28/06/2014

Mozart, Bach et la grâce

 

IMG_0583.jpgLe sociologue et politologue français Gil Delannoi est un homme universel. Ce grand spécialiste de la notion de nation est aussi un poète et un amant de la musique. Il a publié à ce propos deux ouvrages, brefs puisqu’ils vont à l’essentiel de façon élégante et sans verbiage gluant : «Mozart ou le génie de la discrétion suivi de Bach et Mozart» (Editions Berg International à Paris) ainsi qu’un recueil de poèmes très courts « L’ermite presque tranquille – Sans importance- Journal » (Gil Delannoi - L’Ombre et le Frais). Gil Delannoi se refuse à les nommer haïkus en raison, selon lui, de l’impossibilité de transposer dans une langue alphabétique les particularités de la langue japonaise. Mais les fragments d’instant de son «ermite presque tranquille» ont trouvé leur inspiration dans cette attention au moment présent propre aux poètes asiatiques. En voici quelques bribes évocatrices.

 

un banc public

le dos des amoureux

au crépuscule

 

retrouvant mon chemin

aux cris des chiens

je reconnais les humains

 

au déclin du jour

déjà l’herbe humide

pue la pure verdure

 

la fille nue de la pub

le froid sous l’abribus

l’hiver.

 

Venons-en à l’autre livre de Gil Delannoi. Les ouvrages sur Mozart peuvent bien s’accumuler depuis des siècles sur les rayons de bibliothèques, il est toujours possible de trouver dans ce génie un biais original comme le démontre Delannoi qui insiste sur le comique du compositeur et, phénomène encore moins évoqué, sa discrétion.

 

«Ce qui peut-être distingue Mozart de tous les compositeurs, même les plus grands, c’est une sorte d’aisance, l’impression que la musique était sa langue maternelle, qu’il sentait, pensait en musique plus qu’autant autre langage. Cette facilité ne le conduisait pas à travailler peu, au contraire», note l’auteur. (…) Cette facilité lui a permis de considérer l’esthétique avec la plus grande liberté, de n’être prisonnier d’aucun schéma, d’aucune recette et ne chercher finalement que la pureté de l’expression».

Les clichés colportés sur Mozart ont balancé entre le «divin enfant prodige» et l’homme «très ordinaire, voire grossier (…) qui ne dédaignait ni les farces ni les bouffonneries». Comme si l’on ne pouvait pas être l’un et l’autre, et surtout tellement plus.  Incapable de saisir le subtil, le cliché ne sert que l’épais à grosses louches de poix.

 

 Subtil? Vous avez dit subtil? «C’est un fait méconnu de nos jours, que le pathétique souvent est renforcé par la discrétion. C’est alors qu’il peut frapper comme une révélation ou surprendre comme un secret brusquement révélé» ajoute Gil Delannoi. «Pour Mozart, l’intensité, joyeuse ou triste, est en rapport avec la respiration, la battement du cœur. Le style se fait haletant, essoufflé ou agité».

 

L’autre géant, Bach, poursuit dans l’infini, là où se croisent les parallèles, son dialogue avec Mozart: «Bach sait allier  les contraires (…) solidité et sublime, prosaïque et mystique, danse et contemplation (…) Il est roc et vent (…) L’ordre musical vient avant l’émotion (…) Chez Mozart, on trouve toutes les situation humaines (…) Son élégance empêche toute agressivité, même dans la puissance. L’ordre musical est dicté, suggéré ou subverti par l’émotion».

 

Pour Gil Delannoi, «les deux ont un point commun la grâce; celle de Bach tournée vers le divin des religions révélées, l’harmonie pythagoricienne des nombres, la pulsation vitale; celle de Mozart tournée vers l’humain, corps et âme».  

 

La terre et le ciel dans leurs noces impossibles et pourtant toujours recommencées.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 ESPACE VIDEO

 

Gil Delannoi est interviewé dans le contexte de sa spécialité de sociologue, la nation et ce qu’elle recouvre comme notions.


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Commentaires

Le battement du coeur donne un rythme, mais la mélodie vient plutôt du circuit suivi dans les autres organes par le sang.

Ce n'est pas la langue qui est alphabétique, c'est l'écriture: la graphie.

Je ne suis pas très convaincu par ce style un peu éthéré et abstrait.

Écrit par : Rémi Mogenet | 28/06/2014

Cioran a écrit que Dieu lui-même doit beaucoup à Bach.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 29/06/2014

J'ai toujours aimé cette image - entendue il y a longtemps - évoquant que la musique des grands compositeurs semblait s'élever vers le ciel alors que celle de Mozart est la seule qui semblait en descendre.

Écrit par : Michel Sommer | 30/06/2014

Dieu lui-même, devra beaucoup à ce blog et ses commentaires le jour ou il se réveillera....

Écrit par : Pierre NOËL | 03/07/2014

c'est pas dieu
mais des interprètes et artistes magnifiques qui ont bossé toute leur jeunesse pour nous livrer via l'Internet + liens l'accès à des sons et à des moments magnifiant tout
harmonies de sons que des compositeurs ont écrit il y a bien longtemps

chacun peut choisir ce qui les transporte à des niveaux inégalés
parmi les oeuvres composées il y a des siècles et plus: fugues, concertos, préludes

aucun compositeur contemporain n'est arrivé à de tels niveaux spirituels.

Écrit par : pierre à feu | 03/07/2014

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