02/10/2013

La petite Fiona et les leçons de l’émotion

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Pendant quatre mois, le comité de soutien à la mère de la petite Fiona s’est mobilisé pour tenter de retrouver cette fillette de cinq ans portée disparue à Clermont-Ferrand. Des milliers de personnes ont fait part de leur solidarité par le truchement des réseaux sociaux. Une chaîne de compassion s’est ainsi forgée, pour protéger la maman éplorée et l’aider à retrouver sa petite perdue.

 

Et puis, d’un coup, la chaîne se rompt. La mère de famille passe aux aveux. Fiona est morte dans des circonstances encore non élucidées; l’enfant a été enterrée quelque part près d’un lac auvergnat. Selon le quotidien Le Parisien, la mère et son compagnon auraient consulté des documents sur internet afin de bien préparer leur opération «disparition».

 

Inutile d’en rajouter dans l’invective et l’écœurement devant cette manipulation. Nous sommes tous tombés dans le panneau. Tentons plutôt d’en tirer leçon.

 

A tous les niveaux, notre société «médiamercantile» privilégie l’image et l’émotion au détriment du texte et de la raison. Elle est fondée sur l’articulation entre les médias de toute nature et le mercantilisme sous toutes ses formes. L’image d’une maman angoissée fait le tour de la planète en quelques minutes grâce à Twitter et Facebook. Et cette image devient icône gravée dans nos cœurs.

 

Pourtant, en relisant les articles les plus complets parus au moment de l’annonce de la disparition, on se rend compte que des contradictions avaient été relevées dans les déclarations de la mère et de son compagnon. Mais il ne s’agissait que de textes, prudemment rédigés, incapables de rivaliser avec la force d’une larme coulant sur un visage maternel. L’image a interdit le doute suscité par le texte.

 

De telles intoxications, nous en subissons tous les jours sans forcément en être conscients. Rien de tel qu’un bombardement d'émotion pour vous faire acheter un objet inutile. En politique, les mêmes manœuvres manipulatoires sont utilisées avec de moins en moins de retenue. Pourquoi se gêner?

 

Bien entendu, les périodes électorales sont particulièrement propices au déferlement d’images toxiques, excitant les angoisses et flattant les aspects les plus vils de l’âme humaine. Mais en dehors de ces vibrionnantes époques, c’est tout un climat d’hypersensiblerie qui est créé par la société «médiamercantile»; elle nous baigne dans un bruit de fond émotif afin de réduire au maximum l’espace dévolu à la réflexion.

 

Cette société a pour ennemi naturel la raison, cette empêcheuse de consommer et gouverner en rond, cette enquiquineuse qui clame la nudité du roi, cette désenchanteuse qui refuse de prendre les vessies pour des lanternes.

Que la sinistre affaire de Clermont-Ferrand nous rappelle les dangers de l’apparence et les pièges de l’émotion.

 

Jean –Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

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Commentaires

Très bonne analyse avec un seul bémol!

Un fait n'est pas explicitement mentionné: le bombardement d'émotions n'est pas uniquement le fait de Twitter et Facebook, mais également de toute une partie des médias, presse comprise.
Dans le billet, il n'est question que de "textes les plus complets parus lors de la disparition", probablement des textes de presse.
C'est pourquoi il est écrit plus haut "toute UNE PARTIE des médias, presse comprise" et non pas "TOUS les médias".
Mais il serait également intéressant d'analyser les mêmes médias après que l'émotion ait pris le pas sur la raison. Les textes de ces mêmes médias étaient-ils toujours aussi factuels? C'est une question! Je ne suis que très peu les faits divers, même atroces.

Signé BK ou Père Siffleur

Écrit par : Baptiste Kapp | 04/10/2013

C'est comme le "mystère" du déraillement de Bretigny sur Orge, silence on coupe, là c'est pareille, en plein incendie, alors que les flammes atteignent le sommet de l'horreur, enfin ce qui est admissible politiquement parlant, soudain le réalisateur décide de couper, comme dans les mauvais romans.

A Bretigny, c'est clair et les victimes s'insurge contre le silence programmé, s'agit-il d'un accident, d'une négligence ou d'un acte de malveillance atteignant des sommets de sauvagerie, c'est à dire, faire dérailler un train dans le but de le piller, ce qui à été fait ?

Dans la monstrueuse affaire de Fiona, les mêmes n'ont-ils pas imposés le silence à la mère afin de ne pas contredire la garde des sceaux ?

Le corps a-t-il été retrouvé ou intentionnellement pas retrouvé afin de cacher à nouveau la monstruosité de certains et cela avec le saint accord des versets les plus sataniques ?

J'ai ma version, qui ne colle pas du tout avec les versions officielles, mais ne vous inquiété pas, chaque jour, plus d'un esclave meurt dans le silence du désert qatari pour vous garantir un spectacle jouissif !

Écrit par : Corto | 04/10/2013

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