31/07/2014

Ils n’ont pas fini de tuer Jaurès (Les Jeudis du Plouc)

 

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Ce soir à 21 h. 40, il y aura cent ans que Jean Jaurès a été assassiné. Et si vous l’ignoriez, c’est que vous passez vos vacances dans une dimension quantique inconnue des réseaux sociaux. Car Jaurès est vachement tendance aujourd’hui. Personne ne l’a lu. Mais tout le monde en cause. Sa belle barbe et ses yeux doux s’affichent sur toutes les « une » en France.

 

De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, tous les politiciens le prennent en otage. Même Sarkozy l’a embarqué dans son Panthéon pneumatique (l’Ex n’a jamais manqué d’air). Le pire est le Front national qui a utilisé son portrait (photo) sur une affiche électorale pour éructer ce slogan : « Jaurès aurait voté Front national ». Ah oui, Jaurès aurait certainement voté pour les héritiers de ceux qui l’ont tué ! Le fanatique Raoul Villain, son assassin, faisait partie d’un de ces groupes nationalistes[1] dont le FN, dans sa version blonde, est le continuateur chafouin.  

 

Mais Villain ne fut que le premier des assassins de Jaurès. Le pauvre n’a cessé d’être occis moralement après sa mort physique. La justice française a tout d’abord acquitté son tueur et faisant payer à la veuve Jaurès les frais du procès. Mais c’est surtout dans son propre camp que le fondateur (avec Jules Guesde) du Parti socialiste SFIO n’a cessé de recevoir des coups de revolver symboliques.

Alors qu’il a payé de sa vie la lutte contre la guerre, son parti – cinq jours à peine après l’assassinat ! – vote les crédits en faveur de l’armée française, rendant ainsi possible la grande boucherie de 14-18. La SFIO deviendra un parti belliciste tout au long de la Première guerre mondiale, au nom de l’Union Sacrée.

 

Par la suite, les communistes – qui avaient pris le contrôle du quotidien créé par Jaurès, L’Humanité ­– se réclameront de sa grande figure. Alors qu’il s’est toujours opposé au concept marxiste de la dictature du prolétariat, mise au point par Lénine et perfectionnée par Staline avec le succès que l’on sait. Ainsi, les créateurs du Goulag glorifient Jaurès… C’est un peu comme si Pol Pot s’était placé sous l’égide de François d’Assise, toutes proportions gardées, bien sûr, Jaurès n’étant ni saint ni ange.

 

Le président paraît-il socialiste François Hollande n’a pas manqué d’ajouter sa balle à ces crimes en série et revendique, avec Manuel Valls, l’héritage jauressien, alors que de reniements en reculades, son gouvernement s’est plié au desiderata austéritaire de l’Allemagne. Celui qui voulait faire de la finance son ennemie est devenu son allié. Cette abdication aurait commandé de sa part un peu plus de retenue dans la célébration de Jaurès.

Mais pourquoi se retenir puisque les mots ne veulent plus rien dire, puisque la trahison est devenue une vertu et l’impudence, une valeur ?

 

Ils n’ont pas fini de tuer Jaurès.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE AUDIO

 

Evidemment, Jacques Brel s’impose…



[1] La Ligue des jeunes amis de l’Alsace-Lorraine, proche de l’Action Française, revue et mouvement royaliste et antisémite.

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30/07/2014

Festival Mimos : Josef Nadj recrée son monde

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Lorsque la chorégraphie parvient à faire du mouvement corporel une recréation du monde, elle dépasse l’art pour devenir un acte sacré. Le danseur est alors ce chaman que les humains délèguent pour se concilier les forces de l’univers. Il efface l’espace-temps de la salle pour former le sien.

 

 Ce moment rare, les spectateurs du Festival Mimos à Périgueux l’ont vécu mardi soir grâce à ce génial sorcier qu’est Josef Nadj[1]. Il y a présenté en première française son Paysage inconnu, un duo avec le danseur costaricain Ivan Fatjo qui lui donne parfaite réplique, de même que les deux musiciens – Gildas Etevenard (percussions) et Akosh S., de son vrai nom, Akosh Szelevényi (percussions, divers instruments, un saxophone ténor et une clarinette basse) – dont la performance impressionne autant que celle des deux danseurs.

Pour élaborer cette chorégraphie, Josef Nadj, serbe d’expression hongroise, s’est inspiré de sa ville natale Kanjiza qui appartient à cette étrange province autonome de Voïvodine, rattachée à Belgrade et qui compte six langues officielles[2] ! C’est donc le monde de son enfance qu’il refait. Mais, preuve qu’il a réussi pleinement son coup, ce monde-là est universel. Comme Ramuz qui, en évoquant Derborence, faisait sentir le poids de tous les rochers de la Terre. Alors, voilà ce que Le Plouc et sa Plouquette ont vécu ce soir-là.

 

Au début était le chaos. Deux hommes perdus dans cette arène aride cherchent à quoi, à qui s’accrocher pour ne pas être emportés par ce mortel trop-plein de vie. Entre les deux, le combat est inévitable, suivi par des phases de solidarité, d’entraide, de compassion. Mais toujours, cette apparente maladresse lorsque l’un touche le corps de l’autre.

Après cette phase où ils cherchent et se cherchent, Nadj et Fatjo plantent un totem. Axe autour duquel doit s’organiser la vie des hommes. Mais il n’est pas grand, le totem. Il est même plus petit que les hommes. Les dieux sont nécessaires puisqu’il faut un point d’équilibre, mais enfin il ne faudrait tout de même pas qu’ils se prennent pour des dieux !

 

La civilisation s'installe avec ses masques noirs, son Histoire, sa grande hache. Que l’ordre règne! Le poète siffleur et persiffleur en perd, d’un coup de hache, son sifflet. Castration de la voix qui démange, de la voie qui dérange. Mais l’ordre est une illusion ; le désordre revient bien vite avec ses folies créatrices. Jusqu’à la mort. Et puis, voilà, tout recommencera. Tout, toujours, recommence. Monde du cycle et non pas monde de la ligne.

 

Vous auriez certainement vécu une autre histoire, vu un autre paysage. Voilà pourquoi, les gestes, parfois, dépassent les mots. A chacun son théâtre.

 

Si vous passez dans le Sud-Ouest de la France, un crochet à Périgueux vous permettra d’assister, jusqu’à samedi 2 août, aux multiples spectacles de Mimos – Festival international des arts du mime et du geste – tant « in » que « off ». Tous les renseignements figurent sur le site http://www.mimos.fr.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Portrait de Josef Nadj



[1] Il dirige aujourd’hui le Centre chorégraphique national d’Orléans.

[2] Serbe, magyar, slovaque, roumain, croate et ruthène.

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28/07/2014

CRI

 

Ciel en sueur

Qui laisse tomber ses gouttes

Sur la terre sèche

 

 

 

 

                                                       Un murmure glisse

                                                       Sur le fil du temps qui passe

                                                       Et devient cri

 

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Vieil homme courbé

Tu contemples cette terre

Qui déjà t’absorbe

 

 

                                                          Etre de lumière

                                                          Dis-moi es-tu né à Pâques

                                                          Et mort à Noël ?

Photo JNC

Jean-Noël Cuénod


 Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

 

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24/07/2014

La nouvelle outre du vieil antisémitisme (les Jeudis du Plouc)

 

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Ouf! La manif de soutien aux Gazaouis s’est déroulée sans heurts, mercredi soir à Paris. Parce qu’elle avait été autorisée, contrairement à celles qui se sont déroulées de façon violente, il y a peu, à Barbès et à Sarcelles? L’équation interdiction=troubles s’est-elle vérifiée? La réalité est sans doute moins algébrique. Le cortège parisien a été très solidement encadré par les services d’ordre de la CGT et du Parti communiste qui s’y connaissent en contrôle des éléments perturbateurs et autres agents provocateurs.

Pas de drapeaux israéliens brûlés, contrairement à ce qui s'est passé à Barbès (photo). Des groupes de juifs orthodoxes antisionistes acclamés tout au long de la démonstration. Dès que des jeunes tentent une incursion pour aller casser du flic ou du juif ou de la vitrine, hop, les voilà solidement encadrés pour les faire revenir dans le droit chemin du défilé en leur faisant crier des slogans de soutien aux habitants de Gaza! Du vrai travail de pro. Et dans ce domaine, la CGT et le PCF se montrent nettement plus efficaces que les forces de l’ordre dont la tenue Robokop ne fait qu’exciter les têtes les plus échauffées.

 

Cette manifestation, qui s’est déroulée pacifiquement, ne saurait faire oublier le déferlement de haine antisémite qui a éclaté dans le quartier Barbès et à Sarcelles. Les images diffusées sur les réseaux sociaux d’enfants tués par les bombes israéliennes seraient la cause de cette explosion, répète-t-on. Mais alors pourquoi les mêmes manifestants n’ont-ils pas pris d’assaut les pavés lorsque Mohamed Merah a froidement tué, dans un pays en paix, des enfants de trois, six et huit ans, uniquement parce qu’ils étaient juifs? Merah a commis ce que les SS avaient perpétré jadis, pas moins. Et si les balles de la police n’avaient pas arrêté le cours de sa vie prédatrice, il aurait encore cherché à liquider d’autres petits «coupables» de judéité. Difficile de trouver plus monstrueux.  

 

Pour qualifier ce phénomène, les médias parlent souvent de «nouvel antisémitisme». Il serait né à l’extrême-gauche dans la mouvance des comités propalestiniens et viserait Israël en tant qu’ «agent de l’impérialisme américain». Dans les manifs, ils trouveraient des appuis auprès des jeunes musulmans venus des quartiers défavorisés de Paris (Barbès, La Goutte d’Or) ou des banlieues. Cette mouvance récuse tout antisémitisme pour se qualifier d’ «antisioniste». Elle combat donc le sionisme mais non pas les Juifs et cite parfois en exemple certaines écoles orthodoxes du judaïsme qui s’opposent à la création de l’Etat d’Israël avant l’arrivée du Messie.

 

Toutefois, s’attaquer au sionisme ­– au-delà des arguments théologiques pour ou contre la création de l’Etat d’Israël – c’est refuser au peuple juif de développer un mouvement national. La nation est sans doute source de bien des maux, mais enfin, elle demeure tout de même un moment décisif dans l’Histoire de l’Humanité! Aujourd’hui, personne ne cherche à contester la légitimité des mouvements d’émancipation nationale en Algérie, au Maroc, en Indonésie ou ailleurs. Pourquoi donc s’attaquer au mouvement national d’émancipation des Juifs? Parce qu’ils ont pris la terre des Arabes?

Cette terre est certes arabe, mais elle est aussi juive. C’est bien là tout le problème. Et c’est la partie arabe qui a refusé le partage de la Palestine de 1947, alors que la partie juive l’avait acceptée, même si cette répartition ne lui était pas particulièrement favorable (voir la carte ci-dessous). Cet argument tombe donc à l’eau. Tout mouvement national cherche à s’établir, souvent par la force, avec son cortège de violences et d’injustices. Il en va ainsi pour tous les peuples et toutes les nations. Même en Suisse, la conquête de nos frontières actuelles ne s’est pas toujours faite dans l’harmonie et la concorde.

 

Reposons la question: pourquoi s’opposer au mouvement national juif et non pas aux autres mouvements de même nature? Parce qu’il est soutenu par la puissance américaine? Bien des mouvements d’émancipation nationale ont aussi reçu le soutien d’autres puissances impériales, celle de l’Union soviétique par exemple. Cherche-t-on pour autant à contester leur légitimité? Nullement. Alors, pourquoi se focaliser sur le mouvement national illustré par le sionisme, sinon parce qu’il représente un groupe humain que l’on rejette, à savoir les Juifs?

De l’antisionisme à l’antisémitisme, il n’y pas un fossé, tout juste un ruisselet à sec.

 

Cet antisémitisme né à l’extrême-gauche n’a rien d’un phénomène nouveau. Au XIXe siècle, plusieurs penseurs de gauche l’ont développé tels Auguste Chirac et, dans une moindre mesure, Proudhon, le Juif étant assimilé au capitalisme. Hitler a également usé de cette figure de propagande. Ce faisant, l’antisémitisme d’extrême-gauche rend bien service à la stratégie de l’extrême-droite qui a toujours utilisé le faux mythe du juif capitaliste pour diviser la gauche.

Les erreurs d’hier se répètent aujourd’hui. L’outre de l’antisémitisme est enduite d’un vernis plus actuel. Mais c’est le même vinaigre empoisonné qui clapote à l’intérieur.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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22/07/2014

LÖTSCHENTAL DÉMASQUÉ

 

 

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 Le long tissu des nuages

 S’est déchiré à la pointe

       Du clocher tranchant vibrant

   Village au manteau troué

Agrippé à sa montagne

          Vieillard craignant pour son or

  Fondu depuis longtemps

     Dans les sables du torrent

 

      Mais la mémoire est avare

          Et grimace dans son masque

 

      D’un coup de rein le soleil

Disperse ses oripeaux

         Les chalets reprennent chair

       Odeur de femme et de foin

         Murets au ventre de mousse

   Un homme lance sa faux

A l’assaut de son talus

  La mort attendra encore

 

Jean-Noël Cuénod

 

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 (Photos jnc à Ferden, Lötschental, Valais)

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ainsi que sur le site www.payot.ch ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

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- Liens (Editions Editinter Paris)

 

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20/07/2014

L’après-Gaza et l’antisémitisme suburbain

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Samedi, au quartier Barbès à Paris. 


«Il ne faut pas importer dans nos banlieues, ni la bataille de Gaza ni le conflit israélo-palestinien», psalmodient le président français Hollande et son premier ministre Manuel Valls. Vaine prière. Cela fait des années que cette guerre sans fin s’est installée à La Courneuve, aux quartiers Nord de Marseille, à Vaulx-en-Velin et autres ghettos où sont confinés les anciens colonisés musulmans et leurs descendants. Les chaînes de télévision arabes diffusent à haute dose les images les plus horribles; les commentaires font d’Israël le Shaïtan sanguinaire installé par cet Occident qui fascine et révulse, qui attire et qui rejette.

 

Il faut avoir erré un dimanche après-midi dans ces allées toutes semblables de ces départements de la couronne parisienne – que l’on n’appelle plus que par leur numéro matricule,93,94,95, comme des prisonniers – pour en mesurer le degré d’ennui. Sans travail, sans formation, sans espoir, ces jeunes s’emmerdent à soutenir les murs, à partir dans des embrouilles, à tendre l’oreille à ces frères djihadistes qui parlent de sacrifices sacrés, d’aventures exaltantes, du Bien musulman vengeant le Mal juif.

 Alors, lorsque Gaza est attaqué, la cité leur semble changer de visage. Elle n’est plus un coin de la Seine-Saint-Denis et devient un morceau de Palestine. Eux, ne sont plus des paumés de la périphérie mais des combattants de la cause la plus sacrée. Leur cinéma intérieur est enclenché sur fond d’images télévisées répétant les horreurs guerrières, en boucle, comme des psaumes de sang.

 

Dans ce précipité d’icônes confuses, toutes les rancoeurs contre une France qui les rejette, contre une terre d’origine qui ne les reconnaît plus, contre leurs échecs scolaires à répétitions, contre leurs complexes d’infériorité, contre les flics qui réclament leur identité plusieurs fois par jour, contre le mépris des grandes métropoles, se réunissent en une seule figure honnie: le Juif.

 

Ce processus a un nom: antisémitisme.  Et que l’on ne prétende pas que ces jeunes, étant d’origine arabe et donc sémite, ne sauraient être antisémites! Tout d’abord, être sémite ne signifie rient d’autres que d’user d’une langue sémitique comme l’hébreu ou l’arabe. Cela ne constitue en aucun cas une manière de vaccin contre l’antisémitisme.

 

 Né en Allemagne au XIXe siècle, l’antisémitisme consiste à faire du Juif le symbole de toutes les frustrations sociales. En supprimant le symbole, on efface la cause. La mort du Juif est le but, avoué ou caché, de l’antisémite. Dans les médias, sous les lambris du pouvoir, on ne veut surtout pas employer ce mot, de peur de faire advenir ce fléau. Mais ce fléau, il est  là, depuis laide lurette!

L’antisémitisme des banlieues existe, le nier ne fait que retarder la prise de conscience de ce phénomène qui a pris une ampleur inquiétante, comme on le constate avec les débordements nés de la bataille de Gaza.

Le mal est profond, tant la République française a laissé des territoires entiers lui échapper en confiant à l’économie délinquante et aux islamistes violents les clés des cités. Il est d’ailleurs décourageant de constater que la réforme territoriale qui redécoupe la France n’a pas ou peu abordé la question de ces terrains vagues de l’Hexagone.

 Que le pouvoir politique écoute d’abord les associations qui tentent de sortir les cités de leur état de ghetto. C’est à la base qu’il faut recréer une nouvelle France.

 

Jean-Noël Cuénod 

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17/07/2014

Un parc à bagnoles nommé Paul Eluard (Jeudis du Plouc)

 

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Elle a abrité la naissance d’œuvres majeures de l’art pictural et de la poésie du XXe siècle, cette bicoque de 50 mètres carré environ, sise à Saint-Brice-sous-Forêt, en banlieue parisienne. Et pourtant, elle va bientôt être livrée à la démolition afin de laisser la place à un parc à bagnoles . Ainsi en a décidé le Conseil municipal de cette commune dirigée par un maire UMP, Alain Lorand. De fin 1920 à l’automne 1923, cette maison aujourd’hui laissée à l’abandon a abrité le ménage à trois le plus prolifique du surréalisme, celui formé par le poète français Paul Eluard, sa femme d’alors la Russe Gala et le peintre allemand Max Ernest (1).

 

Paul Eluard et Max Ernst revenaient de la Grande Guerre qu’ils avaient subies l’un sous le casque à pointe, l’autre sous la vareuse bleu-horizon. Ils sont sortis de cette boucherie plus révoltés que jamais contre le désordre savamment établi. Entre eux, s’est produit l’un de ses coups de foudre d’amitié qui ont fait éclore nombre d’œuvres novatrices. Foin de fraternité d’arme. Vive la fraternité d’art! Le peintre et le poète se sont donnés mutuellement leur regard; les mots et les images ont fait ménage commun.

 

Fin 1920, Paul Eluard, Gala et leur fillette Cécile emménagent dans la maison de Brice-sous-Forêt qui appartient au père du poète. En 1922, Max Ernst les rejoint. Gala, qui chasse les grands hommes comme d’autres les grands fauves, séduit le beau Max Ernst (par la suite elle jettera son dévolu sur Dali dont elle a géré la carrière avec une redoutable efficacité).

Il s’ensuit un trio amoureux qui est traversé par toutes les tensions, les ambiguïtés, les jalousies inexprimées, les chagrins refoulés comme des sanglots honteux que suscite ce triangle rouge et noir. Mais jamais l’amitié entre Max Ernst et Paul Eluard ne se démentira. Cette situation où les deux hommes et la femme cherchent leur équilibre sur le fil du rasoir devient un creuset de créations.

 

A Brice-sous-Forêt, Max Ernst peint l’un des tableaux devenus icône du surréalisme, Au rendez-vous des amis, qui représente les figures majeures du mouvement alors en pleine expansion: André Breton, René Crevel, Robert Desnos, Max Morise, Georges Ribemont-Dessaignes, Jean Paulhan, Benjamin Péret, Philippe Soupault, Roger Vitrac, Jacques Rigaut, Jean Arp, Louis Aragon et Francis Picabia.

Dans cette même maison, Eluard écrit Répétitions, la première partie de son chef-d’œuvre Capitale de la Douleur (qui sera publié en 1926). Le poème liminaire est intitulé – et c’est vraiment tout un programme – Max Ernst. Il sublimera grâce à la métaphore et à la métrique bouleversée son angoisse devant la perte possible, de la femme certes, mais aussi de l’ami. Ce poème donne, au sens plein du terme, le ton à tout le recueil.

 

 A en croire Le Figaro, les autorités municipales avaient caressé le projet de faire de cette bâtisse une Maison du Patrimoine. Mais prétextant la crise, la mairie a préféré l’option parc à voitures. Présidente de l'Association des amis du vieux Saint-Brice, Monique Borde-Germain tente de s’opposer à cette obscène démolition qui, hélas, ne paraît pas soulever en France des torrents d’indignation. 

Aujourd'hui, comme nous le signale aimablement une de nos excellentes commentatrices, le parking vient d'être ouvert. Mais la maison, dans un piteux, semble être très provisoirement conservée. Semble, car tout est fait pour que cette bâtisse devenue masure soit démolie. La justice sera peut-être saisie. Mais le sort de la demeure d'Eluard paraît scellé.

 

Ah, j’oubliais un détail essentiel. La mairie a tout de même fait une concession à l’histoire de l’art et de la littérature: le nouveau parking s’appelle Paul Eluard. Comme c’est mignon d’offrir le nom de l’un des plus grands poètes français à un espace dévolu au stationnement automobile!

 

Dans quelques années, on pourra peut-être saisir ce dialogue entre un conducteur et son fils :

 

- Dis papa, pourquoi il s’appelle Paul Eluard, le parking?

- Ben, j’sais pas moi…

- C’est le nom d’un type?

- Ouai. Tiens, c’est sans doute celui d’un vieux coureur de formule 1.

 

Pour terminer sur une note plus enthousiasmante, voici le poème L’Amoureuse, rédigé par Eluard à l’époque où il vivait à Saint-Brice-sous-Forêt.

 

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux,

Elle s'engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

 

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière

Font s'évaporer les soleils

Me font rire, pleurer et rire,

Parler sans avoir rien à dire.

 

Jean-Noël Cuénod 

 

(1) Photo de gauche à droite: Max Ernst, Gala et Paul Eluard à l'époque où ils vivaient dans la maison vouée à la démolition. 

ESPACE VIDEO

 

L’inoubliable Gérard Philippe dit l’un de plus célèbres poèmes de la langue française, Liberté, composé par Paul Eluard au moment où participait à la Résistance contre l’occupation nazie. Ces vers ont été parachutés sur la France par les avions de la Royal Air Force.

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13/07/2014

En Israël, à Gaza et partout… De la guerre comme système de vie

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La guerre, reine de la nuit et des calamités? Pire fléau de l’humanité? Et si elle n’était pas plutôt le système de vie préféré des humains? Après tout, depuis que notre espèce a envahi la planète, elle n’a cessé de guerroyer. Certes, des zones demeurent, ici ou là, épargnées. Mais la paix n’a jamais régné sur la totalité du globe.

 

Prenons le conflit israélo-palestinien qui fait rage à Gaza. Les antagonistes cherchent-ils vraiment la paix? Toutes leurs attitudes démontrent qu’au contraire, ils la fuient. Depuis plus de six décennies, les médias regrettent ponctuellement «les occasions manquées» par l’un ou l’autre camp. Ne s’agirait-il pas plutôt d’occasions qu’il fallait surtout ne pas saisir, au risque de tomber dans cette paix inopportune?

Les morts et les larmes de leurs mères, leurs détresses exprimées en hébreu ou en arabe, ne pèsent rien en regard du système de vie collective qui s’est instaurée autour de ce noyau qu’est l’état de guerre permanent.

 

En Israël et en Palestine, toute une économie a été ainsi créée qui dépasse largement les étroites frontières de cette région. Les Etats-Unis soutiennent économiquement Israël et maintiennent à bout de bras l’Egypte. Les pétro-monarchies financent tant Gaza que la Cisjordanie. Et pour les complexes militaro-industriels de la planète, cette guerre de plus de soixante ans devient une rente de situation difficilement remplaçable. Croyez-vous que tous ces braves gens qui – à Tel-Aviv, à Ramallah, à Gaza, à Washington, au Caire et ailleurs – vivent de l’économie du sang versé souhaiteraient la fin d’une telle aubaine?

 

Sur le plan politique, l’état de guerre permet à des politiciens israéliens d’une rare médiocrité, à l’instar d’Avigdor Liberman, de se maintenir au pouvoir, l’exploitation de la peur restant d’un grand rapport sur le plan électoral. A Gaza, cette situation profite au Hamas qui, détenant les armes, contrôle forcément la population. Sa dictature islamo-fasciste s’effondrerait aussitôt si la paix était, par malheur, instaurée! Et d’une manière générale en Palestine, chaque pas vers des négociations avec l’ennemi se traduit par une poussée intégriste et terroriste.

 

Toutes les parties sont donc d’accord au moins sur ce point: surtout ne pas faire la paix!

 

Il en va de ce conflit comme de tous les autres. Et tant que les humains redouteront plus la paix que la guerre, tous les efforts pacifistes resteront lettre morte. Prendre conscience de cet état d’esprit au lieu de se bercer d’illusions, c’est accomplir un petit pas dans la longue marche pour devenir femmes et hommes, nous qui ne sommes que des brouillons d’êtres humains.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

 

Conférence de Pierre Hassner, philosophe et géopolitiste, à l'Université de tous les savoirs (Paris): "Guerre et Paix à l'âge de la mondialisation".


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09/07/2014

Les perroquets fous du dialogue social à la française (les Jeudis du Plouc*)

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Le président François Hollande avait eu l’excellente idée de redonner vie au dialogue entre syndicats de salariés et organisations patronales, dialogue qui se trouvait bien malade depuis fort longtemps en France.

Mais du désir à la réalité, le fossé tient plus de l’Atlantique que de la Seymaz[1]. Car la France, c’est le pays, non pas du dialogue, mais du monologue à plusieurs. Chacun cause sans entendre l’autre. L’autre qui, de toute façon, ne cherche pas à vous à écouter puisqu’il bavarde de son côté. Le troisième fait la même chose. Et le quatrième. Et ainsi de suite.

 

Les tables rondes sociales, c’est en fait une assemblée de perroquets sourds mais non pas muets, hélas !

 

Chaque perroquet quitte ensuite son perchoir en gueulant encore plus fort que, décidemment personne ne l’écoute et que puisque c’est comme ça, il s’en va, non sans lâcher une fiente courroucée.

 

Enfin, chaque volatile glapissant se rend dans sa volière où l’attendent ses congénères pour leur brosser le topo de ses exploits de négociateur à la gauloise :

«Putain, les camarades, si vous aviez vu la mandale que je leur ai mis dans les gencives ! Ah, vous auriez dû voir ça! C’était du chaud et du lourd. Mais grâce à moi, on n’a rien lâché. Rien, j’vous dis!»

 

Une petite voix se fait entendre : «Ouai, euh, mais on n’a rien obtenu non plus». Tous ses camarades psittaciadae dardent alors sur l’intrus un œil aussi rond que furibard :

«Toi, le réformiste, tu fermes ta gueule! Compris?»

 

C’est donc ce qui s’est passé lors de la Conférence sociale que vient d’organiser par le président français et son premier ministre Manuel Valls. Le Medef, organisme patronal, a joué le grand air des maîtres chanteurs en affirmant qu’il refuserait de s’asseoir à côté du gouvernement et des syndicats si on ne le caressait pas dans le sens du plumage. Pour lui complaire, Valls a aussitôt annoncé le report d’une mesure en faveur des travailleurs qui subissent les travaux les plus pénibles[2].  Après cela, trois des syndicats les plus importants – FO, CGT et FSU (fonction publique et enseignants) ont claqué la porte, parfois même avant de l’ouvrir (la porte, bien sûr). Sont restés à négocier : la CFDT, la CFTC (les chrétiens), CFE-CGC (les cadres) et UNSA (les autonomes). Mais sans les trois autres syndicats, cette table ronde s’est révélée bancale.

 

Pourquoi la France est-elle l’un des rares pays avancés où le dialogue social relève de la mission impossible ? Comme toujours, les causes sont diverses. Parmi celles-ci, figure en bonne place l’esprit monarchique qui dort dans chaque français mais qui se réveille dès qu’il devient patron :

«Je suis le maître de ma boîte (de mon atelier, de mon entreprise, de mon groupe, de ma multinationale) et si je cède quoique ce soit, les gueux vont prendre ça pour de la faiblesse et n’hésiteront pas à me couper la tête, ou pis, à m’arracher une augmentation. On leur donne un ongle, à ces manants, et ils vous prennent un bras ou pis, une Rolex».

 

De plus, le syndicat des patrons joue sur du velours. Le Medef est, de loin, l’organisation la plus importante, côté employeurs, lors des négociations. En face de lui huit syndicats se disputent la représentation des travailleurs (CGT, CFDT, FO, UNSA, CFE-CGC, Sud, CFTC, FSU). Or, malgré leur nombre pléthorique, ces organisations représentent moins de 8% de l’ensemble des salariés français. Elles sont donc à la fois divisées et peu ou pas représentatives. C’est un peu comme si les juniors suisses allaient défier l’équipe d’Allemagne en Coupe du Monde.

 

Cette situation provoque de la surenchère entre les syndicats et empêche la recherche de solutions de compromis qui débloqueraient la France.

 

Au fond, ni les syndicats ni le patronat ne souhaitent vraiment que le dialogue social réussisse. Le patronat reste au sommet de sa puissance et dicte ses volontés au gouvernement qu’il soit de droite ou de droite, je veux dire de droite ou de gauche. Il ne veut rien céder de son pouvoir monarchique. Et pourquoi le ferait-il face à des syndicats aussi nuls ?

Quant aux syndicats, leurs permanents (salariés par les syndiqués) sont trop heureux de disposer d’autant d’organisations dans lesquelles ils règnent, eux aussi, en petits monarques. La fusion en une seule organisation puissante risquerait de mettre en péril leurs privilèges bureaucratiques.

 

«Français, encore un effort si vous voulez être républicains!» clamait le Marquis de Sade dans sa « Philosophie dans le boudoir». Plus de deux siècles plus tard, l’ouvrage est resté sur le métier.

 

Jean-Noël Cuénod

 

*PS : certes, nous sommes mercredi, mais demain Le Plouc et La Plouquette rejoindront les hauteurs du Lötschental. D’où ce jeudi prématuré.



[1] Pour ceux qui ne sont pas de Piogre-sur-Rhône, la Seymaz figure dans Wikipédia. Jetez-y un œil. Vous ne risquez pas la noyade.

[2] Lexpress.fr : En fonction de leur temps d'exposition à différents facteurs de pénibilité, ces salariés pourront accumuler des points sur un compte personnel qui leur permettra de partir plus tôt à la retraite, de se former ou de travailler à temps partiel. A terme, ce seront ainsi 3 millions de salariés qui seront concernés, selon le gouvernement.

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Exemple de conférence sociale...


Les perroquets attaquent!!! par MiGhTyToM

 

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06/07/2014

Les drones à l’attaque pulvérisent les ultimes vestiges de la chevalerie

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Vous allez me dire : «Pff… la chevalerie est morte, incinérée et ses cendres furent moulues par le moulin du temps depuis des siècles! Les drones n’y sont pour rien». Abjections, Votre Horreur! C’est vrai que les beaux principes des chevaliers  ­– intrépidité pendant le combat et mansuétude pour les vaincus ; sauvagerie dans l’action et courtoisie après la bataille – étaient passés de mode dès l’apparition de l’artillerie lourde. Et les beaux chevaliers du Moyen-Age se livraient aussi aux viols, carnages et massacres.

 Mais il y avait le Code d’Honneur de la Chevalerie qui, s’il était plus ou moins respecté comme toutes les lois, n’en consistait pas moins un frein aux pulsions les plus monstrueuses. Le seul fait de son existence témoignait de la présence de l’humanité dans l’inhumanité, ainsi que de la grandeur d’âme d’une société irriguée par la Foi. Les combats se déroulaient au corps à corps. L’ennemi m’était tellement proche qu’il portait une part de moi-même.

 

Avec l’artillerie lourde, changement d’optique : les canons fauchaient des soldats situés au loin ; on les distinguait à peine au milieu des fumées. Mais enfin, les artilleurs risquaient aussi leur peau. Ils étaient les premières cibles des confrères d’en face.

Le recours au bombardement aérien a encore éloigné le militaire de ses ennemis. Le largueur de bombes n’apercevait qu’un troupeau de maisons sous le ventre de l’appareil, sans autre vie que celle d’une fourmilière. Toutefois, l’équipage mettait aussi sa vie en jeu, entre les tirs de la DCA et la chasse des aviateurs ennemis.

 

Les guerriers donnaient la mort mais savaient aussi qu’ils pouvaient la recevoir à tout moment. Il restait donc, ça et là, quelques micropoussières de la chevalerie en ruine, qui se sont réduites à l’état moléculaire au fur et à mesure des progrès – vous avez dit, «progrès»? – de la technologie militaire. 

 

Aujourd’hui, l’emploi des drones permet, pour la première fois, à des militaires – peut-on encore leur donner ce titre? ­– de téléguider la mort sans aucun risque pour leur petite personne.  Sinon celui de se faire renverser par une voiture en sortant de la caserne.

 

Les Etats-Unis sont les plus gros – et de loin – consommateurs de ces engins d’un futur déjà bien présent. En 2011, le nombre d’opérateurs de drones (350) formés par les armées américaines a dépassé celui des pilotes d’avions de combat (250).

Dans des lieux tenus secrets, au Nouveau Mexique, au Texas, au Nevada, ces fonctionnaires cybertueurs pilotent à distance un appareil sans pilote pouvant disposer d’une autonomie de vol de quarante heures. La caméra installée dans le corps du drone offre au téléguideur la vision parfaite du champ de bataille. Ses supérieurs désignent les cibles. Et en un clic la mort débarque à 10 000 kilomètres de là, en Irak, au Pakistan, en Somalie, en Afghanistan.

 

Tuer sans être tué, sans même être éclaboussé par le sang. Tuer en restant propre sur soi. Tuer sans même avoir besoin de s’en laver les mains. A l’étape suivante, l’opérateur sera remplacé par un ensemble de logiciels qui accomplira toute ses tâches. L’ordinateur prendra même la décision de s’enclencher sans ordre dès que s’agitera une «cible» correspondant aux données de son programme.

 

Et ­– qui sait? ­– provoquera-t-il peut-être la troisième guerre mondiale. Un beugue est si vite arrivé. Pleure chevalier! Tu n’étais qu’un pauvre couillon.images.jpg

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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03/07/2014

Sarkozy, le retour : «L’Etat, c’est à moi!» (Les Jeudis du Plouc)

 

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Nicolas Sarkozy est un mis en examen privilégié. Les inculpés ordinaires n’ont pas la chance qu’une grande chaîne de télévision (TF1) et une autre, de radio (Europe1), leur offrent la plus large audience pour exposer leur défense, traîner les juges dans la boue et accuser le gouvernement d’ourdir des complots contre eux. « Justiciable comme les autres », l’ancien président de la République?  Tu parles! Enfin… C’est plutôt lui qui a parlé pendant de longues minutes, mercredi soir.

 

Au moins après ce show post-inculpation, le doute n’est plus permis : Sarkozy n’est qu’un Berlusconi sans empire économique mais avec amis financiers, sans bimba juvénile mais avec femme riche.  Même stratégie, même tactique, même culot, même arrogance, même passion pour le fric et la frime. Berlu avait brigué ses mandats pour échapper à la justice. Sarko suit son exemple.

 

Sa téléplaidoirie pro domo avait pour but de créer un agenda politique pour cacher l’agenda judiciaire. En accusant nommément des ministres, le premier d’entre eux et l’actuel président – avec autant de flou que de véhémence – Nicolas Sarkozy a jeté sa défroque d’ancien président oint de sagesse pour enfiler son bleu de chauffe d’opposant en chef. Il fait ainsi d’un pavé deux coups. D’une part, chaque fois que la justice l’atteindra Sarkozy pourra hurler que la majorité s’attaque au chef de l’opposition. D’autre part, il brûle la politesse à ses rivaux au sein de l’UMP (Alain Juppé, François Fillon, Xavier Bertrand, notamment) qui veulent à tout prix l’écarter de la course présidentielle en 2017.

 

Sarkozy prend donc son propre camp – la droite de gouvernement – en otage afin de tenter d’échapper aux griffes de la justice. Pour ce faire, il n’hésite pas à crier au complot mis en œuvre par les juges et téléguidé par la gauche au pouvoir. Cette thèse ne tient pas une seconde, à moins d’accuser les magistrats de forger de faux indices, ce que l’ex-président se garde bien d’affirmer. Mais cela n’a pas d’importance. Ce qui importe, ce n’est pas le fond mais le bruit, ce ne sont pas les faits mais les gesticulations. Par exemple, Sarkozy et ses séides enfoncent le clou dans la paume de l’une des juges d’instruction qui l’a mis en examen en soulignant son appartenance au Syndicat de la Magistrature, situé très à gauche et qui avait appelé à voter Hollande en 2012. Mais si tous les magistrats qui n’avaient pas voté pour lui devaient se désister, ce serait le désert dans les Palais de Justice français! A ce que compte-là, aucun politicien ne pourrait être jugé.

 

Si Nicolas Sarkozy parle fort, c’est qu’il joue gros. Voici les six dossiers dans lequel figure l’Ex qui veut devenir Néo.

 

1- Trafic d’influence. C’est dans cette procédure que Sarkozy a été mis en examen pour «trafic d’influence», «corruption active» et «recel de secret de l’instruction». Il est accusé d’avoir instrumentalisé un haut magistrat de la Cour de cassation afin de connaître le déroulement de l’instruction sur l’affaire Bettencourt.

2- Affaire Bygmalion. Les proches de l’ex-président de l’UMP Jean-François Copé sont accusés d’avoir fait des fausses factures qui auraient servi à payer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.

3- Affaire Tapie. En juillet 2008, un arbitrage intervenu lors de la présidence Sarkozy accorde 403 millions d’euros à Bernard Tapie dans son litige avec la structure (étatique) de défaisance du Crédit Lyonnais. Tapie n’a pas manqué de soutenir politiquement Sarkozy. Une instruction pénale est menée sur cet étrange arbitrage.

4- Affaire Karachi. Elle concerne des rétrocommissions consenties, après signatures de contrats d’armement, par l’Arabie Séoudite et le Pakistan au profit supposé de la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Nicolas Sarkozy était son directeur de campagne.

5-Affaire Kadhafi. Le fils de feu le dictateur libyen affirme que son père avait financé la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007. Accusation contestée, bien sûr.

6- Sondages de l’Elysée. Sous Sarkozy, la présidence signe des contrats avec la société de Patrick Buisson (conseiller d’extrême-droite de l’alors chef de l’Etat) en juin 2007 pour des études de sondages payées 1,5 million d’euros par an et 10 000 par mois, sans passer par des appels d’offre. La Cour des Comptes a jugé ces contrats irréguliers.

 

Enfin citons pour mémoire la célèbre affaire Bettencourt que nous ne comptons pas dans ce florilège, puisque Nicolas Sarkozy y a bénéficié d’un non-lieu. Toutefois, son ancien trésorier de campagne et ci-devant ministre des Finances Eric Woerth a été mis en examen et renvoyé en jugement devant un Tribunal correctionnel.

 

Au-delà de la démarche sarkozienne instrumentalisant la politique 20080210022912-sarkozy-bonaparte-fullblock.jpgpour se défendre en justice, tout le comportement de l’ancien président révèle qu’il n’a jamais accepté la défaite et qu’il est, non pas le serviteur de l’Etat, mais son propriétaire. «L’Etat, c’est moi!» aurait déclaré Louis XIV. En écho, Nicoléon Sarkonaparte lui répond : «L’Etat, c’est à moi!»

 

 

Jean-Noël Cuénod


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01/07/2014

Nicolas Sarkozy et François Hollande, le duo des Calamiteux VERSION ACTUALISEE

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Version actualisée en fin de texte, caractères gras

Avec un Espace Vidéo.

Nicolas Sarkozy aime être le premier. En tout. La Police judiciaire vient de le satisfaire. Depuis tôt ce matin, il est le premier ex-président de la République à être placé en garde à vue. Même Jacques Chirac ­– pourtant condamné en 2011 à deux ans de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris – n’avait pas dû subir cette humiliation de partager ses 24 heures (voire plus, si affinités avec les poulagas) entre une cellule et la salle d’interrogatoire. Les policiers, sur demande de deux juges d’instruction, sont en train de le cuisiner afin de tenter d’en savoir plus sur le vaste réseau d’information que l’entourage de Sarkozy aurait tissé au sein des plus hautes instances de la police et de la justice françaises. L’information pénale porte sur les chefs d’accusation suivants, «trafic d’influence» et «violation du secret de l’instruction». Deux hauts magistrats de la Cour de cassation, Gilbert Azibert et Patrick Sassoust, ainsi que l’avocat de Sarkozy, Me Thierry Herzog, sont également interrogés en garde à vue.

En résumé, le magistrat Azibert est soupçonné d’avoir donné des informations couvertes par le secret de l’instruction aux proches de Nicolas Sarkozy pour le tenir informé des développements de l’affaire Bettencourt, lui permettant ainsi de bien préparer sa défense. Pour ce service, le juge de cassation aurait reçu la promesse d’obtenir un poste plaqué or à Monaco. Cette affaire avait été découverte à la suite d’un autre dossier concernant Sarkozy, celui de l’éventuel financement de sa campagne présidentielle  par Kadhafi. Sarkozy se doutant qu’il était placé sur écoute par la police, avait acquis un autre téléphone portable pour s’abonner sous le nom de Paul Bismuth. Mais les policiers avaient aussi découvert cette «ligne Bismuth» et l’avait également branchée sur leurs longues oreilles, ce qui leur a permis d’engranger de précieux indices. 

Qu’il soit ou non innocent, Nicolas Sarkozy trimballe une batterie de cuisine complète à faire rêver les marmitons les mieux dotés. Dès lors, sa volonté de se représenter à l’élection présidentielle de 2017 prend un autre visage, celui d’un Berlusconi se faisant élire pour bénéficier de l’immunité présidentielle. Peut-être que ses nombreuses accusations tomberont dans le néant. Il n’empêche que le soupçon polluera sa campagne. C’est pourquoi la plupart des dirigeants de son parti l’UMP veulent à tout prix empêcher son retour. Ils savent qu’ils payeront très cher une berlusconisation de leur formation.

Nicolas Sarkozy pourrit la droite. A gauche, c’est l’actuel président François Hollande qui sert d’agent de décomposition. Certes, les affaires judiciaires ne plombent pas son quinquennat. L’affaire Cahuzac, pour aussi grave qu’elle soit, n’est pas le symptôme d’un système mais la faillite abyssale d’un homme. En revanche, l’incompétence du président dans l’exercice de ses fonctions saute aux yeux (et au porte-monnaie des Français) après plus de deux ans passés à l’Elysée. De reculades en reniements, la politique de François Hollande n’a ni cap ni contours, ni queue ni tête. En quatre mois et demi de pouvoir, le président du Conseil italien Matteo Renzo a accompli plus de réformes que Hollande en vingt-six mois. L’Italie est d’ailleurs en passe de remplacer la France comme interlocuteur privilégié de l’Allemagne en Europe. Le président français est contesté par ses propres troupes qu’il a menées aux désastres électoraux ; son impopularité l’empêche d’agir ; son crédit politique – et, partant, celui de la France – est au plus bas sur la scène internationale.

Dès lors, même si, par miracle, la courbe de l’emploi se redresse dans un sens favorable, François Hollande n’est même pas certain d’en recueillir les fruits qui risquent plutôt d’être chapardés par son premier ministre Manuel Valls.

Faisons un cauchemar. Nicolas Sarkozy se présente sous la bannière de la droite et François Hollande brigue un second mandat. Marine Le Pen aura en face d’elle un Sarkozy englué dans les affaires et un Hollande empêtré dans son bilan. Elle n’aura même pas besoin de faire campagne pour prendre possession de l’Elysée.

Il devient donc urgent pour les deux partis de gouvernement de se débarrasser de leurs faiseurs de défaites qui ont largement dépassé la date de péremption.

Ce blogue a été cité mercredi matin à la Revue de presse de France-Inter.

Jean-Noël Cuénod

Mercredi vers 2 heures du matin,  les juges d'instruction ont mis en examen Nicolas Sarkozy pour corruption active, trafic d'influence actif et recel de violation du secret professionnel. Il est ressorti du Pôle financier libre et sans contrôle judiciaire. D'ores et déjà, ses lieutenants s'activent pour protester contre cet "acharnement judiciaire". Le premier ministre Manuel Valls rétorque: "Les faits sont graves". Pour l'UMP, la grosse affaire concerne Bygmalion et les impressionnants frais de la campagne Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2012.

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Garde à vue de Nicolas Sarkozy : quels sont les... par lemondefr