24/09/2013

La seule utilité de l’armée suisse : ménager un « espace de brassage »

Si le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) a reçu, dimanche une telle claque, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. En axant son initiative populaire sur la seule suppression de l’armée, il a méconnu ce qui fait aujourd’hui l'unique utilité  de cette dernière et aurait dû analyser l’exemple français qui a supprimé le service obligatoire en 1996, sous la présidence de Jacques Chirac.

 

En terme strictement militaire et de défense nationale, l’armée suisse ne sert plus à grand-chose dans la nouvelle configuration du monde. Elle n’est plus qu’un dinosaure onéreux pris dans les glaces de la défunte guerre froide. D’ailleurs, elle ne cesse de dépérir depuis plusieurs années et, avec sa tronche de représentant en articles funéraires, le conseiller fédéral blochérien Ueli Maurer a tout à fait la tête de l’emploi pour accompagner cette lente euthanasie.

 

Il n’en demeure pas moins que, sur un autre plan, le service obligatoire reste une nécessité on ne peut plus actuelle. A l’hétérogénéité originelle de la Suisse – avec ses quatre langues, ses cantons jaloux de leur autonomie et ses deux religions naguère encore antagoniques – se sont ajoutées la grande diversité des origines ethniques et culturelles de nos compatriotes naturalisés ou «segundos», ainsi que l’apparition de nouvelles confessions (islam, bouddhisme et forte augmentation de l’orthodoxie), sans oublier la pluralité des couches sociales. L’armée a au moins ce mérite de brasser toutes ces origines, de provoquer des rencontres qui, sans elle, n’auraient pas pu se produire. Les cours de répétition donnent, à cet égard, de salutaires piqûres de rappel.

 

 Rien ne soude plus une communauté de jeunes adultes de provenances diverses que de subir des ordres idiots proférés par un adjudant borné dans les brumes d’un Jura hivernal. Supprimer cet «espace de brassage», sans offrir de contrepartie a été l’erreur fatale commise par le GSsA.

 

En France, de nombreux politiciens de droite mais aussi – et en grand nombre - de gauche regrettent la suppression de l’obligation de servir. Certes, il serait erroné de réduire le très complexe «problème des cités sensibles» à cet aspect. Toutefois, l’absence de service militaire obligatoire ne tient pas qu’un rôle mineur dans la déchirure du tissu social français. Les jeunes des banlieues défavorisées et ceux des beaux quartiers ne sont plus séparés par un fossé mais par un océan de plus en plus vaste.

 

 Autrefois, le paysan breton avait l’occasion de partager la même chambrée que le mineur nordiste, le bourgeois parisien, l’aristocrate lyonnais ou l’ouvrier lorrain. Certes, les uns et les autres restaient séparés socialement et géographiquement dès la fin de leur service - même si de solides amitiés pouvaient perdurer -, mais ils avaient au moins pris conscience de l’existence d’une autre classe que celle dans laquelle ils furent élevés. Et cette prise de conscience formait la trame du tissu social. Chacun percevait l’autre comme un Français, différent certes, mais appartenant à la même communauté de destin.

 

Le Groupe pour une Suisse sans armée a donc répété la même erreur que le président Chirac en 1996. Le peuple helvète l’a sans doute compris, d’où le rejet massif de l’initiative populaire.

 

L’armée telle qu’elle est aujourd’hui, se trouvant condamnée à terme, il faut dès maintenant songer à une solution de remplacement afin de sauvegarder l’«espace de brassage». Pourquoi ne pas créer un service fédéral comprenant diverses tâches, telles que défense nationale (réservée à des professionnels), sécurité, sauvetage, travail en faveur de l’environnement, encadrement social, aide aux communes de montagne, etc.? Ce service devrait être obligatoire pour les hommes comme pour les femmes, car c’est le seul moyen d’assurer l’égalité entre tous et de provoquer le brassage social et culturel.

 

L’armée de grand-papa est morte. Vive le service de tous pour tous!

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Même en France, il n’est pas si facile de supprimer, pour toujours, le service obligatoire.


Fini les conscrits en France... définitivement? par Phares-Balises

15:15 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Vous méritez bien votre pseudo de bobo et plouc !

Passons le fait que d'une façon ou d'une autre vous meprisez la volonté populaire de garder une armée de milice, parce que c'est loin d'être le pire.

Le pire étant de croire que depuis la fin de la guerre froide les hommes sont devenus bons et nos voisins nous protégeront si besoin.

C'est tellement st%%%% que je ne vais pas élaborer sur ce thème, mais juste pour rappel, il y a pas plus de 20 ans il y a eux une guerre civile avec épuration ethnique a moins de 3 heures de route des grisons !

Si il y a bien un truc qui n'a jamais (malheureusement) changé depuis des millénaires, c'est bien "ci vis pacem parra belum"

ABE

Écrit par : Eastwood | 24/09/2013

Les commentaires sont fermés.