08/05/2014

Merci Poutine ! (Les Jeudis du Plouc)

 

L’Union européenne ronronnait comme une chatte au ventre plein de croquettes. Endormie sur son mol oreiller, elle remettait à des calendes de plus en plus grecques, ces devoirs pleins de casse-têtes chinois: sa gouvernance, sa défense, sa diplomatie, sa politique énergétique. Et voilà que les appétits de Poutine en Ukraine ont donné un grand coup de pied aux fesses bruxelloises.

 

En se faisant damer le pion, à chaque coup, par l’autocrate moscovite, l’Union européenne ne peut plus cacher ce qui est devenu une évidence: son mode de direction est d’une constante inefficacité. Avec un parlement croupion, sorte de communauté réduite au caquet, et une Commission représentée par un ectoplasme qui, selon certaines rumeurs, s’appellerait Barroso, l’Union reste dirigée, si l’on peut appeler les choses ainsi, par les 28 chefs d’Etat ou de gouvernement des pays qui la composent. Alors que de son côté, Poutine décide de tout, tout seul, selon les antiques principes du despotisme oriental. Imaginez une équipe de hockey avec 28 entraîneurs pour décider de la tactique de jeu. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que Bruxelles touche le puck?   

 

Concernant sa défense, le fait que personne ne songe une seconde à engager le moindre trouffion sur les frontières de l’Union démontre bien son inexistence. Or, l’OTAN est dans les mains des Etats-Unis qui ne veulent surtout pas s’engager militairement. Sans défense, la diplomatie ne sert pas à grand-chose; la baronne Ashton (photo) est donc la ministre d’affaires qui sont très étrangères à Bruxelles. Son charisme de théière oubliée au fond de l’armoire l’illustre d’éloquente façon.

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Quant à la politique énergétique, la dépendance des pays européens vis-à-vis de la Russie est patente. La Fédération est le premier fournisseur de gaz de l’Union (19% de sa consommation) et le second, de pétrole (16% de sa consommation). Certes, cette dépendance est à double tranchant, dans la mesure où les achats européens d’énergie représentent 40% du budget annuel de la Fédération. Sans cette manne, Poutine n’aurait guère d’huile financière pour rouler ses mécaniques. Mais il n’en demeure pas moins que si Moscou ferme le robinet énergétique, les pays européens risquent fort de s’enrhumer. Pour le coup, les médias pourront légitimement parler d’un retour de la Guerre froide! 

 

Sous les coups du grand ménage de printemps que l’oligotsar mène en Ukraine, tous les sujets embêtants que Bruxelles avait mis sous le tapis réapparaissent. Cette fois-ci, il va bien falloir les régler d’une manière ou d’autre autre. 

Soit l’Europe abandonne tout projet politique et se contente d’être une zone de libre-échange, prête à être avalée par le Traité transatlantique, abdiquant ainsi toute indépendance à l’égard des Etats-Unis. Et alors, Poutine réalisera son rêve de reconstituer l’Empire perdu lors de la chute du communisme. 

Soit, l’Union européenne choisira la voie fédérale, donnant à une gouvernance démocratiquement élue des pouvoirs accrus en matière de diplomatie, de défense et d’énergie, ces trois domaines fondamentaux qui ne peuvent plus être réglés à l’échelle de pays de modestes dimensions, comme ceux qui forment l’Union.

 Mais le statu quo ne sera plus possible après la séquence russo-ukrainienne. Si l’UE repart d’un bon pied, elle pourra dire: merci Poutine!

 

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Très bien vu.

Écrit par : Philippe Souaille | 08/05/2014

Cette Europe ressemble à la baronne, c'est la raison pour laquelle nous ne volons plus lui faire l'amour. (sauf pour le fric, les chefs d'entreprises le savent)

Profitant du vide, Poutine a cru bon sauter sans parachute. Il n'est pas le seul, l'islam et ses adeptes ont le même comportement; (sans aucun amalgame) au bout, c'est l'enfer sur terre.

Lorsque nous nous réveillerons de nos croyances stupides, il sera trop tard pour beaucoup d'europathes, le système social aura disparu, nous pourrons rivaliser avec les chinois.

Les jeunes devront créer leurs activités ou avoir des diplômes hyper pointus pour prendre leur destin en main. Au moins, pour celles et ceux qui auront pu résister.

Cette Europe est moribonde, qu'elle disparaisse on ne veut plus payer pour faire l'amour.

Écrit par : Pierre NOËL | 08/05/2014

Je doute cependant que la Grande-Bretagne accepte de faire partie d'une Europe fédérale. A tort ou a raison est une autre question.

Écrit par : Mère-Grand | 08/05/2014

Bien d'accord, surtout en ce qui concerne la théière au fond de l'armoire, l'ectoplasme et le parlement croupion.

Cela dit je ne suis pas sûr qu'une fédération européenne aurait changé quoique ce soit. A moins qu'une telle fédération soient bien indépendante des Etats Unis et aurait eu l'intelligence de ne pas se commettre en Ukraine.

Ce ne sont pas des mesures de rétorsions qui amèneront Poutine à résipiscence, car on le voit un peu trop en pleine reconquêtes de son empire et on sous estime la réelle partition de l'Ukraine en trois zones de sensibilités bien différentes. Il était évident qu'avec la nouvelle donne, il ne laisserait pas tomber les cousins d'à-côté qui se sentent désormais en danger. Mais je doute que l'ouest des néonazis de Lviv l'intéresse.
En attendant, ils développe les liens avec la Chine qui ne dit pas non, bien au contraire.
On est encore plus mal qu'avant ! Mais il n'est peut être pas trop tard pour bien faire.

L'Europe depuis 2005 s'est auto-hypntotisée dans les phantasmes de grandeur ,trop large pour elle, de certains apprentis ploutocrates. C'est le moment de bâtir l'Europe réelle où les nations redeviennent elles-même avec toutes leurs ressources d'esprit.

Écrit par : aoki | 09/05/2014

C'est le général Charles de Gaulle qui s'est opposé à la défense européenne, sous prétexte que l'Allemagne allait se réarmer.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 09/05/2014

On ne perd pas de vue, n'est-ce pas, que pour les personnes directement concernées ici, habitants, humains, hommes et femmes, enfants... les sieurs "pétrole" et "gaz" ne sont pas le problème premier, unique.

Écrit par : Alix | 09/05/2014

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