29/04/2014

Manuel Valls n’a plus de majorité

 

imgres.jpgManuel Valls a déployé mardi tous ses talents – réels ­– d’orateur pour faire voter son plan d’économie de 50 milliards d’euros de la façon la plus large possible. Mais l’anaphore (répétition du même thème à chaque début de phrase) – «J’assume, oui, j’assume!» – est tombée dans l’oreille de plus en plus sourde des députés de son Parti socialiste. Finalement, le plan a été voté par 265 voix contre 232 et 67 abstentions. Certes, ce vote n’avait pas de force obligatoire et de toute façon, Valls étaient certain de l’emporter.

 

 Mais l’important n’était pas là. Il s’agissait pour lui de recoller les morceaux de sa majorité, afin de disposer de l’assise politique nécessaire pour conduire le plan de réduction de la dette publique le plus sévère depuis des décennies. D’où la dramatisation que le nouveau premier ministre a orchestrée depuis plusieurs jours pour faire de cette consultation, un vote de confiance bis. Or, l’opération a échoué. 

Sur 275 députés siégeant sur les bancs socialistes, 41 se sont abstenus, alors que le premier ministre estimait ces abstentionnistes à 25, voire 30 au grand maximum. Trois députés apparentés au PS ont même voté contre le plan, les chevènementistes Marie-Françoise Bechtel, Christian Hutin et Jean-Luc Laurent.

Théoriquement, les Verts font encore partie de la majorité. Théoriquement, car en pratique, c’est autre chose.  Sur 17 députés écolos, 12 ont carrément voté contre le plan, deux se sont abstenus ; seuls trois ont soutenu le gouvernement. Les radicaux de gauche se sont montrés les plus fidèles à la majorité. Aucun d’entre eux n’a refusé le projet, deux se sont abstenus et les 13 autres ont choisi de faire encore un tour de Valls dans l’hémicycle.

Dès lors, le premier ministre qui souhaitait avoir son camp uni derrière lui a manqué son coup.

 

Toutefois, des fissures sont aussi apparues dans le bloc de l’opposition. Passons sur  l’UMP et ancien ministre Frédéric Lefebvre  qui a voté pour le plan Valls et trois autres députés qui se sont abstenus. Ils n’ont guère pesé face aux 192 représentants de leur parti qui ont rejeté le gouvernement. En revanche, les centristes de l’UDI se sont montrés beaucoup plus sensibles aux arguments de Manuel Valls. Sur 30 députés, 17 se sont abstenus, trois ont voté pour le plan et seuls sept l’ont refusé.

 

La majorité absolue étant de 289 députés, le chef du gouvernement voit sa marge de manœuvres se réduire. La mésentente avec les Verts tourne au divorce. Preuve de la colère de Manuel Valls à leur endroit: alors qu’il avait inscrit la transition énergétique dans le texte écrit de son discours, il l’a zappée à l’oral, sans doute lorsque le premier ministre a appris la volte-face des Verts qui lui avaient donné des signes d’apaisement quelques heures encore avant le vote.

 

Ses relations avec une partie désormais importante ­des députés de son propre parti se sont encore tendues. Le chef du gouvernement sait qu’il ne pourra pas compter sur leur soutien automatique. Pour arracher leur vote sur d’autres coupes budgétaires, il devra leur donner des gages. Ou alors, s’entendre avec les centristes au coup par coup pour faire passer les pilules les plus amères qui ne manqueront pas d’être prescrites aux Français.

 

Dans un pays normal, ce genre de situation appellerait un gouvernement de coalition entre sociaux démocrates et centristes. Mais voilà, la France n’est pas un pays normal. Elle aime les paysages politiques nets et rectilignes comme les jardins de Le Nôtre. Elle devra désormais s’habituer aux terrains vagues.

 

 

Jean-Noël Cuénod


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L'intervention de Valls à l'Assemblée nationale


"J'assume": L'anaphore de Manuel Valls - 29/04 par BFMTV

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24/04/2014

Bernard Thomas-Roudeix : défigurer pour reconfigurer (Les Jeudis du Plouc)

 

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Qu’est-ce qu’un artiste peut bien figurer, alors que des entrepreneurs en installations diverses réinventent chaque année le pissoir de Duchamp? Remarquable ustensile, au demeurant, qui fait encore usage plus de cent ans après sa conception. Saluons le non-artiste. Voilà de la plomberie sanitaire qui vous nourrit son homme et qui, en même temps, le soulage.

A quoi peut bien servir la figure, je vous le demande? A faire de la figuration peut-être? Oui, mais alors, pas de la figuration intelligente.

Elle ne sert à rien, figurez-vous, puisqu’elle est bonne à tout. Avec l’image, sa mère maquerelle, la figure a fait tous les trottoirs sous ses diverses parures: après les clichés sur verre, les instantanés, les polaroïds, elle atteint le sommet de ses formes par la grasse grâce de la photo numérique que diffusent les réseaux sociaux à jet tiède continu. Avec la photo argentique, tout le monde s’est figuré devenir peintre. Avec la photo numérique, tout le monde se figure être photographe.

Depuis plus d’un siècle, les artistes n’ont donc eu de cesse que de besogner cette figure qui ne figure plus rien. Le Plouc parle bien sûr des artistes authentiques et non des entrepreneurs en installations diverses qu’il évoquait au début de ce papier. Eux, font des sous mais non des œuvres.

 

Parmi ces pétrisseurs de formes, figure le peintre, sculpteur et céramiste Bernard Thomas-Roudeix. La figure, il s’en saisit, la lave, la nettoie, la débarrasse de toutes ses souillures merdiatiques, la travaille, l’alchimise, la transmue. Bref, il l’a dé-figure. En la défigurant, l’artiste la sort de l’empire du dérisoire, pour la restituer à sa véritable vocation qui est celle d’être une porte. Car c’est par la figure que l’on entre dans les êtres.

Ouvrez donc les portes de Bernard Thomas-Roudeix. Vous y verrez des mondes intranquilles, bouleversés, bouleversants, traversés d’éclats de larmes, zébrés de sanglots de rire, semés de lambeaux de sourire, formés d’organes à vif, abreuvés de sang solaire.  Ces mondes-là, sont les vôtres, en vrai. Non pas en toc. Il y a du réel plus réel que toutes vos réalités chez Thomas-Roudeix.

Comme il faut éteindre l’ordinateur pour le reconfigurer, il faut défigurer la forme pour qu’elle revive.

 

L'Incertain… regard sur Thomas-Roudeix

 

 Pour approcher le travail de cet artiste, la lecture de L'Incertain, remarquable «revue de création littéraire et critique», se révèle bien utile, tant il est vrai que les poètes savent dire ce qui se cache dans les replis d’une œuvre. Elle a donc consacré son deuxième numéro à Bernard Thomas-Roudeix. Le poète Jean-Durosier Desrivières publie une interview de l’artiste et six de ses planches de gravures que Desrivières éclaire d’autant de poèmes courts.

A une époque où rien n’est plus certain que l’incertain, on ne saurait d’ailleurs trouver à une revue un titre plus adéquat. Elle est publiée, sous forme d’un livre format «poche», par les Editions K à Fort-de-France. Donc loin du remugle parisien, là où soufflent les tempêtes florales et charnelles des poètes antillais.

 

La démarche de L'Incertain s’inscrit parfaitement dans celle de Thomas-Roudeix. Cette dé-figuration en vue d’une re-configuration, on la retrouve aussi dans les poèmes  de Jean-Durosier Desrivières et plusieurs textes des autres auteurs de la revue (Cécile Baltz, Gérald Désert, Alexander Dickow, Frankito, André Lucrèce, Fanfan Mahotière, Buata Maléla, Charles Edgar Mombo, Jean-Marc Rosier). Elle est particulièrement perceptible dans un poème de Francky Lauret «Rozoir-Arrosoir»  écrit en créole et en français, sur deux pages face à face.

 Voilà une expérience que L'Incertain ferait bien de renouveler. Affadie par l’actuel plat babil littéraire, la langue française aurait bien besoin d’une bonne transfusion de sang créole.

 

Jean-Noël Cuénod

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Deux oeuvres de Bernard Thomas-Roudeix: en haut, Etreinte III; en bas, Remords.

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20/04/2014

Le Christ et sa libre parole

 

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Voilà le Christ quittant son tombeau, son linceul, ses bandelettes qui attachaient son corps d’humain. Il est revêtu de lumière nue, marche en plein midi et invite les femmes et les hommes qui le veulent à se dépouiller de tous les métaux qui sont autant d’entraves qui empêchent la marche. Serait-ce un acte simple comme bonjour ?

 

C’est aller trop vite en besogne, et faire bon marché de l’extraordinaire génie des humains qui les pousse à forger leurs propres chaînes avec tant d’ingéniosité et de raffinement. Chaîne de la cupidité qui entraîne les riches dans la spirale sans fin du «toujours plus». Chaîne de la soumission qui force les pauvres à accepter l’inacceptable sans révolte. Chaîne des stupéfiants, légaux ou illégaux peu importe, qui obnubile tous les autres dans l’illusion d’une consommation sans frein et sans autre but que sa satisfaction jamais satisfaite. Tant de chaînes qui font de nous des êtres assis. Tant de chaînes à jeter bas…

 

Dans sa marche de Pâques, le Christ nous désigne le chemin pour devenir libre. Mais il ne saurait être libre à notre place. Cette liberté, c’est à nous de la conquérir, jour après jour. Lorsque nous refusons d’être soumis aux puissances économiques, aux pouvoirs politiques, aux institutions ecclésiastiques, c’est le Christ qui parle en nous. En faisant nôtre sa libre parole, nous sommes hors d’atteinte de toute oppression.

 

 

Jean-Noël Cuénod

Photo: la foudre du Christ de Corcovado, au-dessus de Rio

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17/04/2014

Madame Jésus Christ a-t-elle existé ? La belle affaire !(Les Jeudis du Plouc avec vidéo)

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Dès qu’il s’agit de revêtir le Christ avec les oripeaux de l’actualité, la planète Média se met à tourner encore plus vite. La récente publication d’une découverte a jeté les Saintes Huiles sur un sacré feu. Le fragment d’un papyrus datant du IVe siècle –rédigé en copte et découvert en Egypte ou en Syrie – révèle la mention suivante: «Jésus leur a dit, ma femme…» 

Faux forgé par une main sataniquement habile? Document authentique remettant la femme au milieu de l’Eglise? Les historiens se battent comme des diables dans un bénitier. Les prélats se voilent la face devant ce sein peut-être saint qu’ils ne sauraient voir.

 

La belle affaire! Que Jésus soit ou non marié, qu’il ait connu bibliquement ou non Marie Madeleine, voilà qui ne relève que de l’anecdote. En quoi cela change-t-il le message fondamental du Christ qui a traversé les déserts, les océans, les plaines, les montagnes ainsi que les siècles? Ce message est inscrit dans la célébration de Pâques: Dieu –  l’Etre des Etres ou quel que soit le nom dont on l’affuble – s’est incarné, a subi les violences que l’humanité s’inflige à elle-même, et fait l’expérience de la mort pour en triompher. Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu, disait Saint Irénée (IIe siècle). En d’autres termes, le Christ a montré la voie pour arracher les chaînes qui attachent l’humain à son angoisse de mourir. Il n’est pas de plus grande liberté.

 

Les institutions, sous leurs diverses formes, n’ont eu de cesse d’enfermer Jésus Christ dans des normes et des rôles: est-il Dieu ou homme? Est-il Dieu et homme ? Est-il Dieu hominisé? Dieu humanisé? Mais le Christ n’a que faire de nos catégories carcérales. Il est libre. Il est même la Liberté. Celle qui triomphe de tout, de l’injustice et des bourreaux, de l’oppression et des tombeaux. Aucune Eglise, aucun Etat, aucune organisation ne saurait l’enfermer car le Christ est toujours là où on ne l’attend pas. On le croit au ciel? Il partage le quignon de pain du prisonnier. On le croit cloué à sa croix? Il vibre dans notre cœur.  On le croit en majesté? Il reçoit les crachats de la foule. On le croit à la droite de Dieu? Il se proclame Fils de l’Homme. On le croit particule ? Il est onde.

 

Alors qu’il soit ou non marié ne change rien au fait qu’à une époque où les femmes étaient méprisées, il a choisi l’une d’entre elle, Marie de Magdala, pour annoncer sa résurrection. C’est-à-dire la victoire définitive de la vie sur la mort.

 

Tout le reste n’est que vain babil.

 

A toutes et à tous, belles Pâques

 

Jean-Noël Cuénod


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12/04/2014

LE SANG DES ETOILES

LE SANG DES ETOILES

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Molle molécule dans le sol

Infime reste de mon corps

Rendu à sa glèbe initiale

Glissant coulant dans les replis

De l’infini minuscule

Voyage au centre de la terre

Par les veines diamantifères

Par l’eau noire pailletée d’or

Quelle fête pour un cadavre !

Ce moi-même infime et caduc

Mélangé à d’autres déchets

Nourrira le sang des étoiles



Jean-Noël Cuénod 

Photo: http://www.picdumidi.com/soirees-etoilees

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

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10/04/2014

Manuel Valls et la perruque poudrée de Monsieur Désir (les Jeudis du Plouc)

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  A peine quelques heures après avoir réussi son grand oral devant les députés, patatras, le nouveau premier ministre français Manuel Valls commet plus qu’un crime, une faute, en nommant secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, l’ex-patron du Parti socialiste Harlem Désir. « Il s’agit moins d’une promotion  que d’une exfiltration », susurre le site de «Libération». En effet, le désormais ancien premier secrétaire du PS ayant démontré toute l’étendue de son incompétence, il fallait d’urgence lui trouver un autre poste, encore plus haut placé, encore plus important. Lamentable !

 

A la tête de son parti, Harlem Désir s’est montré au-dessous de tout. Au lieu de l’animer, il l’a assoupi. Au lieu de le réveiller, il lui a chanté des berceuses. Il s’est montré incapable d’assurer l’unité des socialistes et de préparer le tournant social-libéral impulsé par les choix de François Hollande. La punition a été sévère : le PS a subi une déroute effarante aux municipales. Certes, l’impopularité du président socialiste, empêtré dans ses promesses de Gascon hollandais, et la hausse continue du chômage sont les principaux facteurs de la débâcle. Mais un parti ne perd pas des élections locales aussi massivement, malgré une solide implantation, sans que sa direction n’en porte une lourde responsabilité.

 

Harlem Désir ayant notoirement démérité, son éjection de la direction du parti présidentiel devenait donc inévitable. Les salariés qui se trouvent dans cette situation doivent pointer à l’assurance-chômage en essayant de se former en vue d’une reconversion. Mais Monsieur Désir ne fait point partie de cette valetaille. Il est du sérail. Il a sa perruque poudrée, sa culotte moirée et ses bas de soie. La Nation lui doit les égards qu’elle réserve à ses grands incapables. Voilà donc le Secrétariat d’Etat aux affaires européennes à lui offert sur un plateau doré.

 

Dans leurs discours, le président Hollande et le premier ministre Valls n’ont que l’Europe à la bouche. L’Europe, unique objet de leur assentiment. L’Europe comme seule voie possible pour parvenir à la croissance. L’Europe comme lieu décisif pour impulser une politique dans la tourmente mondialisée. Mais dès qu’il s’agit de passer aux actes, ils n’ont rien de plus pressé que de confier les clés de ce domaine, si décisif à leurs yeux, au type qui n’a même pas réussi à faire le ménage dans son parti.

 

Ce faisant, le président et le chef de son gouvernement ont fait fi de la pitoyable image qu’ils allaient donner aux autres pays européens et ont pris le risque d’affaiblir la France – qui n’a déjà pas bonne réputation à Bruxelles – au sein de l’Union, pour un motif futile. « Mais Harlem Désir, ne fera pas beaucoup de dégâts puisqu’il sera placé sous la coupe du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius », répliquera-t-on. Ah bon ? Mais en ce cas, pourquoi s’encombrer d’un secrétaire d’Etat aux affaires européennes, s’il n’est là que pour porter les valises du ministre ?

 

François Hollande voulait « présider autrement », mais il fait comme les autres en plaçant ses copains et en traitant l’Europe par-dessus la jambe. Manuel Valls n’a pas eu le cran de lui résister, malgré ses jolis coups de menton à l’Assemblée nationale.

 

 

Jean-Noël Cuénod


 

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08/04/2014

Manuel Valls un bon discours dans la pire des situations (avec vidéo)

 

 

Pour son discours engageant, mardi après-midi, la responsabilité du nouveau gouvernement socialiste français, Manuel Valls était condamné à être bon. Il le fut. Les premiers pas d’une nouvelle équipe dirigeante sont déterminants à une époque où tout va très vite, du fait de l’hystérie médiatique généralisée et du quinquennat qui, en raccourcissant le mandat présidentiel de deux ans, a accéléré tout le processus politique en France. Le défi était d’autant plus important à relever pour le premier ministre que son parti a subi un effondrement historique à l’issue des élections municipales. Il fallait tourner la page, au plus vite.

Manuel Valls a donc plutôt réussi son grand oral à la forme et au fond.

 

A la forme.

Son ton clair, ferme mais calme a tranché avec les vociférations infantiles d’une partie des députés UMP, les moins présentables d’entre eux, tel Balkany, se montrant les plus odieux. Ce qui a plutôt servi le nouveau chef du gouvernement. Valls a ensuite ajouté juste ce qu’il faut d’émotion en rappelant qu’il fut Français par choix et non d’origine :

« La France a cette même grandeur qu’elle avait dans mon regard d’enfant, la grandeur de Valmy, celle de 1848, la grandeur de Jaurès, de Clemenceau, du général de Gaulle, la grandeur du maquis. C’est pourquoi, j’ai voulu devenir Français ».

Sachant que ses compatriotes ne supportent plus les euphémismes façon Hollande, Valls a choisi de parler dru dès les premiers mots de son allocution :

« Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France. Et c’est conscient de cette réalité que je me présente devant vous (…) Disons les choses simplement, beaucoup de nos compatriotes n’y croient plus. Ils ne nous entendent plus. La parole publique est devenue pour eux une langue morte ».

 

Au fond.

Le premier ministre a annoncé des mesures qui vont frapper l’opinion. En bien ou en mal. Mais l’important est de sortir de ce magma informe de mesurettes. En présentant le détail du pacte de responsabilité voulu par le président Hollande, Manuel Valls nous balance du lourd. Ainsi, les charges sociales payées par les patrons seront entièrement supprimées pour l’employeur d’un salarié payé au salaire minimum (SMIC). Cette mesure va avantager les petites et moyennes entreprises qui sont les plus nombreuses à payer leurs travailleurs au  SMIC. La droite en avait rêvé. La gauche va le faire. Les charges des artisans seront également revues à la baisse. Les cotisations sociales des salariés seront diminuées pour les salariés payés au SMIC, ce qui représentera pour eux l’équivalent d’une hausse annuelle de 500 euros sur leur fiche de paye. Une série de taxes frappant les entreprises seront également abandonnées. Le but du premier ministre : baisser de 30 milliards d’euros le coût du travail en deux ans.

 

 

Comment financer tout ça, alors que la France doit dégonfler sa dette publique ? Le président François Hollande avait déjà annoncé que l’Etat devait réduire ses dépenses de 50 milliards d’euros par an d’ici 2017. Valls désigne les secteurs qui seront touchés : l’Etat et ses fonctionnaire, 19 milliards ; l’assurance-maladie, 10 milliards ; les collectivités locales (communes, communautés de communes, départements, régions), 10 milliards. Il demeure tout de même 11 milliards à dénicher. Là, Valls nous fait du Hollande :

« Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations ». Mouais… On sent que ces 11 milliards risquent fort de sombrer dans le gouffre à promesses.

 

Sur le plan de l’organisation du pays, Manuel Valls va s’attaquer à rude partie : les baronnies locales qui profitent de l’indigeste millefeuille administratif français. Il veut donc diminuer les régions de moitié mais aussi – enfin ! – clarifier les compétences des régions et des départements afin de supprimer les multiples doublons entre ces deux entités qui ne sont pas pour rien dans l’incroyable « chenit » de l’Hexagone. Mais à entendre mugir du fond des travées parlementaires les faces rubicondes des roitelets provinciaux, cette grande réforme n’est pas gagnée d’avance.

 

 En y mettant ce souffle et cette énergie qui manquaient cruellement au ci-devant premier ministre Ayrault, Manuel Valls s’impose désormais comme le patron de la majorité. Toutefois, son gouvernement est placé dans la pire des situations. Le Parti socialiste a perdu une grande partie de ce qui faisait sa substance, à savoir les mairies. Les ouvriers l’avaient abandonné avant même l’élection de François Hollande. Mais le président socialiste a aussi été abandonné par cette coalition des classes moyennes, inférieures et supérieures, qui a puissamment contribué à son élection.  

 

Certes, mardi soir, Manuel Valls a finalement obtenu des députés un vote de confiance plus large que prévu : 306 pour, 239 contre, 26 abstentions dont 11 socialistes. Les quelque 88 députés socialistes de l’aile gauche n’ont pas mis leur menace de s’abstenir à exécution, à l'exception des onze qui viennent d'être évoqués. Même les écologistes – qui ont renoncé à participer au gouvernement – ont très majoritairement voté pour lui. Toutefois, ce succès relatif ne doit pas être surestimé. L’un des leaders de la gauche du PS a déclaré que son vote favorable ne signifiait pas autre chose que sa volonté d’éviter une crise institutionnelle ; elle aurait abouti à la dissolution du parlement et à de nouvelles élections qui auraient été cataclysmiques pour les députés socialistes.  Les concessions que Valls et Hollande ont faites au patronat risquent donc de diviser le PS pour longtemps.

 

Avec des socialistes qui ne savent plus où ils habitent, des écolos qui ne savent plus où aller, des ennemis irréductibles à la gauche de la gauche et une opposition de droite requinquée par sa victoire éclatante aux municipales, le gouvernement Valls commence sous les pires auspices. D’autant plus qu’il doit trouver 50 milliards d’euros d’économie en trois ans, tout en favorisant la croissance, en recréant le tissu industriel et en s’attaquant au millefeuille administratif. En comparaison, les travaux d’Hercule font tournois de pétanque pour maisons de retraite.

 

 

Jean-Noël Cuénod


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Le discours de Manuel Valls demandant la confiance de l'Assemblée nationale

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05/04/2014

La Suisse à la conquête de l’or noir africain. Enquête exclusive de La Cité

 

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Le mensuel La Cité vient de sortir son numéro d’avril. Ne comptons pas sur les confrères pour en parler et puis, on n’est jamais si bien servi que par soi-même.  Voici donc un bref aperçu de quelques-uns des articles que vous lirez dans La Cité.

 

A citer d’emblée, une enquête aussi exclusive que passionnante sur une société fort discrète logée au Tessin; elle a tissé un réseau d’influences à travers plusieurs pays africains. Le but ? Se placer dans la grande bataille qui se déroule actuellement pour faire main basse sur le pétrole africain. Un vrai cas d’école. Et un vrai thriller dû au talent de Federico Franchini que vous découvrirez dès la «couverture» de La Cité.

 

Autre exclusivité, un grand reportage d’Allan Kaval sur la Turquie qui s’efforce, non sans mal, «d’ajuster sa ceinture kurde». Les médias laissent dans l’ombre cette partie du monde où pourtant se joue l’avenir de cet Orient qui nous est très proche.

 

L’immigration et les réfugiés sont des sujets récurrents en Suisse. Mais en Belgique aussi. Comment nos cousins en francophonie abordent-ils ces questions brûlantes? Vous le saurez en lisant le remarquable reportage de Luisa Pace (texte) et Alberto Campi (photos) nos envoyés à Bruxelles.

 

Marco Motta (texte) et Michaël Cordey (photo) nous emmènent dans le monde étrange des «zombies» du Zanzibar. On ne vous en dit pas plus. A découvrir d’urgence.

 

Nous vivons la période stressante des playoffs. Mais savez-vous que le hockey sur glace est le miroir à facettes de la Suisse? Interviewé par Jean-Christophe Aeschlimann, le journaliste-vedette alémanique Klaus Zaugg vous l’expliquera.   

 

A lire aussi l’impressionnante – et inquiétante - enquête de notre partenaire Mediapart sur la grandeur et la décadence d’une monnaie virtuelle, le Bitcoin. Vous saurez comment on peut perdre 460 millions de dollars dans les fumées de la virtualité non régulée.

 

«Le rock est éternel, même en Suisse». Alexandre Wälti trace l’histoire de ce genre culturel et musical qui a transformé le monde. Et même la Confédération. 

 

Vous retrouverez encore dans La Cité les chroniques «Science & Conscience»  du professeur André Langaney et «Vous prendrez bien un peu de recul?» d’Ariane Ferrier qui vous parlera d’un bien curieux soutien-gorge. Ajoutons l’éditorial du Plouc – il signe de son vrai nom ­– qui ne sera diffusé qu’en version «papier». 

 

Le mensuel La Cité ne peut vivre que grâce aux abonnements. Il n’a ni publicité ni mécène afin de conforter son indépendance.  Si vous désirez sauvegarder une presse libre et exigeante, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire!

 

Jean-Noël Cuénod

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03/04/2014

Pourquoi Valls a raté son tango avec les Verts (les Jeudis du Plouc)

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Disons-le sans fard. Le Plouc s’est planté en affirmant, lors de son précédent blogue, que les écolos français allaient rejoindre leur niche après avoir reçu une belle gamelle bien remplie par Manuel Valls. Les anciens ministres Cécile Duflot et Pascal Canfin ont refusé toutes les gentillesses du nouveau premier ministre.

Leur parti Europe-Ecologie-Les Verts refuse de participer à l’exécutif en affirmant rester dans la majorité présidentielle, tout en ne faisant plus partie de la majorité gouvernementale. Jadis, le Parti communiste en avait fait de même avec le Front populaire en 1936 avec sa formule, «soutien sans participation». Comme dans le gouvernement Ayrault les Verts faisaient de la «participation sans soutien», la formule se muera peut-être en «sans participation sans soutien».

 

Cela dit, Le Plouc n’avait pas tout à fait fort en surestimant le fumet de la gamelle, car la plupart des députés Verts ont hurlé d’horreur devant le «niet» de leur PolitBuro. Dany Cohn-Bendit, s’est même exclamé à propos de ce refus: «Mais quelle connerie!». Et d’ailleurs, l’instance de ce parti qui a pris cette décision, le Bureau exécutif, ne l’a votée que de justesse par 7 voix contre 3 et 5 abstentions.

 

Il faut dire que Manuel Valls, conscient du danger, avait multiplié les concessions au profit de ses ex-alliés en cédant sur leurs principales revendications :

 

– introduction d’une dose de proportionnelle dans l’élection des députés (25% d’élus), ce qui garantissait une présence appréciable des écolos sur les bancs de l’Assemblée nationale (mais aussi un nombre important de parlementaires Front national);

– arrêt définitif des réacteurs nucléaires de troisième génération (EPR);

– fermeture de vingt-cinq centrales atomiques;

­– la nomination de Cécile Duflot, devenue numéro 2 du gouvernement, à la tête d’un puissant ministère de l’écologie, du logement et, surtout, de l’énergie, ce qui aurait permis aux verts de diriger cette transition écologique qu’ils appellent de leurs vœux.

 

Résultat des courses: c’est notre Royal Ségolène qui hérite de ce maroquin maousse. Ce qui signifie que, même s’ils voulaient revenir un jour au gouvernement – ce qui est le souhait le plus cher d’au moins 75% de leurs députés – les écolos auront bien du mal à en déloger l’ancienne compagne du président Hollande qui sait conserver une bonne position, bien mieux que ces bleus de verts.

 

Bref, tout ce que les écolos ont toujours rêvé d’obtenir, le premier ministre le leur offrait sur un plateau d’argent. Alors pourquoi, une petite majorité de leur direction a-t-elle refusé de danser le tango avec Valls?

 

Une partie d’Europe-Ecologie-Les Verts ne croit plus aux chances des socialistes de sortir des sables mouvants de leur impopularité. L’effondrement historique du PS aux municipales, ajouté au fait que les écolos ont, eux, bien mieux résisté, l’ont confortée dans cette position. D’autant plus qu’alliés au Front de Gauche, ils ont enlevé aux socialistes l’importante ville de Grenoble. Dès lors, tablant sur le naufrage du paquebot rose emporté par des vagues bleues (voire bleue Marine) successives, ces rats verts préfèrent le quitter et préparer avec les rouges du Front de Gauche, l’opposition de demain.

 

Mais une autre partie, sans doute plus importante, ne veut pas entendre parler d’un tel accord avec l’extrême-gauche, ce qui les relègueraient dans une opposition stérile et morne, sinon éternellement (l’éternité est un concept inconnu en politique), du moins pour de nombreux lustres. Ils le feront payer très cher à Cécile Duflot. Pour l’instant, elle tient EELV, mais ce parti risque fort d’éclater.

Pour les écolos réalistes, on a toujours tort d’avoir raison dans l’impuissance.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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L'excellente et claire explication de Daniel Cohn-Bendit à Europe1


Cohn-Bendit dénonce la "faute politique" d'EELV par Europe1fr

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