06/02/2014

L’extrême-droite s’agite. Entre le 6 février 1934 et le 6 février 2014, ressemblances et dissemblances (les Jeudis du Plouc)

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Il y a 80 ans, jour pour jour, éclatait l’émeute provoquée à Paris par les ligues d’extrême-droite. Elle a laissé quinze morts et 2000 blessés sur le pavé et fait vaciller la IIIème République qui allait tomber quatre ans plus tard sous les coups des troupes allemandes et des manœuvres de Pétain.

Le 6 février 1934 reste un mythe fondateur pour l’extrême-droite française, comme le souligne l’historien Olivier Dard dans Libération. A l’occasion de ce sinistre anniversaire, de nombreux commentaires dégagent plusieurs points communs entre cette manif violente et celles qui se sont récemment déroulées en France. Tout d’abord, la convergence de plusieurs mouvements et groupuscules d’origines très diverses et qui se réunissent dans une même détestation du pouvoir en exercice.

Ensuite, les thèmes de mobilisation qui se ressemblent comme deux morceaux de boue: l’antisémitisme ­– clairement revendiqué par les manifestants du «jour de la Colère» dimanche 26 janvier dernier­ – la haine de l’étranger, le rejet des valeurs républicaines, la lutte contre la Franc-Maçonnerie en ce qu’elle incarne cette laïcité que les fascistes de 1934 et leurs rejetons d’aujourd’hui rejettent.

 A cet égard, le récent «jour de colère» a révélé que les traditionnalistes catholiques aux patronymes en trombone à coulisse se liaient fort bien aux islamistes banlieusards et barbus. Tous font quenelle commune avec Dieudonné. Or, les différentes formes de fascismes du XXe siècle sont nées de cette alliance entre éléments des classes populaires et bourgeoises. Quand Christine Boutin fait mariage triste avec Dieudonné, il a lieu de s’inquiéter.

Toutefois, les dissemblances sont tout aussi nombreuses. L’imbrication des économies mondiales et les institutions européennes ont réduit les pouvoirs de l’Etat-nation comme peau de chagrin. En 1934, organiser un coup d’Etat avait encore un sens. Aujourd’hui, à quoi pourrait-il servir?

C’est ce que Marine Le Pen a bien compris. Elle laisse son ex-adversaire interne Bruno Gollnisch et son père évoquer le 6 février 1934 avec des trémolos dans la voix. Mais elle se garde bien d’en faire autant et célèbre cette République que les fondateurs de son Front national vouaient aux gémonies.

Le fascisme des années trente avait pour adversaire principal, la démocratie qu’elle a utilisée mais pour mieux la supprimer. Ses héritiers n’ont plus besoin de s’y attaquer, mis à part quelques nostalgiques de l’esthétique SS. On assiste donc à l’émergence d’une sorte de fascisme démocratique qui s’installe dans les consciences. C’est de façon tout à fait respectueuse des institutions qu’en Suisse l’UDC propose des lois xénophobes ou que Marine Le Pen veut instaurer sa «préférence nationale».

La perte de substance de l’Etat provoque cette angoisse du vide qui étreint, sous des symptômes divers, tous les pays d’Europe. Pas plus que les autres formations politiques, le fascisme démocratique ne possède de solutions réelles pour remplir ce vide. Mais mieux que les autres, il sait distiller l’illusion d’un retour à l’Etat protégé par la muraille des frontières.

Le fascisme des années trente a fait le lit des plus sanglantes horreurs que l’humanité a connu. A quels périls nous expose le fascisme démocratique de 2014? L’histoire ne se répète pas mais elle bégaie, dit-on. Lorsque les peuples se bercent d’illusions, le pire est à redouter. Et les leçons d’hier risquent fort d’être oubliées, comme l’illustre ces vers tirés du poème d’Aragon Epilogue:

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude

Vous aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris

Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix

Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le plis des habitudes.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

 

Jean Ferrat chante Epilogue de Louis Aragon

11:45 | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : vidéo, fascisme, marine le pen, jean ferrat, aragon | |  Facebook | | |

Commentaires

L'angoisse du vide ne nous étreint-elle pas tous?
Que d'ashrams, que de visites en lieux consacrés en vue d'exorciser cette angoisse du vide, angoisse, trou du "vide", (on pourrait ici risquer une bien déplacée allusion freudienne sur le fait de savoir comment ou par qui se faire remplir ou combler certain trou (...) Prestement parlons autres trous, autres vides, autre vide existentiel que les uns se bourrent à force d'argent, d'autres à force nourritures lesquelles, comme on sait, ne sont pas toutes que matérielles... Mme Boutin, depuis ses échecs n'erre-elle pas là où le vent la pousse histoire d'exorciser la même angoisse du vide? Côté atroce Dieudonné, pour l'instant certes, mais combien de salles combles pour accueillir, fêter Dieudonné: en aucun cas par nécessité viscérale, de passer un "bon" moment parce que vous permettant de ne plus ressentir ce "vide"?
Si l'on enfonce son bras dans le sable, on peut voir apparaître sa main comme coupée du bras mais si l'on ôte le sable on voit que la main tient au bras... Le sable ne figure-t-il pas notre matérialisme (n'est-il pas, ce matérialisme, précisément "coupe-vide"?)!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 06/02/2014

Si la France gronde, c'est que la démocratie s'y porte mal. Et si elle se porte mal, il y a des causes à ce mal-être collectif. Trop de cynisme, trop d'indifférence, trop de bobos pas du tout ou mal soignés. De part et d'autres des tranchées ouvertes, les gens se regardent en chiens de faïence. La barbarie guette tous les camps, pas seulement les amis de Dieudo ou de Marine le Pen. Que faire? Reconnaître premièrement que la République est à tous ses résidents et résidentes et que la démocratie est la règle de conduite. Mais pas seulement la démocratie parlementaire. La démocratie médiatique aussi. Hors que voyons-nous? L'argent mène de plus en plus le bal et les contraintes matérielles font que la démocratie est bafouée et méprisée par les élites possédantes. Qui se révolte contre la disparition de la fenêtre "blogs" dans les recherches Google? Qui n'a pas compris que si le web est indirectement censuré par le pouvoir de l'argent, la libre parole ne pourra plus circuler comme avant. Anesthésier par un manque de référencement, la parole libre restera confinée à des petits cercles d'initiés, à des structures minimalistes ne pesant rien face aux rouleaux compresseurs des grands médias référencés impeccablement. Etouffer la démocratie populaire ne mènera pas au mieux mais bien au pire que vous craignez, cher Monsieur Cuénod. Dieudo doit-il fermer sa grande gueule pour outrages publiques aux bonnes manières républicaines et haine répétitive? Son public, de plus en plus grand, répond naturellement non. Que dire à son public de fans: "on ferme le théâtre de Dieudo. Circuler, y'a plus rien à se mettre sous la quenelle?" Idem avec Marine le Pen?

Je laisse la question ouverte. Mais comme vous je crains la peste et le choléra pour notre société. Soyons non seulement vigilants mais surtout acteur de cette démocratie en grand danger de rupture. C'est aux journalistes de faire un travail en profondeur sur les causes du succès de Dieudonné et Marine le Pen. Au lieu de trop grande complicité avec les pouvoirs, les journalistes doivent vraiment s'interroger sur la démocratie dans une monde aussi ouverts aux libertés les plus...liberticides. Car Sade l'a raconté en long et en large dans son oeuvre. Plus tu t'octroies de libertés personnelles, plus tu abuses d'autrui, plus d'autres personnes sont donc soumis au propre mal des gens décomplexés se permettant le pire sous le couvert de lois ultra-libérales...

Bonne fin de journée à vous.

Écrit par : pachakmac | 06/02/2014

Pachamac, votre discours n'éclaire rien, des lieux communs rabâchés à la louche, une tentative de discrédité la presse et les outils comme internet toujours en évitant soigneusement de pointer du doigt les déferlements des influences qui elles ne se cachent plus, cependant malgré l'abondance, le fascisme ne passe pas, dieudo, je l'emmerde et je lui pisse à la raie, pareil avec les étrons qui l'entoure !

Ce n'était même pas un 1934 en miniature, lors des deux dernières manifestations françaises, il n'y a pas eu 15 morts et 2'000 blessés et c'est plutôt dans le camp des débiles tous confondus, néo-nazis, fn, quenelles et mêmes quelques ultras-gauches que l'espace se restreint, se ridiculise !

Non, nous ne sommes pas en 1934, l'Allemagne ne sera plus le monstre autrefois tant redouté et aucun gouvernement ne pourra plus s'allier aussi facilement avec le "diable", non le pays où règnent le plus de petits tribuns aux petits ailerons n'est ni la France, ni l'Allemagne. Il faut faire de l'olympisme pour l'apercevoir entre ses gardes du corps, mais plus pour très longtemps, car les russes ont leur âme et c'est un roman dans lequel il faut toujours se méfier d'abord de ses proches que de ses ennemis.

2014 sera bouleversée, tragique pour certains et bénéfique pour d'autres, mais comme le veut la logique implacable du destin de cet humanité, le danger n'est jamais prévisible, même si l'histoire se joue des ressemblances mensongères dans sa répétition !!

Concernant Hollande et ses remous, il agit comme un vaccin, je ne le voit pas aussi bête qu'il veuille bien le montrer, au théâtre, il ne faut pas faire dans la connerie pour faire miroité le con parfait !!

ABE

Écrit par : Corto | 07/02/2014

Du vide, l'angoisse du vide... Corto concernant Dieudonné, je cite: "dieudo, je l'emmerde et je lui pisse à la raie? Pourquoi à la "raie"? La raie, toute raie, n'est-elle pas un "vide" entre deux?! Mariage triste, cet article. par la plume électronique de Jean-Noël Cuénod: "mariage triste de Christine Boutin avec Dieudonné"! Christine Boutin, quelqu'un à consoler...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 07/02/2014

Myriam, au delà de la grossièreté il y a l'obscénité et pire encore, maintenant être grossier avec cette fange lave les mots, ce dont je me méfie, c'est la politesse avec certains personnages !

Concernant cette soi-disant répétition de l'histoire, ça sonne pas si mal, mais c'est une impasse. Ce n'est pas l'histoire qui change, ce sont les âmes qui se perdent, non pas avec la mort physique comme symptôme, mais avec ce que d'autres ont illustrés en déclarant "perdre son âme", perdre son âme, ça vous dit quelque chose ?

Parfois des nations entières perdent leurs âmes et ce n'est pas qu'ils répètent leur histoire, c'est que l'âme ne revient pas systématiquement !

Écrit par : Corto | 07/02/2014

Parce que l'extrême gauche et la gauche tout court restent les bras croisés? On combat bien plus l'extrême droite que l'extrême gauche et la gauche pourtant bien plus dangereuse parce que justement elle n'est pas montrée du doigt comme l'extrême droite!

Désolée, mais la gauche a fait bien plus de dégâts à Genève que n'importe quel autre parti!

Écrit par : Patoucha | 07/02/2014

Patoucha, de toute manière à Genève, les vocations politiques n'ont qu'un seul but, allez manger la soupe dans les écuelles des banquiers, maintenant il faut distinguer les origines des fonds blanchis, lorsqu'ils viennent des démocraties ce qui est de moins en moins le cas au vu des pressions, ils viennent des paradis totalitaires socialistes progressistes ou islamistes, comme les fonds viennent de plus en plus des dictatures de gauche ou ex-gauche reconvertie en pseudos démocraties, nous voyons les banques suisses recruter de plus en plus chez les gauchos locaux pour dérouler les tapis rouges !

Écrit par : Corto | 08/02/2014

Si un banquier suisse saute par la fenêtre, suivez-le, c'est qu'il y a de l'or !!

Voltaire

Écrit par : Corto | 08/02/2014

Corto, j'ai un chat, Moïse, qui parvient à me mettre hors de moi sans que je puisse toujours retenir les pires imprécations (malmener physiquement, jamais), mais, ensuite, après force jurons, mots grossiers, etc., je pense que Moïse vient de gagner deux fois: la première en parvenant à me mettre hors de moi (alors que je pratique le yoga depuis si longtemps)! la seconde, en réusissant à me faire adopter un langage ordurier qui ne m'est pas propre...en attendant l'occasion où me proches la "poussant"! ce langage insensé déteigne jusqu'à les atteindre eux-mêmes... La politesse avec certains personnages? Coup de pied au cul ne nécessie aucune expression orale, toutefois, ne se peut. Alors, quoi? Silence Musique Sortir Dormir... Des personnes auxquelles vous faites allusion, un parent disait que ces personnes n'"existent pas"! (à condition de ne pas penser cela chaque fois qu'une personne n'est pas du même avis que nous...) Savez-vous, Corto, que vous avez une sorte de profondeur en vous qui est pure richesse?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 08/02/2014

C'est ou le yoga, ou le chat !!

Écrit par : Corto | 10/02/2014

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