delà des préjugés.

Cette voix a convaincu maints jurés d’Assises que les apparences sont souvent trompeuses, que sous le masque déformant des rapports de police et des articles de presse, vit un humain, rien qu’un humain. Avec toutes ses failles, certes. Mais Michel Halpérin savait montrer aux juges les éclats de lumière qu’elles laissaient filtrer.

 

L’une de ses plus saisissantes plaidoiries fut celle qu’il a prononcée lors d’un procès hors norme, celui d’un ancien légionnaire accusé d’avoir tué sa maîtresse et qui était resté pendant plusieurs jours à côté du cadavre, afin de procéder à une sorte de rituel funéraire constitué d’offrandes et de bougies allumées. A la conclusion de sa plaidoirie toute de finesse, d’empathie et d’intelligente sensibilité, Me Halpérin a fixé du regard, le président, puis les jurés en prononçant sans monter le ton – il n’avait pas besoin de crier, chacun l’en écoutait d’autant mieux – « Memento mori !» Feu le président Jean Maye (autre belle âme) qui, pourtant en avait vu bien d’autres, a enlevé ses lunettes pour écraser furtivement une larme.

« Memento mori »… Les paroles de Michel Halpérin résonnent encore et prennent maintenant un ton d’Eternité.

 

Au Grand conseil aussi, cette voix s’est élevée pour sortir de leur marais les débats lorsqu’ils s’embourbent dans le dérisoire. Michel Halpérin n’avait nul besoin du fauteuil présidentiel – qu’il a occupé en 2006 – pour prendre de l’altitude et, ce qui est plus rare, pour la faire prendre à bien de ses collègues parlementaires. Libéral par amour de la liberté, il savait regarder au-delà des frontières partisanes.

 

Aujourd’hui, chacun se rappelle une anecdote à son propos. C’est souvent une façon pour les vivants de capter la lumière d’un défunt. Le Plouc va donc tomber dans ce travers mais il doit cette dette à Michel Halpérin, celle de lui avoir donné sa première leçon de liberté journalistique. Jeune rédacteur, Le Plouc hésitait à pondre un édito contre une décision du Tribunal fédéral. Comment un chroniqueur judiciaire encore balbutiant pouvait-il avoir le toupet de vilipender des juges fédéraux éminents et compétents ? « Pensez-vous que leur décision soit juste ? Non ? Alors, c’est votre devoir de le dire et surtout de l’écrire, point final. »

 

Point final? Non. Cette voix-là, cette voix libre, comment l’oublier?

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

Allocution de Michel Halpérin au moment de quitter la présidence du Parti libéral genevois, en mai 2010.


Michel Halpérin quitte la présidence du PLG par TVduPLG

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Commentaires

Quel choc de le revoir et de l'entendre!

Reposez en paix Michel Halpérin.

Mes condoléances attristés à sa famille.

Écrit par : Patoucha | 12/08/2014

Nous respectons le départ de Michel Halpérin. Votre émotion.

Mais "que sous le masque déformant des rapports de police et des articles de presse, vit un humain rien qu'un humain. Avec toutes ses failles, certes(...) appelle le souvenir d'un ou d'une victime éventuellement mutilé/e ou tué/e par cet humain... Famille, amis et connaissances endeuillés de, des victimes que la voix de baryton de Michel Halpérin n'aurait pu consoler.

D'autre part qu'en serait-il de la "petite frappe" délinquante avec avocat d'office par manque de moyens!?

Tout en respectant votre peine, Monsieur, il va de soi.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 14/08/2014

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