21/11/2013

Les nouveaux rebelles en charentaises

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Les nouveaux rebelles sont arrivés. Comme le beaujolais, tout aussi nouveau et imbuvable. Devant les caméras, les voilà se dressant sur leurs charentaises pour clamer leur rejet du «politiquement correct».

 

De quoi s’agit-il vraiment? L’expression nous vient des Etats-Unis. A la fin des années 70, les milieux de la gauche universitaire voulaient, par ce terme, se moquer de leurs propres excès dans l’euphémisation. C’est ainsi qu’un aveugle était transformé en non-voyant, et un nettoyeur devenait, par la magie des mots, technicien de surface. Un brin ridicule, en effet.

 

Quelques années plus tard, les conservateurs américains ont repris le "politiquement correct" à leur compte pour s’attaquer, non plus aux excès, mais à la racine même de l’opposition au racisme et des mesures prises contre les discriminations sexistes, ethniques et culturelles. Leur but était – et reste – de ridiculiser les décisions adoptées dans les années 1960 et 70 pour ouvrir les droits civiques aux Noirs américains et promouvoir l’égalité entre les sexes. Lois votées à la suite de longs et pénibles combats.

 

Comme d’habitude, la mode a mis plusieurs années à franchir l’Atlantique. Le «politiquement correct» est désormais la cible de commentateurs plus ou moins patentés, d’amuseurs plus ou moins professionnels et de tous ceux qui se drapent dans le linceul des martyrs avant d’aller, suprême audace, à la soupe que leur touille l’extrême droite un peu partout en Europe.

 

Toute pensée un peu généreuse, tout acte humain envers les étrangers, tout appel à la raison plutôt qu’au fanatisme sont aussitôt stigmatisés sous l’appellation honnie du «politiquement correct».

Loin d’être ostracisés comme ils s’en plaignent sur tous les tons et toutes les ondes, ces révolutionnaires en peau de lapin domestique imposent aujourd’hui leur propre «politiquement correct», celui qui fait du racisme une opinion aussi légitime que d’autres, au nom de la liberté d’expression.

 

Or, le racisme n’est pas une opinion, c’est un sentiment régressif qui puise dans les peurs que chaque humain peut concevoir lorsqu’il est confronté à l’autre. Etre à la fois individu et membre de l’humanité ne va pas sans conflit. Grande est la tentation de rejeter ce qui ne nous ressemble pas. Pour progresser dans ce chantier en perpétuelle construction qu’est l’humanité, les civilisations s’efforcent donc de surmonter ces peurs ancestrales qui bloquent toute avancée.

 

Prendre le bonnet rouge du révolté pour tirer l’humain vers le bas relève de la supercherie, de la pose et, surtout, du dérisoire. Quand les bourgeois se griment en Gavroche et les épiciers télécrates en Che Guevara chevauchant dans la pampa médiatique, le ridicule se tient en embuscade. Qu’on se rassure, il ne tue plus.

 

Nouveaux rebelles? Plutôt vieilles outres remontées à la surface de l’actualité.

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Bien curieux billet. La France plonge dans la haine verbale, la guerre civile n'est pas loin : Libé traite Zemmour d'étron, un homme va tirer sur le premier venu à Libé, les portiques brûlent, et vous, juste avant de partir de France, vous jetez de l'huile sur le feu. Vous voulez probablement nuire au Front National en parlant de racisme, parce que vous voudriez à tout prix que ce parti soit considéré comme raciste et d'extrême droite, comme Aube dorée en Grèce, comme le Bloc identitaire en France et autres groupuscules de tarés ici ou là en Europe. Personne à part les encartés à gauche ne vous suit sur ce terrain-là, on sait aussi analyser un peu les situations politiques et on voit que Marine Le Pen vide tous ces gens sans le moindre état d'âme de son parti. Elle sait pourquoi et elle a bien raison. Mais vous avez bien tort, en tant que sympathisant de la gauche socialiste, de faire ce genre de campagne contre le FN. Marine le Pen au second tour des présidentielles de 2017 représente la seule chance pour François Hollande d'être réélu, comme ce pauvre débris de Chirac l'a été contre Jean-Marie Le Pen avec un score soviétique. On ne le dira jamais assez, ce système présidentiel de la Vème nuit profondément à la France...

Quant à vos réflexions sur le racisme, elles négligent complétement le fait que les classes populaires ne trouvent plus de travail, que le communautarisme s'est développé de façon extrême dans ce malheureux pays, etc, etc...

Ma question : allez-vous publier ce commentaire ? Vous devez comprendre que si vous publiez des billets sur la plateforme et que vous proclamez les commentaires ouverts - vous pourriez les fermer, tout serait dit, comme le faisait Philippe Barraud - et que vous ne publiez que les commentaires qui vont dans votre sens, vous faites preuve de malhonnêteté intellectuelle. Alors que vous prétendez dénoncer cette malhonnêteté chez les autres...

Écrit par : Géo | 21/11/2013

Sur ce coup, je vous rejoins Géo,

Je trouve navrant ce regard figé sur des positions politiques largement dépassées. On comprend mieux pourquoi cette gauche au pouvoir en France ne contente que ses membres embourgeoisés et à des kilomètres de la réalité populaire.


La génération qui se rebellait au nom du peuple contre une minorité de nantis,est devenue une minorité tyrannique au pouvoir qui martyrise son peuple au nom de ce vieil idéal appliqué à sens unique.
Comme s'ils n'avaient pas vu le monde bouger depuis mai 68. Comme s'ils n'avaient pas vu leurs ventres devenir proéminents avec les années.

La rigidité de pensée en politique créent en France des débats gravement décalés
de la réalité. Ceux qui essaient d'en parler sont effectivement fustigés en terme de racisme, de fascisme. Le politiquement correct aujourd'hui est cette peur, cette terreur même de trahir une image figée qui appartient au passé et paralysant toute énergie de gouvernance.
Ce qui à terme ne fait que progresser, ce que l'on prétend combattre.

En politique, la notion d'énantiodromie (courir vers son contraire) est tellement vraie.

Écrit par : aoki | 21/11/2013

je reprends l'argumentaire de Windish ou Barraud "les observateurs" , le fait d'être de droite dans un pays dont tous les pouvoirs législatifs exécutifs économiques sont aux mains d'acteurs de droite constituerait une dissidence "incorrect" dans un monde correct.
Cela est à ce point ridicule , que cela ne tue évidemment personne ni Suzette Sandoz à Pully ni Blocher dans son Bunker devant les œuvres d'Anker devenu l'enchanteur du passé et depuis copié et Decaillet.plus près de chez moi.

Écrit par : briand | 21/11/2013

"les pouvoirs législatifs exécutifs économiques sont aux mains d'acteurs de droite" Qui ne s'intéressent qu'à l'économie et qui laissent le socio-culturel en mains socialistes. On peut parler en Suisse de PLR + PS = PLRS comme une certaine parle d'UMPS en France. Une gauche (centre-gauche) internationaliste et une droite (centre-droit) internationaliste s'entendent en fait très bien. D'où la naissance d'une vraie droite, basée sur la défense des intérêts nationaux.

Écrit par : Géo | 22/11/2013

Le marxisme, je crois, attend (provoque( du peuple, qu'il se prenne en charge lui-même parce que poussé à bout, désespéré, ruiné, contraint, brimé et ainsi de suite...dégradé.
Il s'agit donc, en fait, de lui(le peuple) laisser prendre conscience, réaliser que s'il ne fait rien, ne "répond" pas! se laisse faire "comme toujours et comme de bien entendu", alors, il ne se passera rien et les acquis sociaux, lesquels méritaient d'être améliorés, complétés, continueront à être jetés par-dessus bord... Mais, dites-moi, le peuple est-il solidaire, est-il "social" ou plutôt "Vous savez tant que ça va pour moi"!?! Responsable d'une permanence pour personnes en recherche d'emploi en les années critiques 1993... j'ai rencontré des personnes au langage "socialisant" pendant la difficulté, puis, une fois contrat d'embauche en poche... bien, ces personnes, redevenues elles-mêmes, c'est-à-dire, quant à l'autre, "chômeur", "supérieures", critiques ou "ayant tourné la page... du chômage.Les dirigeants ne nous tendent-ils pas un miroir nous permettant d'apprécier ce que nous sommes vraiment (pensez-vous nettement mieux ou meilleurs qu'eux?) A se regarder bien en face...

Écrit par : Myriam Belakowsky | 22/11/2013

Le "théâtre de l'absurde", chers amis, lisez Adamov et vous vous y retrouverez avec en cadeau, une bonne gueule de bois !

Écrit par : Corto | 26/11/2013

Merci pour ce billet qui remet à leur juste place les tartuffes! L'ostracisation vue par exemple par A Finkelkraut donne à penser sur le risible et le dérisoire ...
quant au courrier des lecteurs ...je ne sais pas si vous avez affaire à des émetteurs réguliers ?En tout cas quel goût pour la croisade et l 'excommunication ; aucune argumentation à vous opposer,mais des procès d'intention;
pitoyable .

Écrit par : michel bac | 28/11/2013

En fin de cet article sur Les nouveaux rebelles en charentaises, nous lisons: "Prendre le bonnet rouge du révolté pour TIRER L'HUMAIN VERS LE BAS"! Ce qui appelle une question: qu'est-ce qui, aujourd'hui, tire le plus l'humain vers le bas?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/11/2013

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