30/01/2014

Cavanna s’est fait la malle. Les Jeudis du Plouc en deuil

Cavanna,Hara-Kiri,Charlie Hebdo,vidéo

 Voilà, Le Plouc est bien avancé. Depuis près d’un demi-siècle, il rêvait de rencontrer, Cavanna, François de son prénom, l’homme par qui le journalisme nouveau ­– pertinent parce qu’impertinent ­– a débarqué dans l’espace francophone. Un espace qui exhalait alors l’odeur sucrée et nauséeuse du renfermé. Cavanna, le professeur Choron et leur bande de frapadingues ont vite fait d’ouvrir les fenêtres. Un sacré courant d’ère!

 

 Installé à Paris, Le Plouc s’était promis que, cette fois-ci, il prendrait son courage à deux pieds pour rendre visite au créateur d’Hara-Kiri et de Charlie-Hebdo et frapper d’un doigt tremblant à l’huis de sa maison de Seine-et-Marne.

Mais ce jeudi matin, la Seine est morne.  Ses célèbres moustaches ont laissé passer l’ultime souffle de François Cavanna à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Il avait 90 balais. Ce n’était pas de trop pour faire le ménage dans nos têtes. Trop tard, Le Plouc.

 

Fils de terrassier italien, émigré à Nogent-sur-Marne, près de Paris, Cavanna était le produit-modèle de l’école républicaine française, à l’image du prix Nobel de physique Georges Charpak. Aujourd’hui, cette école est aussi défunte que ces deux grandes figures. Mais passons.

L’école primaire lui  apprend le goût de lire et d’écrire. Toutefois, le bon élève est aussi un galapiat de première, attiré par la vie active et ses gisements de jupons festifs. Pendant l’Occupation, le jeune François est expédié en Allemagne par la grâce – si l’on ose dire – du travail obligatoire. Il y rencontre son amour de jeunesse Maria l’Ukrainienne. Dans son livre Les Russkofs, Cavanna raconte comment il a perdu la trace de cette compagne de misère.

 

De retour Paris, Cavanna survit en tant que dessinateur. Puis, il est engagé par le magazine Zéro dont il devient le rédacteur en chef. Il se lie d’amitié avec un aventurier qui vient de « faire l’Indo », Georges Bernier, le patron des colporteurs qui vendent Zéro dans la rue. Un directeur très actif, puisque chaque mois, il diffuse 35 000 exemplaires, malgré les flics qui reniflent des odeurs de sédition. Le titre Zéro paraissant, justement, trop provocateur, le directeur Jean Novi, le change. Il s’appellera Les Cordées. Trop cucul-la-praline pour Bernier et, surtout, Cavanna. Ils bavent d’envie devant la revue américaine Mad Magazine qui tourne les puissants en dérision et en bourriques.

 

 A la mort de Novi, le duo créé le mensuel Hara-Kiri en 1960. Une équipe de dessinateurs et rédacteurs aussi déjantés que talentueux les rejoint, parmi eux Wolinsky, Reiser, Siné, Cabu, Delfeil de Ton, Gébé, Fred et tant d’autres dont Pierre Fournier, Willem… La bande prend ses quartiers, 4 rue Choron à Paris. Bernier devient alors le professeur Choron.

 

Fausses pubs vraiment scatologiques, romans-photos dadaïstes, dessins coups de poing , textes rédigés avec une encre tellement corrosive qu’en comparaison le vitriol est un sirop de grenadine, le « mauvais goût » génial devient la marque de fabrique de Hara-Kiri. Une pluie d’injures s’abat aussitôt sur la rédaction. L’un des « pères de famille indignés au nom de plusieurs »(1) s’étrangle de rage dans une lettre : « Non seulement vous êtes bêtes mais encore, vous êtes méchants ». Bingo ! Cavanna tient le slogan qui restera accolé au magazine : « Hara-Kiri, le journal bête et méchant ».

 

Pour ceux qui n’ont pas connu la pesanteur des années 50 francophones, il est difficile de ressentir la déflagration déclenchée par Hara-Kiri. La France et la Belgique étaient engluées dans leurs sanglantes guerres coloniales et le respect compulsif de l’uniforme. La Suisse voyait des agents communistes sous le plus menu des edelweiss. Le conformisme encasquait partout les consciences. Ou du moins ce qu’il en restait. Cavanna et sa bande ont alors mené une véritable entreprise de salubrité publique.

 

Bien entendu, les interdictions de la censure gaulliste ont fréquemment interrompu le cours des publications nées d’Hara-KiriHara-Kiri Hebdo, Charlie Hebdo. Mais chaque fois, la bande est revenue pour semer le bousin dans les kiosques.

 

Cavanna s’est offert une seconde vie après celle de journaliste : romancier. Il racontera sa vie de fils de prolo émigré : Les Ritals, Les Russkofs, L’œil du Lapin. Et puis, sa maladie de Parkinson : Lune de Miel, la « salope infâme ». Justesse de l’image, rabelaisien sans faire du Rabelais, Cavanna était aussi un grand écrivain, irrespectueux de tout, sauf de la syntaxe.

 

François Cavanna nous a rendu un peu moins con. Voilà ce que Le Plouc voulait lui dire. Et qu’il ne pourra plus lui dire.

 

Jean-Noël Cuénod

 

  (1) La formule est d’un autre journaliste anticonformiste, le Suisse Jack Rollan

 

 

 

 

 

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27/01/2014

François Hollande, Valérie Trierweiler: Le Plouc cause dans le poste à France-Info

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Le Plouc a été invité à Micro-Européen, l'émission de Marie-Christine Vallet, en compagnie d'Anna-Maria Merlo-Poli, du Manifesto. On y cause François, Valérie, vie privée et toutes ces sortes de choses.

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25/01/2014

Hitler et les Roms évoqués par le maire. Incroyable clémence de la justice.

 

Les Roms ? «Comme quoi, Hitler n’en a peut-être pas tué assez!» Il est difficile de trouver propos plus immonde. D’autant plus qu’il a été proférée par un maire, premier magistrat de la commune de Cholet, dans l’Ouest de la France. Pour sa défense, Gilles Bourdouleix – c’est le nom de l’élu – a décrit une scène très tendue entre les Roms et lui. Sous le coup de la colère, on dit parfois n’importe quoi. Ou alors, on exprime sans fard, ce que l’on pense vraiment. En ce cas, il s’exhale des pensées de Monsieur le Maire une puanteur insoutenable.

 

A l’instar des vieux chevaux de retour, Bourdouleix a tout d’abord nié avoir prononcé cette phrase. Il a fallu qu’un journaliste du Courrier de l’Ouest diffuse l’enregistrement et que celui-ci lui soit authentifié par des spécialistes pour que le porteur d’écharpe tricolore admette l’évidence. Auparavant, il avait accusé ledit journaliste d’avoir trafiqué l’enregistrement en le traitant de « petit merdeux ».

 

La gravité de son comportement a été dûment soulignée, par l’avocat général qui voit en cette phrase sur Hitler et les Roms l’apologie d’un crime contre l’humanité: «Elle exalte le crime commis ; elle exprime le regret qu'on n'en ait pas tué assez ». Dans la foulée, il avait requis six mois de prison avec sursis et 5000 euros d’amende ferme.

Pourtant Bourdouleix a écopé d’une peine ridicule, pas même symbolique : 3000 euros d’amende AVEC SURSIS. Il ne les paiera donc pas, sauf s’il subit une seconde sanction. Précisons que l’amende maximale pour ce genre de délit est de 45 000 euros. Il a également été condamné à 600 euros (ferme, cette fois-ci) pour avoir diffamé et insulté le journaliste.

 

Le maire a tout de même été viré de son parti, l’UDI. Ce qui est le moins que pouvaient faire les centristes de Jean-Louis Borloo.

 

Quelle leçon peut-on tirer de ce lamentable verdict ?

 

Le recours à la justice ne suffit pas pour lutter contre le racisme et l’apologie des crimes contre l’humanité. Les lois antiracistes sont nécessaires, car elles fixent des limites. Mais elles ne sont pas suffisantes. Le danger est de se reposer sur ces textes et sur les juges pour combattre le fléau.

L’exemple de Cholet démontre qu’il ne faut pas trop compter sur la magistrature pour faire un travail qui nous incombe à tous : celui de répondre point par point, sans rien lâcher, aux Bourdouleix et s’il sont élus comme lui, d’organiser une campagne afin qu’ils débarrassent le plancher politique.

 

Jean-Noël Cuénod


 

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L’enregistrement de la phrase de Bourdouleix, dont le contenu a été authentifié par les enquêteurs.


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23/01/2014

Coup de boule contre un cheminot et 150 000 Parisiens mis à pied - VERSION ACTUALISEE

 

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Photo : une pub de la RATP contre les incivilités dont l’efficacité reste à démontrer.

Scène ordinaire de la vie parisienne mardi vers 21 h. 30. Un train de banlieue est encore à l’arrêt, gare Saint-Lazare ; le départ est imminent. Le conducteur s’apprête prendre place dans sa cabine lorsqu’il remarque un voyageur qui tire sans vergogne sur sa clope. Il rappelle au tabagique l’interdiction de fumer dans une voiture. Refus de l’accro du mégot. Le cheminot réitère. Fumer rend sourd, apparemment. Comme certaine pratique solitaire. Le conducteur insiste. Le fumeur se lève et lui balance un coup de boule à la tête. Le cheminot y laisse toutes ses dents de devant et doit être transporté pour recevoir des soins. Le furieux est interpellé par la police peu après.

 

Le lendemain matin, les collègues du conducteur blessé arrêtent le travail pour protester contre cette agression en particulier mais aussi contre toutes les incivilités que ces travailleurs subissent chaque jour.

Les 150 000 banlieusards qui utilisent les lignes qui mènent à la gare Saint-Lazare sont ainsi privés de déplacements et doivent se débrouiller comme ils le peuvent pour rejoindre leur lieu de travail à Paris. Pour certains, un retard au boulot peut signifier la fin d’un CDD, contrat de travail à durée déterminée. Une catastrophe, en ces temps où la courbe du chômage résiste aux ordres d’infléchissement que lui intime le président Hollande.

 

Pourquoi punir tous les usagers pour une agression commise par un individu ?

 

Eh bien, la décision des grévistes n’est pas si injuste que cela !

 

Le Plouc a eu l’occasion de constater à quel point les utilisateurs des transports publics parisiens manquent de solidarité à l’égard des conducteurs et acceptent passivement les multiples incivilités dans le métro ou les RER. Lorsque Le Plouc réagit pour faire cesser le trouble provoqué par des d’jeunes et des moins d’jeunes (et même des d’vieux !), chaque fois, c’est le même constat. Les autres voyageurs regardent ailleurs ou alors plongent dans la contemplation intense de leurs godasses, voire continuent à dodeliner du chef en écoutant leur daube grâce à leur casque d’extraterrestres demeurés. Ils laissent Le Plouc se démerder avec le ou les perturbateurs, comme autant de Ponce Pilate aux mains douteuses.

 

Certes, ils ont peur de recevoir un mauvais coup, à l’exemple du malheureux cheminot de la gare Saint-Lazare… Ce n’est pas une réponse valable, car si tous les passagers d’une voiture se rebiffaient contre les malfaisants, ceux-ci fileraient doux aussitôt.

 

«Mais on n’a pas à faire le boulot des keufs ! » C’est l’argument-matraque du passager lambda. Réponse : les flics ont d’autres chats de gouttière à fouetter. Etre citoyens, ce n’est pas seulement utiliser les biens publics, c’est aussi veiller sur eux. Cette disposition d’esprit est très loin d’être partagée par les Parisiens. C’est dommage. S’ils se prenaient plus en main, ils pleurnicheraient moins sur la dégradation de leur cadre de vie.

 

C’est peut-être le message que les cheminots grévistes de la gare Saint-Lazare ont voulu faire passer.

 

DERNIERE MINUTE: le Tribunal de Paris a jugé l'agresseur du cheminot en comparution immédiate. Il a été condamné, jeudi soir, à six mois de prison ferme et trois mois supplémentaires avec sursis. 

Jean-Noël  Cuénod 

 


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22/01/2014

Haïkus – BOUILLON DE VIE

L’œillet du matin

S’est ouvert sous la pluie

Pour offrir sa force

 

 

 

Trouver le lieu

Dans un repli de l’enfance

Y planter sa tente

 

 

Le ciel déchire

Sa peau grise et fait surgir

Des plaies colorées

 

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Soudaine pluie

Qui bondit sur nos épaules

Comme un chat sauvage

 

Bouillon plein de vies

La flaque dans l’ornière

Créé ses univers

 

 

Nuages en chemises

Qui passent en se boutonnant

Et filent ailleurs

 

Jean-Noël Cuénod 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

 

- Circonstances

 

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

 

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

 

- Liens (Editions Editinter Paris)

 

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat).

 

 

 

 

 

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19/01/2014

Pourquoi les Etats musulmans censurent Israël à l’UNESCO

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L’exposition «Les gens, le Livre, la terre: la relation de 3 500 ans du peuple juif avec la Terre Sainte» devait être inaugurée mardi à Paris, au siège de l’UNESCO. Devait, car vingt-deux Etats arabes ont contraint l’organisation internationale chargée de l’éducation, la science et la culture à annuler cette exposition.

Le motif avancé par les censeurs relève de cette mécanique tartuffe qui meut la diplomatie quel que soit son drapeau : cette exposition pourrait porter un coup fatal au processus de paix et aux négociations en cours au Proche-Orient.

 

Dans une déclaration des plus emberlificotées, l’UNESCO assure que l’exposition n’est que reportée : «Un certain nombre d'éléments doivent encore trouver un accord (…) sur des points historiques textuels ou visuels potentiellement contestables, qui pourraient être perçus par des Etats membres comme une mise en danger du processus de paix».

 

«Faux», réplique en substance Shimon Samuels, directeur des relations internationales du Centre Simon-Wiesenthal, à Paris. C’est la troisième fois que cette exposition est «reportée» ; cette fois-ci, l’exposition est bel et bien annulée, car l’UNESCO n’a avancé aucune nouvelle date pour l’organiser : «Tous les contenus susceptibles de choquer ou d’offenser un des États membres avaient été écartés, et toutes les modifications demandées par l’UNESCO, acceptées. Par conséquent, dire que certains points doivent trouver un accord est faux.»

 

Peu importent les raisons officielles ou officieuses qui ont poussé l’UNESCO à censurer l’exposition. Elles demeurent secondaires en regard de la cause principale: le refus des dirigeants politiques musulmans de considérer que les juifs ont droit à un Etat sur une terre qu’ils considèrent comme leur propriété exclusive.

 

C’est à dessein que Le Plouc use de l’adjectif «musulmans» pour qualifier ces dirigeants proche-orientaux et renonce à l’épithète «arabes». Durant des siècles, les nations ayant l’Islam pour religion principale ont toléré ­la présence en leur sein de juifs et de chrétiens. De nombreux rois ou sultans les ont même protégés. Mais  ils devaient rester à leur place subalterne et se contenter du statut de sujets de seconde zone (dhimis).

 

Aujourd’hui, les Arabes chrétiens sont perçus comme des corps étrangers sur leur propre sol natal, du fait de la proximité culturelle avec leurs coreligionnaires européens et américains, proximité assimilée (à tort mais c’est une autre histoire) à une forme de trahison potentielle. D’où les multiples persécutions qu’ils subissent en Egypte, en Irak et ailleurs, ce qui provoque leur émigration massive vers l’Occident.

 

La fondation de l’Etat d’Israël ­est vécue, elle aussi, comme un crime de lèse-Islam. Cette création a entraîné des mouvements de populations douloureux. Côté arabe et palestinien, certes. Mais aussi côté israélien. On oublie trop souvent que des milliers de juifs ont été expulsés  de leurs pays d’origine – Yémen, Egypte, Irak entre autres – lors des conflits israélo-arabes. Ils ont donc dû trouver refuge en Israël.

 

Durant la Guerre froide, les leaders des organisations palestiniennes plaçaient leur combat principal sur le terrain du nationalisme. Il s’agissait de revendiquer une terre mais non pas le monopole religieux sur tout le Proche-Orient. Désormais, cette vision nationaliste est supplantée par le combat religieux qu’incarne le Hamas. Il s’agit moins d’obtenir une terre que de faire régner l’Islam. Ou plutôt de faire triompher une version particulièrement intolérante et régressive de l’Islam.

 

Le Proche-Orient est ainsi vécu comme un espace qui doit être voué exclusivement à l’intégrisme musulman. Cette vision n’est pas partagée que par le Hamas ; les richissimes pétromonarchies la soutiennent également et combattent aussitôt toute allusion à une présence juive historique  dans cette région. La censure à l’UNESCO s’inscrit dans ce contexte.

 

Cette interdiction ne concerne pas seulement Israël. L’agressivité des intégristes de l’Islam vise les Arabes chrétiens mais aussi les autres musulmans, notamment ceux qui appartiennent aux confréries soufies. Accepter cette censure, c’est admettre que nous n’avons rien à objecter à l’obscurantisme.

 

Jean-Noël Cuénod

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16/01/2014

Vincent Lambert et l’euthanasie ou l’impossible justice

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La société n’en demande-t-elle pas trop aux juges ? Les magistrats du Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne ont été sommés de choisir entre laisser Vincent Lambert en vie ou autoriser sa mort.  Leur décision est tombée jeudi 16 janvier, en fin de matinée. Ils ont ordonné aux médecins qui soignent ce tétraplégique de le réalimenter et de le réhydrater afin que son existence se poursuive.

 

La décence interdit que l’on commente en bien ou en mal ce jugement. Personne n’aurait souhaité se trouver à la place de ces juges, ni partager leur fardeau qu’ils n’ont pas fini de porter.

 

Vincent Lambert, âgé de 38 ans, fut victime d’un accident de moto en 2008. Il a eu la vie sauve, mais à quel prix ! Entièrement paralysé, le jeune homme ne peut bouger que ses yeux. Les médecins ont mis un nom sur cet état, qui n’est pas encore végétatif : pauci-relationnel. Il qualifie un état de conscience minimal ; la personne qui en souffre n’est plus en mesure de répondre à des demandes simples mais certains signes, notamment le mouvement de son regard, indiquent qu’il reste très partiellement conscient de son environnement.

 

Vincent est hospitalisé à Reims, mais tout espoir d’amélioration de son cas est perdu. Il ne survit que par alimentation et hydratation artificielles. Les soignants de ce Centre hospitalier universitaire (CHU) ont constaté que leur patient leur donnait – à de multiples reprises – des signes montrant qu’il s’opposait aux soins, ce qui démontrerait un refus de vivre.

 

En avril 2013, le médecin soignant Vincent décida d’interrompre l’alimentation et l’hydratation afin de laisser la mort faire son œuvre. Il avait obtenu l’accord de la femme de M. Lambert, mais non pas celui de sa mère et de son père. Ces derniers ayant appris – « fortuitement » disaient-ils – qu’une telle décision avait été prise, l’ont aussitôt contestée devant le Tribunal administratif. Celui-ci  décida la reprise immédiate des soins, car le protocole décisionnaire de la Loi Leonetti (qui réglemente en France les situations des personnes en fin de vie) n’avait pas été respecté.

 

Après avoir respecté, cette fois-ci, les impératifs de cette loi, les médecins du CHU de Reims sont parvenus à la même conclusion qu’en avril dernier. Le père et la mère de Vincent ont à nouveau saisi le Tribunal administratif pour que leur fils continue à recevoir alimentation et hydratation. C’est donc cet épisode que les magistrats ont jugé ce jeudi. Ils acceptent le recours des deux parents et ordonnent aux médecins de rétablir l’assistance vitale.

 

Ce dossier a mis en lumière un autre drame : la famille du patient est profondément divisée. Le père et la mère veulent la poursuite des soins. L’épouse, la sœur, le neveu, notamment, y sont opposés.

D’ailleurs, la femme de Vincent contestera ce jugement du Tribunal administratif devant la plus haute instance française de ce domaine du droit, le Conseil d’Etat qui siège à Paris. La jurisprudence sera alors fixée. On saura alors définitivement si et comment la Loi Leonetti peut s'appliquer à un cas de cette nature.

 

C’est dire quel dilemme, les juges administratifs ont dû dénouer. Qui écouter ? Les parents qui ont donné la vie à Vincent ? La femme qui l’a partagée ? Les médecins qui ont tout entrepris pour la sauver ?  Les avis divergents des proches, associés aux doutes sur l’interprétation à donner quant aux signes ténus émis par Vincent Lambert, ont donc convaincu les juges à ne pas autoriser l’arrêt de l’alimentation.

 

Parmi les signes envoyés par le patient pour protester contre la poursuite de son existence, les soignants ont expliqué qu’il se laisse tomber de son fauteuil et que d’autres attitudes confirment son refus de recevoir des soins. Mais comment être certain que ces manifestations peuvent être interprétées comme un rejet de la survie ?

Le neveu de Vincent Lambert affirme que son oncle, infirmier de profession, a signifié à son entourage, avant son accident, qu’il ne voulait pas que l’on prolongeât sa vie s’il devait subir un tel sort. Toutefois, peut-on affirmer qu’il partage toujours cet avis ?

Pour que la justice prenne une décision de cette gravité, elle doit s’entourer de certitudes. Et comment en trouver dans pareille situation ?

 

Cette douloureuse affaire démontre que les textes légaux ne peuvent pas tout résoudre. La religion, sous nos cieux, n’est plus une instance décisionnelle. La science ne peut pas créer des miracles. Et la justice est condamnée à prendre des arrêts qui, quoiqu’elle fasse, ne sauraient être satisfaisantes.

L’euthanasie permet de soulager des douleurs insupportables que la médecine n’est pas encore en mesure d’apaiser. Mais elle donne aux humains un pouvoir de vie et de mort qui les écrase.

 Nous ne pouvons faire autrement que de naviguer à vue dans le brouillard en espérant causer le moins de mal possible. Nous devons donc nous satisfaire de cette insatisfaction.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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14/01/2014

François Hollande, apôtre du social-libéralisme à la recherche de nouveaux appuis.

Le président François Hollande a confirmé mardi, lors de la troisième conférence de presse de son quinquennat, le coup de barre à droite esquissé lors de ses vœux. Ce mouvement est la suite inéluctable du vice fondamental de sa présidence, à savoir l’acceptation du pacte budgétaire européen. Lors de sa campagne électorale, le candidat Hollande avait promis de le renégocier avant sa ratification par la France. Mais durant les premières semaines qui ont suivi son élection, le nouveau président n’a pas osé sauter le pas et s’est contenté d’ajustements cosmétiques. Ce pacte a donc permis à l’Allemagne de sortir son épingle du jeu en plombant ses partenaires et néanmoins concurrents. La logique de l’austérité a roulé – et roule encore ­– sur la France comme sur les autres.

 

François Hollande assume aujourd’hui les conséquences de cette faute initiale. Ceux qui se plaignent que le président français ne désigne pas de cap et qu’il se contente de naviguer dans le flou ont tort. Le cap est clairement défini : il est social-libéral, sans équivoque. Le président socialiste offre même au patronat une fleur que même la droite n’avait jamais osé lui cueillir : la fin des cotisations familiales qui ponctionnent les entreprises et les indépendants.

Pour développer cette politique ­– qui a pour cœur le « pacte de responsabilité » (les entreprises auront moins de charges et devront embaucher plus) – Hollande a besoin d’appuis sur les plans social et politique.

 

Sur le plan social, le courant semble bien passer entre le nouveau « patron des patrons » du Medef Pierre Gattaz et le président de la République. Côté salariés, le syndicat CFDT ­– mieux implantés que la CGT et FO dans le secteur privé et, surtout, plus déterminé que ces deux centrales à négocier ­– reste l’allié le plus sûr du gouvernement pour appuyer sa politique de concertation.

Sur le plan politique, François Hollande ne peut pas faire assumer son social-libéralisme par le seul Parti socialiste ; il doit chercher d’autres appuis pour le légitimer auprès d’un cercle plus large d’électeurs. En outre, le président éprouvera de la peine à convaincre son aile gauche de le suivre sur ce chemin. Mais quelques ministères judicieusement attribués transformeront les Che Guevara d’aujourd’hui en Tony Blair de demain. Les Verts ne comptent pas. Avec la gauche de la gauche, les ponts sont définitivement rompus. Il ne reste donc que le centre-droit, soit l’UDI, pour lui servir d’allié potentiel.

 

D’ailleurs, le leader des centristes, Jean-Louis Borloo a déclaré d’emblée qu’il soutiendrait le « pacte de responsabilité », « s’il est concret », ajoute-t-il. Dès lors, après les élections municipales et européennes du printemps prochain, pourquoi ne pas conclure une alliance gouvernementale entre l’UDI et le Parti socialiste ? La France aurait un exécutif de coalition comme cette Allemagne qu’elle a pris pour modèle.

 

Mais pour ce faire, les centristes doivent mettre de l’ordre dans leurs diverses maisons. La jonction entre l’UDI de Borloo et le Modem de Bayrou ne s’est pas encore réalisée. Dès lors, Hollande doit certainement brûler quelques cierges pour que la mayonnaise centriste finisse par prendre.

 

Jean-Noël Cuénod


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Les points forts de la conférence de presse présidentielle 

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13/01/2014

François Hollande, Valérie Trierweiler, Julie Gayet… Vie privée ? Quelle vie privée ?

 

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La vie privée n’existe plus pour les dirigeants politiques, même en France. Pendant longtemps, les médias d’outre-Jura ont respecté la frontière entre vie privée et vie publique. Aujourd’hui, l’Hexagone s’est américanisé. Contre son gré, certes, mais désormais le pli est pris. Après Nicolas Sarkozy et ses ennuis conjugaux avec Cécilia, au tour de François Hollande d’être emporté dans la tourmente rose des histoires d’alcôve. Et comme le pouvoir dégage un puissant parfum aphrodisiaque, nous ne sommes pas sortis de cette auberge-là. François Hollande paie aussi le prix du slogan qui avait fait sa fortune électorale : « Je serai un président normal ».

 Il a donc cherché à concilier son engagement à la tête de la France avec la poursuite de sa vie personnelle et intime, comme si de rien n’était. Ce compromis était d’emblée voué à l’échec. Les idéologies ayant perdu leur attrait après la chute de l’Empire soviétique, l’attention s’est portée en premier lieu sur les trajets de vie des dirigeants puis, par glissements progressifs, sur leurs grandes et petites histoires personnelles, bien plus séduisantes pour les médias que la déprimante courbe du chômage et les soporifiques statistiques.

 

Dès lors, en croyant qu’il pouvait mener son existence comme bon lui semblait, François Hollande a couru le risque de parasiter son action politique, au moment même où elle doit prendre un cours décisif pour sortir la France de son marasme. D’autant plus que dans ce pays, la fonction présidentielle revêt une charge symbolique plus forte qu’ailleurs. Ce qui devrait inciter ceux qui l’incarnent à un surcroît de prudence.

 

Jean-Noël Cuénod

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12/01/2014

Ariel Sharon, d’une nuit à l’autre

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Sauveur de la patrie israélienne ? Criminel de guerre ? A chacun son Ariel Sharon. Un homme est mort, avec ses verses et controverses. L’histoire jugera, sans doute. Mais elle est un magistrat qui change ses verdicts au fil du temps. Alors, laissons le silence ouvrir le chemin à cette âme qui s’en va comme des millions d’autres au même moment.

 

C’est moins la vie de ce combattant, pour le pire et le meilleur, qui nous interpelle aujourd’hui que son entre-vie-et-mort, long de huit années. Peu importe les raisons qui ont poussé familles et médecins à prolonger ce coma. A notre place, nous ne pouvons que les ignorer. Les progrès éblouissants de la pratique médicale place l’humain devant des énigmes d’un type radicalement nouveau. Pour les résoudre, les expériences passées ne nous servent à rien. Naguère encore, il y avait un moment-clé précis où la vie se terminait et la mort commençait son ouvrage de destruction-reconstruction. Il n’appartenait à aucun humain de le déterminer. Aujourd’hui, nous pouvons jouer les prolongations. Mais pour quel match ? Qui donnera le coup de sifflet final ? Et quelle responsabilité ! Car il n’est pas facile à l’humain de se prendre pour Dieu.

 

Durant ces huit ans, quelle fut la vie intérieure d’Ariel Sharon ? L’an passé, il a été transporté à l’Hôpital Soroka de Beer-Sheva pour y passer une batterie de tests. Un examen IRM avait montré, selon le communiqué officiel, « une activité cérébrale significative, ce qui témoigne d’une mise en œuvre de l’information sensorielle ». En revanche, les médecins ignoraient si Sharon était ou non conscient de se passait autour de lui. 

 

A-t-il souffert, plus ou moins confusément, d’être ainsi enfermé dans cet entre-deux avec l’incapacité de rejoindre les siens ou de partir vers un autre rivage de nous inconnu ? Le saurons-nous un jour ?

 En tout cas, si souffrance il y a eu, elle reste indicible, dans tous les sens du terme. Indicible parce qu’il est impossible de la décrire. Indicible par son caractère rendu d’autant plus douloureux que celui qui l’éprouve ne peut, justement, pas la dire.

 

L’humain est assez avancé pour reculer l’heure de la mort. Mais il reste ignorant de ce qui fait le grand mystère de la vie qui va et qui vient. Les mortels feraient mieux de ne pas oublier qu’ils le sont, mortels, et de s’abstenir de prolonger des instants qui, dans cette dimension qui est la nôtre, ne seront jamais éternels.

 

Jean-Noël Cuénod

Photo Max Brice-CERN

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10/01/2014

Valls et Dieudonné , vrai tango et faux-culs

Instrumentalisation de l’antisémitisme contre instrumentalisation de la justice.

 

Le ministre français de l’Intérieur Manuel Valls triomphe : il a réussi à faire interdire la représentation de Dieudonné au Zénith de Nantes et à Tours. D’autres villes suivront. Tous les médias sont à ses pieds. Y a-t-il un président à l’Elysée ? Non, il loge place Beauvau[1].

 

L’entrepreneur en spectacles antisémites Dieudonné exulte.  Il est enfin parvenu à devenir le martyr le plus célèbre de France. 5 596 spectateurs avaient acheté, jeudi, leur billet à Nantes pour assister à ses sinistres pantalonnades ; il a fallu une décision arrachée d’extrême justesse au Conseil d’Etat (plus haute instance administrative française) pour qu’ils en soient privés. Ce poussah poussif de la haine très ordinaire rebondira plus que jamais sur l’internet, puisque désormais, il risque fort de ne plus exhiber ses nauséeuses histrionneries en public.

 

Dieudonné est indéfendable, de toute évidence. Cela dit, l’instrumentalisation de la justice par le gouvernement français en dit long sur le triste état des institutions de la République.

Au début de la semaine, le préfet de Loire-Atlantique interdit le spectacle de Dieumachin à Nantes. L’histrion recourt au Tribunal administratif. Qui rend sa décision, jeudi, à 14 h. 20 et autorise le spectacle. Le ministre Valls saisit aussitôt l’instance supérieure à Paris, le Conseil d’Etat. Celui-ci, à 18 h. 40, interdit définitivement la chose, juste avant l’ouverture à Nantes du show devenu froid. Qui a dit qu’en France, la justice administrative est lente ? Les conseillers d’Etat ont donc délaissé leurs lourdes robes chargées d’hermine pour chausser les pointes d’Usain Bolt.

 

Même la justice pénale a été invitée à jouer sa partition. La police judiciaire s’intéresse tout d’un coup aux mouvements de fonds de Dieudonné entre la France et le Cameroun. Or, le « Canard Enchaîné » souligne que Tracfin – la cellule antiblanchiment d’argent – avait signalé son cas aux autorités françaises en … 2007 ! Sept ans après, voilà que le dossier ressurgit, juste au bon moment.

 

Conclusion : Valls s’est appuyé sur Dieudonné pour asseoir sa réputation d’homme fort du gouvernement. Dieudonné s’est appuyé sur Valls pour devenir une inévitable figure médiatique. Vrai tango et faux-culs.

 

Ce n’est certainement pas en usant de manœuvres et de censures que l’on dégonflera cette baudruche. La vraie réponse est de la ridiculiser. Dans ce rôle, Jamel Debbouze est mieux armé que Manuel Valls.

 

Jean-Noël Cuénod



[1] Siège du Ministère de l’Intérieur à Paris

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09/01/2014

Les Jeudis du Plouc: Marine le Pen, l' "horreur européenne" et les mots mous

 

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Dans la bouche des médiacrates, les mots deviennent tout mous. Ils vont se diluant dans ce flot de salive jusqu’à perdre leur signification. A cet égard, Marine le Pen démontre qu’elle est une télépoliticienne comme les autres, contrairement à l’image qu’elle veut imposer. Lors de ses vœux pour 2014, la présidente du Front national a lancé cet appel à ses militants : « Nous devons continuer d’ouvrir les yeux des Français sur l’horreur européenne».

Les Européens ne traversent pas une passe difficile, douloureuse parfois. Non, ils vivent dans l’ « horreur ». Au cours de sa longue histoire, ce continent a pu pourtant mesurer tout le poids de ce mot. Sans remonter aux guerres de religions qui l’ont ensanglanté durant des siècles, ni aux ravages des conflits napoléoniens, le XXe siècle européen fut marqué par de véritables « horreurs » :

 

–      la boucherie de la Première guerre mondiale – 900 morts par jour pendant quatre ans ;

–       la terreur stalinienne – un Soviétique adulte sur cinq a subi le Goulag, un à deux millions d’entre eux périrent dans les camps ;

–       la Shoah des nazis – au moins six millions de Juifs massacrés, soit les deux tiers de la population juive d’Europe ;

–      le monstrueux deuxième conflit mondial – 60 à 70 millions de morts. 

 

Le Plouc rougit de rappeler ces évidences. Mais la destruction du vocabulaire par les politiques pour plateau télé l’y contraint. Marine le Pen, en utilisant le mot « horreur » à propos de l’Europe, vise à frapper les esprits. Elle ne fait qu’ajouter à leur confusion.

 

Si tout est « horreur », alors rien n’est  horrible.

 

Certes, l’état économique du continent et, particulièrement celui de l’Union européenne, n’est guère reluisant. Le chômage apporte son lot de douleurs. Mais on ne saurait qualifier pour autant la période que nous traversons d’  « horrible ». Telle qu’elle est aujourd’hui, l’Union doit être critiquée : institutions de faible intensité démocratique, bureaucratie souvent absurde, structures opaques, manque de volonté politique commune. Mais les outrances verbales des démagogues forment un écran de fumée qui empêche toute critique pertinente de se développer. Paradoxe apparent : en utilisant les mots qui choquent, ils confortent l’ordre ou le désordre établi.

 

 N’oublions pas l’essentiel. Grâce au processus d’unification de l’Europe, ce continent jadis ravagé par les haines – réveillées à chaque génération – vit en paix. Et commet, certes des erreurs, mais non plus des... horreurs.

 

Jean-Noël Cuénod

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05/01/2014

Instants magiques / La Plouquette danse avec les poneys

 C’est la Belle et la Bête version périgordine. Dans l’un des prés du Domaine de Beaurecueil (commune de Saint-Sulpice-de-Mareuil dans le Périgord Vert), la Plouquette – Christine Zwingmann Cuénod – danse dans un pré devant deux chevaux visiblement émus par le spectacle.

 

Puis, tout d’un coup, une autre danseuse, nommée Topaze, entre en scène ­pour improviser un pas de deux (à deux et quatre pattes). Mais voyez plutôt…

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03/01/2014

Les Jeudis du Plouc:des Bonnets Rouges dans le rétroviseur

 

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Le Plouc a-t-il été assommé par le coup de barre à droite de François Hollande lors de ses voeux? En tout cas, voilà les Jeudis qui paraissent un vendredi. C'est du joli!

Pour cette occasion, le Plouc a jeté un dernier coup d'oeil dans le rétroviseur pour contempler l'une des scènes les plus curieuses de l'année 2013 en France: les manifs des Bonnets Rouges. Menées d'abord contre l'écotaxe - avec succès -, leurs démonstrations ne savent plus où donner de la détestation anti-gouvernementale ou, plutôt, anti-parisienne. Ces détestataires réunissent des gens de toutes provenances sociales et politiques: les régionalistes, les militants de droite, de gauche, du centre, les patrons, petits, moyens, gros, les industriels de l'agriculture, les petits paysans, les commerçants de tous calibres, les gauchistes du NPA et les poujadistes de tous poils.

Du grand rassemblement  de Carhaix en Bretagne, le Plouc en a tiré ce poème-reportage.

BONNETS ROUGES

 

Flammes humaines au bout du chemin

Feu froid des colères

Sous le ciel aux couleurs de fumée

Les prés lumineux

Effacent les traces de la nuit

Un vieux chant rampe dans les sous-bois

Vipère sonore

Langue de rocaille aux éclairs bifides

A la peau d’ardoise

Antique venin du peuple oublié

 

Que faire des révoltes avortées ?

Des cris sans écho ?

Des braises couvant sous la cendre humide ?

De la boue féconde 

Ou de la paille jetée au torrent ?


Jean-Noël Cuénod 

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01/01/2014

Les vrais vœux cachés de François Hollande

 

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 Légende: Jean-Luc Mélenchon et François Hollande se tournent le dos, plus que jamais.

Depuis que Charles de Gaulle en a inauguré la pratique en 1958, chaque président français doit accomplir la cérémonie des vœux. Parfois, elle est le vecteur d’annonces lourdes de conséquences historiques. Ainsi, le 1er janvier 1961 (voir la première vidéo), le Général avait prévenu les Français que s’ils n’acceptaient pas l’autodétermination du peuple algérien en vue de son indépendance, « par un oui franc et massif », il démissionnerait aussitôt de ses fonctions présidentielles. Une semaine après, le corps électoral lui donnait satisfaction. Un an et demi plus tard, l’Algérie n’était plus française.

 Mais la plupart du temps, les vœux présidentiels sont aussi passionnants à suivre qu’un programme de figures imposées en patinage plus ou moins artistique.

 

Si François Hollande ne saurait être comparé à de Gaulle, ni par l’époque ni par la stature, il n’en demeure pas moins que ses vœux pour 2014 n’ont rien d’anodins (voir la seconde vidéo). Ils annoncent clairement que le gouvernement socialiste accentuera encore plus son mouvement vers la droite.

 

Il est tout de même fort rare d’entendre sortir de la bouche d’un chef d’Etat socialiste de telles prises de position :

 

–      « les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années » (mais alors pourquoi les a-t-il augmentés ? Pourrait-on lui rétorquer) ;

–      « je veux réduire la dépense publique » ;

–      « la sécurité sociale (…) doit en terminer avec les excès – nous les connaissons – et les abus » ;

–      « je veux simplifier (…) les démarches administratives  (…) c’est une condition pour que nous puissions être plus attractifs, plus modernes, plus souples ».

 

La mesure phare présentée par Hollande se situe dans la droite ligne de… cette ligne à droite ! Il s’agit du « pacte de responsabilité aux entreprises » : « Il est fondé sur un principe simple, moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social », praeses dixit !

D’ailleurs, le Medef, syndicat patronal français, a aussitôt approuvé cette proposition, par la voix de son président Pierre Gattaz : « Le Medef est prêt à participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé par le président de la République. Il faut cependant avancer rapidement car il y a urgence». Le Medef revendique même la paternité  de cette idée qu’il avait émise mi-novembre dernier.

 

Il reste à savoir si le patronat va vraiment jouer le jeu hollandais ou s’il se contentera de ramasser la mise en faisant fi de ses contreparties. La faiblesse des syndicats français pourrait l’y inciter. En ce cas, l’Etat tapera-t-il du poing sur la table patronale ?

 

Lors de ses vœux, le président français a donc confirmé que les ponts avec la gauche de la gauche étaient définitivement coupés, comme le confirme la violence du commentaire diffusé par François Delapierre, secrétaire national du PG de Jean-Luc Mélenchon : « Pour 2014, les intentions exprimées par François Hollande lors de ses vœux  sont claires, continuer d'arroser les puissants et de maltraiter le peuple. Le président nous a resservi un pot-pourri des poncifs néolibéraux qu'il a appliqués cette année ». En comparaison, la réaction du secrétaire général adjoint de l’UMP, Geoffroy Didier, paraît presque tendre : « Si ces vœux  étaient sincères, ils étaient surtout stériles ». Et au sein de l’aile gauche du Parti socialiste la gêne est perceptible.

 

Dès lors, les vœux de François Hollande en cacheraient-ils d’autres ? Relevons tout d’abord que, contrairement à l’an passé, le président n’a pas prononcé une seule fois le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Serait-ce l’indice d’une prochaine éviction ? Sans doute puisqu’après les élections municipales et européennes (mars et  mai prochains), le chef de l’Etat changera son équipe gouvernementale. Si les socialistes peuvent éviter une déroute totale aux municipales ­– du fait de l’attachement des électeurs aux premiers magistrats de leurs communes et des triangulaires PS-Front national- UMP ­– ils risquent fort un Waterloo aux Européennes.

 

Dès lors, en plaçant la barre aussi à droite, le président socialiste ne prépare-t-il pas un gouvernement de coalition avec le centre-droit ? Certes, la Cinquième République n’a guère l’usage de ce mode de gouvernement. Mais rien n’est éternel en politique. Et la situation périlleuse que connaît la France pourrait induire une telle alliance. A ce propos, lors d’une interruption de séance à l’Assemblée nationale, lors du vote sur le budget en décembre dernier, Jean-Louis Borloo avait déclaré, devant des journalistes, qu’il était prêt à aider le gouvernement à mener sa réforme fiscale.

 

Si Hollande n’est plus du tout compatible avec Mélenchon, il le devient de plus en plus avec Borloo.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

Les voeux de 1961...

Et ceux de 2014.


Le direct de la Présidence de la République by Présidence de la République

En 2014, vous en aurez plein les mirettes!

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Phélix vous souhaite une année 2014 éblouissante!

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