23/10/2013

La grande errance de la gauche française

 

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En France, la gauche se demande où elle habite. François Hollande ne navigue même plus à vue. Il erre à la recherche d’un introuvable gouvernail. Le Parti socialiste ne sait plus à quel ministre se vouer, puisque les membres du gouvernement passent plus de temps à se taper à coups de rame plutôt que de souquer dans la galère. Ce n’est même plus le Titanic où, au moins, l’orchestre continuait à jouer sans fausse note pendant le naufrage.

 

Pourquoi ce sinistre de la senestre? Comme toujours les causes sont diverses. L’une d’entre elles réside dans le caractère hors-sol des partis qui la composent. Le PS est surtout formé d’élus et de fonctionnaires. Les autres formations n’ont pas ou plus d’assises au sein de la classe ouvrière. Or, celle-ci ne s’est pas évaporée. Il ne faudrait pas prendre son évolution, dictée par celle des technologies, pour une disparition.

 

Le principal parti ouvrier français s’appelle aujourd’hui Front national. Faute de trouver appui dans les formations censées les représenter, les travailleurs ont choisi celle qui offre l’apparence d’un changement radical. Apparence, car s’il parvenait un jour aux affaires, le FN de Marine Le Pen serait bien en peine d’appliquer son programme nationaliste dans un monde où les véritables décisions ne se prennent plus dans le cadre étroit des Etats-nations.

 

En renonçant à rester le porte-parole d’une classe ouvrière qu’il supposait à tort reléguée dans le passé, le PS a voulu devenir celui des minorités de toutes natures, croyant ainsi suivre l’exemple des démocrates américains. Croyance erronée, car le président démocrate Obama n’a, lui, jamais délaissé la classe ouvrière dont il s’est fait l’ardent défenseur lors de la crise de l’industrie automobile en 2009.

 

Les minorités – sexuelles, culturelles… - ne constituent pas un ensemble cohérent mais forment une coalition instable d’intérêts qui peuvent se contredire à tout moment. Elles ne sauraient devenir l’épine dorsale d’un parti, à l’instar d’une classe sociale.

 

Certes, le droit des minorités doit aussi être défendu, mais en lien avec «l’épine dorsale» et non pas malgré elle ou contre elle. Pour l’avoir ignoré, le PS et François Hollande en paient le prix fort et participent de façon notable à la progression du Front national.

 

Pour la gauche, il n’y aura pas de reconquête de la classe ouvrière sans retisser des liens avec les syndicats. Certes, en France, ils sont faibles et divisés. Mais ils ont le mérite d’exister et de plonger leurs racines dans la réalité quotidienne. Le jour où les élites des syndicats auront remplacé les énarques à la tête du PS, celui-ci et la France se porteront mieux.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE  VIDEO

 

Et maintenant, prenons un bon bol d'intelligence avec Régis Debray, sur le même sujet.


Régis Debray analyse la crise de la gauche par prince_de_conde

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Commentaires

Il me souvient de votre enthousiasme pour Hollande après le meeting du Bourget...
Je l'avais trouvé franchement grotesque. Passons.
Un peuple qui se met en situation d'avoir le choix entre Sarkozy Charybde et Hollande Scylla doit impérativement changer de constitution, qui est faite pour des géants comme De Gaulle et non pour des nains tels que ceux cités ci-dessus...

De plus, vous avez plus que probablement vu ces deux émissions sur le Conseil des ministres sur TV5 monde ? Incroyable ! A un moment, un ministre raconte que personne n'a rien à commenter ni à dire sauf sur son propre ministère, sauf que tout est déjà écrit. Le président annonce à tout le monde que désormais l'armée serait composée uniquement de professionnels, que la conscription, c'est terminé. Le Ministre de la Défense, qui évidemment n'a pas été consulté, essaie de déclarer que cette décision lui paraît inappropriée...
Tout le monde le regarde d'un air navré : cela ne se fait pas de commenter une décision du Monarque. Chirac grommelle qu'il est un imbécile et c'est tout...

Mais comment les Français peuvent-ils supporter un tel manque de démocratie ? Vous qui êtes correspondant à Paris depuis des années ?

A part cela, vous voyez la solution dans les syndicats ? Mais ils sont beaucoup trop unilatéraux, sans aucune habitude de faire le moindre compromis. Vous voulez transformer la France en une sorte d'URSS ?

Écrit par : Géo | 23/10/2013

Trouvé cela dans mes notes :

"Idée de film inspirée par le succès des "Intouchables". Un notable de province a engagé un vieux copain pour l'aider à piloter le char de l'Etat où il a pris place à la suite des incartades sexuelles du favori des sondages. Le copain, plein de ****(illisible) mais sans expérience, enclenche la marche arrière à tout propos, se trompe de route et peine à interpréter les indications fournies par le tableau de bord. Titre : "Incapables".

Philippe Bouvard, Fig Mag 10/11/2012

Écrit par : Géo | 23/10/2013

C'est très bien vu. Autrement dit la gauche française n'a plus d'idéologie, si ce n'est celle de conquérir le pouvoir pour les avantages qu'il procure.

Écrit par : Olivier | 23/10/2013

L'ère de rien: ce qui m'énerve en dehors du ton à la fois distant pompeux et donneur de leçon , c'est que le bonhomme appartient à cette histoire dont il fait un récit à la fois critique et accrocheur par les bons mots qui tuent, mais qui tuent "qui?"
Marcel Gauchet situe le politique avec l'avènement du Christianisme , on peut naitre païen et mourir chrétien, cela a échappé à Régis dont on peine à partager son exercice d'auto- séduction ;d'autres Emmanuel, Todd par ex. laboure avec plus de soins les champs du Présent ,leurs complexités, une géographie aussi oubliée par les moines de l'historicité

Écrit par : briand | 23/10/2013

Tout remettre à plat, repartir à zéro, entre les deux, Révolution (vu qu'il faut bien commencer par un pays!) mais si les révolutionnaires n'ont, en réalité, pas d'autres priorités et motivations que ceux du passé, à quoi bon? Laissons couler ce monde "nef des fous"!

Écrit par : maîtresseInflexible | 24/10/2013

Le Parti socialiste n'est pas tellement le défenseur des minorités régionales en fait, il se veut plutôt le défenseur des minorités de l'Île de France, ça réduit le rayonnement.

Écrit par : Rémi Mogenet | 24/10/2013

Faut-il dire des syndicats qu'ils sont relativement ou singulièrement compromis, ce, depuis combien de temps? In Démocratie française, V. Giscard-D'Estaing estimait que, seule, une rente (un droit à...) assurant l'indispensable, versée à chaque nouveau-né de sa naissance à sa mort serait la solution à l'indigence ou misère... Inutile, aussi, de faire des enfants à tire-larigot! Voir de quels moyens pérennes l'on dispose, etc.

Écrit par : Koriacis | 25/10/2013

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