16/10/2013

Ma grand-mère savoyarde et le MCG

 

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Il faut du temps pour se remettre du dégoût et de la colère. Le titre en gros caractères du journal MCG Le Citoyen – «L’épidémie de frontaliers n’est de loin pas éradiquée» – suivi par la propagande électorale gluante de haine de cette formation extrémiste ont sali ma mémoire. Ou plutôt celle de ma grand-mère savoyarde qui, aujourd’hui, habite un autre monde, au-delà de toutes les frontières trop humaines. Elle aussi était frontalière, fille d’une famille de frontaliers qui faisaient des allers et retours entre Viry et Carouge, avant de se fixer il y a un siècle rue Ancienne, puis à Plainpalais.

 

C’est ma «granny» – on l’appelait ainsi en prononçant le mot à la française – qui m’a initié à l’Histoire de Genève, a illustré la vaillance des Genevois devant les troupes ducales, m’a fait grimper sur les canons de la Treille, m’a conduit à mon premier cortège de l’Escalade.

 

Si j’aime cette République et canton d’une affection qu’aucune élection n’altérera, c’est à une Savoyarde que je le dois. Car si «granny» adulait Genève, elle n’avait pas pour autant renié sa Savoie d’origine et encore moins la partie de notre famille restée de l’autre côté de la frontière. Elle était «Grand Genevoise» avant la lettre.

 

Ce n’est pas rendre hommage à «granny» que de descendre au même niveau de basse invective que celui des extrémistes. Cela dit, il appartient sans doute à un vieux Genevois de remettre certaines pendules cantonales à l’heure frontalière.

Le destin de Genève et celui de sa région savoyarde-gessienne ont toujours été indissolublement liés. Il ne peut en aller autrement. La géographie et l’Histoire sont plus têtues que le MCG.

 

Un exemple parmi tant d’autres: l’Escalade. Alors que les troupes du duc de Savoie étaient surtout composées de Napolitains, de Piémontais et d’Espagnols, onze des dix-huit Genevois morts au combat étaient originaires de régions aujourd’hui françaises, à savoir cinq Savoyards, trois Franc-Comtois, deux Gessiens, un Bellegardien et un Champenois.

 

Durant l’entre-deux-guerres, de nombreux Genevois travaillaient en Haute-Savoie, surtout dans les usines de la vallée de l’Arve. La crise horlogère en Suisse et la saignée qu’avait subie la France en 14-18 expliquaient ce flux frontalier Genève-France. Aujourd’hui, ledit flux est inversé. Mais demain ou après-demain qu’en sera-t-il? Reverrons-nous des travailleurs genevois traverser la frontière pour être embauchés à Annemasse ou Annecy? Il ne faut insulter personne, et surtout pas l’avenir!

 

Comme toujours, «granny» a raison. Par-delà les tempêtes dans un verre d’eau de l’Arve, le pays genevois restera ce qu’il a toujours été, un trait d’union.

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Et si on rétablissait les zones franches? Sauf erreur le traité n'a jamais été dénoncé.

Écrit par : Johann | 16/10/2013

Le MCG ,la Milice du Citoyen Genevois: bis répétitas, Stauffer se replonge dans les eaux troubles des Pâquis , cette fois il s'améliore ,avec un billet de deux cents balles confié à un"Djeune du Mouvement" il débusque un dealer de Coke ,c'est à peu près aussi difficile que de traquer un vendeur de Golf au Salon de l'Auto, et hop traqué c'est pesé , le poisson se trouve dans le panier à salade .
Ce type de comportement se situe tard dans la nuit aux Pâquis c'est à dire à deux pas de l'Aube Dorée à Athènes , est parfaitement interdit .Le MCG n'est pas un police parallèle.' à la dernière expédition Stauffer avait serré un ailier gauche du FC Carouge , qui ne cherchait que la ligne de but du FC Bavois
Ils s'améliorent dans le mouvement. mais tout cela pue , le SAC des années noires du Gaullisme sans en rajouter une couche du côté du point G comme Godwin.

Écrit par : briand | 16/10/2013

Mes deux grand-mères haut savoyardes et mon grand père originaire de la Drôme vous remercie.

Écrit par : Bertrand Buchs | 16/10/2013

Presque la même histoire que la vôtre;avec les deux côtés dans le sang.

Mon premier article de blog Neidinger fut le suivant:

http://duboutduborddulac.blog.tdg.ch/archive/2011/06/22/utiles-saute-frontiere-3.html

Bien à vous
Sylvie Neidinger

Écrit par : sylvie Neidinger | 16/10/2013

Bonjour et bravo pour votre article ainsi que celui de sylvie neidinger, ils remettent un peu d'intelligence dans ce débat.
Vos histoires familiales sont intéressantes et se répètent tous les jours avec de jeunes français et suisses qui continuent à méler les deux pays si proches!
Lionel BALLY

Écrit par : Lionel Bally | 17/10/2013

Super article avec, en prime, une magnifique photo d'automne. De surcroît, un commentaire pimenté et génial de Briand.

Écrit par : JMC | 17/10/2013

Moi aussi j'ai eu une grand-mère savoyarde que je n'ai malheureusement pas connue. Et nous sommes probablement nombreux dans ce cas dans le canton de Genève.

Je suis en outre très surpris qu'on laisse le MCG écrire que "l'épidémie de frontaliers n'est de loin pas éradiquée" tout en me demandant ce qu'il adviendrait si l'on osait écrire la même phrase en remplaçant frontaliers par juifs. Un procès et une condamnation.

Ce sont la xénophobie et la haine qu'il s'agit d'éradiquer. Vaste programme...

Écrit par : Michel Sommer | 17/10/2013

comme toutes les frontieres... sur ce nous revendiquons la difference, vous melangez habilement l'affect et l'economie; dans le premier la raison l'emporte, mais dans la 2eme, Geneve est un canton suisse, et pour le moment, encore!, nous revendiquons une difference face a Bruxelles. Le chomage en suisse augmente depuis le oui aux accords shengen, contrairement a la promesse faite par les patrons suisses. Ils s'en servent pour baisser les salaires, qui pour les frontaliers, ( qui viennent, pour les francais, de toute la france....), restent des salaires attractifs en france... mais pour la population suisse c'est la pauvrete...
A l'image du nombre croissants de suisse ne pouvant plus payer ses impots... les personnes agees ne pouvant s'alimenter normalement, tous les ingredients de l'apauvrissement de la societe, comme la montee du front national en france, le repliement sur soi-meme est souvent la reponse a ces moments cruelle economiquement.

Écrit par : bouca | 17/10/2013

Mes arrière grands parents étaient suisses et sans doute pauvres, venus d'Yverdon travailler en France, plus exactement à marseille. Ma grand-maternelle s'appelait Marie-Louise Berdoz. Et notre plus jeune fils est tenté par la Suisse. Alors?

Écrit par : sylvie Durbec | 17/10/2013

La personne qui signe bouca a-t-elle tort d'évoquer le chômage qui augmente, les "patrons suisses qui se servent des accords de Schengen pour baisser des salaires, qui, pour les frontaliers, restent des salaires attractifs pour les Français frontaliers"... Estt-il excessif, bouca, toujours, de parler des Suisses qui ne peuvent plus payer des impôts non indexés aux revenus, de même, oubli de bouca, la Lamal, ses hausses "rituelles", désormais...? bouca dénonce également la montée du FN: lors de la crise des années 1991, et suivantes, qui ne disait pas que sans être forcément d'accord avec Blocher "on ne peut pas prétendre que, souvent, il dit tout haut ce que nous autres pensons tout bas..."? Qu'il est facile, quand on est privilégié, de traiter de mesquins les moins favorisés d'entre nous... Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam Belakovsky | 17/10/2013

Ne pas rater le Blog de l'allumé Rigide Baertschi,ex réd. du MCGHI, le bonheur pour tous, Onex soit qui mal y pense. Il renvoie à nos Zémour à la collection Arlequin.
Il promet devant les caméras du Grand Conseil, s'il est aussi bon à l'oral qu'à l'écrit .

Écrit par : briand | 17/10/2013

myriam, vous devriez me relire, je ne denonce pas ou rien... sinon l'article qui voudrait denoncer le MCG... Le FN ?, a mon avis, c'est une decheance politique...
c'est l'article que je denonce, car il est partisan et meconnaissant notre cher et beau pays qui est la suisse... :) et qui ne s'arrete pas Geneve... un peu comme la France n'est pas Paris... ou Marseille...
De la meme facon pourquoi ne pas penser que les francais c'est le beret, la baguette et le camenbert...
ensuite ma signature c'est ma liberte pas besoin d'utiliser la 3eme personne pour parler de moi... puisque vos mots me sont adresses, aux armes citoyens... :) il a fallu mon mail pour repondre, donc l'IP... la toile est vaste, et bouca c tres bien...
el pueblo unido jamas sera vencido... et je ne suis pas du tout MCG, ...
pour la mesquinerie... je ne vois pas en quoi c'est mesquin de participer a la vie politique de son pays, ouvrez vos frontieres puisque c si facile... mdr... sinon quels sont les news de Lampedusa, ou de cette gamine retiree de sa sortie de classe pour cause d'expulsion... petite quenelle comme dirait notre cher dieudo...
je ne veux pas me laisser aller a lister, ... je serais curieux de savoir si vous etes suisse mme Belakovsky, ...

Écrit par : bouca | 17/10/2013

Merci pour ce si bel article, je suis née d'un papa genevois/valaisan et d'une maman Savoyarde. Mes racines sont ici, depuis petite, pour moi Genève et mon petit village (Veigy commune de Viry) ne font qu'un.
Je me sens insulté alors que je travail pour les enfants genevois, que mon papa a travaillé pour le social toute ca vie à Genève, la cause? mes plaques de voiture sont française, mes grands parents maternelles auraient eu les terrains du mauvais coté de la frontière?! NON, j'ai autant de famille a GE qu'en Haute Savoie. Alors merci de remettre l'église au milieux du village. Merci!

Écrit par : biffiger | 18/10/2013

le cercle des bien pensants... mais il y a des realites... ne vous faites pas de soucis pour vos plaques, la situation est la meme avec des plaques genevoises en suisse... :)
pour vous, dans votre affectif veigy et geneve ne font qu'1... heureusement que non... geneve est en suisse et viry en france... je ne discutes pas de passeport, de filiation, couleur, religion, ou je ne sais quoi, mais a force de tout melanger, c'est bruxelles qui decide en europe... pas encore en suisse...
un africain expatrie en suisse, qui vit en suisse, participe a la communaute est plus suisse qu'1 suisse vivant a Paris par ex... les arbres genealogiques ne m'interessent pas, relisez l'article, et replacez ma reponse comme une reponse a l'article...

Écrit par : bouca | 18/10/2013

Bouca,je viens de la lume mais... officiellement par ma mère je suissesse de Villeneuve, et, famille paternelle, juifs apatrides puis français (non Savoyards, ma grand-mère était fille de Versailles... puis, tous, naturalisés Suisses dont mon père, Edmond Kaiser, histoire de pouvoir dire ce qu'il pensais devoir dire sans se faire fiche à la porte... Le nom, Russe, d'Ukraine, naturalisé français, puis, ici Permis C, fut celui de mon mari... De la lune, il m'arrive d'aller au-delà du texte direct... que voulez-vous!! Myriam Belakovsky-Kaiser

Écrit par : myriam belakovsky-kaiser | 18/10/2013

P.S. à Bouca, d'autre part, si vous relisez votre commentaire, vous noterez que j'ai re pris ce que vous écriviez vous-même... parce que les personnes particulièrement privilégiées semblant ne pas pouvoir comprendre ceux qui, modestes employés, puissent s'en faire pour leurs emplois, notamment... Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam belakovsky | 18/10/2013

tant d'attachement au pass rouge!
il en serait bien autrement (et cela l'a été) si la Suisse n'était pas cet eldorado de l'emploi bien rémunéré

à l'instar de Bouca une majorité de binationaux montrent tant de reniement de racines ou d'absence de racines

comme chez cet italien ex-saisonnier naturalisé suisse farouchement MCGiste et férocement contre tous ces étrangers "qui lui ont pourri Genève sale et sans sécurité"
comme son collègue espagnol et sa femme qui, arrivés à la retraite et après avoir fait faillite dans une tentative immo au pays, sont vite revenus s'inscrire aux services sociaux suisses, et au GTE pour "faire valoir leurs droits frontaliers" en résidant en France voisine

problèmes d'identité et d'absence de racines authentiques qui se retrouvent chez une majorité d'immigrants économiques et leurs générations suivantes

rares sont les immigrants à savoir concilier leurs habitudes mentales d'origine sans les renier, dans le terroir suisse.

Aucun français naturalisé suisse ne le fait. De fait, les français "n'immigrent" pas en Suisse: ils y habitent, un point c'est tout. et laissent les suisses les adopter.

ce dont la France et les français se donnent le droit, fait l'autruche, en interdisant toute statistique sur les migrations et nationalités arrivantes en Rhône-Alpe et départements limitrophes de la Suisse.

Pourtant là et ça, c'est l'avenir, le tissus humain transpirant inter-frontières:
la Haute-Savoie et l'Ain n'ont depuis longtemps plus leur ancestrale population agricole, qui constituait travaillait et habitait la majorité de ces montagnes.

Écrit par : pierre à feu | 18/10/2013

il est vrai que ma lecture fut mauvaise... content que vous partagiez mon point de vue, ...

Écrit par : bouca | 18/10/2013

A Bouca
Mais, bouca, notre échange me fut un plaisir car les personnes qui prennent le temps de lire nos misérables lignes, de les commenter, contrairement à d'autres, nous aident à prendre ou reprendre confiance en nous... avec mes excuses pour n'avoir que trop parlé des miens et de moi-même (il va falloir, désormais, que je me choisisse... un pseudonyme...

Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam belakovsky | 18/10/2013

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