12/12/2013

Les Jeudis du Plouc : honneur aux frontaliers, immigrés et autres métèques morts pour Genève à l’Escalade

 

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Le Plouc, dans sa tanière parisienne, aimerait bien fêter l’Escalade. Mais point de marmite en nougat ou au chocolat chez les pâtissiers de la bourgade francilienne. Il reste la nostalgie qui est à nouveau ce qu’elle était. Et surtout la mémoire. Notamment, celle des dix-huit hommes qui ont sacrifié leur vie pour que Genève et sa République restent libres.

 

Le remarquable et superbe site de la Compagnie 1602 (facilement gouguelisable) présente ces héros qui venaient de tous les horizons.

 

Hommage aux frontaliers d’origine savoyarde, gessienne et jurassienne

 

Jean Canal, issu d’une famille de Collonges-sous-Salève et de Turin. Epicier à la grande gueule, il fut tour à tour juge dans le Pays de Gex et… prisonnier des geôles genevoises à la suite d’excès dans l’exercice de ses fonctions. Tiré de son lit par l’attaque des troupes ducales, il s’est lancé à la rencontre des ennemis qui l’ont tué près de la Porte Neuve. Il avait 60 ou 63 ans.

 

Jean Vandel, originaire de Septmoncel dans le Jura franc-comtois. Lui aussi avait la tête près du bonnet, ce qui lui a valu d’être emprisonné à la suite de rixes. Cette expérience l’a menée à diriger… la prison genevoise. Mais pour le plus vif mécontentement de ses anciens codétenus, semble-t-il.  A 61 ans, il s’est précipité au bas de la Treille où il fut tué par l’adversaire.

 

Louis Bandière, vient de Corly dans le Faucigny. Comme les deux premiers cités, il siégeait au Conseil des Deux Cents, l’ancêtre de notre Grand Conseil. Marchand d’étoffe et fromager, il a souvent tiré le diable par la queue. Ce qui ne l’a pas empêché de tirer aussi sur les troupes ducales. Bandière a été abattu en bas de la Cité, à l’emplacement actuel de la Fontaine de l’Escalade, à l’âge de 45 ans Dix jours après sa mort, sa femme a donné naissance à une fillette, leur cinquième enfant.

 

Louis Gallatin, originaire du village d’Arlod, près de Bellegarde. Ce petit commerçant de 28 ans a été tué les armes à la main au passage de la Monnaie.

 

Jacques Mercier,  né d’une famille de Saint-Claude dans le proche Jura, ce passementier très scrupuleux dans son travail, était sentinelle lorsqu’un moment d’inattention lui fut fatal à la Corraterie. Grièvement blessé, le soldat a été conduit chez son beau-frère au Grand-Mézel où il a expiré à l’aube. Mercier avait 30 ans.

 

Martin Debolo, né à Cruseilles, avait 14 ans lorsqu’il a accompagné ses parents qui se sont établis à Genève en 1588. Sergent mousquetaire, Debolo est mort à 35 ans à la Porte Neuve.

 

Michel Monard, originaire de Saint-Jeoire, ce tailleur et caporal de la milice avait été morigéné par les autorités car il avait joué les consommations aux Lion d’Or. Pas de jeu d’argent, même pour régler les sous-tasses, dans l’antre de Calvin ! Ce vice affreux ne l’a nullement dissuadé de prendre les armes et de donner sa vie à 40 ans, à la Corraterie.

 

François Bousezel, dit le « Grand François », venait d’une famille de Gex. Il était un commerçant habile. Un peu trop d’ailleurs, au goût de l’autorité. Pragmatique, la République a utilisé son sens des bonnes affaires pour lever les impôts sur les possessions genevoises dans le Faucigny. Entreprise couronnée de succès, autant pour ladite République que pour le Grand François. Mousquetaire, il a été tué sous la Tertasse à l’âge de 40 ans.

 

Jean Guignet, était également originaire de Gex. Gros travailleur, il a eu la douleur de perdre sa première femme en couches, de même que leur enfant. Il a lui aussi perdu la vie sous la Tertasse.

 

Girard Muzy, a quitté son Viuz-en-Sallaz natal quatre ans avant l’Escalade. Ce maçon est mort à 25 ans, deux semaines après la bataille, des suites de ses blessures. 

 

 

Hommage aux immigrés et « secondos » originaires d’Italie

 

Pierre Cabriol, sa famille était venue du Piémont. Son enfance fut marquée par le deuil de ses parents et la pauvreté. Grâce à sa bosse du commerce, il a pu s’en sortir.  Sergent dans la milice, il a été tué à 36 ans à la Corraterie.

 

Marc Cambiague, de son nom d’origine Cambiago. Son père, un riche soyeux de Crémone, s’est établi à Genève en 1559. A 25 ans, Marc est mort vers la Porte de la Treille.

 

Hommage aux immigrés et « secondos » français

 

Nicolas Bogueret, a quitté sa ville natale de Langres en Champagne, à l’âge de 34 ans, pour s’établir à Genève dont il est devenu rapidement le plus important maçon et architecte. Lors des premières alertes, il s’est éjecté de son lit pour quitter sa maison de la Cour Saint-Pierre et se précipiter, arquebuse à la main, vers la Porte de la Treille où il  été mortellement atteint à l’âge de 65 ans.

 

Philippe Poteau, issu d’une famille de la Flandre française, était sucrier et confiseur. Il est tombé au Passage de la Monnaie, âgé de 25 ans. Son fils est né juste après le trépas.

 

Hommage à celui qui n’était pas encore un Confédéré

 

Jacques Billon est venu de Neuchâtel, qui, bien sûr, n’est pas encore ville suisse mais qui fut acquise à la Réforme avant Genève. On ne sait pas grand chose de lui, sauf qu’il est mort un an après l’Escalade, n’ayant jamais pu se rétablir des blessures subies durant la bataille.

 

Hommage aux Genevois de souche

 

Abraham de Baptista (qui, d’après son patronyme, ne devait pas être de souche très ancienne !) était serviteur du couple Piaget, riches soyeux. Dame Piaget est restée célèbre par sa présence d’esprit qui a permis de repousser les troupes ducales. Elle avait lancé aux défenseurs genevois la clé de l’allée traversante de son immeuble, ce qui leur avait permis de prendre les adversaires à revers. Abraham de Baptista a été tué à la Corraterie, à l’âge de 25 ans.

 

Jacques Petit était un chalemardier, autrement dit un fabricant d’instruments à vent. Cet arquebusier de 41 ans est tué à son poste à la Corraterie.

 

Daniel Humbert, jeune marchand drapier, habitait à la Rôtisserie. Il est mort, non loin de son domicile, à la Corraterie, à 22 ans selon les uns, à 24 d’après les autres.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

ESPACE VIDEO

 

Comme leurs compatriotes de 1602, ces petits Genevois qui chantent l’Escalade sont d'origines diverses.


Chants de l'escalade par Nybliss

14:02 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : vidéo, histoire, genève | |  Facebook | | |

Commentaires

Merci pour ce rappel.

L'essentiel me semble toutefois ailleurs, c'est la raison pour laquelle ils se sont battus pour cette petite Cité-Etat alors que certains venaient précisément des terres savoyardes!

Vous brocardez Calvin et sa rigueur mais vous oubliez que cette doctrine a permis de se sortir d'un culte autrement plus lourd et coûteux dont le siège est à Rome et qui, lui, a été sauvé par des Suisses!

Comme quoi nul n'est prophète en son pays!

Écrit par : Patrick Dimier | 12/12/2013

Si vous y ajoutez que le conseil d'Etat actuel est composé, à une exception près, de personnes dont l'origine est plus ou moins lointaine, voire récente, voire très récente, vous vous dites qu'il y a quelque chose de particulier dans cette république.

A mon avis c'est surtout la démonstration que l'esprit de Genève est celui de la liberté d'expression. Même sous Calvin que vous n'aimez guère ou Bèze qui sévissait à l'époque de l'Escalade et qui lui était né au coeur de la région qui fut le pont de départ de l'Inquisition, le Vézelay.

Il savait donc lui aussi ce que penser autrement voulait dire et c'est bien pour cela qu'il veillait jalousement au rayonnement de la pensée du picard Jean Calvin, juriste de son état et non pas religieux comme le funeste St Bernard l'inquisiteur en chef.

Écrit par : Dominique Vergas | 12/12/2013

Que serions-nous devenus sans cette immigration massive et salvatrice ?

Écrit par : Michel Sommer | 13/12/2013

Et qu'en pense le MDC? ;-)

Écrit par : Cara | 14/12/2013

Et qu'en pense le MDC? ;-)

Écrit par : Cara | 14/12/2013

"Si vous y ajoutez que le conseil d'Etat actuel est composé, à une exception près, de personnes dont l'origine est plus ou moins lointaine, voire récente, voire très récente, vous vous dites qu'il y a quelque chose de particulier dans cette république."
Une république où seuls les plus durs et le plus méchants arrivent au sommet, cela fait penser à quoi ? La mafia ? Il parait que celle d'Amérique est dirigée par des Kosovars, plus durs et méchants que les tarlouzes don corleonesques.
Tout cela pour dire que Geneva delenda est, ou tout du moins boutée hors de la Confédération helvétique avant que les Genevois ne réussissent à tout salir par leurs stupidités de mauvais aloi...

Écrit par : Géo | 14/12/2013

Oublions une seconde les considérations historiques et revenons vers une réalité un peu plus contemporaine, parlons du magot sur lequel chaque genevois de céans assoient leurs appétits. Pour commencer un budget de 6 milliards de Sfr. pour 400'000 habitants enfant et retraités compris, 6 milliards pris d'assaut par des armées de fonctionnaires zélés et tortionnaires envers tout ce qui serait pourrait tisser le social indispensable à toute forme de communauté !

Raison pour laquelle, les mieux accueillis sont les plus inutiles !

Écrit par : Corto | 14/12/2013

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