11/09/2013

Le crime à Marseille et les illusions d’optique

 

 Marseille vit en ce moment une poussée de fièvre qui la désigne comme la capitale française du crime. Fausse image ou fidèle reflet? Ecartons tout d’abord les illusions d’optique. En apparence, Paris et Lyon semblent moins touchés par la délinquance. Mais il faut tenir compte de l’urbanisme particulier de la cité phocéenne.

 

 Les deux autres métropoles françaises ont exporté la précarité sociale vers leurs banlieues qui, sur l’humus de la pauvreté, ont vu croître la criminalité. De par sa configuration, Marseille ne dispose pas de cette solution de facilité et ses «cités sensibles» se situent à l’intérieur de son périmètre municipal, principalement dans les quartiers nord.

 

 A La Courneuve ou à Villiers-le-Bel, banlieues de la région parisienne, ou en Guadeloupe le crime pèse autant qu’à Marseille sur les épaules des habitants. Mais caméras et micros se dirigent en priorité vers l’antique Massalia, du fait de son importance démographique et historique.

 

De même, les quinze assassinats commis depuis le début de l’année semblent marquer une recrudescence spectaculaire des règlements de comptes. Or, selon le criminologue Alain Bauer – qui ne fait pas dans l’angélisme - Marseille enregistrait entre trente et quarante crimes de sang par an durant les décennies 80 et 90. Sa situation demeure certes préoccupante mais elle n’est pas nouvelle.

 

La criminalité à Marseille, c’est une longue histoire. Durant des décennies, le port de la ville occupait le premier rang en Europe. Il était le passage obligé du commerce maritime entre notre continent, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique, ainsi que la plaque tournante de tous les trafics légaux et illégaux. Qui dit port dit bordels, industries fort rémunératrices pour financer la pègre. Le crime, dans sa version moderne, y a pris ses quartiers dès le XIXe siècle. Comme toutes les entreprises humaines, il a suivi les étapes du progrès technologique. Chacune d’entre elles se caractérisait – et se caractérise toujours – par une remise en question sanglante des hiérarchies criminelles.

 

 Ainsi, la bande de Spirito et Carbone a fait le ménage vers 1925 pour imposer un nouveau produit se substituant à l’opium de plus en plus rare: l’héroïne. Elle a été remplacés par le clan Guérini, fort de ses relations avec la mafia italo-américaine. Puis, d’autres ont déboulé sur la scène marseillaise, apportant de nouveaux concepts.

 

La criminalité ne sera jamais éradiquée, ni à Marseille ni ailleurs, car la transgression est consubstantielle à l’humanité. Dès lors, les appels au «zéro crime» relèvent de la fumisterie. Le seul succès que peut envisager le ministre de l’Intérieur Manuel Valls est de la cantonner dans des limites socialement acceptables. Même réduit à ces raisonnables proportions, le défi sera fort lourd à relever.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

La mère d'un garçon de 20 ans tué lors d'un règlement de compte à Marseille témoigne devant les caméras de FranceTV Info.

 

15:11 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Albert Jaccard est mort à 87 ans d'une maladie qui cloue généralement les jeunes enfants ,dernier clin d'œil d'un humaniste, du dernier humaniste?
Omerta dans la blogosphère du Docteur Mabutse , Albert Jaccard inconnu au bataillon.

Écrit par : briand | 12/09/2013

Monsieur Cuénod, comme vous l'écrivez "la transgression est consubstantielle"! bien dit: la transgression de quoi? des interdits. A tout interdit, parce qu'interdit, tentation... pourquoi? On nous parle des criminels, bien trop souvent sans nous raconter leur enfance: lieu d'origine, langue maternelle, milieu (ambiance, climat, statut social )
BRIAND: milieu, ambiance, climat social des jeunes intéressait au plus hat point l'inconnu au bataillon Albert Jaccard...

Les journalistes, Jean-Noël Cuénod, ne devraient-ils pas, ne pourraient-ils pas être plus curieux ce qui, informés plus encore, nous donnerait la possibilitnon seulement de compre mieux, parents, d'agir Myriam belakovsky

Écrit par : myriam belakovsky | 13/09/2013

Les commentaires sont fermés.