30/07/2014

Festival Mimos : Josef Nadj recrée son monde

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Lorsque la chorégraphie parvient à faire du mouvement corporel une recréation du monde, elle dépasse l’art pour devenir un acte sacré. Le danseur est alors ce chaman que les humains délèguent pour se concilier les forces de l’univers. Il efface l’espace-temps de la salle pour former le sien.

 

 Ce moment rare, les spectateurs du Festival Mimos à Périgueux l’ont vécu mardi soir grâce à ce génial sorcier qu’est Josef Nadj[1]. Il y a présenté en première française son Paysage inconnu, un duo avec le danseur costaricain Ivan Fatjo qui lui donne parfaite réplique, de même que les deux musiciens – Gildas Etevenard (percussions) et Akosh S., de son vrai nom, Akosh Szelevényi (percussions, divers instruments, un saxophone ténor et une clarinette basse) – dont la performance impressionne autant que celle des deux danseurs.

Pour élaborer cette chorégraphie, Josef Nadj, serbe d’expression hongroise, s’est inspiré de sa ville natale Kanjiza qui appartient à cette étrange province autonome de Voïvodine, rattachée à Belgrade et qui compte six langues officielles[2] ! C’est donc le monde de son enfance qu’il refait. Mais, preuve qu’il a réussi pleinement son coup, ce monde-là est universel. Comme Ramuz qui, en évoquant Derborence, faisait sentir le poids de tous les rochers de la Terre. Alors, voilà ce que Le Plouc et sa Plouquette ont vécu ce soir-là.

 

Au début était le chaos. Deux hommes perdus dans cette arène aride cherchent à quoi, à qui s’accrocher pour ne pas être emportés par ce mortel trop-plein de vie. Entre les deux, le combat est inévitable, suivi par des phases de solidarité, d’entraide, de compassion. Mais toujours, cette apparente maladresse lorsque l’un touche le corps de l’autre.

Après cette phase où ils cherchent et se cherchent, Nadj et Fatjo plantent un totem. Axe autour duquel doit s’organiser la vie des hommes. Mais il n’est pas grand, le totem. Il est même plus petit que les hommes. Les dieux sont nécessaires puisqu’il faut un point d’équilibre, mais enfin il ne faudrait tout de même pas qu’ils se prennent pour des dieux !

 

La civilisation s'installe avec ses masques noirs, son Histoire, sa grande hache. Que l’ordre règne! Le poète siffleur et persiffleur en perd, d’un coup de hache, son sifflet. Castration de la voix qui démange, de la voie qui dérange. Mais l’ordre est une illusion ; le désordre revient bien vite avec ses folies créatrices. Jusqu’à la mort. Et puis, voilà, tout recommencera. Tout, toujours, recommence. Monde du cycle et non pas monde de la ligne.

 

Vous auriez certainement vécu une autre histoire, vu un autre paysage. Voilà pourquoi, les gestes, parfois, dépassent les mots. A chacun son théâtre.

 

Si vous passez dans le Sud-Ouest de la France, un crochet à Périgueux vous permettra d’assister, jusqu’à samedi 2 août, aux multiples spectacles de Mimos – Festival international des arts du mime et du geste – tant « in » que « off ». Tous les renseignements figurent sur le site http://www.mimos.fr.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Portrait de Josef Nadj



[1] Il dirige aujourd’hui le Centre chorégraphique national d’Orléans.

[2] Serbe, magyar, slovaque, roumain, croate et ruthène.

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Commentaires

Masques , forcémnent noirs , jeux de dupes tragiques , tout près de chez moi , on exhibe un Brasillach "Rachid Birbach" caïd de banlieue agréée par l'occupant .
Le rassemblement pro-israélien à la Madeleine , a les héros qu'il mérite.
accessoirement, combien il a pris?

Écrit par : briand | 30/07/2014

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