26/09/2013

Quelles valeurs contre la délinquance ?

 

 La délinquance est-elle plus virulente maintenant que naguère, voire jadis? Peu importe les statistiques - qui sont soit aléatoires, soit manipulées - la délinquance est. Point à la ligne.

Or, dans ce domaine, la pensée politique est d’une pauvreté affligeante, en France, en Suisse comme ailleurs. Elle se résume trop souvent à un débat stérile entre prévention et répression, entre laxisme et tours de vis. Bien entendu, les partis de la démagogie - Front national en France, UDC ou MCG chez nous - font leur beurre électoral sur le dos des victimes de la criminalité, amplifiant les réactions émotives en fonction du célèbre adage de Talleyrand: «Agitez le peuple avant de vous en servir.» Il serait vain d’attendre de ces « démagogiens » autre chose que des flots de salive corrosive.

L’insécurité étant leur fonds de commerce, pourquoi chercheraient-ils à l’éradiquer?

 

L’augmentation des effectifs du personnel policier et judiciaire ainsi que l’amélioration de leur formation apportent des solutions temporaires. Mais le mal est trop profond pour s’en satisfaire.

 

La façon dont s’exerce la délinquance reflète les grands traits d’une société. La nôtre, marquée par le passage du capitalisme industriel au capitalisme financier, abandonne les valeurs liées au travail pour mettre en avant les contre-valeurs attachées à la consommation et à la rapidité, voire à l’instantanéité. Nous vivons le règne de la «quantité immédiatement disponible». Ces contre-valeurs sont célébrées par des clips publicitaires d’une redoutable efficacité puisqu’ils sont souvent réalisés par des metteurs en scène de «vrai» cinéma. Que ces derniers dans leurs «vrais» films fustigent la société de consommation est une autre histoire…

 

Certes, on ne saurait réduire le phénomène délinquant à la pub, mais elle participe à un bruit de fond qui imprègne les cervelles malléables. Les jeunes sont ainsi induits à supprimer les étapes intermédiaires entre le désir et la possession. On prend les filles, les bijoux, les motos, le fric, là où elles et ils se trouvent. Les autorités peuvent bien construire des prisons, dépêcher des escouades de policiers dans les «cités sensibles», durcir les peines, ces mesures ne seront que digues de paille face au tsunami d’images séductrices et aliénantes formées par les contre-valeurs de la consommation.

 

La délinquance nous pose cette question: quelle société voulons-nous? Si nous estimons que, tout compte fait, la nôtre, axée sur la consommation à haut débit et ses contre-valeurs, doit être conservée en l’état, alors acceptons l’une de ses principales conséquences, à savoir une délinquance à haut débit, elle aussi.

 

 Si, au contraire, nous sommes convaincus que l’accumulation de déviances constitue un danger social, alors portons le combat sur le terrain des valeurs, préparant ainsi l’émergence d’une autre société basée, elle, sur l’être et la lenteur et non plus sur l’avoir et la rapidité.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Rien de nouveau sous le soleil délinquant; la preuve, ce téléreportage tourné en 1960

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Commentaires

Un jeune délinquant, perturbateur est-il un être humain qui a été perturbé, d'abord, perturbateur, ensuite? Un jeune homme insupportable, dérangeant toute une volée, toute une classe entendit l'enseignante lui demander: "quelqu'un t'aurait-il fait de la peine?" Le jeune demeura sans voix, puis: "Alors, M'dame, si vous me posez le question... Et le jeune a paelé, parlé longtemps... La classe était muette mais vivai l'instant... Non seulement le jeune cessa d'empoisonner chacun... Il devint un superbe chef scout... Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam belakovsky | 26/09/2013

Monsieur Cuénod, comment ne pas apprécier votre conclusion: "(...) portons le combat sur le terrain des valeurs, prèparant ainsi l'émergence d'une autre société, basée, elle, sur l'être et la lenteur et non plus sur l'avoir et la rapidité", ce, dès l'école, si oui, comment? Non vaniteuse "exigence d'excellence" mais d'effort, de persévérance et d'amitié... Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam belakovsky | 27/09/2013

tout ça c'est "à votre bon coeur, Monsieur Jean-Noel Cuenod"
car votre sujet ne traite aucune des réalités économiques et valeurs actuelles

bigre! un sujet journalistique si piètrement traité en pleine période de votations électorales...

Écrit par : pierre à feu | 27/09/2013

pierre à feu,

éducatrice, je ne comprends pas votre démarche... S'agissant de la délinquance, des déviances et des contre-valeurs... Jean-Noêl Cuénod n'interpelle-t-il pas enseignants, parents, "décideurs"? Priorité "au terrain des valeurs" en "préparant l'émergence d'une (bienvenue) autre société ou finale "choucroute"?
De quoi, pierre à feu, relire Jacquard, notamment... réfléchir à une société de coopération... ne vous en déplaise. Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam Belakovsky | 27/09/2013

Voilà, le plouc a osé devenir une caricature d'ultrabobo:

Personne n'est méchant, les tabasseurs de grand-mère, les violeurs en bandes et les assassins pour un clope sont tous des victimes du capitalisme.

La criminalité a toujours existé, il n'y a aucune spécificité culturelle dans sa forme actuelle en particulier dans les cités sensibles.

In fine tous va bien pour les bobos, ceux qui disent le contraire sont au mieux des populistes, au pire des raciste voir des nazis... Que c'est bon de vivre dans la certitude d'un monde bipolaire.

Écrit par : Eastwood | 27/09/2013

"les blousons noirs", combien étaient-ils ?

1'000, 2'000, allons, soyons fous, 10'000. A l'époque j'habitais Paris, j'étais gamin et nous étions très impressionnés lorsque nous croisions des "blousons noirs", surtout quand ils se décrassaient les ongles avec leurs crans d'arrêts, une cigarette bout filtre coincée à la commissure des lèvre.

Seulement, ils étaient ostracisés à souhait, bien qu'ils faisaient plus de bruit que de fumée, néanmoins, il fallait désigner un fantasme caractéristiquement reconnaissable à une époque où la SNCF continue de mentir aux victimes de Bretigny sur Orge !

Écrit par : Paul Gaultier | 28/09/2013

Les blousons noirs, aux temps du bon Père Guy Glbert, prêtre éducateur des rues, disaient aussi qu"un bon poulet est un poulet mort"!
Hélène de Koriacis

Écrit par : Hélène de Koriacis | 29/09/2013

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