08/04/2014

Manuel Valls un bon discours dans la pire des situations (avec vidéo)

 

 

Pour son discours engageant, mardi après-midi, la responsabilité du nouveau gouvernement socialiste français, Manuel Valls était condamné à être bon. Il le fut. Les premiers pas d’une nouvelle équipe dirigeante sont déterminants à une époque où tout va très vite, du fait de l’hystérie médiatique généralisée et du quinquennat qui, en raccourcissant le mandat présidentiel de deux ans, a accéléré tout le processus politique en France. Le défi était d’autant plus important à relever pour le premier ministre que son parti a subi un effondrement historique à l’issue des élections municipales. Il fallait tourner la page, au plus vite.

Manuel Valls a donc plutôt réussi son grand oral à la forme et au fond.

 

A la forme.

Son ton clair, ferme mais calme a tranché avec les vociférations infantiles d’une partie des députés UMP, les moins présentables d’entre eux, tel Balkany, se montrant les plus odieux. Ce qui a plutôt servi le nouveau chef du gouvernement. Valls a ensuite ajouté juste ce qu’il faut d’émotion en rappelant qu’il fut Français par choix et non d’origine :

« La France a cette même grandeur qu’elle avait dans mon regard d’enfant, la grandeur de Valmy, celle de 1848, la grandeur de Jaurès, de Clemenceau, du général de Gaulle, la grandeur du maquis. C’est pourquoi, j’ai voulu devenir Français ».

Sachant que ses compatriotes ne supportent plus les euphémismes façon Hollande, Valls a choisi de parler dru dès les premiers mots de son allocution :

« Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France. Et c’est conscient de cette réalité que je me présente devant vous (…) Disons les choses simplement, beaucoup de nos compatriotes n’y croient plus. Ils ne nous entendent plus. La parole publique est devenue pour eux une langue morte ».

 

Au fond.

Le premier ministre a annoncé des mesures qui vont frapper l’opinion. En bien ou en mal. Mais l’important est de sortir de ce magma informe de mesurettes. En présentant le détail du pacte de responsabilité voulu par le président Hollande, Manuel Valls nous balance du lourd. Ainsi, les charges sociales payées par les patrons seront entièrement supprimées pour l’employeur d’un salarié payé au salaire minimum (SMIC). Cette mesure va avantager les petites et moyennes entreprises qui sont les plus nombreuses à payer leurs travailleurs au  SMIC. La droite en avait rêvé. La gauche va le faire. Les charges des artisans seront également revues à la baisse. Les cotisations sociales des salariés seront diminuées pour les salariés payés au SMIC, ce qui représentera pour eux l’équivalent d’une hausse annuelle de 500 euros sur leur fiche de paye. Une série de taxes frappant les entreprises seront également abandonnées. Le but du premier ministre : baisser de 30 milliards d’euros le coût du travail en deux ans.

 

 

Comment financer tout ça, alors que la France doit dégonfler sa dette publique ? Le président François Hollande avait déjà annoncé que l’Etat devait réduire ses dépenses de 50 milliards d’euros par an d’ici 2017. Valls désigne les secteurs qui seront touchés : l’Etat et ses fonctionnaire, 19 milliards ; l’assurance-maladie, 10 milliards ; les collectivités locales (communes, communautés de communes, départements, régions), 10 milliards. Il demeure tout de même 11 milliards à dénicher. Là, Valls nous fait du Hollande :

« Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations ». Mouais… On sent que ces 11 milliards risquent fort de sombrer dans le gouffre à promesses.

 

Sur le plan de l’organisation du pays, Manuel Valls va s’attaquer à rude partie : les baronnies locales qui profitent de l’indigeste millefeuille administratif français. Il veut donc diminuer les régions de moitié mais aussi – enfin ! – clarifier les compétences des régions et des départements afin de supprimer les multiples doublons entre ces deux entités qui ne sont pas pour rien dans l’incroyable « chenit » de l’Hexagone. Mais à entendre mugir du fond des travées parlementaires les faces rubicondes des roitelets provinciaux, cette grande réforme n’est pas gagnée d’avance.

 

 En y mettant ce souffle et cette énergie qui manquaient cruellement au ci-devant premier ministre Ayrault, Manuel Valls s’impose désormais comme le patron de la majorité. Toutefois, son gouvernement est placé dans la pire des situations. Le Parti socialiste a perdu une grande partie de ce qui faisait sa substance, à savoir les mairies. Les ouvriers l’avaient abandonné avant même l’élection de François Hollande. Mais le président socialiste a aussi été abandonné par cette coalition des classes moyennes, inférieures et supérieures, qui a puissamment contribué à son élection.  

 

Certes, mardi soir, Manuel Valls a finalement obtenu des députés un vote de confiance plus large que prévu : 306 pour, 239 contre, 26 abstentions dont 11 socialistes. Les quelque 88 députés socialistes de l’aile gauche n’ont pas mis leur menace de s’abstenir à exécution, à l'exception des onze qui viennent d'être évoqués. Même les écologistes – qui ont renoncé à participer au gouvernement – ont très majoritairement voté pour lui. Toutefois, ce succès relatif ne doit pas être surestimé. L’un des leaders de la gauche du PS a déclaré que son vote favorable ne signifiait pas autre chose que sa volonté d’éviter une crise institutionnelle ; elle aurait abouti à la dissolution du parlement et à de nouvelles élections qui auraient été cataclysmiques pour les députés socialistes.  Les concessions que Valls et Hollande ont faites au patronat risquent donc de diviser le PS pour longtemps.

 

Avec des socialistes qui ne savent plus où ils habitent, des écolos qui ne savent plus où aller, des ennemis irréductibles à la gauche de la gauche et une opposition de droite requinquée par sa victoire éclatante aux municipales, le gouvernement Valls commence sous les pires auspices. D’autant plus qu’il doit trouver 50 milliards d’euros d’économie en trois ans, tout en favorisant la croissance, en recréant le tissu industriel et en s’attaquant au millefeuille administratif. En comparaison, les travaux d’Hercule font tournois de pétanque pour maisons de retraite.

 

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

Le discours de Manuel Valls demandant la confiance de l'Assemblée nationale

19:51 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : vidéo, france, politique, hollandde | |  Facebook | | |

Commentaires

Petite question d'étymologie helvétique: vous écrivez "chenit" et vous avez surement raison, mais lorsqu'il y a longtemps je m'étais posée la question de savoir comment écrire "chni"... mais l'écrit-on vraiment? je m'étais forgée l'idée que cela devait s'écrire "chenil" en référence au "chni" que les chiens savent y mettre!
Mais vous avez surement des sources plus fiables que mon imagination.... faites nous les partager et dissipez ainsi ce mystère!
Merci

Écrit par : Cara | 08/04/2014

Ah, quel chenit l'étymologie du mot "chenit"! D'aucuns affirment qu'il s'agit du chenil, le lieu dévolu à la gent canine. Mais alors pourquoi ne prononce-t-on pas le L final de "cheniL", comme on le fait en évoquant l'abri réservé aux toutous? D'autres soutiennent que le "chenit" se réfère au village vaudois du "Chenit" ou paraît-il régnait le plus grand désordre au temps jadis. J'ai choisi cette orthographe puisqu'on prononce "cheni" et non pas "chenile". Mais c'est parfaitement arbitraire. En fait, comme dans toute tournure patoisante, l'orthographe n'est pas fixée. Alors, c'est à bien plaire, selon notre jolie formule romande. Merci en tout cas de votre message qui ne fait pas du tout "chenit", ni "chenil"!

Écrit par : jncuenod | 08/04/2014

@ Cara :

En voici la définition selon le dictionnaire "reverso" :
"chenit" : (helvétisme) désordre, ordure, poussière, détritus

Lien sur internet :
http://dictionnaire.reverso.net/francais-synonymes/chenit

Il s'agit donc d'une expression surtout utilisée en Suisse romande, mais que j'ai moi-même entendue de la bouche d'une dame de la Bresse bourguignonne (qui roule encore les "r" ...), à Saint-Germain-du-Plain, un village de Saône-et-Loire, entre Louhans et Châlon-sur-Saône.

Dans son "Dictionnaire historique du parler neuchâtelois et suisse romand", édition de 1926, Attinger éditeur, William Pierrehumbert l'écrit avec l'orthographe "chenil" : "du sens français familier de taudis, lieu en désordre, passé à celui de désordre = débris, ordures, détritus". "Faire du chenil", une expression également entendue dans le département du Doubs selon Pierrehumbert.

M. Jean-Noël Cuénod me pardonnera je l'espère, cette digression étymologique qui nous éloigne du discours de Manuel Valls.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 08/04/2014

Le Langage dees Romands indique cheni, chenil (rare) ou chenit (n.m.)

Écrit par : Alix | 09/04/2014

Je ne vois pas en quoi diviser par deux le nombre de régions peut mettre fin aux baronnies locales, on aura simplement des grands barons de grosses régions. Ou alors de petits barons dans les départements. Ou dans les communes.

Pour la répartition des compétences, le problème est clairement que l'Etat central n'a jamais voulu donner aux régions de suprématie directe sur les départements et les communes, un pouvoir de décision contraignant pour ces subdivisions d'un rang inférieur, voulant en fait conserver la seule possibilité d'imposer quelque chose. La région n'a donc jamais été qu'une lubie, une volonté poétique de recréer les anciennes provinces, et peut-être satisfaire les aspirations régionalistes en les payant d'apparences. A présent le système mélange de façon chaotique le tableau de l'Ancien Régime avec celui issu de la Révolution, la France est devenue un fatras incohérent. Si l'Etat central laissait aux régions la possibilité d'imposer leurs décisions aux subdivisions inférieures, celles-ci pourraient disparaître avec le temps, la pratique montrant leur inutilité. Mais l'Etat central en fait empêche les régions de réellement agir, du coup tout est bloqué. Simplifier d'autorité le système est impossible, car les uns diront que les départements sont un acquis de la Révolution, les autres que les régions sont un progrès majeur et indispensables dans le monde d'aujourd'hui. Les lubies et les fétichismes ne laissent pas de marge de manoeuvre à un Etat central qui en n'en laissant pas non plus a créé cette situation où tout est bloqué. Il n'y a pas d'autre solution que de laisser du mou aux collectivités locales et leur donner la possibilité de s'arranger entre elles, de se construire elles-mêmes. Pas d'autre solution pour la population, bien sûr. Quant à l'Etat central, on ne voit pas du tout comment il peut renforcer son efficacité, l'horizon de ce côté paraît complètement bouché.

Écrit par : Rémi Mogenet | 09/04/2014

Nous y voilà; les financiers internationaux et les multinationales sont en train de réussir à casser les états au profit des grandes régions. L'objectif est de supprimer les systèmes sociaux et la législation sur le droit du travail.

Valls n'est que le valet de chambre parmi d'autres (comme Giscard,Sarkozy, en d'autres temps le miteux) -tous des europathes au services des monarchies en accord avec la chrétienté et les royautés prêchant pour le "pôôvre". A leur disposition, bien sûr....

La crise n'a d'autres objectifs; n'oublions pas que toutes les entreprises fonctionnent en fonction des besoins humains et des différents pouvoirs d'achat. Que je sache, le nombre d'humains a augmenté sans cesse depuis des lustres, les sciences et les technologies aussi, alors pourquoi cette crise? Nous sommes toujours dans l'économie de l'offre et de la demande, se mélangeant au système ultra libéral dans des pays de sensibilité socialistes. Nous continuons malgré tout à fabriquer du salarié en masse cherchant un emploi fantôme. L'immigration -musulmane est un fléau en la matière.

Les grands "Yaka" racontent qu'il faut créer des emplois alors que là n'est pas le problème!

La France et l'Europe ont besoin d'entrepreneurs indépendants -non -subventionnés, formés en France et en Europe et ce, en tous domaines. Il ne faut plus subventionner les entreprises. Allez faire comprendre cela aux ânes et maintenant aux chèvres...

On a vraiment oublié ce que l'eau, l'air, la terre et le feu peuvent nous apporter aujourd'hui.

Écrit par : Pierre NOËL | 09/04/2014

Merci de vos explications... j'ai toujours eu quelques déboires en interprétant certains helvétismes! Je me souviens d'une première rencontre avec ma belle-mère alors que nous devions aller faire une "torée" dans le Jura (pour moi qui arrivais tout droit d'Espagne, cela paraissait assez mystérieux, je n'avais jamais entendu parler de corridas en Suisse!)... j'ai vite été mise au courant. Mais à la fin du repas, un noyau de pêche à la main, je me tourne vers la dame, en lui demandant où le mettre, persuadée qu'elle allait produire un sac plastique... que nenni "Jette-le loin" me dit-elle. Ce que je fis, malgré ma surprise de voir que SUISSE(!!!!) on pouvait jeter des détritus (fussent-ils biodégradables) dans la nature.
Elle me regarda alors comme si je sortais du fin fond du territoire le moins civilisé de la planète, en finissant par produire un récipient destiné à la poubelle; c'est là que j'ai compris que "jeter loin" n'avait rien à voir avec lancer puissamment un objet au loin!

Écrit par : Cara | 16/04/2014

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