06/03/2014

Poutine et son éventuelle guerre en Ukraine feront-ils le jeu du gaz de schiste? (Les Jeudis du Plouc)

 

 

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Si la guerre éclate en Ukraine, le gaz de schiste ne risque-t-il pas de devenir l’un des vainqueurs de ce conflit? Comment? De quelle manière?

 

Vieux cliché : l’argent est le nerf de la guerre. Certes, mais ce nerf par quels fluides est-il irrigué? Pour la Russie, la réponse relève de l’évidence: les hydrocarbures. D’après un rapport du Sénat français qui vient d’être publié – bizarrement, il n’a guère suscité d’intérêt – «en 2012, le secteur de l’énergie a représenté environ 34% du produit intérieur brut (PIB) russe, mais a procuré 67% de l’ensemble des recettes d’exportation et 50% des recettes budgétaires de la Fédération». (lire ici le rapport sénatorial).

 

L’Union européenne absorbe les trois quarts des exportations de pétrole de la Russie et les quatre cinquièmes de ses exportations de gaz. Alors, les Européens sont-ils à ce point dépendants des hydrocarbures russes? Oui, mais cette dépendance va dans les deux sens, souligne le rapport: «Sans exportation d’énergie (…), la Russie ne pourrait  pas importer sans mettre en péril sa situation financière. Elle a, de fait, un besoin vital de vendre, ce qui relativise pour le moins la dépendance énergétique de ses clients, notamment de l’Union européenne». D’autant plus que la Russie n’a que deux gros acheteurs: l’Union européenne et la Chine.

 

Dès lors, si un conflit éclate en Ukraine, menaçant les voies d’approvisionnement énergétique du continent (mais aussi la manne pétrogazière perçue par  Moscou), l’Union européenne pourrait être tentée par l’extraction du gaz de schiste. Elle dispose d’importantes réserves en la matière. La compagnie française Total les estime entre 3 000 et 12 000 milliards de mètres-cube. Grâce au gaz de schiste, les Etats-Unis sont en train de passer d’importateurs à exportateurs d’énergie.

 

Certes, on ne saurait plaquer l’exemple américain sur la situation géologique et géographique de l’Europe. La forte densité démographique de notre continent par rapport aux Etats-Unis (113 habitants au kilomètres-carré contre 31) aura pour effet que le nombre d’ouvertures de puits sera nettement plus restreint qu’en Amérique du Nord ; par conséquent, cette production sera plus coûteuse en Europe.

Toutefois, le gaz de schiste, s’il devient réalité sur notre continent, constituera une alternative sérieuse aux hydrocarbures russes. Pour la Fédération de Russie, il s’agit d’un véritable scénario catastrophe.

 

Certes, le sous-sol russe semble riche en gaz de schiste. Mais pour l’extraire, il faut user d’une technologie de les Russes ne maîtrisent pas encore seuls ; ils devraient donc s’allier à des compagnies américaines ou européennes pour y parvenir. Mais ce genre d’accord n’est guère compatible avec un état de guerre.

 

A propos d’extraction, oublierais-je  un léger détail? Ah, oui, l’environnement.  Les forages pour capter le gaz de schiste s’effectuent par l’injection, à plus de mille mètres sous le sol, d’un mélange d’eau, de sable et de détergents sous pression, afin de fracturer les roches qui abritent le gaz. D’où des risques intenses de pollution des nappes phréatiques et d’empoisonnement des eaux. 

C’est pourquoi l’Europe a, pour le moment, renoncé au gaz de schiste. Mais si une crise énergétique majeure intervient entre notre continent et la Russie, il ne fait aucun doute que notre goinfrerie énergétique triomphera de notre très modeste sagesse écologique.

 

 

Jean-Noël Cuénod


 

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Commentaires

Vous avez raison, Monsieur, d'évoquer notre goinfrerie énergétique. Plus il faudrait économiser l'énergie, plus on gaspille, on vilipende. "De quoi ai-je vraiment besoin?"! n'est plus de mode. En revanche" (...) de quoi aurais-je l'air si je ne disposais pas du dernier ceci ou cela! est tendance, va de soi.
Stupidité, certes, mais conséquences de l'énergie qui viendrsit à manquer? En cas de pannes d'ascenseurs à répétition, simple exemple: très hauts immeubles, étages à n'en plus finir, personnes à mobilité réduite ne pouvant plus guére monter les escaliers toutes seules ou ne le pouvant plus du tout! Ascenseurs régulièrement en panne... Qu'on le veuille ou non nous dépendons étroitement les uns des autres et, pensant aux autres, aussi, ne plus gaspiller l'énergie sans le moindre scrupule, sans prendre même la peine d'y penser, serait un acte civique...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 06/03/2014

soyons pessimistes : une pseudo-guerre froide éclate entre l'Occident et la Russie et alliés. L'UE passe à l'exploitation urgente du gaz de schiste. Résultat des courses, la guerre et ses horreurs, PLUS la pollution de l'environnement. Que du bonheur. Et il faudra que mes trois enfants voient cela. Comment leur donner un quelconque espoir en l'humanité après une connerie pareille ?

Écrit par : Laurent Jolissaint | 06/03/2014

Tant que les armes ne parlent pas en Ukraine, il n'y a pas de risque majeur d'ou la nécessité de dialoguer. Dialoguer avec Poutine au lieu de le prendre pour un âne. L'occident à fait une faute à ce niveau, accentué par cette femme -incompétente Catherine Ashton de l'UE, faisant de larges sourires aux pays producteurs de pétrole. Elle ne voit pas le danger arriver, (?) mais elle n'est pas la seule....

Si l'actualité devait être un feu vert pour aller chercher le gaz de schiste, ça serait un bien. Les nouvelles technologies permettent de limiter la pollution.

"Histoire du pétrole : du premier puits au pétrole roi, des magouilles aux catastrophes, de la lampe à pétrole à l'automobile."
http://www.argus.nc/ jeudi 21 octobre 2010 (excellent résumé)

Faisons confiance à -certains industriels, certains pays et leurs scientifiques:

https://www.lenergieenquestions.fr/fusion-nucleaire-une-nouvelle-etape-franchie-aux-etats-unis/

(Le nucléaire n'est pas une énergie fossile contrairement à ce que beaucoup de gens pensent)

Peut-on se passer de la pollution? Non; ou alors roulons en vélo sans pneus, éclairons-nous à la bougie, ne faisons plus l'amour, restons en paix avec le monseigneur - roi - dieu, allons paître paisiblement comme au bon vieux temps.

Faisons des économies:

Nos villes sont éclairées toute la nuit, donc tout va bien? Les économies d'énergies? Il y a de plus en plus de 4 x 4 en circulation dans les villes et villages? Faire des économies oui oui, les pauvres économisent pour les autres en proportion de leurs revenus...mais dieu roi (et ses sbires) se fout pas mal des économies il s'occupe des pôôvres, les reçoit au paradis ou en enfer selon le degré d'obéissance.

Mettre le "paquet" sur les énergies renouvelables ferait vaciller quelques milliardaires et les princes; ni pensons plus, la terre plate pourrait s'arrêter de tourner....

Écrit par : Pierre NOËL | 07/03/2014

@ Laurent Jolissaint


A l'émission Cdans l'air, France 5, plusieurs invités ont dit que pas plus la Russie que l'Occident ont intérêt à faire la guerre...soyons optimistes.

Écrit par : Bidal | 07/03/2014

Soyons sérieux.
La Russie et les russes veulent la paix.
Et si vous craignez d'avoir froid, faites comme nos grand'parents : un habit supplémentaire, un damart thermolactyl, un pull en shetland, peu importe.

Il n'y a pas si longtemps les gens vivaient très bien à 16°C dans leurs maisons.
Aujourd'hui et au nom d'un pseudo confort exagéré, on surchauffe.
Pas la peine!

Et pour se déplacer, il y a les pieds, le vélo, les transports publics.

Laissez-moi vous dire que je suis scandalisé, lorsque au début du pont du Mt Blanc, je compte 20 voitures le matin, dans un sens ou dans l'autre, et sur ces 20 voitures il y en a 18 occupées par une seule personne.

Laissez-moi également vous dire que lorsqu'on entre dans un bureau de la Ville, on est choqué par la température trop élevée.

Heureusement, cet hiver a été doux. Mais... un été torride nous attend, et les climatiseurs vont faire péter les compteurs SIG.

Ce ne sont pas les "énergies renouvelables" qu'il faut encourager, c'est le bon sens paysan. Même en ville.

Et au final, personne ne veut la guerre.

Surtout pas le peuple de la Grande et Saint Russie, qui a déjà assez donné.

Paix sur la Terre aux femmes et aux hommes de bonne volonté!

K. Dispa

Écrit par : Keren DIspa | 08/03/2014

http://www.huffingtonpost.fr/ du 12 Mars 2014

"L'Eglise orthodoxe russe, qui considère que son territoire juridictionnel coïncide non pas avec les frontières de la Fédération de Russie, mais avec l'espace post-soviétique, était elle aussi un allié de premier plan de la diplomatie russe en Ukraine."

Oui c'est ça, faites l'amour pas la guerre, dieu hibou veille sur nous et notre porte-feuille!

Il est vrai que les religions et leurs saintes histoires à dormir debout ont donné l'exemple dans le sang et les pillages au temps de la terre plate et des cerveaux aussi plats.

(voir l'histoire de "Giordano Bruno" très connu des chrétiens)

La sainte Russie? Pourquoi pas la Sainte Syrie, la sainte Iran, la sainte Arabie...? A part mon Saint ordinateur, je ne connais pas d'autres saints.

Écrit par : Pierre NOËL | 12/03/2014

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