18/10/2013

Léonarda et immigration : l’émotion au pouvoir

 

L’émotion soulevée par l’expulsion de France vers le Kosovo de Léonarda (15 ans) et de sa famille illustre l’attitude irrationnelle des Européens de l’Ouest vis-à-vis de l’immigration. Pourquoi cette reconduite à la frontière a-t-elle suscité un tel déchaînement médiatique? Parce que la collégienne, en pleine course d’école, a dû rejoindre sa famille sur requête de la police pour que l’ordre d’expulsion soit exécuté. Les policiers étaient pressés car l’avion affrété pour l’occasion était sur le point de partir.

 

 

 

S’ils avaient attendu la fin de la course d’école et le retour de la collégienne auprès de ses parents pour organiser un autre départ, Léonarda et les siens auraient été expulsés sans bruit. Les médias ne lui auraient même pas consacré un entrefilet. Des expulsions de ce genre, il s’en produit tous les jours en France, Suisse, Allemagne, sans que cela provoque le moindre émoi.

 

 

 

La course d’école d’une collégienne interrompue par la police a brusquement donné un visage humain à la politique d’immigration devenue restrictive dans les pays de l’Europe occidentale. Or, cette politique est voulue par une majorité - et souvent une très large majorité - des populations de nos Etats. Lorsque l’étranger est une sorte d’entité anonyme, il devient l’objet de tous les fantasmes xénophobes, ce qui se traduit dans les lois votées par des parlementaires soucieux de se faire réélire.

 

 Mais lorsque, soudain, l’étranger devient un être humain avec son histoire, ses angoisses, ses projets, ses espoirs et ses désespérances, tout change. L’intrus que l’on voulait chasser, devient un proche qu’il faut protéger.

 

 

 

L’émotion, à chaque fois, est au pouvoir. Lorsqu’il s’agit d’adopter des lois anti-immigration et lorsqu’on proteste contre leur application à un cas personnalisé. Il est temps de ramener enfin la raison sur le devant de la scène politique pour chasser fantasmes xénophobes et sensibleries superficielles.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Léonarda : Les lycéens se mobilisent contre l... par GrandLilleTv

17:52 | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : vidéo | |  Facebook | | |

Commentaires

A lire et relire : http://www.politique-autrement.org/spip.php?article232

Écrit par : Géo | 18/10/2013

faut écrire les lois en verlan à l'attention de ceux qui marchent sur la tête

qui sont qui: des assoces en mal de subventions ? car selon sondages, une majorité de français (+70%) seraient contre le retour de la jeune Rrom kosovar

exigeant la non application des lois pour certaines catégories comme ici au bénéfice d'une famille de kosovars clandestins (chacun des parents délinquants condamnés dans la bourgade de leur résidence) réclamant le droit d'asile en 2008 et se foutant des refus et décisions à leurs recours suivants

ça surfe lourd sur l'émotion et le chantage populistes, dans les chaumières gôcho-bobos parisiennes: de quoi tisser une bonne couverture bien nationaliste

Écrit par : pierre à feu | 18/10/2013

Gros décalage entre l'opinion publique et celle des politiques de la majorité et milieu associatif:

http://www.metronews.fr/info/sondages-expulsion-de-leonarda-les-francais-soutiennent-valls/mmjq!jVi49dA3NM3Q/

Écrit par : pierre à feu | 18/10/2013

Bonsoir,
Bien que je trouve que ces expulsions sont toujours difficiles à vivre pour les enfants, invoquer le droit à la scolarité est quand même une sacrée boulette, car rien n'empêche ces enfants d'aller à l'école dans leur pays. De toute évidence, la gentille jeune fille par qui le scandale est arrivé n'a certainement pas oublié sa langue maternelle comme avancé par les médias; ses parents ne parlant pas le français, elle communiquait avec eux comment? de plus son français étant très approximatif, elle doit être au moins autant pénalisée par la langue ici que dans son pays.

Maintenant....arrêter à l'école, je trouve ça moche...

Je comprends bien sûr qu'ils préféreraient rester en France...mais un désir n'est pas une autorisation de séjour....

Sur ce, bonne soirée.

Écrit par : bonsens | 18/10/2013

On s'empresse de mettre des étiquettes, ainsi compassion, scandale (arrêter une gamine à l'école en se fichant du choc, du désarroi d'un être vivant en formation en rien responsable d'un passé trouble parental et de son vécu scolaire puis estudiantin à venir...) devient "sensiblerie superficielle"... selon l'humeur du moment: on invite les personnes jugeant de cette manière, s'ils ont de la famille, avec enfants voire petits-enfants ... à placer une enfant ou petite-enfant, à l'imaginer un instant se trouvant dans la situation de Léonarda, sans oublier le sentiment de honte ressenti par une ado de quinze ans... Hélène de Koriacis

Écrit par : Hélène de Koriacis | 19/10/2013

Oooops, "nous nous sommes trompés, nous n'avions pas prit en considération le fait que Léonarda pouvait être musulmane.

Léonarda, ça sonne chrétien, non ?

Écrit par : Corto | 19/10/2013

Monsieur Cuénod, si l'on inversait l'émotion au pouvoir, de votre titre, cela donnerait "le pouvoir de l'émotion" (forcément "populiste", moyen de diversion, ou de manipulation?) et qu'en dotant l'émotion d'un pouvoir de qualité de par une émotion de qualité, elle aussi... on en reviendre à ce passage des évangiles qui nous étreignit tous... passage où Jésus face à la détresse (misère/s, maladies...)"ému", pleura de compassion... Emus, un Vincent de Paul, un autre, Charles de Foucault, soeur Emmanuelle... mais, on le sait, les accidentés de la route gravement atteints ne sont pas ceux qui crient le plus fort, de même, le scandale, l'indignation réels mais ne pensez-vous pas, en l'occurrence, Léonarda, qu'il faut soutenir l'élan de ces jeunes un instant comme "décollant" d'eux-mêmes... comme un heureux présage de jeunes redécouvrant progressivement l'idéalisme... qui sait? Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam belakovsky | 19/10/2013

le préfet tend un piège: Stéphane Fratacci n'est pas un quelconque officier de l'état en poste dans le Doubs:
Lui dans le Doubs , il ne s'abstient pas , proche de Nicolas Sarkosy et déjà en poste dans le fameux ministère de l'Identité , il pourrait avoir la même carte auprès de Marine , serrer des expulsables dans les cours de recréation ne doit pas vraiment lui poser des problèmes de conscience, cela d'autant plus qu'à l'étage au-dessus le Beau Manuel des écoles surfe sur les sondages , sorte de plate-bande sur les quelles Marine aime à batifoler.
mais contrairement au silence de Lorna , Leonarda fausse Kosovare parle , ou plutôt son père lui parle et Hollande répond ,et on ne sait trop à qui?

Écrit par : briand | 19/10/2013

bonsens, lorsque les enfants retournent dans leurs pays d'origine, les programmes scolaires ne coïncident bien que rarement... sans parler du langage que l'enfant ne maîtrise pas forcément à satisfaction...

Écrit par : Merlin | 22/10/2013

Lorsque nous parvient, comme en écho, un incident tel celui de Léonarda, et famille, nous ne sommes tenus au courant que progressivement et, de sorte, constatons qu'un commentaire justifiable un jour, comme écrivait le cher Jean-Noël Cuénod, par la force de l'émotion, de son pouvoir, risque, dans les jours suivants, par d'autres précisions (sans oublier qu'aucun détail n'est anodin), risque, ce commentaire de perdre de sa valeur, de sa fiabilité. La jeune fille, pas attirée par les études, ne sera pas séparée des siens... Au fond, d'une certaine façon, happy end...

Écrit par : Dekoriacis | 23/10/2013

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