13/11/2013

La France brisée en mille morceaux

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Qui aujourd’hui ne manifeste pas en France? A part le président Hollande et les membres de son gouvernement, personne.

La tête près du bonnet rouge, les paysans bretons lancent une vaste jacquerie contre l’écotaxe. Les élus alsaciens montent au créneau pour la défendre. Les vétérinaires font grève et les footeux de luxe itou. Les artisans bricolent leur riposte antifiscale. Les plombiers rêvent de dessouder l’Elysée. Les fonctionnaires ne fonctionnent plus quand la rage revendicatrice les saisit. Même les policiers se gendarment contre le gouvernement.

 

Le temps n’est plus aux grands rassemblements solidaires pour incarner une cause commune. L’époque est aux manifs corporatistes pour défendre les acquis d’un groupe particulier. Chacun voit midi à sa porte, quitte à la claquer au nez de ses voisins.

 

Que les Français se rassurent, ils ne sont pas les seuls en Europe à partager ces chouanneries chouineuses et ces humeurs aigres. Ce n’est certes pas à un Suisse de faire la leçon à ce propos, nous aussi connaissons ces égoïsmes collectifs et grincheux qui, chez nous, s’expriment plus dans les urnes que dans les rues.

 

Toutefois, cette France cassée en mille morceaux a pour particularité de chérir plus que d’autres pays l’unité nationale. Aucune autre démocratie ne sécrète un Etat aussi centralisé. De Dunkerque à Marseille, de Perpignan à Lille, de Brest à Annecy, Paris ne veut pas voir émerger une autre tête que la sienne. Cette structure rigide devait assurer la cohésion de populations aussi diverses que Bretons, Alsaciens, Savoyards, Tourangeaux, Provençaux, sans oublier les Corses. Aujourd’hui, la voilà mise en échec par cette accumulation de revendications véhémentes, souvent contradictoires qui déboulent dans le champ gouvernemental en ordre – ou plutôt en désordre – dispersé.

 

Le président Hollande est coincé. Dès qu’il cède à l’un, les autres Calimero crient: «C’est trop injuste». De reculades en désaveux, son autorité se voit réduite au caquet. Ce qui, en démocratie centralisée, risque de précipiter le pays dans le chaos des extrémismes.

Les Français sont d’autant plus désemparés que l’UMP, principale forme d’opposition, végète dans un état aussi lamentable que le Parti socialiste et que les centristes ne les rassurent pas plus avec l’attelage Borloo-Bayrou promis aux coups de pied en vache. Quant au Front national, même s’ils le plébiscitent dans les sondages, les Français se doutent bien que leur programme économique ne les sortira pas du bourbier.

 

Déprimés par le présent, ils peignent en noir le futur, persuadés que leur passé glorieux ne leur sert plus à rien. L’Hexagone se perçoit comme un jardin à la française que le tsunami mondialisé dévaste. Il faudra bien un jour ramasser les branches mortes et replanter, avec des jardiniers plus soucieux du paysage commun que de leur pré carré.

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

La France cassés en mille morceaux ou comparable à ces écheveaux de laine aux temps de la seconde guerre mondiale... Il arrivait qu'ils s'"embrouillent" de façon telle que l'on ne savait plus où donner de la tête et, tôt ou tard, il fallait finir par prendre les ciseaux pour couper après quoi renouer... en attendant les prochains noeuds... Jacques Chirac voulait mettre au point une loi qui permettrait de licencier un Président de la Républiaue pas à la hauteur, ne répondant pas à l'attente: quid de cette loi? Mais en admettant un tel bouleversement... quel parti y succédant serait en mesure de dénouer un tel "écheveau": Strauss-Kahn, à quel prix?
Borloo/Bayrou? L'un a un problème de tics qui ne passerait pas la rampe tant l'apparence l'emporte... et le second, qui a maîtrisé un gros problème d'élocution, lorsque le débat l'exaspère, se trouble ce qui permettrait à son adversaire, un Sarko, par exemple, de "tirer les ficelles" à son propre avantage... Faut-il appeler "Mélenchon"! "Mélenchon"! "Màlenchon"! comme dans les parcs, autrefois, les enfants: "Guignol"! "Guignol"! "Guignol"!?

Écrit par : Alix | 13/11/2013

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