30/09/2013

Les Roms, ingrédients pour cuisine politique

 

La polémique qui sévit au sein du gouvernement français à propos des Roms, démontre à quel point la classe politique est incapable d’avoir à leur sujet une vision à la fois réaliste et humaniste. Et ce constat ne se limite pas à Paris.

 

 En assimilant les Roms à la délinquance, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls stigmatise tout un peuple, ce qui ne fait qu’attiser un problème déjà brûlant au lieu de chercher à l’éteindre. Mais en niant l’exaspération des populations locales qui ne supportent plus les troubles provoqués par les campements sauvages, sa collègue écologiste Cécile Duflot fait preuve d’une impardonnable cécité.

 

Ils ne s’intéressent pas aux Roms mais s’adressent tous deux à leur électorat respectif. Manuel Valls veut conforter son image de ministre protecteur de la loi et de l’ordre, apte à capter des voix d’électeurs excédés par la délinquance. De son côté, Cécile Duflot, après toutes les couleuvres que lui a fait avaler le président Hollande en matière de politique environnementale, doit se refaire une beauté gauchisante pour conserver son emprise sur le parti Europe Ecologie -Les Verts.

 

Au lieu de touiller dans leur petite gamelle politicienne, les gouvernants feraient mieux d’examiner les questions liées aux Roms avec sérénité.

 

Les responsabilités sont multiples, à commencer par celles des pays d’origine de ce peuple, la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie notamment. Que fait Bucarest des 2,2 milliards d’euros que son gouvernement reçoit, chaque année, de l’Union européenne pour améliorer le sort désastreux réservé à ses deux millions de Roms?

 

Apparemment rien ou très peu de chose, les Roms préférant dormir sur un trottoir parisien plutôt que de retrouver la misère hostile qui les attend dans leur pays. C’est donc sur le plan européen que cette question doit être réglée, en exigeant des Etats concernés qu’ils engagent enfin à bon escient les fonds qui leur sont généreusement alloués.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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26/09/2013

Quelles valeurs contre la délinquance ?

 

 La délinquance est-elle plus virulente maintenant que naguère, voire jadis? Peu importe les statistiques - qui sont soit aléatoires, soit manipulées - la délinquance est. Point à la ligne.

Or, dans ce domaine, la pensée politique est d’une pauvreté affligeante, en France, en Suisse comme ailleurs. Elle se résume trop souvent à un débat stérile entre prévention et répression, entre laxisme et tours de vis. Bien entendu, les partis de la démagogie - Front national en France, UDC ou MCG chez nous - font leur beurre électoral sur le dos des victimes de la criminalité, amplifiant les réactions émotives en fonction du célèbre adage de Talleyrand: «Agitez le peuple avant de vous en servir.» Il serait vain d’attendre de ces « démagogiens » autre chose que des flots de salive corrosive.

L’insécurité étant leur fonds de commerce, pourquoi chercheraient-ils à l’éradiquer?

 

L’augmentation des effectifs du personnel policier et judiciaire ainsi que l’amélioration de leur formation apportent des solutions temporaires. Mais le mal est trop profond pour s’en satisfaire.

 

La façon dont s’exerce la délinquance reflète les grands traits d’une société. La nôtre, marquée par le passage du capitalisme industriel au capitalisme financier, abandonne les valeurs liées au travail pour mettre en avant les contre-valeurs attachées à la consommation et à la rapidité, voire à l’instantanéité. Nous vivons le règne de la «quantité immédiatement disponible». Ces contre-valeurs sont célébrées par des clips publicitaires d’une redoutable efficacité puisqu’ils sont souvent réalisés par des metteurs en scène de «vrai» cinéma. Que ces derniers dans leurs «vrais» films fustigent la société de consommation est une autre histoire…

 

Certes, on ne saurait réduire le phénomène délinquant à la pub, mais elle participe à un bruit de fond qui imprègne les cervelles malléables. Les jeunes sont ainsi induits à supprimer les étapes intermédiaires entre le désir et la possession. On prend les filles, les bijoux, les motos, le fric, là où elles et ils se trouvent. Les autorités peuvent bien construire des prisons, dépêcher des escouades de policiers dans les «cités sensibles», durcir les peines, ces mesures ne seront que digues de paille face au tsunami d’images séductrices et aliénantes formées par les contre-valeurs de la consommation.

 

La délinquance nous pose cette question: quelle société voulons-nous? Si nous estimons que, tout compte fait, la nôtre, axée sur la consommation à haut débit et ses contre-valeurs, doit être conservée en l’état, alors acceptons l’une de ses principales conséquences, à savoir une délinquance à haut débit, elle aussi.

 

 Si, au contraire, nous sommes convaincus que l’accumulation de déviances constitue un danger social, alors portons le combat sur le terrain des valeurs, préparant ainsi l’émergence d’une autre société basée, elle, sur l’être et la lenteur et non plus sur l’avoir et la rapidité.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Rien de nouveau sous le soleil délinquant; la preuve, ce téléreportage tourné en 1960

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24/09/2013

La seule utilité de l’armée suisse : ménager un « espace de brassage »

Si le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) a reçu, dimanche une telle claque, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. En axant son initiative populaire sur la seule suppression de l’armée, il a méconnu ce qui fait aujourd’hui l'unique utilité  de cette dernière et aurait dû analyser l’exemple français qui a supprimé le service obligatoire en 1996, sous la présidence de Jacques Chirac.

 

En terme strictement militaire et de défense nationale, l’armée suisse ne sert plus à grand-chose dans la nouvelle configuration du monde. Elle n’est plus qu’un dinosaure onéreux pris dans les glaces de la défunte guerre froide. D’ailleurs, elle ne cesse de dépérir depuis plusieurs années et, avec sa tronche de représentant en articles funéraires, le conseiller fédéral blochérien Ueli Maurer a tout à fait la tête de l’emploi pour accompagner cette lente euthanasie.

 

Il n’en demeure pas moins que, sur un autre plan, le service obligatoire reste une nécessité on ne peut plus actuelle. A l’hétérogénéité originelle de la Suisse – avec ses quatre langues, ses cantons jaloux de leur autonomie et ses deux religions naguère encore antagoniques – se sont ajoutées la grande diversité des origines ethniques et culturelles de nos compatriotes naturalisés ou «segundos», ainsi que l’apparition de nouvelles confessions (islam, bouddhisme et forte augmentation de l’orthodoxie), sans oublier la pluralité des couches sociales. L’armée a au moins ce mérite de brasser toutes ces origines, de provoquer des rencontres qui, sans elle, n’auraient pas pu se produire. Les cours de répétition donnent, à cet égard, de salutaires piqûres de rappel.

 

 Rien ne soude plus une communauté de jeunes adultes de provenances diverses que de subir des ordres idiots proférés par un adjudant borné dans les brumes d’un Jura hivernal. Supprimer cet «espace de brassage», sans offrir de contrepartie a été l’erreur fatale commise par le GSsA.

 

En France, de nombreux politiciens de droite mais aussi – et en grand nombre - de gauche regrettent la suppression de l’obligation de servir. Certes, il serait erroné de réduire le très complexe «problème des cités sensibles» à cet aspect. Toutefois, l’absence de service militaire obligatoire ne tient pas qu’un rôle mineur dans la déchirure du tissu social français. Les jeunes des banlieues défavorisées et ceux des beaux quartiers ne sont plus séparés par un fossé mais par un océan de plus en plus vaste.

 

 Autrefois, le paysan breton avait l’occasion de partager la même chambrée que le mineur nordiste, le bourgeois parisien, l’aristocrate lyonnais ou l’ouvrier lorrain. Certes, les uns et les autres restaient séparés socialement et géographiquement dès la fin de leur service - même si de solides amitiés pouvaient perdurer -, mais ils avaient au moins pris conscience de l’existence d’une autre classe que celle dans laquelle ils furent élevés. Et cette prise de conscience formait la trame du tissu social. Chacun percevait l’autre comme un Français, différent certes, mais appartenant à la même communauté de destin.

 

Le Groupe pour une Suisse sans armée a donc répété la même erreur que le président Chirac en 1996. Le peuple helvète l’a sans doute compris, d’où le rejet massif de l’initiative populaire.

 

L’armée telle qu’elle est aujourd’hui, se trouvant condamnée à terme, il faut dès maintenant songer à une solution de remplacement afin de sauvegarder l’«espace de brassage». Pourquoi ne pas créer un service fédéral comprenant diverses tâches, telles que défense nationale (réservée à des professionnels), sécurité, sauvetage, travail en faveur de l’environnement, encadrement social, aide aux communes de montagne, etc.? Ce service devrait être obligatoire pour les hommes comme pour les femmes, car c’est le seul moyen d’assurer l’égalité entre tous et de provoquer le brassage social et culturel.

 

L’armée de grand-papa est morte. Vive le service de tous pour tous!

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Même en France, il n’est pas si facile de supprimer, pour toujours, le service obligatoire.


Fini les conscrits en France... définitivement? par Phares-Balises

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20/09/2013

Syrie: Fillon dégomme la France devant Poutine

 

FillonPoutine.jpg

 

 

Le tropisme moscoutaire de la classe politique française a basculé depuis plusieurs années, de gauche à droite. Ne parlons pas de Gégé Depardieu qui, en tant que pipolorigolo, ne représente que lui-même. S’il aime la riante Mordovie, la République des goulags, au point d’y implanter un restaurant, grand bien lui fasse. Mais lorsqu’un pipolitique, ancien chef du gouvernement français, débine la position de son pays chez l'adversaire russe de celle-ci, on frôle la haute trahison.

 

Assistant, aux côtés de Vladimir Poutine, à un forum à Valdaï, petite ville située entre Moscou et Saint-Pétersbourg, François Fillon a débiné ouvertement la position de la France en Syrie. Et pour être bien certain que le scandale sera répercuté au-delà des belles collines valdaïtes, il a balancé ce touite :   «Je souhaite que la France retrouve son indépendance et sa liberté de jugement et d'action dans cette crise».

 

A propos de la Syrie, la Russie de Poutine se situe dans le camp opposé à celui de la France et des Etats-Unis ; faut-il le rappeler ? Oui sans doute… En France, Fillon a toute légitimité pour fustiger l’action de son pays, la juger trop dépendante de Washington ou dangereusement va-t-en-guerre. Mais lorsqu’il apparaît en public avec un adversaire de la politique française, la simple décence aurait commandé qu’il la fermât. C’était trop demander à François-le-Bien-Coiffé qui démontre avec cette attitude qu’il n’a pas l’étoffe d’un chef d’Etat. Il a voulu faire du beuze. Mais marcher dans le beuze ne porte pas forcément bonheur.

 

Jadis, Staline avait, en France, ceux qu’il appelait ses « idiots utiles ». Aujourd’hui, Poutine vient d’en trouver un.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Retransmission en anglais du Forum de Valdaï

 

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18/09/2013

Pour une révolte des «petits» Etats européens

 

Les multiples couleuvres bancaires avalées par la Suisse démontrent que l’«Alleingang» des blochériens est, définitivement, une voie sans issue. Notre pays ne peut plus défendre ses intérêts en solitaire dans la nouvelle configuration mondiale. Les nationalistes demeurent les pires ennemis de la nation, tout comme les intégristes sont les plus redoutables adversaires de leur religion.

 

L’entrée de la Suisse dans l’ensemble européen paraît inéluctable, au moins à moyen terme. D’autant plus que nous appliquons d’ores et déjà un grand nombre de lois décidées par Bruxelles sans avoir pris part à leur élaboration. Il est évident que nous défendrons mieux nos intérêts à l’intérieur de l’Union qu’à l’extérieur.

 

Il faudra alors apprendre à se coaliser avec d’autres Etats européens de modestes dimensions géographiques ou démographiques, afin de résister aux tentations hégémoniques des «grands» qui, d’ailleurs, ont rétréci au lavage de la mondialisation. Dans ce contexte, il règne au sein de la classe politique française un climat de rejet des «petits» voisins dont nous, Suisses, devons tenir compte.

 

A cet égard, un livre intitulé «Europe: amour ou chambre à part?» (Flammarion) - rédigé par la centriste (version MoDem) Sylvie Goulard, députée française au Parlement européen - est édifiant. Son propos est de donner un véritable pouvoir à une Union réduite à peu de chose par l’égoïsme des Etats. En ce sens, on ne peut que l’approuver. Mais pour la politicienne, il est d’autres adversaires que les gouvernements nationaux, à savoir les «petits» pays. Il faut voir avec quelle morgue, quel mépris, Mme Goulard évoque la Suisse et les autres Etats de taille semblable!

Selon elle, les «grands», et surtout le couple franco-allemand, geants04.jpgdoivent gouverner l’Europe. Pour le bien de celle-ci, bien sûr. Or, la gouvernance allemande n’est pas de meilleure qualité que celle en vigueur en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas, bien au contraire. Et par charité, nous n’évoquerons pas la France, percluse de dettes et de doutes.

 

 

La prétention franco-allemande à régenter l’Europe ne repose donc que sur la quantité - les deux pays forment près du tiers de la population de l’Union - mais en aucun cas sur la qualité. (Photo: l'Europe vue par les partisans de la Françallemagne)

 

 

Devant cette hégémonie, les Etats à l’économie dynamique mais de taille géographique réduite - comme les nations scandinaves, les Pays-Bas, l’Autriche et d’autres dont la Suisse - feraient bien de s’allier, s’ils ne veulent pas subir le diktat d’un duumvirat qui songerait plus aux intérêts de Berlin et de Paris que de l’ensemble du continent.

 

En outre, les «petits» ont aussi des leçons à donner aux «grands», notamment en matière d’organisation du travail et de formation professionnelle.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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15/09/2013

François Hollande en Syrie, le rétropédaleur de charme (avec vidéo)

 

 Soixante ans après le champion cycliste suisse Hugo Koblet, surnommé le «pédaleur de charme», François Hollande est devenu le «rétropédaleur de charme», à la faveur de sa prestation télévisée de ce dimanche soir. Très en pointe pour en découdre avec le régime syrien, le président français s’est retrouvé dans le rôle du cocu magnifique. Le parlement britannique a interdit au gouvernement Cameron de participer aux frappes anti-Assad après le massacre au gaz de 1500 civils en Syrie; Barack Obama a préféré confier cette question à son Congrès; personne n’imaginait une seconde que la France allait frapper toute seule le gazocrate damascène avec ses petits bras. François Hollande a donc perdu, dans ses tartarinades syriennes, une bonne partie de son capital de confiance amassé lors de sa remarquable campagne au Mali.

 

Mais en tant que rétropédaleur, le président français ne manque ni d’air ni de talent. Devant le micro bronzé de Claire Chazal, il a enfin jeté dans le même panier de crabes, Bachar al-Assad et les djihadistes qui le combattent, en concurrence avec l’opposition démocrate syrienne: «Faisons attention de ne pas installer ceux que nous considérons comme aussi dangereux que Bachar el-Assad puisque tous deux, Bachar el-Assad et les djihadistes, sont des massacreurs. Privilégions la conclusion d’un accord politique afin d’être sûrs que ceux qui vont être chargés de la transition en Syrie soient de vrais démocrates». François Hollande aurait dû se montrer d’emblée plus clair dans cette dénonciation des islamoterroristes anti-Assad; sa position aurait été sans doute mieux comprise par son opinion publique.

 

Peu après, le président Hollande a mis le braquet supérieur à son rétropédalier en expliquant que grâce à sa position ferme – avec celle des Etats-Unis, concède-t-il en passant - la Russie a obligé la Syrie à sacrifier son arsenal criminogazier. Bien entendu, personne ne croit que l’autocrate moscovite a poussé ses pions sur l’échiquier syrien en réponse aux menaces françaises. Mais enfin, dit avec un tranquille aplomb, ce propos a permis Hollande d’éviter un surcroît de ridicule.

 

Le président a ensuite embrayé sur les problèmes intérieurs: les impôts qui augmentent mais sans augmenter, les écologistes qui veulent partir du gouvernement mais sans le quitter et François Fillon qui veut séduire Marine Le Pen mais sans la draguer.

 

Au terme de sa prestation syrienne, François Hollande a parfaitement appliqué la formule chère à Jean Cocteau:

 

«Ces événements nous dépassent. Feignons d’en être les organisateurs».

 

 Jean-Noël Cuénod

 

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Extrait de l'intervention de François Hollande dimanche soir 15 septembre 2013. Séquence consacrée à la position de François Fillon vis-à-vis du Front national.

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14/09/2013

DELICIEUSE DOUCE NAUSEE

parfum.jpgLe sol s’envole valse trouble

De mon cœur tout au bord des lèvres

Délicieuse douce nausée

                           

Vieux flacon de patchouli

Tu me faisais vomir jadis

Mais je ne te résistais pas

Et revenais toujours vers toi

 

Tous se meut, s’émeut, se noue

Ligne brisée à l’horizon

Montagnes parcourues de spasmes

Gigantesques chiens malades

 

Les signes du ciel menacent

Je guette seul dans la nuit

Délicieuse douce nausée.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles:

  Dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

- Circonstances

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

- Liens (Editions Editinter Paris)

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat)

 

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11/09/2013

Le crime à Marseille et les illusions d’optique

 

 Marseille vit en ce moment une poussée de fièvre qui la désigne comme la capitale française du crime. Fausse image ou fidèle reflet? Ecartons tout d’abord les illusions d’optique. En apparence, Paris et Lyon semblent moins touchés par la délinquance. Mais il faut tenir compte de l’urbanisme particulier de la cité phocéenne.

 

 Les deux autres métropoles françaises ont exporté la précarité sociale vers leurs banlieues qui, sur l’humus de la pauvreté, ont vu croître la criminalité. De par sa configuration, Marseille ne dispose pas de cette solution de facilité et ses «cités sensibles» se situent à l’intérieur de son périmètre municipal, principalement dans les quartiers nord.

 

 A La Courneuve ou à Villiers-le-Bel, banlieues de la région parisienne, ou en Guadeloupe le crime pèse autant qu’à Marseille sur les épaules des habitants. Mais caméras et micros se dirigent en priorité vers l’antique Massalia, du fait de son importance démographique et historique.

 

De même, les quinze assassinats commis depuis le début de l’année semblent marquer une recrudescence spectaculaire des règlements de comptes. Or, selon le criminologue Alain Bauer – qui ne fait pas dans l’angélisme - Marseille enregistrait entre trente et quarante crimes de sang par an durant les décennies 80 et 90. Sa situation demeure certes préoccupante mais elle n’est pas nouvelle.

 

La criminalité à Marseille, c’est une longue histoire. Durant des décennies, le port de la ville occupait le premier rang en Europe. Il était le passage obligé du commerce maritime entre notre continent, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique, ainsi que la plaque tournante de tous les trafics légaux et illégaux. Qui dit port dit bordels, industries fort rémunératrices pour financer la pègre. Le crime, dans sa version moderne, y a pris ses quartiers dès le XIXe siècle. Comme toutes les entreprises humaines, il a suivi les étapes du progrès technologique. Chacune d’entre elles se caractérisait – et se caractérise toujours – par une remise en question sanglante des hiérarchies criminelles.

 

 Ainsi, la bande de Spirito et Carbone a fait le ménage vers 1925 pour imposer un nouveau produit se substituant à l’opium de plus en plus rare: l’héroïne. Elle a été remplacés par le clan Guérini, fort de ses relations avec la mafia italo-américaine. Puis, d’autres ont déboulé sur la scène marseillaise, apportant de nouveaux concepts.

 

La criminalité ne sera jamais éradiquée, ni à Marseille ni ailleurs, car la transgression est consubstantielle à l’humanité. Dès lors, les appels au «zéro crime» relèvent de la fumisterie. Le seul succès que peut envisager le ministre de l’Intérieur Manuel Valls est de la cantonner dans des limites socialement acceptables. Même réduit à ces raisonnables proportions, le défi sera fort lourd à relever.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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La mère d'un garçon de 20 ans tué lors d'un règlement de compte à Marseille témoigne devant les caméras de FranceTV Info.

 

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10/09/2013

A la Galerie ART-aujourd'hui: la caresse du vide

 

 

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L’Esprit souffle où il veut mais selon les règles précises qu’il s’est à lui-même fixées. Il en va ainsi des œuvres créées par deux Pierre que la Galerie ART-aujourd’hui à Paris vient de cimenter. Ils y exposent de mercredi 11 septembre à dimanche 20 octobre. Le peintre Pierre Saint-Paul (photo en haut) et le sculpteur Pierre Martinon (photo en bas) ne se connaissaient pas. La philosophe-galeriste Marianne Rillon et l’artiste Philippe Rillon les ont réunis, leurs démarches présentant d’étonnantes similitudes.

 

Martinon et Saint-Paul donnent, chacun selon sa technique, corps à cet Esprit qui ne connaît ni dogme ni prison. Le peintre et le sculpteur remplissent pleinement leur rôle de chaman, de truchement entre l’invisible et le visible.

 

«Toujours en quête de la plus grande économie de moyens, la peinture de Pierre Saint-Paul vise au sacré. Mais, pour non-figurative qu’elle soit, s’y inscrivent les tensions profondes et les puissants paradoxes qui sont la trame même de notre réalité contemporaine. Saint-Paul fuit les certitudes et ose affronter le doute», explique Marianne Rillon dans son dossier de presse.

 

Le doute, loin d’être opposé au sacré, lui confère son aura. Lorsque le sacré va de soi, il n’est plus questionné; n’étant plus questionné, il devient simple chose, un meuble parmi d’autres. Alors que s’il est remis en cause et en question, le sacré doit résister à cette interpellation; il en résulte une tension dramatique qui lui infuse un sang nouveau. C’est le combat avec l’Ange, toujours recommencé.

 

«Il faut avoir vu dans l’atelier, une pièce en cours, pour comprendre que les formes si sensuellement pleines de Pierre Martinon sont physiquement faites d’une peau ou membrane de terre autour d’un noyau central… vide (cet espace intérieur permettra ultérieurement la cuisson sans fissures ni éclatements)», relève Marianne Rillon.

 

Le vide, véhicule du sacré, est ce qui donne vie au plein. La nature n’a donc pas horreur du vide, sa matrice. Au contraire. Un vase sans vide ne remplirait pas son office et c’est grâce au vide que le sang irrigue le corps. Dans notre monde actuel trop plein, nous manquons singulièrement de vide. A quand l’infarctus social?

 

L’Esprit, tel qu’il est incarné par Martinon et Saint-Paul, est aussi fait de chair. Les sculptures de l’un et les tableaux de l’autre, appellent la caresse.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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PRATIQUE

 

La Galerie ART-aujourd’hui est sise 8 rue Alfred-Stevens à Paris IXe arrondissement (métro: Pigalle). Elle est ouverte mercredi et jeudi de 13 h. à 19 h., vendredi et samedi, de 15 h. à 20 h. et sur rendez-vous. Contact: Marianne Rillon, tél. fixe +33 (0) 1 71 37 93 51; tél. portable: +33 (0) 6 52 34 98 24. Courriel: contact@galerie-art-aujourdhui.com; site: www.galerie-art-aujoudhui.com

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07/09/2013

AVERTISSEMENT

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Devant le grand incendie

Vous luttez tous pour l’éteindre

Malgré le feu de vos larmes

Dans la peur et dans la mort

Toujours le pain partagé

 

De défaites en victoires

De victoires en défaites

Vous aurez un monde en main

 

Mais tout cela n’est rien

Le grand combat contre l’ange

Tu devras l’accomplir seul

                                                                                  Jean-Noël Cuénod

 

Livres de poésie de l'auteur disponibles:

  Dans les librairies Payot ou auprès de l'éditeur Samizdat (Denise Mützenberg, 8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand Saconnex):

- Circonstances

- Le Goût du Temps (Prix Festival Rilke 2012)

Disponibles sur les sites FNAC, Amazon,

 - Matriarche (Editions Editinter Paris)

- Liens (Editions Editinter Paris)

- Amour Dissident (Editions Editinter Paris. Coécrit avec Christine Zwingmann - Médaille du Sénat)

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05/09/2013

La Syrie, Obama et l’impuissance du gardien de but

 

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 Campé sur ses jambes, ouvertes – mais pas trop – pliées – mais pas trop –, le corps souple et tendu à la fois, le gardien de but, avale tout le terrain du regard. Rien ne lui échappe. Ni l’ensemble ni le détail. L’attaque adverse s’approche. Les défenseurs se font plus fébriles. L’ennemi rejoint dangereusement les seize mètres. Que faire? Foncer sur le porteur du ballon pour fermer l’angle? Mais alors, le risque est grand de gêner l’arrière ou de laisser le but vide. Rester dans les buts? Le portier sera ipso facto crucifié par un tir à bout portant. Alors, il avance, recule, avance, recule, avance, recule… Tango de l’hésitation. Puis, dépité, ramasse le ballon au fond des filets d’un geste las.

 

Barack Obama ressemble comme deux gouttes de sueur froide à ce gardien de but. Le terrain syrien ne lui convient vraiment pas. D’ailleurs, il ne convient à personne et surtout pas à ses habitants qui se font massacrer, bombarder, gazer, manipuler.

 

Le président américain s’efforce de convaincre le Congrès de l’autoriser à frapper les troupes du dictateur Bachar El Assad «de façon limitée». Qu’est-ce qu’une «frappe limitée»? L’envoi d’un, deux, dix, cent missiles sur des objectifs militaires du camp Bachar? Sera-ce suffisant pour arrêter ses massacres? Le tyran se trouvant acculé, ce n’est pas cette «offensive modérée» qui le fera reculer. Et si l’armée américaine décide une intervention plus musclée? Elle se retrouvera prise dans l’engrenage de la guerre, avec présence de troupes au sol, et le conflit se communiquera à tout le Proche-Orient.

 

Alors ne faisons rien et laissons les Syriens s’entre-tuer. Or, cette inaction serait aussi préjudiciable que l’action. Il semble acquis aujourd’hui que le camp Assad a gazé adultes et enfants. Laisser ce crime impuni, c’est encourager l’Iran à poursuivre la fabrication de sa bombe atomique et c’est montrer aux autres régimes d’oppression qu’ils peuvent massacrer l’âme légère et la main lourde.

 

Il reste encore les démarches diplomatiques envers Poutine. Tant que l’autocrate moscovite soutiendra le gazocrate damascène, la guerre civile poursuivra ses ravages. Certes, le tsar au torse nu vient de lâcher du lest afin de ne pas faire capoter le G20 qui commence à Moscou : si les preuves du gazage sont réunies, le Kremlin ne s’opposera plus au Conseil de sécurité à une intervention des Nations-Unies en Syrie. Toutefois, même si la Russie donne son feu vert ou orange, une nouvelle dictature – islamiste et sunnite cette fois-ci – risque fort de remplacer celle des alaouites du clan Assad. Le camp des rebelles syriens reste marqué par une décourageante désunion et les intégristes les plus rétrogrades tendent à prendre le commandement sur le terrain.

 

Que l’on agisse, tergiverse ou s’abstienne, aucune solution ne s’impose, toutes sont mauvaises et alourdies par moult effets pervers.

 

Le gardien Obama peut bien courir vers le porteur du ballon, plonger à gauche, à droite, au centre ou se claquemurer dans sa cage, il ne réalisera aucun miracle. Et les Syriens «d’en bas» encaisseront.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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