25/06/2014

Docteur Bonnemaison et Vincent Lambert: l’euthanasie et la bousculade de l’info

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Hasard du calendrier ou manifestation du divin ? Trois nouvelles quasi simultanées ont transformé le délicat problème de la fin de vie en champ de foire. La décision du Conseil d’Etat français d’arrêter le traitement qui maintient Vincent Lambert, la suspension provisoire de cette mesure par la Cour européenne des droits de l’homme «jusqu’à droit jugé» (lire notre précédent texte) et, enfin, l’acquittement du docteur Nicolas Bonnemaison par la Cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques.

Ce médecin urgentiste avait été accusé d’avoir abrégé la vie de sept patients à l’agonie sans avoir respecté la Loi Leonetti qui, en France, régit la fin de vie. Ouvrant un certain droit au « laisser mourir », à condition de remplir un nombre important de conditions, cette loi ne répond pas aux douloureuses questions des longues agonies, avait expliqué le docteur Bonnemaison aux jurés. Il les a convaincus, puisqu’aux quatorze questions de culpabilité qui leur ont été posées, ils ont répondu négativement, entraînant ainsi l’acquittement du médecin.

 

Pour le ministre Le Foll, porte-parole du gouvernement français, ce verdict d’acquittement «conforte l’idée qu’il faut faire évoluer la loi» (voir aussi la vidéo ci-dessous).

 

Les affaires Lambert et Bonnemaison sont de nature fort différente et l’on ne saurait comparer les décisions judiciaires dont elles ont fait l’objet. Toutefois, leur point commun – la fin de vie ­– suscite une émotion telle que ces deux situations se trouvent mélangées dans un débat qui s’est engagé de façon confuse.

 

Inscrire le droit à mourir dans la dignité ne va pas de soi. Certes, il est des situations où les soins palliatifs et le recours aux puissants analgésiques ne suffisent pas à mener un malade vers une extinction apaisée. En ce cas, avancer l’heure de l’inévitable semble la seule issue humaine possible. Toutefois, systématiser ce droit dans une loi comporte de sérieux risques. Nombre de patients en fin de vie veulent hâter leur décès afin, disent-ils, de soulager leurs proches. Ils font ainsi preuve d’une belle qualité d’âme. Mais la vie est le bien le plus précieux sur cette terre; on ne saurait la brader, fût-ce par souci de préserver les nôtres. Car si on démonétise la vie, on ouvre la porte à bien des abus. Qui nous certifie qu’à l’avenir, afin de préserver la santé budgétaire des hôpitaux, la société ne fera-t-elle pas en sorte d’abréger la vie de ces patients coûteux?

 

Deux biens légitimes sont mis en balance. Sur un plateau : le droit de mettre un terme à des souffrances aussi intenses qu’insoignables. Sur l’autre : le refus de donner à la société un droit de vie et de mort sur ses membres. Comment trouver le bon équilibre? Par la loi? Si elle est nécessaire, elle n’est pas pour autant suffisante. Car, il lui sera impossible de régler toutes les situations. Chaque cas étant différent, il doit être examiné pour lui-même sans forcément tenir compte des solutions qui ont été trouvées ailleurs, ce qui ne s’adapte guère au cadre rigide du droit. Ce qui est bon pour certains se révèle néfastes pour d’autres.

 

Nous sommes fascinés par la magie des lois en croyant qu’elles règlent tout. Un problème? Hop, une loi! Est-elle appliquée? Comment l’est-elle? C’est secondaire pourvu qu’elle dorme bien à l’aise dans son code. Mais la vie – et l’agonie, c’est encore la vie – ne peut être enfermée dans les grilles juridiques. Il faut faire avec elle, avec tous ses impondérables et toutes ses surprises.

 

La principale leçon à tirer est de ne jamais rester seul devant l’agonie. Le dialogue continu entre le corps médical et les familles vaut plus que toutes les lois.

 

Jean-Noël Cuénod  

ESPACE VIDEO



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Commentaires

La vie est dite précieuse.

Certains partagent cet avis, d'autres, non.

Liberté de pensée.

Comme vous avez raison, Jean-Noël Cuénod, d'écrire que la loi qui ne règle pas toutes les situations est insuffisante.

J'avais une connaissance aumônier des malades qui disait qu'à choisir entre perfusion ou une main qui vous tient la main en cas de maladie incurable il connaissait nombre de grands malades qui auraient dit préférer la main amie... ce qui n'est pas étranger à votre conclusion: "Le dialogue continu entre le corps médical et les familles vaut plus que toutes les lois et: (...) ne jamais rester seul devant l'agonie (laquelle n'est pas forcément que physique. Combien d'agonies à force de chagrin, troubles mentaux, échecs à répétition dès lors agonies psychophysiques ou psychosomatiques?! Merci, Jean-Noël Cuénod, pour le savoir et le cœur et le soin que vous apportez en vos articles.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 25/06/2014

La vie est un bien personnel transmis par la famille. La loi donne la majorité à 18 ans considérant que celui-ci est aptes à raisonner, créer, imaginer, inventer, entreprendre etc.

Les êtres humains massacrent, viols, torturent, pillent, (j'en passe et des meilleures) d'autres êtres humains, sans demander l'autorisation à personne. Constatons l'actualité ce 25 Juin 2014. Lorsque c'est pour faire la guerre contre un ennemi des banquiers et des industriels, alliés des religieux, aux rois et leurs prêtres, mourir est un honneur! (pas pour les initiés)

Vous avez le droit à la médaille et aux rituels débiles accompagnés des trompettes et des croques-morts le fleuriste est content.

Je ne souhaite à personne de souffrir en sachant que c'est la fin et ce, quel que soit l'âge. Il faudrait peut-être sortir de son trou en allant visiter les gens en fin de vie dans les hôpitaux. Le clergé s'en charge mais pour des raisons financières. C'est du vécu.

Allez par exemple à Lamalou-les-bains (Pyrénnées)à la sortie du village, un dimanche d'été. Je vous souhaites bien du courage ou du plaisir. Plus de cent handicapés vous contemplerons allongés sur des civières, des chaises longues avec tout l'appareillage. Ils se pissent dessus et + amen.

Les politiciens sont là pour élaborer des lois en fonction des désirs et de l'évolution du peuple, pas en fonction d'une morale ayant tué, torturé, pillé, volé, au nom d'un divin.

Etre humain, c'est permettre à qui le souhaite, de partir dans de bonnes conditions avec le moins de douleurs physiques. L'être humain en fin de vie, (pour ceux qui ont encore leur conscience) doit gérer mentalement tout ce que la mort représente croyant ou non croyant, c'est déjà une torture.

Si un croyant veut souffrir pendant des années en fonction de ses croyances et mourir, c'est son affaire qu'il en paye le prix. Les musulmans entre autres, tuent ou se font tuer pour les petites vierges du paradis alors.....

Que le croyant laisse les autres partir humainement, au minimum, il aura fait une bonne action -intelligente.

PS. Je ne m'adresse pas à l'auteur du sujet que je remercie pour sa vision de la Liberté d'expression, tout le monde l'aura compris.

Écrit par : Pierre NOËL | 25/06/2014

La mère de Vincent Lambert dit qu'il n'est pas un "légume" mais le médecin traitant interviewé a affirmé que son état est "végétatif"!

"Que le croyant laisse les autres partir humainement", commentaire de Pierre NOEL, appelle mise au point: Le croyant estimant que ce moment de son existence est une étape dans, de et par la vie peut faire dire, par Vincent Lambert, ce qui suit: "Je veux vivre, bien sûr, mais cette étape présente de ma vie ne jouant pas, mon corps ne répondant plus, je vous prie de bien vouloir m'aider à passer à l'étape suivante, de ma vie, de la vie...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/06/2014

Oui Myriam, comme on peut dire que: "si ma tante en avait eu on l'aurait appelé "mon oncle"

Écrit par : Pierre NOËL | 26/06/2014

Pierre NOEL Lorsque mon mari est mort, après quelques jours, j'ai voulu faire de l'ordre dan le bas d'une armoire. Il y avait un carton à souliers bourré de vieux papiers. "Bon, pensé-je, je te fiche tout ça directement en l'air!" Alors il y a eu la présence de mon mari et comme son bras qui a saisi le mien en le retenant. J'ai trié les papiers, un papier, plus tard, pour raisons administratives fut à présenter au juge. "Je n'avais jamais, auparavant, regardé ce qui se trouvait dans ce carton". A la mort de notre fille, en sortant des bureaux, en face, sur l'autre trottoir, je vis réellement ma fille. Comme je me tournai vers mon mari pour le lui dire quelque chose en moi m'empêcha de le faire. Vingt ans plus tard,un soir, je "sus" que le moment était venu d'en parler à mon mari lui-même très malade. Je lui demandai si, en sortant, de ces bureaux, à la mort de notre fille, il avait remarqué quelque chose d'être ange: "Oui!, sur le trottoir, en face, Aude! (prénom de notre fille). Vous ne deviez pas, Pierre NOEL vous amuser à viser pour la détruire cette petite étoile espérance qui nous accompagne.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/06/2014

Les commentaires concernant Vincent Lambert n'étant pas encore déclarés fermés, parce que la pensée est action et que plus on est nombreux plus on peut influencer ("plus on est de fous plus on s'amuse")! je souhaite encore dire que Vincent, sans pouvoir réagir le moins du monde, voit et "vit" s'approcher de lui deux femmes, sa mère et son épouse. S'il souhaite qu'on le laisse partir en paix, il voit en sa femme l'amie qui respecte sa volonté et en sa mère soutenue par la loi l'ennemie qui le condamne à son état présent. Au contraire, s'il a changé d'avis et souhaite voir se prolonger sa vie telle quelle sa mère est son amie "de toujours"! et son épouse, son ennemie qui veut le faire "condamner à mort" mais une chose est certaine: les visages ou les membres de tels grands malades peuvent être parcourus de légers tremblements,tressaillements ou des crispations... frissons, sursauts que l'on ne peut en aucun cas interpréter (ce qui est l'erreur de la mère de Vincent). Pour donner un exemple en un tout autre domaine mais qui revient au même: le nouveau-né qui soudain "sourit"! en fait a une crispation dans son petit ventre voire une colique.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/06/2014

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