21/07/2013

Fiscalité France et Suisse: le tango des faux-culs

 

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Suivant le même chemin ascensionnel que le mercure des thermomètres, les relations franco-suisses prennent un tour torride. Deux douaniers français, pas très malins, se font pincer à Genève en train de reluquer la banque Pictet; le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan traite la Suisse d’«Etat voyou»; notre conseillère fédérale au nom de nain bleu et d’éternuement, Mme Eveline Widmer-Schlumpf, signe une convention sur les successions entre les deux pays qui privilégie outrageusement la France au détriment des cantons romands (vive la solidarité francophone!); tels sont les derniers pas de ce tango belliqueux entre Paris et Berne, qui a pour partition la fiscalité.

 

Tango des faux-culs, plutôt. Car tant les dirigeants suisses et français font, dans ce contexte, assaut d’hypocrisie. La Suisse, un Etat voyou? Mais alors que dire de la France qui a réussi cette performance mondiale de nommer un fraudeur fiscal, ministre des Impôts? Même le Roi Ubu avec son croc à phynances n’y avait pas pensé! Si depuis des lustres la politique française prend Genève comme havre de ressourcement financier, qui faut-il blâmer en premier? La corruption gagne de nombreux secteurs au sein des dirigeants français, et ce n’est guère nouveau. Alors, de quel côté du Foron se trouvent les voyous?

 

Des deux côtés, serait-on tenté de répondre. Car en matière de voyouterie, certains de nos banquiers n’ont rien à envier aux gouvernants français qui, parfois, font partie de leur clientèle. Utiliser les combines les plus retorses pour aider les fortunes françaises à ne pas passer à la caisse tout en captant les ressources de leur pays d’origine, est une attitude parfaitement méprisable. Ceux qui se livrent à ces pratiques sont des voyous. Des voyous avec attaché-case et sans capuche. Mais des voyous quand même. Des supervoyous, même. Car contrairement aux voyous au bas de l’échelle, ils parviennent, le plus souvent, à se tirer des flûtes.

 

Alors que nos faux-culs franco-suisses se déhanchent tant qu’ils le voudront. Ce ne sont pas eux qui danseront devant le buffet vidé par les crises.

  Jean-Noël Cuénod

(Photo tirée du blog de Charles Le Brusselier)

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Commentaires

Et pan dans les gencives...Bravo

Écrit par : Bertrand Buchs | 21/07/2013

Là, j'avoue que j'aime bien et que j'ai envie de le dire...

Écrit par : JDJ | 21/07/2013

bravo, enfin une vérité d'un journaliste. C'est rare ?

Écrit par : pachoud pierre | 22/07/2013

très esthétique comme figure de style.
Le problème du tango, surtout argent-teint, est que le moindre faux pas vous vaut les railleries de toute la coterie et ça les politiciens n'aiment pas.

Admettons toutefois que le secret bancaire a permis de conclure bien des paix et à limiter bien des effusions de sang.

Pour la France, payer le FLN en douce a été une des voies de sortie de ce triste cul-de-sac. Le nier revient à nier l'histoire, s'en offusquer démontre une candeur bien mal venue lorsqu'ils s'agit d'arrêter la guerre.

Le regretté Prof. Peter Tshopp avait pour coutume de dire que le monde a besoin d'un espace de compensation, qu'on le veuille ou non. Autant que ce soit un Etat démocratique et stable.
Flinguer la Suisse est facile lorsqu'elle n'est pas gouvernée, ça permet de tirer la couverture, bancaire bien entendu, à soi. C'est ce que ne manqueront pas de faire les pays anglo-saxons qui ne voient pas d'un bon œil un standard mondial d'échange automatique d'informations fiscales.

Ceux qui crachent sur la Suisse, de l'autre côté du Foron feraient bien de s'en souvenir, leur attitude présente n'est pas seulement détestable, elle est méprisable comme toute ingratitude.

Écrit par : G. Duboulot | 23/07/2013

Il serait bon que des banques se révoltent au point de dévoiler les transactions sur les comptes détenus en Suisse, rien que pour que la Presse Mondiale ait de quoi travailler.

Une fois que le secret bancaire soit tombé ... nous allons assister à ... rien du tout, plus que cela n'arrivera jamais.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 24/07/2013

G.Duboulot,

Qui devrait, aurait de quoi se révolter:

banquiers ou nous autres simples quidams, otages au gré des fantaisies, caprices, calculs divers de la Finance, avec F majuscule?

Qui sont les fautifs évidents: décideurs ou nous autres soumis?
Myriam Belakovsky

Écrit par : belakovky myriam | 27/07/2013

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