16/02/2014

Philippe Jaccottet entre dans La Pléïade: "Sois tranquille, cela viendra"

Le Plouc célèbre très modestement l'entrée du grand poète suisse Philippe Jaccottet dans la plus prestigieuse des éditions francophones, La Pléïade. Il est rare que Gallimard publie des écrivains de leur vivant. Jaccottet partage cet honneur avec René Char, Paul Claudel, André Gide... S'il est le parfait traducteur d'Homère,Goethe, Hölderlin, Leopardi, Ungaretti, Musil Rainer-Maria Rilke, Thomas Mann, il est aussi, et surtout, l'auteur de l'une des plus pénétrantes oeuvres poétiques contemporaines. 

Voici ce poème de Philippe Jaccottet, "Sois tranquille, cela viendra", tiré de L'Effraie paru chez Gallimard


Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches,

tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin

du poème, plus que le premier sera proche

de ta mort, qui ne s'arrête pas en chemin.

 

Ne crois pas qu'elle aille s'endormir sous des branches

ou reprendre souffle pendant que tu écris.

Même quand tu bois à la bouche qui étanche

la pire soif, la douce bouche avec ses cris

 

doux, même quand tu serres avec force le noeud

de vos quatre bras pour être bien immobiles

dans la brûlante obscurité de vos cheveux,

 

elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,

de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,

elle vient : d'un à l'autre mot tu es plus vieux.

 

Philippe Jaccottet

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Commentaires

Merci cher Monsieur-pas-plouc-du-tout de nous ramener grâce au talent de M. Jacottet à la réalité que peu (de nous) osent affronter.
Ce poème nous rappelle notre finitude et c'est très bien dans le brouhaha provoqué par une fameuse initiative!

Écrit par : NIN.À.MAH | 16/02/2014

Pardon, je voulais écrire Jaccottet.

Écrit par : NIN.À.MAH | 16/02/2014

Philippe Jaccottet est une sommité. Mais si l'Evolution nous fait progresser par étapes, une mort n'étant qu'un passage, comme quelques mesures en musique (les Hyperboréens estimaient que nous ne mourons pas mais qu'en cet instant, simplement, nous nous "déplaçons"). Pourquoi, à la mort d'un être proche, parfois, le voyons-nous "un peu plus loin"? Formidable d'être génial, grand écrivain. Mais faut-il, par le moyen de son art, assombrir trop le vécu de son prochain? A nous autres, incultes, ou presque, le Plouc ne manquera pas l'occasion ne nous donner à savourer d'autres poàmes de Jaccottet.. Il ne s'agit pas, bien entendu, d'une invitation mienne à jouer au jeu du contentement... mais, à part les poètes, aujourd'hui, qui est en mesure non de nous leurrer (on a déjà donné!) mais de nous "pousser au (...)?! Plouc, nous avons besoin de vos lumières...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16/02/2014

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