03/04/2014

Pourquoi Valls a raté son tango avec les Verts (les Jeudis du Plouc)

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Disons-le sans fard. Le Plouc s’est planté en affirmant, lors de son précédent blogue, que les écolos français allaient rejoindre leur niche après avoir reçu une belle gamelle bien remplie par Manuel Valls. Les anciens ministres Cécile Duflot et Pascal Canfin ont refusé toutes les gentillesses du nouveau premier ministre.

Leur parti Europe-Ecologie-Les Verts refuse de participer à l’exécutif en affirmant rester dans la majorité présidentielle, tout en ne faisant plus partie de la majorité gouvernementale. Jadis, le Parti communiste en avait fait de même avec le Front populaire en 1936 avec sa formule, «soutien sans participation». Comme dans le gouvernement Ayrault les Verts faisaient de la «participation sans soutien», la formule se muera peut-être en «sans participation sans soutien».

 

Cela dit, Le Plouc n’avait pas tout à fait fort en surestimant le fumet de la gamelle, car la plupart des députés Verts ont hurlé d’horreur devant le «niet» de leur PolitBuro. Dany Cohn-Bendit, s’est même exclamé à propos de ce refus: «Mais quelle connerie!». Et d’ailleurs, l’instance de ce parti qui a pris cette décision, le Bureau exécutif, ne l’a votée que de justesse par 7 voix contre 3 et 5 abstentions.

 

Il faut dire que Manuel Valls, conscient du danger, avait multiplié les concessions au profit de ses ex-alliés en cédant sur leurs principales revendications :

 

– introduction d’une dose de proportionnelle dans l’élection des députés (25% d’élus), ce qui garantissait une présence appréciable des écolos sur les bancs de l’Assemblée nationale (mais aussi un nombre important de parlementaires Front national);

– arrêt définitif des réacteurs nucléaires de troisième génération (EPR);

– fermeture de vingt-cinq centrales atomiques;

­– la nomination de Cécile Duflot, devenue numéro 2 du gouvernement, à la tête d’un puissant ministère de l’écologie, du logement et, surtout, de l’énergie, ce qui aurait permis aux verts de diriger cette transition écologique qu’ils appellent de leurs vœux.

 

Résultat des courses: c’est notre Royal Ségolène qui hérite de ce maroquin maousse. Ce qui signifie que, même s’ils voulaient revenir un jour au gouvernement – ce qui est le souhait le plus cher d’au moins 75% de leurs députés – les écolos auront bien du mal à en déloger l’ancienne compagne du président Hollande qui sait conserver une bonne position, bien mieux que ces bleus de verts.

 

Bref, tout ce que les écolos ont toujours rêvé d’obtenir, le premier ministre le leur offrait sur un plateau d’argent. Alors pourquoi, une petite majorité de leur direction a-t-elle refusé de danser le tango avec Valls?

 

Une partie d’Europe-Ecologie-Les Verts ne croit plus aux chances des socialistes de sortir des sables mouvants de leur impopularité. L’effondrement historique du PS aux municipales, ajouté au fait que les écolos ont, eux, bien mieux résisté, l’ont confortée dans cette position. D’autant plus qu’alliés au Front de Gauche, ils ont enlevé aux socialistes l’importante ville de Grenoble. Dès lors, tablant sur le naufrage du paquebot rose emporté par des vagues bleues (voire bleue Marine) successives, ces rats verts préfèrent le quitter et préparer avec les rouges du Front de Gauche, l’opposition de demain.

 

Mais une autre partie, sans doute plus importante, ne veut pas entendre parler d’un tel accord avec l’extrême-gauche, ce qui les relègueraient dans une opposition stérile et morne, sinon éternellement (l’éternité est un concept inconnu en politique), du moins pour de nombreux lustres. Ils le feront payer très cher à Cécile Duflot. Pour l’instant, elle tient EELV, mais ce parti risque fort d’éclater.

Pour les écolos réalistes, on a toujours tort d’avoir raison dans l’impuissance.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

L'excellente et claire explication de Daniel Cohn-Bendit à Europe1


Cohn-Bendit dénonce la "faute politique" d'EELV par Europe1fr

12:11 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : cohn-bendit, vidéo, gouvernement, france | |  Facebook | | |

Commentaires

*L*

"Il y aura scission au PS et dans la gauche en général mais cela ne changera pas grand chose..."

Écrit par : Pierre NOËL | 31/03/2014

Ségolène Royal à beaucoup changé depuis son échec à l'élection Présidentielle. C'est une élue reconnue avec des qualités personnelles, c'est de loin la meilleure dans ce gouvernement et au parti socialiste. Nous devons coûte que coûte, passer aux énergies renouvelables et stopper l'immigration islamique avant qu'il ne soit trop tard pour nos Libertés. Hollande sait-il que l'islam, le coran et les autres écrits ne sont pas compatible avec la démocratie?

Les verts ne seront jamais mûr pour gouverner, ils sont incapables d'avoir les bons comportements dans un travail d'équipe.

Écrit par : Pierre NOËL | 03/04/2014

Une décision à 7 contre 3 c'est une majorité nette ! Ceux qui s'abstiennent indiquent simplement qu'ils se rallieront à la majorité sans avoir le courage de décider (donc ils ne comptent pas , ce sont des voix fantômes)...
Cela dit , d'accord avec votre analyse. Finalement les écolos auront su démontrer (par l'absurde?) qu'ils sont vraiment devenus un parti politique comme un autre. Le chant du cygne ? probablement.

Écrit par : uranus2011 | 03/04/2014

Une droite à droite et une gauche à gauche. C'est ainsi qu'il faut comprendre la France d'aujourd'hui. Un Front National qui monte, un centre, Bayrou, qui n'a pas su jouer avec Sarkozy au bon moment, c'est-à-dire le moment où Bayrou pouvait imposer une partie de son point de vue à Sarkozy en votant en sa faveur, pour reconquérir les coeurs et des résultats économiques positifs, et qui a préféré cette Hollandie molle qui fait plonger la cinquième République vers son agonie en poussant le peuple à choisir entre les deux extrêmes. Le constat est dur à avaler. Les Verts ont fait une erreur. Mais quand on n'y croit plus, pourquoi aller au casse-pipe pour un Président qui n'a jamais eu les moyens de sa politique? De gauche, peut-être, mais avec un minimum de réalisme sur les conditions modernes pour un gauchisme jouant avec les cartes libérales-sociales à la place de fausses cartes ultra-libérales et ultra-conservatrices (retraite, 35 heures, fiscalité).

On verra ce que Manuel Valls fera. Personnellement, je suis comme une partie des Verts. Je ne crois pas et je n'ai jamais cru à la Présidence Hollande.

Écrit par : pachakmac | 03/04/2014

Si c'est le chant du cygne après un tango raté pourquoi pas, "après tout"! "somme toute"! de Chopin, sa Marche funèbre?

Écrit par : COVENT GARDEN | 03/04/2014

Un nouvel auto-goal des écolos français.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 03/04/2014

@pachakmac

Suivant les élections qui menèrent Sarkozy au pouvoir j'avais noté que Sarkozy annonçait comme venant de lui, Sarkozy, le credo de Bayrou selon lequel il fallait désormais dépasser les idées de "partis" pour former une équipe gouvernementale composée des personnes les plus compétentes et autorisées pour conduire le pays. Puis, tel le conte de la chèvre de Monsieur Seguin, on a senti le "vent fraîchir" concernant Bayrou.

Sans pour autant oublier les premières paroles de Sarkozy élu: "les prochaines présidentielles seront people!" Or, "people", Bayrou, chrétien pratiquant, discret sur sa vie privée, "people", Bayrou ne l'est pas.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 04/04/2014

People or not people, what is the question. Un Président cathodique flanqué d'un Premier Ministre catholique, cela aurait donné quelques intéressantes étincelles entre eux pour faire carburer cette France qui va à son suicide (cette expression pour répondre à celle de Montebourg concernant la Suisse après le vote du 9 février. Entre suicidés, on peut éventuellement se comprendre:)

Écrit par : pachakmac | 04/04/2014

Participant aux débats des présidentielles qui conduisirent Sarkozy à la présidence Bayrou fut le seul invité à présenter de façon précise la façon dont, s'il était élu, il s'y prendrait pour réduire la dette. Sa démonstration, en l'occurrence, fut indiscutable, impressionnante mais Sarkozy... c'est "people!


Vous n'iriez pas, pachakmac, tergiverser:

Madame Reading, pae exemple, qui danserait le french cancan!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 04/04/2014

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