29/04/2014

Manuel Valls n’a plus de majorité

 

imgres.jpgManuel Valls a déployé mardi tous ses talents – réels ­– d’orateur pour faire voter son plan d’économie de 50 milliards d’euros de la façon la plus large possible. Mais l’anaphore (répétition du même thème à chaque début de phrase) – «J’assume, oui, j’assume!» – est tombée dans l’oreille de plus en plus sourde des députés de son Parti socialiste. Finalement, le plan a été voté par 265 voix contre 232 et 67 abstentions. Certes, ce vote n’avait pas de force obligatoire et de toute façon, Valls étaient certain de l’emporter.

 

 Mais l’important n’était pas là. Il s’agissait pour lui de recoller les morceaux de sa majorité, afin de disposer de l’assise politique nécessaire pour conduire le plan de réduction de la dette publique le plus sévère depuis des décennies. D’où la dramatisation que le nouveau premier ministre a orchestrée depuis plusieurs jours pour faire de cette consultation, un vote de confiance bis. Or, l’opération a échoué. 

Sur 275 députés siégeant sur les bancs socialistes, 41 se sont abstenus, alors que le premier ministre estimait ces abstentionnistes à 25, voire 30 au grand maximum. Trois députés apparentés au PS ont même voté contre le plan, les chevènementistes Marie-Françoise Bechtel, Christian Hutin et Jean-Luc Laurent.

Théoriquement, les Verts font encore partie de la majorité. Théoriquement, car en pratique, c’est autre chose.  Sur 17 députés écolos, 12 ont carrément voté contre le plan, deux se sont abstenus ; seuls trois ont soutenu le gouvernement. Les radicaux de gauche se sont montrés les plus fidèles à la majorité. Aucun d’entre eux n’a refusé le projet, deux se sont abstenus et les 13 autres ont choisi de faire encore un tour de Valls dans l’hémicycle.

Dès lors, le premier ministre qui souhaitait avoir son camp uni derrière lui a manqué son coup.

 

Toutefois, des fissures sont aussi apparues dans le bloc de l’opposition. Passons sur  l’UMP et ancien ministre Frédéric Lefebvre  qui a voté pour le plan Valls et trois autres députés qui se sont abstenus. Ils n’ont guère pesé face aux 192 représentants de leur parti qui ont rejeté le gouvernement. En revanche, les centristes de l’UDI se sont montrés beaucoup plus sensibles aux arguments de Manuel Valls. Sur 30 députés, 17 se sont abstenus, trois ont voté pour le plan et seuls sept l’ont refusé.

 

La majorité absolue étant de 289 députés, le chef du gouvernement voit sa marge de manœuvres se réduire. La mésentente avec les Verts tourne au divorce. Preuve de la colère de Manuel Valls à leur endroit: alors qu’il avait inscrit la transition énergétique dans le texte écrit de son discours, il l’a zappée à l’oral, sans doute lorsque le premier ministre a appris la volte-face des Verts qui lui avaient donné des signes d’apaisement quelques heures encore avant le vote.

 

Ses relations avec une partie désormais importante ­des députés de son propre parti se sont encore tendues. Le chef du gouvernement sait qu’il ne pourra pas compter sur leur soutien automatique. Pour arracher leur vote sur d’autres coupes budgétaires, il devra leur donner des gages. Ou alors, s’entendre avec les centristes au coup par coup pour faire passer les pilules les plus amères qui ne manqueront pas d’être prescrites aux Français.

 

Dans un pays normal, ce genre de situation appellerait un gouvernement de coalition entre sociaux démocrates et centristes. Mais voilà, la France n’est pas un pays normal. Elle aime les paysages politiques nets et rectilignes comme les jardins de Le Nôtre. Elle devra désormais s’habituer aux terrains vagues.

 

 

Jean-Noël Cuénod


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L'intervention de Valls à l'Assemblée nationale


"J'assume": L'anaphore de Manuel Valls - 29/04 par BFMTV

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Commentaires

"(...) les pilules les plus amères qui ne manqueront pas d'être prescrites aux Français": aux Français, lesquels?
Aux plus faibles, fragiles, démunis: ceusses qui sont "au social"! avant tout sous l'appellation d'"économies à réaliser" (dans les familles, s'il faut économiser, on ne s'en prend pas aux "petits", non! à moins d'être irresponsables, ce sont les "grands" (parents-autorité, éventuellement grandes soeurs ou grands frères)) qui se privent: nouveaux véhicules, gadgets divers, voyages, sorties, fringues (armoires sur-bourrées) etc.
Les pilules seront améres: "pilules" médicales non "amères"?! rarement. Avantages: retrouver des forces, de la santé, du calme, du sommeil mais en l'occurrence ces "pilules" qui ne donneront rien aux plus faibles... des forces, des moyens leur en prendront encore... et qu'en dira l'UE? Les mesures, le PLAN "des Français" (lesquels?) conviendront-ils à LL EE de l'UE? ou LL EE de l'UE jugeront-elles "encourageant, certes, mais insuffisant"?!
Lu quelque part qu'un pays qui ne peut rembourser sa dette peut se la faire effacer. En ce cas, si confirmé, pour un tel pays, quelles en seraient les conséquences?

Écrit par : Z | 30/04/2014

C'est une obsession et un défaut, de trop aimer la ligne claire, de trop aimer Le Nôtre. Il faut savoir s'en corriger.

Écrit par : Rémi Mogenet | 01/05/2014

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