28/11/2013

La dernière chronique «papier»… mais sans nostalgie

 

«C’était mieux avant.» A Paris, cette phrase est devenue, encore plus qu’un leitmotiv, une de ces expressions passe-partout qui permet à deux inconnus attendant en vain le bus numéro 27 – «avant, les bus arrivaient au moins à l’heure!» – dans un abri percé comme une passoire – «avant, «ils» réparaient, maintenant «ils» s’en foutent!» – de lier connaissance.

On ne parle plus de la pluie ou du beau temps, mais de la météo si ensoleillée des enfances révolues.

 

Sous François Hollande, les Français regrettent Nicolas Sarkozy. Sous Nicolas Sarkozy, ils ont pleuré Jacques Chirac. Sous Jacques Chirac, ils n’en avaient que pour François Mitterrand. Sous François Mitterrand, ils imploraient Charles de Gaulle. Et sous Charles de Gaulle, fondateur de la Ve République, ils soupiraient devant le portrait de Charles de Gaulle, général de la Libération.

Sous la IVe République, ils n’avaient pas le temps de regretter qui que ce soit, les chefs de gouvernement se succédant à une allure trop rapide. Mais la nostalgie se nichait dans le regret de la traction hippomobile, à l’aube des premiers bouchons routiers.

 

«Ah, que la République était belle sous l’Empire!» s’exclamait déjà l’historien Alphonse Aulard en 1885, quinze ans après la chute de Napoléon III. Reprise par un journaliste du quotidien La Justice dirigé par Clemenceau, la formule avait fait mouche.

 

Cela dit, si elle est ardemment pratiquée en France, la nostalgie est une invention très helvétique. C’est le médecin Johannes Hofer qui, en 1688, a défini à Bâle ce mot tiré du grec afin de qualifier l’épidémie de mal du pays qui décimait les troupes suisses au service du roi de France.

Rien qu’en écoutant le Ranz des vaches, nos vaillants guerriers pleuraient comme des veaux.

 

Les charmes vénéneux de la nostalgie plongent les populations d’hier et d’aujourd’hui dans la morosité paralysante et la crise de nerfs à répétition. Ce n’est pas ainsi que nous remonterons le courant. Quand on est dans la galère, le mieux encore, c’est de ramer.

 Non, avant, ce n’était pas mieux. Aimerions-nous revivre l’année 1940 et les hivers de 14-18? L’ère des pestes et celle de l’Inquisition?

 

La chronique que vous lisez en ce moment est la dernière à avoir été en version «papier» sous ma signature, du moins dans la Tribune de Genève et 24 heures. Le couperet de l’AVS est tombé. Mais foin de nostalgie pesante! La vie, toujours, continue sous des formes différentes. Mes «cyberchroniques» restent diffusées sur ce blogue, «Un plouc chez les bobos», à l’adresse habituelle: http://jncuenod.blog.tdg.ch. Vous en retrouverez d’autres dans le mensuel La Cité. Sans oublier les bouquins.

Alors, au revoir les lecteurs «papier», quelle belle vie vous m’avez offerte! J’en aurais besoin de plus d’une pour vous remercier. Et elle continue sur la blogosphère et à La Cité.

 

Jean-Noël Cuénod

 

departenfant.jpg

11:05 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonne route!

Écrit par : Johann | 28/11/2013

Cher Plouc,

Quitter votre carrière journalistique en offrant à vos lecteurs la photographie de ce manuel d’introduction à la lecture, c’est bien trouvé !

La boucle est bouclée, mais j’espère que la Plouc ne va pas la boucler et qu’il va continuer à nous régaler de ses aphorismes et billets inspirés par les bobos !
“Lectures suivies”… in Livrets à venir!

Écrit par : Michèle Roullet | 29/11/2013

Cher Plouc,

Quitter votre carrière journalistique en offrant à vos lecteurs la photographie de ce manuel d’introduction à la lecture, c’est bien trouvé !

La boucle est bouclée, mais j’espère que la Plouc ne va pas la boucler et qu’il va continuer à nous régaler de ses aphorismes et billets inspirés par les bobos !
“Lectures suivies”… in Livrets à venir!

Écrit par : Michèle Roullet | 29/11/2013

Mais, il est sûr que vous allez travailler encore plus et que, comme nous autres, le temps passera encore plus vite et que vous allez courir après lui. On vous attend et on se réjouit de vous lire...A +

Écrit par : wilfredagnes | 29/11/2013

Alors bonne retraite!... Mais n'ayez crainte, chaque retraite n'est pas une retraite du genre de celle de la Berezina.
Même si on peut vous comparer au Général Éblé et ses troupes de pontonniers.
À vous seul, grâce à vos billets, vous avez construit une quantité de ponts entre Paris et la Suisse. Alors continuez à nous faire plaisir en publiant sur ce site "bloguesque".
"Bloguesque" pourrait être un terme d'une bobo Royale, mais c'est l'Golem ou Ségolène qui me l'ont soufflé à l'oreille.

Bonne retraite... active à vous, Monsieur JNC!

Écrit par : Père Siffleur | 29/11/2013

Chers plouc et plouquette, nos meilleurs voeux à tous deux. Nous vous suivrons à La Cité, livres, SITE PLOUQUETTE? Danse, musique, culture, politique... nous vous devons et devrons de grands moments de bonheur: de TOUS GRANDS moments.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 29/11/2013

Les commentaires sont fermés.