15/08/2013

Un ambassadeur "beurgeois" attaque le Quai d'Orsay

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Ambassadeur de France en Andorre, d’origine algéro-kabyle et ancien footballeur professionnel, Zaïr Kédadouche (à gauche sur la photo, sous le maillot du Red Star) dénonce les discriminations dont il est victime au Quai d’Orsay, ce nid à particules nobiliaires. Un nid de vipères aussi, à en croire la lettre indignée que l’ambassadeur vient d’envoyer à son patron, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, dont voici ce passage:

 

«Le manque d’ouverture et d’innovation du Ministère (…) empêche de valoriser de nouveaux parcours, en particulier celui des Français issus de l’immigration maghrébine dont vous savez bien que malgré les plus grands efforts possibles d’intégration, ils continuent à subir des rejets et des discriminations feutrées. Je les ai, à nouveau, subies dans les palais dorés du Quai d’Orsay».

 

Il faut dire que le Ministère des affaires étrangères est traditionnellement l’apanage des rejetons de la noblesse française. Mais si la particule ne vaut plus diplôme, l’empreinte aristocratique ne s’est pas effacée pour autant. Trempant sa plume dans une encre plus sulfurique que diplomatique, l’ambassadeur Kédadouche, en porte témoignage dans sa conclusion:

 

«J’ai le sentiment que le Quai d’Orsay, dans sa partie la plus influente, trace sa route dans un isoloir, cherchant à éliminer toute trace génétique risquant de compromettre la reproduction sociale des élites».

 

Lorsqu’il se trouvait en poste à Liège en tant que consul général, Zaïr Kédadouche avait déjà essuyé des actes de harcèlement moral de la part de ses collègues aux patronymes à rallonges. Elevé en mai 2012 au rang d’ambassadeur auprès de la Principauté d’Andorre (dont la souveraineté est partagée entre la France et l’évêque catalan d’Urgell), le diplomate n’a pas été épargné pour autant et a eu maille à partir avec un de ses collaborateurs contre lequel, il a envisagé de déposer plainte, jusqu’à ce que l’Inspection générale du quai d’Orsay l’en dissuade. En revanche, M. Kédadouche a saisi le Défenseur des droits, Dominique Baudis qui va mener une enquête.

 

Soucieux de calmer les esprits, le ministre Fabius a répondu à son ambassadeur qu’il était «disposé à l’écouter plus en détail».

 Le parcours de Zaïr Kédadouche est exceptionnel et démontre qu'être élevé en banlieue peut mener vers les hautes sphères. Mais le chemin est plus semé de rosseries que de roses. Il est né à Tourcoing (Nord de la France) en 1957 dans une famille kabyle de six enfants qui a fuit la misère de l'Algérie encore coloniale. Son père milite au Front national de libération qui lutte pour l'indépendance algérienne, est emprisonné et meurt alors que le petit Zaïr n'a que 5 ans. Sa mère, qui sait à peine lire et écrire, décide de rester en France.

La famille Kédadouche vit alors dans un bidonville d'Aubervilliers, en banlieue parisienne. Durant sa jeunesse, Zaïr fait tous les métiers qui lui tombent sous la main, coursier, gardien de musée et... footballeur professionnel, tout en continuant à suivre des cours du soir. Il occupe le milieu de terrain défensif à Sedan de 1975 à 1977, puis au Paris FC de 1977 à 1983 avant de rejoindre le Red-Star à Saint-Ouen, tout près de Paris, entre 1984 et 1988. Il décroche un diplôme d'Etat d'éducateur sportif puis d'autres parchemin en sciences humaines, en gestion des entreprises et administrations, échoue d'un poil à l'Ecole nationale d'administration (ENA) et devient professeur certifié en technologie gestion.

Il appartient désormais à cette «beurgeoisie» qu’il décrit dans un de ses ouvrages «La France et les Beurs» (son autre livre s'intitule "Zaïr le Gaulois", tout un programme!)

Zaïr Kédadouche se lance en politique dès 1985; il siège au conseil municipal à Aubervilliers pendant dix ans, au Conseil régional d'Ile-de-France, de 1992 à 1998 et est élu maire adjoint du 17ème arrodissement à Paris. Il a commencé ce parcours sous les couleurs de Génération Ecologie, mouvement de Brice Lalonde, avant de se rapprocher du RPR (ancêtre de l'UMP), attiré par la personnalité de Jacques Chirac. Il se définit toujours comme un "chiraquien de gauche" et a appelé à voter François Hollande à la dernière élection présidentielle.

 Nommé en octobre 2002 membre du Haut Conseil à l'intégration, il devient conseiller en cette matière du ministre de la Ville Eric Raoult, puis du président Chirac. Parlant anglais et ancien "Young Leader" du programme d'échanges organisé par la Fondation américaine German Marschall, Kédadouche sait cultiver ses relations internationales et parvient à s'inscrire dans le circuit très fermé de la diplomatie française.

Son ami d'un autre bord politique mais d'une commune origine, le socialiste Malek Boutih, déclare à son propos: "S'il veut un jour accéder au premier rang, Zaïr va devoir apprendre à montrer les dents".

Avec cette lettre à Fabius, il semble que l'ambassadeur n'a plus besoin de leçon.

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Cher Noël,

Merci d'avoir révélé l'existence de ce courrier qui a été adressé au ministre des affaire étrangères Laurent Fabius de la part de cet honorable
français venu d'ailleurs qui de son poste d'ambassadeur a eu le courage et la dignité d'exprimer ce que nombreuses et nombreux d'entres nous français à "facies" nous subissons dans cette "Sous-France" au point qu'il n'y a que l'exil qui peut nous sauver quelque peu et nous permettre de vivre autrement ailleurs.

Merci à Genève de m'avoir ouvert les bras lorsque je suis arrivé en 1972 fuyant l'exclusion et le mépris de la part des fonctionnaires d'une patrie que je considérai comme une "douce France" et pour laquelle mon père a versé son sang pour la libérer du joug du nazisme en 39-45.

Mon profond respect à ce footballeur qui marque un excellent pénalty à cet hexagone qui a de la peine à aimer et respecter toutes ces citoyennes et tous ces citoyens conformément à ces lettres mortes inscrites sur le frontons des mairies "Liberté, Egalité, Fraternité".
Nous sommes loin du compte avec cette islamophobie galopante encouragée par des lois liberticides.

Vive la France sans souffrance, sans racisme, sans antisémitisme et sans islamophobie...
Mon cher pays je t'aime prospère et équitable pour et à l'égard de toutes et tous sans distinction de religion, de culture, de rang social etc...
Juste et généreuse c'est cette Patrie dont je rêve et que j'aimerai connaître avant de quitter ce monde incha'Allah...

Écrit par : Ouardiri Hafid | 15/08/2013

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