01/01/2014

Les vrais vœux cachés de François Hollande

 

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 Légende: Jean-Luc Mélenchon et François Hollande se tournent le dos, plus que jamais.

Depuis que Charles de Gaulle en a inauguré la pratique en 1958, chaque président français doit accomplir la cérémonie des vœux. Parfois, elle est le vecteur d’annonces lourdes de conséquences historiques. Ainsi, le 1er janvier 1961 (voir la première vidéo), le Général avait prévenu les Français que s’ils n’acceptaient pas l’autodétermination du peuple algérien en vue de son indépendance, « par un oui franc et massif », il démissionnerait aussitôt de ses fonctions présidentielles. Une semaine après, le corps électoral lui donnait satisfaction. Un an et demi plus tard, l’Algérie n’était plus française.

 Mais la plupart du temps, les vœux présidentiels sont aussi passionnants à suivre qu’un programme de figures imposées en patinage plus ou moins artistique.

 

Si François Hollande ne saurait être comparé à de Gaulle, ni par l’époque ni par la stature, il n’en demeure pas moins que ses vœux pour 2014 n’ont rien d’anodins (voir la seconde vidéo). Ils annoncent clairement que le gouvernement socialiste accentuera encore plus son mouvement vers la droite.

 

Il est tout de même fort rare d’entendre sortir de la bouche d’un chef d’Etat socialiste de telles prises de position :

 

–      « les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années » (mais alors pourquoi les a-t-il augmentés ? Pourrait-on lui rétorquer) ;

–      « je veux réduire la dépense publique » ;

–      « la sécurité sociale (…) doit en terminer avec les excès – nous les connaissons – et les abus » ;

–      « je veux simplifier (…) les démarches administratives  (…) c’est une condition pour que nous puissions être plus attractifs, plus modernes, plus souples ».

 

La mesure phare présentée par Hollande se situe dans la droite ligne de… cette ligne à droite ! Il s’agit du « pacte de responsabilité aux entreprises » : « Il est fondé sur un principe simple, moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social », praeses dixit !

D’ailleurs, le Medef, syndicat patronal français, a aussitôt approuvé cette proposition, par la voix de son président Pierre Gattaz : « Le Medef est prêt à participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé par le président de la République. Il faut cependant avancer rapidement car il y a urgence». Le Medef revendique même la paternité  de cette idée qu’il avait émise mi-novembre dernier.

 

Il reste à savoir si le patronat va vraiment jouer le jeu hollandais ou s’il se contentera de ramasser la mise en faisant fi de ses contreparties. La faiblesse des syndicats français pourrait l’y inciter. En ce cas, l’Etat tapera-t-il du poing sur la table patronale ?

 

Lors de ses vœux, le président français a donc confirmé que les ponts avec la gauche de la gauche étaient définitivement coupés, comme le confirme la violence du commentaire diffusé par François Delapierre, secrétaire national du PG de Jean-Luc Mélenchon : « Pour 2014, les intentions exprimées par François Hollande lors de ses vœux  sont claires, continuer d'arroser les puissants et de maltraiter le peuple. Le président nous a resservi un pot-pourri des poncifs néolibéraux qu'il a appliqués cette année ». En comparaison, la réaction du secrétaire général adjoint de l’UMP, Geoffroy Didier, paraît presque tendre : « Si ces vœux  étaient sincères, ils étaient surtout stériles ». Et au sein de l’aile gauche du Parti socialiste la gêne est perceptible.

 

Dès lors, les vœux de François Hollande en cacheraient-ils d’autres ? Relevons tout d’abord que, contrairement à l’an passé, le président n’a pas prononcé une seule fois le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Serait-ce l’indice d’une prochaine éviction ? Sans doute puisqu’après les élections municipales et européennes (mars et  mai prochains), le chef de l’Etat changera son équipe gouvernementale. Si les socialistes peuvent éviter une déroute totale aux municipales ­– du fait de l’attachement des électeurs aux premiers magistrats de leurs communes et des triangulaires PS-Front national- UMP ­– ils risquent fort un Waterloo aux Européennes.

 

Dès lors, en plaçant la barre aussi à droite, le président socialiste ne prépare-t-il pas un gouvernement de coalition avec le centre-droit ? Certes, la Cinquième République n’a guère l’usage de ce mode de gouvernement. Mais rien n’est éternel en politique. Et la situation périlleuse que connaît la France pourrait induire une telle alliance. A ce propos, lors d’une interruption de séance à l’Assemblée nationale, lors du vote sur le budget en décembre dernier, Jean-Louis Borloo avait déclaré, devant des journalistes, qu’il était prêt à aider le gouvernement à mener sa réforme fiscale.

 

Si Hollande n’est plus du tout compatible avec Mélenchon, il le devient de plus en plus avec Borloo.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

Les voeux de 1961...

Et ceux de 2014.


Le direct de la Présidence de la République by Présidence de la République

Commentaires

Jean-Noël,
je viens de finir l'opuscule qu'a commis Bruno GACCIO (Petit manuel de survie à l'attention d'un socialiste dans un dîner avec des gens de gauche) et je dois avouer qu'il développe des idées (sous forme d'humour qui ne retire en rien le sérieux de certains de ces propos) qui se rapprochent de ce que tu écris de façon plus synthétique. En clair nous avons avons en France la gauche la plus à droite mais on a toujours ce que l'on mérite non ?
A très vite

Écrit par : alexandre H | 01/01/2014

La gauche et la droite volent en éclat, c'est normal, ils ont à peu de chose près les mêmes cerveaux, l'ENA fabrique des clones au service de la haute finance et des monarchies.

Les portes sont ouvertes aux fachos de tous bords et au communautarisme.

Bien des Maires font leur travail pour le bien de tous. Ils ne sont pas majoritaires sinon ça se saurait. Les Fiefs sont de retour depuis bien des années avec l'aide du cumul des mandats. Ajoutons quelques postes de "Présidents d'associations" d'handicapés, maisons de retraites j'en passe et des meilleurs, véritables entreprises ou l'influence sur les emplois locaux se fait en dessous de table. Le tout bien sûr au travers de Directeurs et cheffaillons de service plus ou moins inféodés.

De cette Europe à bas coût, (pour les salariés et employés de toutes catégories) sauf pour les banquiers et "la BCE de Goldman machin" nous en voulons plus.

2014 s'annonce fertile en événements...

Bonne année!

(Chronique Agora du 20 décembre 2013)

"GOLDMAN SACHS
VOUS REMERCIE"



"" Vous savez ce que vous êtes, cher lecteur ?

Un "guignol".

Un pantin, une marionnette à qui l'on refile "les actions et autres produits dont on essaie de se débarrasser parce qu'on considère qu'ils ne présentent pas beaucoup de potentiel de profit".

Un "éléphant" qu'il faut "chasser" -- en le persuadant de faire des trades inutiles et inadaptés... mais qui rapportent gros à celui qui vous les a conseillés.

Mais après tout, pourquoi pas ?

Quand on est l'une des cinq plus grosses banques des Etats-Unis...

Qu'on compte, comme nous le verrons dans quelques lignes, des amis dans les principaux gouvernements et autorités financières de la planète...

Qu'on a le pouvoir de gonfler des bulles mondiales puis de les faire exploser -- et de s'en mettre plein les poches dans les deux sens...

Quand on prétend -- avec le plus grand sérieux -- faire "le travail de Dieu"...

... Pourquoi se fatiguer à prendre des gants ? ""

Écrit par : Pierre NOËL | 01/01/2014

Les impôts sont devenus trop lourds ! Mitterrand le disait déjà !!!
Je veux réduire la dépense publique ! Mais ça fait des années qu'elle augmente et il aurait du le faire depuis son élection !!!
La sécurité sociale ... Mais c'est un gouffre en coûts salariaux et personne n'ose s'y attaquer.
Je veux simplifier les démarches administratives ! Mitterrand le voulait déjà et rien n'a jamais été fait.

De belles paroles des "Je veux" à la pelle, comme lors de sa campagne, et RIEN n'est fait que dans la tête et les discours de Hollande. "Moi Président, JE ferai ..." mais qu'attend-il donc pour faire ?

Je donne R.-V. en mai 2014 au peuple français pour exprimer son raz le bol comme en 1968. Mais avec une différence. De Gaulle voulait et faisait. Hollande ne fait que vouloir sans rien faire.

Écrit par : Lambert | 02/01/2014

Je suis tellement choqué par ce que je viens de lire que j'ai besoin de le partager:

http://www.thelivingmoon.com/47john_lear/02files/25_Former_US_military_officers_criticized_%20911.html

Écrit par : Fonctionnaire | 02/01/2014

Faut-il toujours comparer? De Gaulle, Mitterrand et les autres...
Jean-Noël Cuénod nous apprend que Borloo a déclaré devant des journalistes qu'il êtait prêt à aider le gouvernement à mener sa réforme fiscale... Et ensuite, que s'est-il passé: le gouvernement a-t-il eu vent de la déclaration de Borloo? Les journalistees concernés ont-ils posé cette question à Borloo: a-t-il pris contact avec le gouvernement, si oui, quelle réponse du gouvernement à Borloo lequel Borloo (qui n'a jamais caché qu'il n'aime pas les socialistes) mais qui, vu l'état du pays, serait prêt à foncer hors "limites" et "limitations" imposées par les partis (parti = parti pris)!

Écrit par : Valentine | 03/01/2014

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