28/11/2013

La dernière chronique «papier»… mais sans nostalgie

 

«C’était mieux avant.» A Paris, cette phrase est devenue, encore plus qu’un leitmotiv, une de ces expressions passe-partout qui permet à deux inconnus attendant en vain le bus numéro 27 – «avant, les bus arrivaient au moins à l’heure!» – dans un abri percé comme une passoire – «avant, «ils» réparaient, maintenant «ils» s’en foutent!» – de lier connaissance.

On ne parle plus de la pluie ou du beau temps, mais de la météo si ensoleillée des enfances révolues.

 

Sous François Hollande, les Français regrettent Nicolas Sarkozy. Sous Nicolas Sarkozy, ils ont pleuré Jacques Chirac. Sous Jacques Chirac, ils n’en avaient que pour François Mitterrand. Sous François Mitterrand, ils imploraient Charles de Gaulle. Et sous Charles de Gaulle, fondateur de la Ve République, ils soupiraient devant le portrait de Charles de Gaulle, général de la Libération.

Sous la IVe République, ils n’avaient pas le temps de regretter qui que ce soit, les chefs de gouvernement se succédant à une allure trop rapide. Mais la nostalgie se nichait dans le regret de la traction hippomobile, à l’aube des premiers bouchons routiers.

 

«Ah, que la République était belle sous l’Empire!» s’exclamait déjà l’historien Alphonse Aulard en 1885, quinze ans après la chute de Napoléon III. Reprise par un journaliste du quotidien La Justice dirigé par Clemenceau, la formule avait fait mouche.

 

Cela dit, si elle est ardemment pratiquée en France, la nostalgie est une invention très helvétique. C’est le médecin Johannes Hofer qui, en 1688, a défini à Bâle ce mot tiré du grec afin de qualifier l’épidémie de mal du pays qui décimait les troupes suisses au service du roi de France.

Rien qu’en écoutant le Ranz des vaches, nos vaillants guerriers pleuraient comme des veaux.

 

Les charmes vénéneux de la nostalgie plongent les populations d’hier et d’aujourd’hui dans la morosité paralysante et la crise de nerfs à répétition. Ce n’est pas ainsi que nous remonterons le courant. Quand on est dans la galère, le mieux encore, c’est de ramer.

 Non, avant, ce n’était pas mieux. Aimerions-nous revivre l’année 1940 et les hivers de 14-18? L’ère des pestes et celle de l’Inquisition?

 

La chronique que vous lisez en ce moment est la dernière à avoir été en version «papier» sous ma signature, du moins dans la Tribune de Genève et 24 heures. Le couperet de l’AVS est tombé. Mais foin de nostalgie pesante! La vie, toujours, continue sous des formes différentes. Mes «cyberchroniques» restent diffusées sur ce blogue, «Un plouc chez les bobos», à l’adresse habituelle: http://jncuenod.blog.tdg.ch. Vous en retrouverez d’autres dans le mensuel La Cité. Sans oublier les bouquins.

Alors, au revoir les lecteurs «papier», quelle belle vie vous m’avez offerte! J’en aurais besoin de plus d’une pour vous remercier. Et elle continue sur la blogosphère et à La Cité.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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21/11/2013

Les nouveaux rebelles en charentaises

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Les nouveaux rebelles sont arrivés. Comme le beaujolais, tout aussi nouveau et imbuvable. Devant les caméras, les voilà se dressant sur leurs charentaises pour clamer leur rejet du «politiquement correct».

 

De quoi s’agit-il vraiment? L’expression nous vient des Etats-Unis. A la fin des années 70, les milieux de la gauche universitaire voulaient, par ce terme, se moquer de leurs propres excès dans l’euphémisation. C’est ainsi qu’un aveugle était transformé en non-voyant, et un nettoyeur devenait, par la magie des mots, technicien de surface. Un brin ridicule, en effet.

 

Quelques années plus tard, les conservateurs américains ont repris le "politiquement correct" à leur compte pour s’attaquer, non plus aux excès, mais à la racine même de l’opposition au racisme et des mesures prises contre les discriminations sexistes, ethniques et culturelles. Leur but était – et reste – de ridiculiser les décisions adoptées dans les années 1960 et 70 pour ouvrir les droits civiques aux Noirs américains et promouvoir l’égalité entre les sexes. Lois votées à la suite de longs et pénibles combats.

 

Comme d’habitude, la mode a mis plusieurs années à franchir l’Atlantique. Le «politiquement correct» est désormais la cible de commentateurs plus ou moins patentés, d’amuseurs plus ou moins professionnels et de tous ceux qui se drapent dans le linceul des martyrs avant d’aller, suprême audace, à la soupe que leur touille l’extrême droite un peu partout en Europe.

 

Toute pensée un peu généreuse, tout acte humain envers les étrangers, tout appel à la raison plutôt qu’au fanatisme sont aussitôt stigmatisés sous l’appellation honnie du «politiquement correct».

Loin d’être ostracisés comme ils s’en plaignent sur tous les tons et toutes les ondes, ces révolutionnaires en peau de lapin domestique imposent aujourd’hui leur propre «politiquement correct», celui qui fait du racisme une opinion aussi légitime que d’autres, au nom de la liberté d’expression.

 

Or, le racisme n’est pas une opinion, c’est un sentiment régressif qui puise dans les peurs que chaque humain peut concevoir lorsqu’il est confronté à l’autre. Etre à la fois individu et membre de l’humanité ne va pas sans conflit. Grande est la tentation de rejeter ce qui ne nous ressemble pas. Pour progresser dans ce chantier en perpétuelle construction qu’est l’humanité, les civilisations s’efforcent donc de surmonter ces peurs ancestrales qui bloquent toute avancée.

 

Prendre le bonnet rouge du révolté pour tirer l’humain vers le bas relève de la supercherie, de la pose et, surtout, du dérisoire. Quand les bourgeois se griment en Gavroche et les épiciers télécrates en Che Guevara chevauchant dans la pampa médiatique, le ridicule se tient en embuscade. Qu’on se rassure, il ne tue plus.

 

Nouveaux rebelles? Plutôt vieilles outres remontées à la surface de l’actualité.

Jean-Noël Cuénod

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20/11/2013

NKM victime du métro, une fois de plus!

 

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Comme 610 050 usagers (jusqu’à la corde) quotidiens, le Plouc affronte régulièrement la ligne 13 du métro parisien. En comparaison, le calvaire est un voyage dans la ouate. Une foule monstrueuse s’y presse aux heures de pointe. Ou plutôt s’y pointe aux heures de presse. Vous y êtes entassés, malaxés, broyés, le nez écrasé sur la vitre ou le corps pris en sandwich entre des masses malodorantes. Un claustrophobe qui pète les plombs et c’est la catastrophe assurée (photo).

 

nkm-metro-sipa-meigneux.jpgMais dans le monde enchanté de Nathalie Kosciusko-Morizet – NKM (photos)– la ligne 13 est un lieu de magie toujours renouvelée. La candidate UMP – tendance Marie-Chantal – à la mairie de Paris nous l’a dessiné joliment dans une interview publiée par Elle:

 

«Le métro est pour moi un lieu de charme, à la fois anonyme et familier. Je prends souvent les lignes 13 et 8 et il m’arrive de faire des rencontres incroyables. Je ne suis pas en train d'idéaliser le métro, c'est parfois pénible, mais il y a des moments de grâce.»

 

Succès comique énorme sur le Net. Les Parisiens se gondolent comme des Vénitiens. Car chacun à son histoire de galère sur la 13. Prenons un cas au hasard, tiens, le Plouc, par exemple! Un vilain jour, il doit se rendre à l’ambassade de Suisse qui se trouve sur le trajet de cette ligne maudite. Après avoir enfilé sa tenue de camouflage pour petits-fours-champagne, soit son costard-cravate, il insinue sa grosse carcasse entre des doudounes crasseuses dans l’une des voitures. Le métro part dans un claquement de portes automatiques et de cris poussés par un type qui s’est fait coincer le bras.

 Le Plouc avise un jeune gars, juste face à lui, qui ne tient sur ses jambes que par la grâce (oui NKM, il y a bien des moments de grâce, parfois, dans le métro!) de la compression collective. Son teint de craie, ses yeux vagues, ses hoquets font craindre le pire. Et le pire survient: le type vomit sur l’imper du Plouc juste avant qu’il ne descende à la station Varenne. Impensable de débouler dans un pince-fesses diplomatique dans cet état. Il a fallu le secours d’un lavabo de bistrot pour réparer les dégâts.

 

Sans doute, NKM a-t-elle voulu changer son image de Diva chic des quartiers smart en chantant ainsi, pour faire peuple, les mérites de la ligne 13. Le résultat est terrible: elle fait plus chipie du XVIe arrondissement que jamais! Dans cet exercice, elle est aussi à l’aise que le pauvre Balladur juché sur une chaise lors d’un meeting de la campagne présidentielle 1995.

 Nathalie et Balla sont du bois dont on fait les chaises à porteurs. C’est ainsi. Ils n’y peuvent rien, les malheureux.

 

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que NKM se prend un métro en pleine poire. L’an passé, alors que, juchée sur ses escarpins, elle portait la parole de Nicolas Sarkozy, la ministre avait dû répondre à la classique question du journaliste qui veut embêter son politicien, à savoir, quel est le prix du ticket? «4 euros» avait-elle rétorqué. Eclat de rire général. Le billet coûte 1.70 euros sur le réseau parisien. Faire semblant de prendre le métro, c’est un métier, Mme Kosciusko-Morizet! Demandez donc à Jacques Chirac.

 

La journaliste d’Elle la décrivait ainsi: «Une frondeuse qui voit les Parisiennes à son image». Il n’est pas certain qu’après cette interview les Parisiennes voient NKM à la leur.

 

Jean-Noël Cuénod

 

nkm,métro,vidéo

 

ESPACE VIDEO

 

Les aventures de NKM dans le métro ont inspiré beaucoup d’internautes. Un exemple.


NKM et le charme du Métro Parisien par ericko75

 

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16/11/2013

POSSIBLES

 

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Décantation du vin lunaire

L’aube se repose dépôt pourpre

Dans le verre ballon du matin

Sur la prairie la marée nocturne

Se retire emportant ses silences

Laissant à la bouche un goût de sable

 

C’est le moment juste l’instant-clé

Avant que tout bascule et s’ébroue

La brèche ouverte à l’Eternité

Tout est possible même la vie

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photo prise par Guy Coissac au Col de la Bataille (Drôme)

 

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14/11/2013

«Minute» et Christiane Taubira, un remugle qui vient de loin

 

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 En traitant de singe la ministre française Christiane Taubira, l’hebdomadaire d’extrême droite Minute a exhalé un remugle qui rappelle les pires heures de la presse raciste de l’entre-deux-guerres.

Dans leurs caricatures, leurs titres, leurs écrits, ces journaux d’encre brune utilisaient deux catégories de style pour salir leurs victimes, à savoir les métaphores médicales et animales.

Leur cible préférée était Léon Blum, juif, socialiste et chef du gouvernement de Front populaire (1936-1938). Ce «fils de Moïse», affirmaient-ils, allait inoculer le «virus cosmopolite» à la France, qui allait en être «gangrenée». Lorsque la médecine ne suffisait plus, ces folliculaires antisémites se rendaient au zoo. Blum en sortait caricaturé en hyène, en vautour, en serpent.

Minute s’est donc directement inspiré de cette école pour concocter sa couverture injuriant Christiane Taubira. Certes, elle n’est pas juive et vient de Guyane. Toutefois, on retrouve la même association entre un responsable politique, son origine et un animal. Ce processus n’a rien d’anodin car il nie sa cible en tant qu’être humain. Le terrain est ainsi aménagé pour commettre les pires horreurs.

Après l’Holocauste, le racisme s’est fait discret. Le souvenir des écrits qui l’avaient rendu possible était encore frais. Puis, au fil des ans, la mémoire s’est estompée, les freins se sont usés. Aujourd’hui, le racisme s’affiche sans pudeur.

Ce phénomène n’atteint pas que la France et s’étend à d’autres pays, comme l’Italie, où la ministre de l’Intégration, Cécile Kyenge, native du Congo, a essuyé des jets de bananes et a été comparée à un orang-outan par le sénateur de la Ligue du Nord Roberto Calderoli.

L’affaire Minute suscite aujourd’hui l’indignation quasi générale. Sursaut momentané ou prise de conscience? Parions sur la conscience, en espérant ne pas être déçus.

Jean-Noël Cuénod

 

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13/11/2013

La France brisée en mille morceaux

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Qui aujourd’hui ne manifeste pas en France? A part le président Hollande et les membres de son gouvernement, personne.

La tête près du bonnet rouge, les paysans bretons lancent une vaste jacquerie contre l’écotaxe. Les élus alsaciens montent au créneau pour la défendre. Les vétérinaires font grève et les footeux de luxe itou. Les artisans bricolent leur riposte antifiscale. Les plombiers rêvent de dessouder l’Elysée. Les fonctionnaires ne fonctionnent plus quand la rage revendicatrice les saisit. Même les policiers se gendarment contre le gouvernement.

 

Le temps n’est plus aux grands rassemblements solidaires pour incarner une cause commune. L’époque est aux manifs corporatistes pour défendre les acquis d’un groupe particulier. Chacun voit midi à sa porte, quitte à la claquer au nez de ses voisins.

 

Que les Français se rassurent, ils ne sont pas les seuls en Europe à partager ces chouanneries chouineuses et ces humeurs aigres. Ce n’est certes pas à un Suisse de faire la leçon à ce propos, nous aussi connaissons ces égoïsmes collectifs et grincheux qui, chez nous, s’expriment plus dans les urnes que dans les rues.

 

Toutefois, cette France cassée en mille morceaux a pour particularité de chérir plus que d’autres pays l’unité nationale. Aucune autre démocratie ne sécrète un Etat aussi centralisé. De Dunkerque à Marseille, de Perpignan à Lille, de Brest à Annecy, Paris ne veut pas voir émerger une autre tête que la sienne. Cette structure rigide devait assurer la cohésion de populations aussi diverses que Bretons, Alsaciens, Savoyards, Tourangeaux, Provençaux, sans oublier les Corses. Aujourd’hui, la voilà mise en échec par cette accumulation de revendications véhémentes, souvent contradictoires qui déboulent dans le champ gouvernemental en ordre – ou plutôt en désordre – dispersé.

 

Le président Hollande est coincé. Dès qu’il cède à l’un, les autres Calimero crient: «C’est trop injuste». De reculades en désaveux, son autorité se voit réduite au caquet. Ce qui, en démocratie centralisée, risque de précipiter le pays dans le chaos des extrémismes.

Les Français sont d’autant plus désemparés que l’UMP, principale forme d’opposition, végète dans un état aussi lamentable que le Parti socialiste et que les centristes ne les rassurent pas plus avec l’attelage Borloo-Bayrou promis aux coups de pied en vache. Quant au Front national, même s’ils le plébiscitent dans les sondages, les Français se doutent bien que leur programme économique ne les sortira pas du bourbier.

 

Déprimés par le présent, ils peignent en noir le futur, persuadés que leur passé glorieux ne leur sert plus à rien. L’Hexagone se perçoit comme un jardin à la française que le tsunami mondialisé dévaste. Il faudra bien un jour ramasser les branches mortes et replanter, avec des jardiniers plus soucieux du paysage commun que de leur pré carré.

 

Jean-Noël Cuénod

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11/11/2013

Mauro Poggia à l’épreuve du réel

 

Pour la première fois dans la longue histoire de Genève, l’extrême droite est parvenue à faire élire l'un de ses candidats au gouvernement de la République et canton. Une partie de la population a donc été attirée par la propagande gluante de haine fétide du MCG. Le nouveau «politiquement correct» - tout à son blanchiment d’idées sales - exige désormais que l’on comprenne ces votes «populistes» qui traduisent un malaise profond. Bien entendu, qu’ils «traduisent un malaise profond», le dire équivaut à enfoncer des portes ouvertes ! Eprouver «un malaise profond» est une chose. Voter pour un mouvement qui n’a pour tout horizon idéologique que la traque des boucs émissaires en est une autre.

 

Certes, Mauro Poggia s’est habilement dédouané des outrances les plus nauséabondes de son mouvement en désignant d’un regard prudent son colistier Stauffer. Toutefois, par sa présence sur la liste du MCG, le nouveau conseiller d’Etat a cautionné les affiches les plus immondes et les discours les plus malsains. Utiliser les ficelles de l’extrémisme grossier avec le costume trois-pièces de la respectabilité bourgeoise se révèle diablement efficace sur le plan électoral. Mais celui qui use de cet artifice démontre le peu de cas qu’il fait de la morale en politique.

 

Toutefois, force est de reconnaître que les électeurs du MCG ont choisi le moins pire des candidats extrémistes, et de loin. Comme avocat, Poggia a démontré une efficacité indéniable dans la défense des assurés. Passé à la moulinette gouvernementale, le nouveau conseiller d’Etat pourrait devenir un magistrat, en fin de compte, acceptable.

 Mais justement, c’est là où le bât blesse le flanc des extrémistes de droite. Devenant un politicien comme les autres, Mauro Poggia perdra tout charme aux yeux de ses électeurs. Il devra passer des compromis, reculer, composer, affadir son propos, affronter une gauche et un centre droit qui ne lui feront aucun cadeau. Même Blocher n’a pas pu faire grand-chose lorsqu’il était conseiller fédéral.

 Les institutions suisses sont tellement bien huilées qu’elles broient les extrémistes. Soit ils se plient aux impératifs de la collégialité, et ils perdent leur caractère attractif. Soit ils tentent de lui résister, et ils finissent par être rejetés.

 

Quelle sera la politique de Mauro Poggia lorsque le Conseil d’Etat devra régler les problèmes transfrontaliers, alors que son MCG a tout fait pour attiser la mésentente stérile entre Genève et son arrière-pays? Quelle sera la position de ce mouvement sur cette question? C’est facile de hurler sur les bancs de l’opposition, mais se transformer en parti responsable de la politique gouvernementale relève du défi himalayen pour une formation fondée sur la démagogie.

 

Poggia part avec un handicap supplémentaire: son colistier Stauffer. Il l’a devancé très largement de 9 127 voix. Pour le fondateur du MCG, la claque est d’autant plus sonore qu’elle vient de ses propres rangs. Or, l’ego de Stauffer donnant une idée assez précise de l’infini, on imagine que la vie de Poggia ne sera pas facile, au sein même de son mouvement. Ses amis qui l’ont hissé dimanche soir sur leurs épaules risquent fort de le laisser tomber à la première occasion qui leur sera offerte

 

Le réel est une rude épreuve. Pour tous. Et particulièrement pour Mauro Poggia.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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08/11/2013

Le plouc cause dans le poste: écotaxe, manifs bretonnes et bonnets rouges

 

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Le Plouc a fait partie des invités, samedi dernier, de Jean-Marc Four, directeur de la rédaction de France-Culture et producteur de l'émission "Secret des sources". Au programme: l'écotaxe, la colère bretonne et l''impuissance du politique. Voici la chose.

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06/11/2013

Politiciens à plan de vol ou à bulletin météo?

 

En ces temps d’élections, il n’est peut-être pas inutile d’évoquer deux grandes catégories de femmes et d’hommes politiques. Celles et ceux qui utilisent un plan de vol pour piloter l’action gouvernementale. Et les autres, qui se contentent de se conformer au bulletin météo.

 

Les premiers choisissent leur lieu de départ et leur point d’atterrissage. Le bulletin météo ne leur sert qu’à prendre de l’altitude pour s’écarter d’un courant adverse ou en perdre afin d’éviter des masses nuageuses. Mais la météo ne leur fera pas changer de cap, sauf tempête exceptionnelle.

 

Les seconds, eux, font du bulletin météo, leur plan de vol. De Genève, ils voulaient aller à Barcelone, mais le temps se gâte vers le sud. Alors, rendons-nous plutôt à Berlin. Ah, la pluie s’abat sur l’Allemagne! Voyons plutôt si à Rome, le soleil luit…

Ces politiciens de tendance météorologiste n’ont d’autre vision que leur élection. Ils ne savent pas où se rendre et peu leur importe. L’essentiel est de siéger et pour ce faire, tout est bon.

 

S’ils sentent que la population pourrait bien prendre tel bouc émissaire pour exprimer sa colère, les voilà qui poursuivent la proie à cor et à cri, la caricaturent sur leurs affiches, en font l’unique objet de leur ressentiment.

 

Mais tout change, même les boucs émissaires. Peu importe, capturons en un autre. Et tout recommence. Avant-hier, les Juifs figuraient comme victimes expiatoires. Hier, c’étaient au tour des ouvriers italiens et espagnols d’être assigné à ce rôle. Aujourd’hui, il est dévolu aux Roms, aux émigrés, aux frontaliers. Et demain, qui d’autres?

 

La haine des Juifs a conduit à la Shoah. La xénophobie a rendu plus difficile l’intégration des Italiens et des Espagnols, mais elle ne l’a pas empêchée. Leurs enfants sont désormais des Suisses comme les autres. Notre pays aurait simplement pu s’épargner des haines stupides et improductives. Les recettes toxiques de jadis et naguère aboutiront aux mêmes plats empoisonnés.

 

La Suisse, la France et un grand nombre de pays européens fourmillent de ces politiciens à verbe haut et vision basse qui brandissent leur drapeau national, alors qu’ils n’ont pas d’autre patrie que celle de leur ego surdimensionné. Leurs solutions n’ont jamais apporté que ruines dans le pire des cas ou impasses dans le meilleur.

Certes, les politiciens à plan de vol n’ont pas la superbe des grandes gueules. Leurs affiches sont moins colorées. Leurs discours manquent de flammes. Mais il est préférable de les installer aux commandes. Sinon…

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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03/11/2013

La Bretagne «brûle» le président Hollande qu’elle avait élu

 

La Bretagne a de nouveau connu un week-end chaud. Samedi jusqu’à tard dans la soirée, une vingtaine de milliers de manifestants, coiffés de leurs fameux bonnets rouges, ont envahi le centre de Quimper pour protester contre la politique pilotée par Paris. Cinq personnes, dont un policier, ont été légèrement blessées et deux autres, interpellées.

 

Front «uni» du syndical patronal aux trotskistes !

 

Le gouvernement avait espéré qu’en suspendant l’écotaxe, le calme allait revenir en Bretagne. Peine perdue. L’écotaxe n’était qu’une goutte de fioul dans un réservoir empli de rognes et de grognes. La manif de samedi a réuni des groupes aussi disparates et antagonistes que le syndicat patronal Medef, le syndicat ouvrier FO, le syndicat paysan FDSEA proche de l’UMP, les trotskistes du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), les indépendantistes bretons, les extrémistes de droite de la mouvance identitaire. Et le porte-parole du comité d’organisation de la manifestation n’est autre qu’un maire de gauche, Christian Troadec, du Mouvement Bretagne et Progrès.

 

Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a proposé dimanche aux organisateurs d’élaborer avec le gouvernement un «Pacte d’avenir pour la Bretagne», afin de poser sur la table tous les - nombreux - problèmes sociaux et économiques de la région. Les réunions de travail se tiendront vraisemblablement dès après-demain à Paris. Les organisateurs de la démonstration de Quimper ont saisi la main tendue par le chef du gouvernement, tout en exigeant que «des mesures immédiates et concrètes» soient prises dans la foulée.

 

Le caractère pour le moins hétérogène des organisations protestataires ne va certainement pas faciliter le dialogue avec le gouvernement. Pourtant, celui-ci doit absolument réussir à calmer la fureur bretonne, afin qu’elle ne contamine pas les autres régions françaises qui, elles aussi, sont au bord de la crise de nerfs.

Ce désamour de la Bretagne est d’autant plus inquiétant pour le président François Hollande que cette région constitue l’un de ses bastions les plus solides. Elle avait placé Hollande largement en tête devant Sarkozy, lors de la présidentielle de 2012, avec 56,16% des voix, alors que sur le plan national le candidat socialiste en engrangeait 51,6%.

 

Les multiples causes de l’incendie

 

Pourquoi la Bretagne s’enflamme-t-elle? Les causes sont à la fois structurelles et conjoncturelles. Située à la pointe occidentale de la France, la région souffre d’être éloignée des centres de décisions économiques de l’Europe (Bruxelles et l’Allemagne) et du pouvoir politique national, ancré dans la capitale française. D’ailleurs, l’ire des Bretons se focalise principalement contre Paris, François Hollande étant surtout perçu comme symbole du pouvoir central.

En outre, le secteur agroalimentaire - principale activité de la Bretagne - subit une crise majeure depuis plusieurs années, crise qui s’est concrétisée récemment par la fermeture d’abattoirs et de centres de production carnée, mettant en péril 8000 emplois.

 

Editorial : Paris piégé par son centralisme

 

La colère des Bretons ne faiblit toujours pas. Et il sera bien difficile pour le gouvernement français de la calmer, car le mal vient de loin et dépasse de plusieurs coudées la personnalité du président Hollande. Le fait que les protestataires se coiffent du bonnet rouge, arboré en 1675 par leurs ancêtres en lutte contre Colbert - le Moscovici de Louis XIV - démontre que depuis des siècles la Bretagne accumule les rancœurs contre Paris.

 

Jadis, la capitale détenait une puissance autoritaire mais effective. Et malheur à ceux qui se révoltaient contre le Centre, qu’il soit royal ou républicain. Aujourd’hui, Paris est perçu comme le lieu d’un pouvoir resté centralisé, mais devenu à la fois omnipotent en théorie et impotent en pratique, arrogant et ignorant des réalités locales qu’il triture, malaxe, déforme dans les tuyaux de sa machinerie bureaucratique, cette usine à frustrations.

 

Dès lors, le gouvernement du président Hollande ne pourra, au mieux, qu’éteindre provisoirement un incendie, prêt à reprendre flammes dès qu’un vent mauvais se lèvera à l’Ouest. Car le mal français - et non pas seulement breton - relève avant tout des institutions de ce pays. Le système centralisé de l’Hexagone ne correspond plus à la réalité d’un monde qui a fondamentalement changé avec la globalisation des échanges internationaux.

 

 La nouvelle donne a induit ce mouvement dialectique: à l’émergence des centres de décisions économiques supranationaux, a répondu la création d’un tissu de solidarités plus proches de la vie quotidienne des peuples, au sein des régions ou provinces.

 

Entre ces deux entités, les Etats-nations naviguent avec plus ou moins de bonheur, les structures fédérales y étant mieux préparées que les pays fortement centralisés. Certes, la République fédérale française ne verra pas le jour dans un proche avenir. Mais l’Hexagone ne pourra désormais plus faire l’économie d’une véritable décentralisation et d’une répartition plus équilibrée des pouvoirs.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Christian Troadec, maire de gauche appartenant au Mouvement Bretagne et Progrès, est le porte-parole des "bonnets rouges".


Suspension de l’écotaxe : Interview de... par TeBeO

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