16/08/2013

Jacques Vergès, l'extrême avocat

«Mais comment pouvez-vous défendre de pareilles fripouilles?» A cette remarque assénée par les honnêtes gens aux avocats pénalistes, le défenseur de Landru, Me Vincent de Moro Giafferi répondait: «Ah, mais je défendrais bien volontiers les enfants de Marie, hélas ils ne peuplent guère les Cour d’assises!»

 

Jacques Vergès, qui vient de décéder à Paris, a défendu les pires monstres, y compris le «boucher de Lyon», le SS Klaus Barbie (ci-dessous, la vidéo de sa plaidoirie). Et il aurait été prêt à défendre Hitler, «à la condition qu’il plaide coupable», ajoutait-il. Cet engagement de l'extrême avocat n’était pas que pose provocatrice. Il traduisait ce qui forme l’essence, la raison d’être de la défense.

 

 L’avocat est une digue entre l’Etat de droit et l’état de barbarie. Détruisez cette digue, et l’état de barbarie submergera l’Etat de droit. Dès lors, empêcher Hitler d’avoir un avocat, c’est lui donner raison, c’est admettre que son entreprise de destruction de la civilisation démocratique a réussi. En ce sens, Jacques Vergès nous défend de la barbarie en plaidant pour les barbares.

 

 Certes, l’initiateur des «procès de rupture» n’avait pas de mots assez durs pour fustiger la société capitaliste et ce qu’il considérait comme sa façade démocratique. Mais à tout prendre, il vaut mieux une démocratie, même de façade, à l’absence totale de démocratie. En mettant en lumière les hypocrisies et les contradictions de notre société, en dénonçant ses reniements, en mesurant l’écart entre les beaux discours consensuels et les réalités brutales qu’ils dissimulent, l’avocat défunt a participé à la renforcer, alors qu’il voulait la détruire. Ce n’est pas le moindre paradoxe de cette vie pleine de fureurs et de mystères.

 

Sans doute, Jacques Vergès était bien conscient de cet humour de l’Histoire et devait en sourire, entre deux bouffées de havane offert par Fidel Castro.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

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Commentaires

"L’avocat est une digue entre l’Etat de droit et l’état de barbarie."

Rien que ça! Un esprit pur et intègre quoi, une référence absolue, quasi céleste, avocat du diable pour mieux en contenir la nuisance. Cet homme ne visait donc ni le Panthéon ni Sèvres.

"Détruisez cette digue, et l’état de barbarie submergera l’Etat de droit. Dès lors, empêcher Hitler d’avoir un avocat, c’est lui donner raison, c’est admettre que son entreprise de destruction de la civilisation démocratique a réussi. En ce sens, Jacques Vergès nous défend de la barbarie en plaidant pour les barbares."

On appelle cela de la rhétorique, fallacieuse, cela va de soi.

Personnellement je trouve l'air plus léger depuis que "la digue" est redevenue poussière.

Écrit par : Giona | 17/08/2013

Merci cher Monsieur Cuenod de nous avoir donné l'occasion de réentendre ce génial plaideur.

Cela fait aussi partie du devoir de mémoire au moment où il nous quitte.

Écrit par : Patrick Dimier | 17/08/2013

Avocate,accepter la "cause" Hitler (que l'on ne se méprenne pas, ma famille paternelle est juive) m'aurait donné la chance non de défendre la monstruosité mais d'asséner quelques vérités concernant les barrages d'accès. Hitler, son projet, devenir architecte mais n'a pas le niveau d'études lui permettant d'entrer en l'école d'architecture... en espérant faire ses preuves, qu'on lui accordera une chance, il prépare des plans... refusés. Pas d'école d'architecture... Chômeur, écrivant des adresses, participant à des manifestations dispersées par des gaz... et puis, un jour, la roue tourne, "terrain" d'Hitler prédisposé (si oui, par quoi qui, quels vécus, ressentis ancestraux, puis dans on enfance... scolaire...
Mais "un" Hitler ayant réussi son passage, admis à l'école d'architure: vu les barrages d'accès divers contemporains, combien de possible "Hitler" en préparation, en cours de route? Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam Belakovsky | 17/08/2013

@Myriam. C'est effrayant mais profondément vrai.

C'est pourquoi je ne comprends pas et ne comprendrai jamais celles et ceux qui s'opposent à la scolarisation d'enfants sans papiers. Ils n'ont pas choisi de venir au monde hors de leur pays d'origine, ils ne peuvent dès lors être victimes de discrimination. Surtout pas celle qui leur barre la route de la connaissance.

Les guerres ne naissent qu'en raison de l'ignorance des masses. Dans le monde actuel, bon nombre des personnes que l'on voit fanatisées ne peuvent le sont que grâce à leur ignorance.

L'accès à l'école, pour y apprendre à lire et à écrire, est un combat qui ne doit jamais cesser. Au lieu de pilonner des pays avec des bombes, mettons autant de moyens pour alphabétiser leurs populations.

C'est peut-être idéal et utopique mais j'aime mieux celle-ci que celle de Hitler et tant d'autres qui, jusqu'à ce jour, assoient leur pouvoir sur l'ignorance des peuples dont ils ont pourtant la responsabilité.

Nous ne savons pas si, parmi les enfants que nous renvoyons aujourd'hui, ne risque pas de se trouver des tyrans de demain.

Permettons-leur, durant leur séjour, d'accéder à une connaissance ouverte pour faire la part des choses, entre les certitudes communautaires et la réalité du monde tel qu'il est effectivement.

Merci d'avoir pris le soin de cette démonstration, elle vaut bien mieux que tant d'aprioris.

Cordialement,
Patrick Dimier

Écrit par : Patrick Dimier | 17/08/2013

Professionnellement, rien à dire, non, ce n'est pas sur ce terrain que Verges était un être ignoble, bien au contraire !

Non, c'était à Phnom-Penh alors qu'il vivait dans le palais présidentiel de pol-pot avec vue sur le camp 21 où furent torturés à mort plusieurs centaines de milliers d'innocents, de femmes, d'enfants, de vieillards.

Alors qu'il buvait ses armagnacs millésimés en fumant ses cigares communistes bercés par les rumeurs des hurlements des milliers de torturés quotidiennement, parfois en compagnie de Jean Ziegler que Verges détestait ouvertement, concurrence exige !

Après pol-pot, faut-il encore parler des amitiés de ce monstre ?

Écrit par : Corto | 17/08/2013

Corto est impertinent. ça fait pourtant du bien...

Écrit par : Pierre Jenni | 17/08/2013

Merci à Patrick pour ce commentaire tellement à propos.

Écrit par : Pierre Jenni | 17/08/2013

Ce n'est ni l'ignorance ni la connaissance qui fait de vous un fasciste, un tortionnaire, un meurtrier, un génocidaire. Ce qui fait de quelqu'un un grand criminel ou un complice de grand criminel est son narcissisme maladif qui veut parader devant les foules, enivré par la gloire, la puissance, l'attention et la captation des foules, des spectateurs, et des médias. Le grand criminel se veut tout-puissant et se veut libre sur le trône en enchaînant les masses à sa gloire. L'idéologie importe peu. Qu'il se la crée comme Hitler ou qu'il l'emprunte à l'idéologie d'un intellectuel comme Staline ou qu'il se l'accapare par la foi pour soumettre les foules à son pouvoir religieux soi-disant en respectant un livre saint comme le Coran, la Bible, ou la Torah, ou n'importe quel autre livre religieux ou pseudo-religieux, le narcissique maladif, le terroriste de base ou au sommet de sa forme, est un être dérangé qui trouvera toujours des avocats et des foules pour le défendre. Car la gloire et la puissance des criminels font office de vitrine prestigieuse à la haine des foules contre telle ou telle catégorie de personnes, telle ou telle société démocratique. La démocratie coupe symboliquement les grosses têtes malades. Ce n'est jamais inutile. Les plus narcissiques perdent alors de leur superbe et de leur panache au fur et à mesure que la critique se révèle pertinente et juste... L'expérience Blocher est une preuve de la santé honnête de notre démocratie helvétique. Pourvu que notre influence démocratique fasse tache d'huile sur les pays en proie au fascisme et à la dictature.

Au diable, les avocats qui se servent de la présence médiatique des grands salopards pour devenir célèbres en se pavanant face aux caméras avec leur havane dans la bouche. Ils portent alors autant de sang sur les mains que leurs clients qu'ils défendent outrageusement à l'aide de sophismes et de contre-vérités.

Écrit par : pachakmac | 18/08/2013

pachakmac, vous semblez mettre des gants pour qualifier les ordures d'ordures, en ce qui me concerne, je qualifie ce personnage d'ordure, pour la simple raison qu'il a eu des amitiés monstrueuses et que son goût prononcé pour tout ce qui tue lâchement ne l'a jamais dérangé, loin de ça.

A titre posthume, je déclare que Verges était une énorme ordure, tout comme son comparse et concurrent Jean Ziegler, ils ont fréquentés l'infréquentables donc ce sont des personnages infréquentables, parmi les rares encore infréquentables encore vivant et espérons qu'il n'y en ait plus !

N'oubliez pas non-plus, que ces amitiés n'étaient pas gratuites, mais complices !

Écrit par : Corto | 19/08/2013

Oui, il y a pire, l'immense majorité des fan de foots, de voitures et de poupées barbies, ceux qui ne savent pas, ceux qui acceptent sans piper !

C'est de ceux-là qu'il faille craindre, les normaux !

Écrit par : Corto | 19/08/2013

Dans une brève introduction du livre "Serial plaideur", Jacques Vergès disait : le criminel et la personne honnête ne se différencient que par le passage à l’acte. Ils sont les mêmes humains au fond, simplement, l’un a fait ce que l’autre n’a pas fait. Les meurtres seraient motivés par des pulsions que nous ressentirions tous, notre intérêt morbide pour le crime de fiction le prouverait, et chacun de nous serait un criminel en puissance. L’homme ayant commis les crimes les plus abominables serait donc digne de notre compréhension voire de notre respect, pour la simple raison que son humanité est la même que la nôtre.

Écrit par : Berrekla kamel | 02/09/2013

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