22/05/2014

Sarko-le-Bref n’aime pas les petits (Les Jeudis du Plouc)

 Sarko-le-Bref a un problème avec les petits. Un problème de taille : il ne les aime pas. Dans sa longuissime 2014.jpgtribune libre qu’il a adressée au Point, ce mépris surgit à maintes reprises comme un démon mal refoulé.

Photo prise au Carnaval de Düsseldorf

Sa grande idée est la création d’une Europe à deux vitesses. Plus d’intégration pour les dix-huit pays de la zone euros et moins d’intégration pour les autres. Ce projet n’a rien de nouveau ; il est partagé par un grand nombre d’acteurs politiques. Il repose sur un évident constat: l’Union européenne ne peut pas poursuivre selon son actuelle configuration. Le fait de partager une monnaie contraint à l’intégration.

Certes, mais quelle intégration ? La famille politique de Nicolas Sarkozy s’est toujours opposée à une Europe fédérale et l’ancien président de la République ne déroge pas à cette règle. L’intégration qu’il propose ménage un espace placé sous la domination conjointe de la France et de l’Allemagne. Citons-le :

 

Je plaide clairement pour la création d’une grande zone économique franco-allemande cohérente et stable au cœur de la zone euro qui nous permettra d’abord de mieux défendre nos intérêts face à la concurrence allemande en gommant nos handicaps fiscaux et sociaux et qui nous permettra ensuite de prendre le leadership des dix-huit pays qui composent notre union monétaire.

 

Voilà qui a au moins le mérite de la franchise, assortie d’une certaine dose de candeur. En effet, si cette zone aurait pour effet ­– comme le soutient Sarkozy – de mieux défendre les intérêts français vis-à-vis de l’Allemagne, il serait étonnant que cette dernière accepte d’entrer dans une zone économique dont l’un des buts serait de réduire ses avantages!

De même, l’ex-président français ne manque pas d’air (il faut dire que cet élément ne lui a jamais fait défaut) lorsqu’il propose aux seize autres pays de la zone d’accepter la domination franco-allemande. Croit-il sérieusement que ce leadership – pour reprendre son sabir – passera comme une lettre à la poste aux Pays-Bas, en Belgique, Italie, Espagne, Danemark, Pologne et auprès de tous les autres Etats de la zone euro ? Il risque fort de se faire rétorquer qu’avant de dominer l’Europe, Paris ferait bien de balayer devant sa porte et de construire des trains aux dimensions de ses gares!

Ce culot ainsi exprimé révèle la persistance au XXIe siècle du vieux fonds impérialiste de la droite bonapartiste. L’héritage culturel, historique et politique que porte Sarkozy veut faire de la France la nation qui dirige les autres. Mais ce rêve s’est écroulé à la fin des guerres napoléoniennes et il s’est définitivement évaporé en juin 1940. Pour cette partie de la droite française, ce rêve pourrait reprendre forme s’il se fixe sur la puissance économique allemande. Berlin aux fourneaux et Paris aux commandes. Et les autres, qu’ils suivent et se taisent. Ils n’existent que pour faire de la figuration. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy le leur signifie sans ambiguïté:

 

Ce n’est faire injure ni à Chypre, ni à Malte, ni au Luxembourg que d’affirmer que leurs responsabilités ne sont pas les mêmes (…) Je le dis aux dirigeants français comme allemands, le leadership n’est pas un droit, c’est un devoir. C’est à l’Allemagne et à la France d’assumer la plus grande part de la responsabilité dans la conduite du gouvernement économique de la zone euro.

 

Nicolas Sarkozy montre ainsi à quel point lui et sa famille politique sont incapables de comprendre les principes qui régissent le fédéralisme. Celui-ci puise sa force, non pas dans la domination d’une partie sur les autres, mais dans la concertation entre les parties. Les petites entités peuvent participer à la direction de  l’ensemble grâce à des mécanismes que chaque Etat fédéral a mis au point pour compenser la puissance des entités plus importantes.

 

Basée sur la domination de deux Etats sur les seize autres, l’Europe centralisatrice de Sarkozy se situe donc aux antipodes d’une Europe fédérale, seule à même, si elle voit le jour, d’assurer l’harmonie entre toutes ses composantes.

De plus, le tandem dominateur proclamé par le ci-devant président fait un peu alliance de l’aveugle et du paralytique. Dans ces conditions, on voit mal comment l’Europe sarkozienne pourrait avancer. Surtout, si c’est le paralytique qui porte l’aveugle.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Débat sur I-Télé à propos de la tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Point 

 

 

17:33 | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : nicolas sarkozy, france, allemagne, europe | |  Facebook | | |

Commentaires

Raison pour laquelle en telle conjoncture l'adhésion de la Suisse à l'Europe "des deux"! serait pour ne pas dire plus prématurée.

Écrit par : Solange | 22/05/2014

Raison pour laquelle en telle conjoncture l'adhésion de la Suisse à l'Europe "des deux"! serait pour ne pas dire plus prématurée.

Écrit par : Solange | 22/05/2014

Evidemment, ce bonapartisme existe encore, il émane des incantations de De Gaulle sur la France éternelle qui consistait en réalité à s'imaginer que la France de Louis XIV était extensible à l'infini, qu'elle est comme une machine qu'on peut agrandir indéfiniment, et non comme un être vivant qu'agrandir déchire et fait imploser, ce qui est pourtant bien le cas. J'ai publié hier une note qui va totalement dans votre sens: http://remimogenet.blog.24heures.ch/archive/2014/05/21/communaute-nationale-d-etat-elections-europeennes-856064.html Il faut savoir retomber sur Terre, et les gaullistes n'y arrivent pas bien.

Écrit par : Rémi Mogenet | 22/05/2014

Jean-Noël Cuenod vous nous sortez là un drôle d'argument?

"Paris ferait bien de balayer devant sa porte et de construire des trains aux dimensions de ses gares!" ça n'a rien à voir que sais-je.

Pour le reste on est d'accord.

Comparer Sarkozy à De Gaule c'est ne pas faire la différence entre un grand cru et un petit vin "quitache"

On se fout royalement de Sarko pour la majorité de -Français. Ce qu'il raconte n'a aucune valeur sauf, pour les monarchies musulmanes, chrétiennes et les finances islamiques. C'est un vendu comme les autres dont Lagarde du FMI:

http://www.dailymotion.com/video/x7jn4s_christine-la-garde-la-finance-islam_webcam&start=6

Après on s"étonne de l'islamisation de nos bleds?

Que Sarkozy reste là ou il est et se fasse payer 100 000€ pour raconter ses âneries, les monarques le payent pour cela. Que le peuple Européen s'abstienne de croire béatement et bêtement à cet idiot-utile peu instruit.

Écrit par : Pierre NOËL | 22/05/2014

Bien vu Jean-Noël. C'est le retour démasqué du nationalisme, et Sarko se positionne exactement de la même manière que Putin à sa manière, qui ne veut pas devenir membre d'une union européenne égalitaire, mais réclame au contraire une Eurasie dont Moscou serait le leader.
Ni Moscou, ni Paris, ni Bonn, mais une grande Europe fédérale des régions, c'est à l'évidence la seule solution viable à long terme.
Je crains malheureusement que si ça continue comme cela, il nous faille une guerre de plus pour parvenir enfin à le faire comprendre :-(

Écrit par : Philippe Souaille | 23/05/2014

Mais non, Philippe, mais en tout cas, je constate avec plaisir que vous et Jean-Noël Cuénod soyez totalement favorables à l'Europe des Régions que je défends aussi avec François Alfonsi: http://www.lavoixdesallobroges.org/tribune-libre/706-remi-mogenet-vote-francois-alfonsi-aux-europeennes-2014 Il va falloir faire un club franco-suisse, avec aussi l'artiste Ben!

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/05/2014

La philosophie de l'Europe est très belle lorsque les individus peuvent entreprendre. Mais nos écoles fabriquent des salariés attendant, ou cherchant un emploi en général à bas coût, en se posant la question: "Mais que fait notre gouvernement pour que nous aillons un emploi?"

Nous vivons et allons vivre en Europe une épouvantable crise due à une transformation des systèmes économiques. Sans compter que la Russie veut notre perte et que les USA veulent nous manger avec des hormones.

Pas de croissance, plus d'argent dans les caisses et des dettes. Une Europe des régions en éliminant progressivement les états, c'est aussi la disparitions des systèmes sociaux et la fin de la hausse des salaires, bien que depuis presque quinze ans les salaires n'ont que peu augmenté.

Écrit par : Pierre NOËL | 23/05/2014

Je ne vois pas en quoi, Pierre Noël, l'Europe des régions peut aussi relancer les salaires en débloquant des situations contrôlées par des grands patrons unitaires qui profitent d'une uniformisation des systèmes pour imposer leur volonté. Il n'y a qu'à voir si les salaires sont élevés plutôt dans les pays très régionalisés ou les pays très centralisés. L'Etat qui garantit les hauts salaires est une bonne blague, Victor Hugo disait déjà que Louis XIV avait créé une égalité, une situation où tout le monde était égal à ses pieds, c'est ce qu'on appelle le nivellement par le bas. La capacité à entreprendre vient justement d'une situation où l'Etat ne contrôle pas tout, où il n'empêche pas le dynamisme individuel ou régional au nom de l'égalité universelle. Voyons la Corse, où il se décide des choses dans un sens dynamique, qui peut faire de l'île un pays original, mais où c'est cassé par l'Etat central parce qu'au fond il a peur que ce dynamisme lui échappe.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/05/2014

Il y a trois jours un homme politique français a évoqué l'Europe désormais "une seule et même nation"! Jean-Noël Cuénod conseillant à Paris de balayer devant sa porte et de construire des trains aux dimensions des quais de ses gares aurait pu ajouter... et une armée française en mesure de protéger la France ce qui aujourd'hui (émission Cdans l'air de ce jour) n'est pas le cas.

Écrit par : Solange | 23/05/2014

Remi Mogenet, l'Europe des régions ne relancera pas la hausse des salaires puisque qu'elle fera disparaître l'autorité de l'état. (quant elle ne fera pas disparaître purement et simplement l'état)

De qu'elle économie vous parlez pour une Europe des régions. Car là ou il y a du tourisme et de l'agriculture il y a des possibilités mais là ou il n'y a rien ou peu, comment vit la région? Vous n'êtes pas sans savoir que les délocalisations pour raisons fiscales et "marché mondial" anéantissent peu à peu tout espoir pour tous les employés issus du monde des masses salariales.

Concernant les technologies nouvelles les robots arrivent sur le marché dans des trains à grande vitesse (TGV)

Une Europe fédérale avec des grandes régions suppose la fin des états. Cette fin a des conséquences fâcheuses.

Avec d'autre nous avions réfléchi dans les années 1990 au bien fait des circuits cours pour les agriculteurs et les commerçants. L'idée n'a pas été retenue on nous a même pris pour des farfelus. Aujourd'hui je constate que l'on y vient tout doucement.

Nous avions également proposé que des écoles entrepreneuriales soient greffées aux grandes écoles, on s'est pris une envolée de bois sec par les énarques et autres médiocres issus de ces grandes écoles de la médiocrité.

Aujourd'hui ce sont ces gens là qui occupent les plus hautes fonctions en restant sur les modèles des années 70/80/90 de la société de consommation. Le résultat (provisoire) est ici:

http://www.usdebtclock.org/index.html

Ne parlons pas des plus de trois milles milliards de l'Europe!

Alors avec quoi on fait une Europe des régions?

Enfin, pour répondre à votre question "sur les rois"

Tout simplement après avoir étudié le pourquoi des croyances et des religions. Ma (et notre) déduction est sans appel, tout n'est que mensonge et manipulation. Les croyances ont permis aux rois d'avoir un bouclier pour se protéger de la conccurence des pouvoirs, et de la vindicte populaire. Ca nous vient droit des Pharaons il y a plus de six milles ans, leurs scribouillards et leurs "prêtres" afin de durer dans le temps, (les dynasties) guerroyer et piller, violer et voler (dont les plus belles filles) amasser de l'or et autres métaux mais aussi organiser la vie sociale avec au bout du compte un enfer et un paradis selon les besoins de la cause et avoir le plus d'esclave au service du bon roi..

Vous comprenez ma méfiance à une morale cosmique et tout le tralala. Cela dit, il faut rechristianiser l'Europe, car l'islam est là avec ses bonnes intentions charriaques (mot inventé par moi) si vous avez mieux, merci de le communiquer.

En résumé "pour faire court" oui à un état simplifié garantissant les fonction régaliennes et la justice d'un système social hyper préservé et réservé.

Quant à une fédération d'Europe oui mais (objection) basé sur quel système économique pour faire quoi? N'oublions pas que c'est presque la fin des énergies fossiles, et que le réchauffement climatique a déjà des conséquences à l'échelle des pays, ce qui va changer bien des choses.

Quels seront les programmes pour l'éducation des gamins, et pourquoi faire, dans quel système, j'attends avec impatience vos idées, (en deux mots) avec beaucoup d'intérêt.

PS peut-être que je vous indiquerai comment j'ai pratiqué avec mes concepts sur certains.

Bon Dimanche.

Écrit par : Pierre NOËL | 24/05/2014

Je ne pense pas que vous m'ayez répondu quant aux rois, car je n'ai nié ce dont vous parlez, je vous dis: pourquoi le réserver aux rois? Est-ce que les républiques ne font pas souvent pareil pour protéger des élites? une oligarchie? Je ne saisis pas pourquoi il faut se focaliser sur les rois, alors que pour moi le pouvoir est toujours susceptible d'utiliser, quelle que soit sa forme extérieure, le culturel ou le religieux pour mystifier les gens. Même un homme élu démocratiquement peut le faire, il peut chercher à contrôler la vie culturelle et religieuse pour donner de soi ou du régime en place une image glorieuse. De Gaulle même laissait entendre qu'au fond il avait été choisi par la Providence, et que le peuple ne faisait que le confirmer par son vote.

Par ailleurs, je ne saisis pas pourquoi parce que l'autorité de l'Etat est dissoute il n'y aurait pas de haut salaire. Je ne vois pas le rapport. L'Etat garantit en France un revenu minimal, qui n'est pas spécialement élevé. Il ne garantit pas de haut salaire. Bien au contraire, parce qu'en France le système éducatif est centralisé et soumis à un quasi monopole d'Etat, celui-ci, ne craignant pas la concurrence, paie ses enseignants plus mal que la plupart des pays d'Europe. Je dis donc que si la concurrence s'établissait entre les régions de France, en réalité, il y aurait globalement des salaires plus élevés, et que les salaires les plus bas seraient justement ceux pratiqués actuellement. Or, cela ne leur nuit pas, en soi, il n'y a pas lieu de se plaindre que d'autres aient des salaires plus élevés, si on a soi-même le même salaire qu'avant! On devrait au contraire être content pour eux.

Pour les programmes, je l'ai dit, l'important est que chaque professeur puisse créer au moins en partie le sien, afin de relier ce qu'il enseigne à quelque chose qui puisse parler à ses élèves. Or, les élèves sont très différents d'une part selon leur âge, d'autre part selon les lieux. A cet égard, on peut donner des pistes globales, mais on ne peut pas créer de programmes détaillés. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas être naïf. Si on veut faire une éducation morale, les injonctions tirées de la Bible, du Coran ou de l'oeuvre complète de Voltaire sont simplement du décorum, ce qui réellement s'imprime, c'est la manière dont les enseignants présentent le monde réel: ce qui apparaît comme loi au sein du réel crée des modèles pour les personnes une fois devenues adultes. La morale enseignée en parole reste dans les paroles et ne sert, globalement, qu'à se justifier auprès d'autrui, à faire croire qu'on se comporte bien, en fonction des principes établis officiellement comme les meilleurs. Ensuite il faut voir les actes, qui peuvent émaner de quelque chose de tout à fait différent! Si on veut donc faire une éducation morale, on sera obligé par exemple de dire que l'évolution humaine s'est faire grâce aux belles actions des grands hommes désintéressés et généreux. Evidemment, si on n'y croit pas, ça ne marchera pas non plus. On ne peut donc pas éduquer moralement des enfants si on ne croit pas soi-même que c'est les bonnes actions qui ont fait avancer le monde, c'est la triste réalité, il faut alors changer de métier.

Écrit par : Rémi Mogenet | 24/05/2014

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