28/06/2013

Tour de France, Lance Armstrong & Co.: quand le pape Léon XIII se dopait comme un cycliste!

 

 

Cyclisme,dopage

Pour marquer le centième Tour de France qui commence ce samedi en Corse, Lance Armstrong - le septuple vainqueur déchu de la Grande Boucle - ne l’a pas bouclée. Il l’a même bien ouverte. En affirmant au monde en général et au «Monde» en particulier, qu’il est impossible de gagner le Tour sans se doper. Peu après, il a nuancé son propos: «Je ne parle que de mon époque. Aujourd’hui, je ne sais pas… J’espère que c’est désormais possible».

 

Comme toutes les années depuis 110 ans, nous allons donc causer dopage à propos du Tour. C’est une fatalité. Comme les criquets, les avalanches, les impôts et les protestations d’innocence de Bernard Tapie. Qui, lui aussi, en connaît un rayon question cyclisme, puisqu’il fut le patron de l’équipe « La Vie Claire » et de Bernard Hinault. Mais Le Plouc s’égare. Tapie est accusé de tout, sauf de dopage.

 

Cette pratique est née bien avant le Tour de France. Son premier martyr se nomme Arthur Linton, un cycliste gallois mort en 1886, peu après l’arrivée de Bordeaux-Paris, suite à l’ingestion d’une mixture explosive. Par conséquent, lorsque la première Grande Boucle prend son envol à l’été 1903, personne n’est surpris de voir les coureurs s’enfiler de belles rasades de Vin Mariani, du nom d’un Corse préparateur en pharmacie. Cette mixture inspirera les créateurs du futur Coca-Cola ; elle est composée de vin de Bordeaux, d’extrait de feuille de coca du Pérou avec 6 à 7 milligrammes de cocaïne. Remarquez qu’à l’époque la coco n’est pas encore frappée par les foudres pénales.

 

Le breuvage est également en odeur de sainteté auprès du Saint-Siège. Léon XIII accepte même que son portrait figure sur une «réclame» de ce précieux liquide dont on nous dit que le Saint-Père en conserve toujours une fiole sur lui, en cas de nécessité.

 A l’époque des coureurs cyclistes aux moustaches en guidon de vélo, certain pape ne carbure donc pas qu’à l’eau bénite.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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27/06/2013

L’Europe et le désespoir des peuples

 

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La France et bien d’autres pays d’Europe ne parviennent pas à se débarrasser de ce désespoir qui vous colle à la peau comme une suie grasse. Chaque semaine apporte son lot «de hargne, de rogne et de grogne» comme le disait jadis le général de Gaulle qui fait aujourd’hui figure d’ancêtre de plus en plus éloigné. Triomphale défaite du Front national à Villeneuve-sur-Lot, tensions entre Paris et Bruxelles et désarroi à tous les étages.

 

Ce désespoir en passe d’être chronique pose la question du pouvoir politique. Tant que les peuples ne sauront pas le situer, ils sombreront dans l’abstention ou le vote en faveur des formations du nationalisme démagogique. Les citoyens se rendent compte, avec angoisse, que leur bulletin électoral ne désigne que des faiseurs de vent et des diseurs de bonjour. A quoi servent les institutions les plus démocratiques qui soient, si elles ne créent que de l’impuissance savamment déguisée par les communicants?

 

La Suisse est en train d’en faire l’expérience. Sa démocratie directe ne lui a pas servi de bouclier contre les grandes puissances qui, désormais, dictent leur loi à la Confédération. A l’exemple des Etats-Unis qui, au moment voulu par eux, ont pulvérisé le secret bancaire helvétique. Toutes les rodomontades blochériennes n’y ont rien fait, alors même que l’UDC est aux affaires.

 

Les décisions politiques d’envergure ne peuvent plus se prendre à l’intérieur du cadre national. Chacun désormais le sait. Mais, lancinante, la question revient nous tarauder: où est-il donc ce sacré pouvoir? Dans nos contrées, seule l’Europe dispose de la bonne taille pour affronter l’économie globalisée. Or, cette idée est de plus en plus impopulaire. Elle ne fait plus rêver et s’est muée en cauchemar.

Même en Allemagne, cheffe de file de l’Union, l’europhobie a trouvé son expression politique avec la création, en avril dernier de l’AfD (Alternative für Deutschland) qui a gagné 7 500 membres en quelques semaines.

 

Si l’Europe possède la taille idoine, elle n’est pas devenue crédible pour autant, en raison de la faiblesse de ses institutions, à la fois sur les plans structurel et démocratique. En fin de compte, elle reste dans les mains des gouvernements des Etats membres qui, au lieu de renoncer à leurs prérogatives - décoratives certes, mais sans substance - ont gardé leur vieux logiciel national.

 

Or, l’addition des impuissances ne crée pas la puissance. Seul le fédéralisme pourrait faire de l’Europe, le lieu du pouvoir réel. Mais ce grand saut, les peuples ne semblent pas prêts à l’accomplir. Ils pestent contre leurs gouvernants incapables de les sortir du marasme, vitupèrent l’opacité des institutions de l’Union, chargent Bruxelles de tous les maux; mais devant une Europe à reconstruire, ils éprouvent encore les affres du vertige.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 ESPACE VIDEO

 

 "Europe ou chaos ? Reconstruire l'Europe ou mourir", ce manifeste a donné lieu à un débat organisé par Arte lundi 28 janvier 2013 au Théâtre du Rond-Point, à Paris. Avec les interventions de nombreux écrivains, comme Umberto Eco, Juan Luis Cebrián, Hans Christoph Buch, György Konrád, Julia Kristeva, Bernard-Henri Levy ou Peter Schneider. Un reportage de David Bornstein.

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23/06/2013

L’UMP bat le Front national pour conquérir le siège de Cahuzac : les ambiguités du «Front républicain»

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Le «Front républicain» a permis au candidat de l’UMP Jean-Louis Costes de l’emporter sur le jeune frontiste Etienne Bousquet-Cassagne à l’issue de l’élection partielle de Villeneuve-sur-Lot au parlement français. Dans cette circonscription, détenue jusqu’à maintenant par l’ancien ministre Cahuzac (photo), une part importante de l’électorat socialiste a reporté ses voix sur le représentant de la droite démocratique.

 

 Mais si le pire a été évité, il n’a pas pour autant été écarté, loin de là. Car, même battu, le Front national sort vainqueur de cette confrontation. Qu’un blanc-bec frontiste de 23 ans - sans autre expérience que des études commerciales à peine achevées - parvienne à battre le candidat socialiste au premier tour, à se qualifier pour le second et à talonner un vieux routier de la politique locale, voilà qui relève de l’exploit.

 

Le «Front républicain» n’est pas une alliance conclue entre les partis de la gauche et de la droite de gouvernement, c’est une sorte de réflexe des électeurs démocrates de droite et de gauche pour faire barrage à l’extrême droite. Mais il n’a aucun contenu politique, c’est pourquoi le terme de «Front» pour le qualifier est trompeur.

 

Cette «alliance», qui n’en est pas une, permet à Marine Le Pen de faire son beurre démagogique en réunissant les deux partis de gouvernement en un seul sigle, «UMPS», et de capitaliser sur son thème favori: «Tous pourris, sauf moi!» Même perdue - de justesse - par le Front national, l’élection de Villeneuve-sur-Lot, participe de cette dynamique qui ne cesse de lui profiter. D’ailleurs, les dirigeants frontistes n’ont pas manqué de souligner que leur candidat a recueilli, seul contre tous, plus de 47% des suffrages. Comme lors de la partielle dans l’Oise en mars dernier, le FN a engrangé une forte progression entre les deux tours.

 

Pour éviter que la France ne bascule dans l’extrémisme, il faudra plus qu’un «Front républicain» qui n’a d’autre réalité que celle de sa vacuité.

 

Jean-Noël Cuénod

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22/06/2013

LE PASSANT

PAS D'OMBRE.jpg

 

 

Le passant hâte le pas

A la poursuite de l’ombre

Qui toujours lui échappe

Gravée sur le mur ses peines

Ne peuvent le retenir

 

Il s’en arrache avec rage

Et court la peau lacérée

Le soleil brandit son knout

Et fait danser le passant

Mais n’arrête pas sa course

L’ombre toujours se dérobe

Et sa robe tourne tourne

Tout l’univers virevolte

 

Le passant enfin comprend

 

Jean-Noël Cuénod

 

Photo: poullaouec-jac.blogspot.com

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19/06/2013

Sous Hitler, des blagues qui en disent long

Evoquer les «blagues chuchotées» qu’échangeaient les Allemands sous la dictature de Hitler paraît d’une insoutenable indécence, compte tenu de la Shoah. Pourtant, le rire est révélateur d’un comportement collectif qu’il est utile de décrypter, au moment où le courant brun qui a empoisonné le XXe siècle ressurgit sous des formes diverses.

 

 Les éditions Michalon à Paris viennent de sortir un livre document fort éclairant dans ce contexte: «Rire et résistance, humour sous le IIIe Reich» du cinéaste allemand Rudolph Herzog (le fils du réalisateur Werner Herzog). Cet ouvrage est tiré d’un film documentaire qui a remporté un grand succès outre-Rhin.

 

Dès son arrivée à la Chancellerie allemande, par les voies légales, le 30 janvier 1933, Hitler a détruit la démocratie et instauré sa tyrannie en quelques semaines. Aussitôt, les «blagues chuchotées» ont fleuri. Parmi bien d’autres éléments, ce phénomène met en évidence deux aspects.

 

Tout d’abord, le pouvoir nazi utilisait souvent ces plaisanteries à son profit. Elles «n’étaient pas une forme de résistance active et servaient plutôt de soupape permettant à la colère refoulée du peuple de s’exprimer (…) Tout cela ne pouvait que convenir au régime nazi (…)», note Rudolph Herzog. Bien entendu, selon les événements, cette tolérance très relative se muait aussitôt en féroce répression.

 

Ensuite, ces «witze» démontrent le caractère fallacieux de l’argument avancé par nombre d’Allemands après la chute du IIIe Reich, comme le relève le livre de Herzog: «La génération de ceux qui avaient vécu la guerre persista à soutenir qu’elle ne s’était doutée de rien. Les blagues de l’époque de la prise de pouvoir prouvent au contraire que cette affirmation était déjà fausse en ce qui concerne les premières années de domination nationale-socialiste».

 

L’autre leçon à tirer de ce livre est que le fait d’être conscient de l’horreur consubstantielle à tout régime totalitaire n’est pas suffisant pour se soulever contre lui. «De larges cercles de la population devinaient déjà à l’époque quelle escroquerie Goebbels et consorts tentaient de leur faire gober. Cela ne changea toutefois rien au fait que leur pays fut emporté dans un tourbillon criminel en l’espace de quelques années seulement», souligne «Rire et résistance, humour sous le IIIe Reich».

 

Lorsque le pouvoir totalitaire a étendu sa toile, il est trop tard pour le contrer. Il suit alors sa pente inexorable vers l’inhumain. C’est avant qu’il faut agir, ne serait-ce qu’en refusant de confier les clés du pouvoir à n’importe qui.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Le philologue juif Viktor Klemperer a décortiqué la langue utilisée par les nazis pour asseoir leur pouvoir. Son journal a été présenté par Arte au cours d'un documentaire  de Stan Neumann "La langue ne ment pas".


LA LANGUE NE MENT PAS - 1/4 par ESTETTE  

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16/06/2013

Parlez-vous le politikar?

 

Langage politique.jpg

 

Voulez-vous mieux connaître nos amis, les politiciens en France ? Pour ce faire, il faut tout d’abord décrypter leur langage, comme avec n’importe quelle autre espèce animale. Ainsi, lorsque le chien remue la queue, cela veut dire « soyez les bienvenus dans ma niche ».  Mais lorsque le chat en fait de même, il signifie : « Tu vas prendre un bon coup de patte griffue sur ton museau ». Il importe donc de bien maîtriser les codes - appelés "éléments de langage" - avant de  s’aventurer dans la jungle parlementaire. Le Plouc se fait un devoir de vous y aider avec son complice le dessinateur Acé.

                                

Première étape : discours inaugural

 

« Françaises, Français », comprendre : « Les autres, je m’en balance, ils ne votent pas ».

 

« Je serai le rassembleur de la Nation », comprendre : « Il ne faut pas que l’opposition m’emmerde ».

 

« Je n’irai pas par quatre chemins », comprendre : « Je vais en prendre un cinquième qui est tellement long que je ne sais pas s’il se terminera un jour ».

 

« J’ai de hautes ambitions pour mon pays », comprendre : « J’ai de très hautes ambitions pour ma pomme ».

 

« Je suis au service des citoyens », comprendre : « Je suis au service de ceux qui ont financé ma campagne électorale ».

                   

Deuxième étape : interviewes et débats

 

« Je vais tout de suite répondre à votre question », comprendre : « Laissez-moi le temps de vous répondre à côté ».

 

« C’est une excellente question et je vous remercie de me l’avoir posée », comprendre : « Ce salaud m’a glissé une peau de banane; noyons le poisson pour ne pas répondre ».

 

« Vous dites une contre-vérité ! », comprendre : « Tu es un sale menteur ! »

 

« Je suis prêt à…», comprendre : « Je suis prêt à dire n’importe quelle connerie ».

 

Troisième étape : ça se gâte

 

« Nous prendrons nos responsabilités », comprendre : « Nous allons nous tirer des flûtes ».

 

« Nous allons passer à la vitesse supérieure », comprendre : « Nous allons ralentir en marche arrière »

 

« Nous allons droit dans le mur ! », comprendre : « Avec moi, on foncera aussi dans le mur mais en klaxonnant ».

 

Quatrième étape : garde à vue

 

« Je reste droit dans mes bottes », comprendre : « Où est la sortie? ».

 

« Il faut savoir raison garder », comprendre : « Je suis en train péter un câble ».

 

« J’ai confiance dans la justice de mon pays », comprendre : « J’ai confiance dans la cupidité de mes avocats que je paie cher pour me sortir du pétrin ».

 

 

Jean-Noël Cuénod

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14/06/2013

IMMEUBLE IVROGNE

IMMEUBLE IVROGNE

 VieilImmeuble.jpg

Vieil immeuble isolé

Antique verrue puante

Tu traînes dans ma mémoire

Ton cortège de remugles

 

Salpêtre et moellons moisis

Grasse humidité moussue

Cadavres de plantes vertes

Agressif pissat de chat

 

Dans l’incendie du couchant

Ta silhouette titube

Pauvre ivrogne de pierre

A la façade vineuse

 

La nuit te rendra sobre

Et ton corps sera percé

De troubles étoiles bleues

Qui s’éteindront une à une

Jean-Noël Cuénod 

 

 

unephoto.canalblog.com Photo GT Valck

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12/06/2013

Extrême droite et extrême gauche, même violence?

Après la mort en France d’un jeune militant antifasciste frappé par un membre des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, le président de l’UMP Jean-François Copé a mis l’extrême droite et l’extrême gauche dos à dos.

 

Les violences de ces deux extrémismes sont-elles de nature identique et doivent-ils être jetés dans le même panier de crabes aux pinces tranchantes? Non. Une fois encore, les politiciens français parlent plus vite qu’ils ne pensent. Du moins, quand ils pensent.

 

Certes, recevoir un coup provenant d’un néofasciste ou d’un anar du «Black Bloc» fait mal dans les deux cas. L’auteur de ces lignes peut témoigner, dans sa chair, de la brutalité du service d’ordre de la CGT, à l’époque où ce syndicat servait de courroie de transmission au Parti communiste. De même, les méthodes des hitlériens et des staliniens se rejoignent dans le totalitarisme.

 

Mais nous ne vivons plus dans les années 1920-1930, lorsque l’extrême gauche et l’extrême droite étaient de taille à peu près équivalente dans de nombreux pays d’Europe. Aujourd’hui, l’extrême droite atteint un volume plus important que celui de l’extrême gauche et la dépasse nettement en virulence. En France, l’extrême gauche n’a que rarement débordé les manifs mises sur pied par les syndicats, notamment contre le régime des retraites. En revanche, la plupart des défilés menés par les catholiques et la droite contre le mariage homosexuel se sont terminés en violences organisées par des groupes néofascistes qui ont cherché, de façon systématique, l’affrontement avec la police.

 

Aujourd’hui, en France et partout en Europe, le danger, c’est l’extrême droite. La Hongrie nous en offre un sinistre exemple. Mais le phénomène magyar ne se circonscrit pas qu’à ce pays.

 

Certes, les «Black blocs» qui sévissent dans les cortèges de gauche ne sont pas des bisounours aux auréoles couleur pastel. Mais on ne saurait les comparer aux meutes bien entraînées, organisées, dressées des groupes néofascistes. Leur idéologie centrée sur le chef constitue d’ailleurs un gage quant à l’efficacité de leur violence. Alors qu’en face, c’est plutôt l’anarchie qui règne. Par ce seul aspect, confondre les deux violences relève donc de l’absurde.

 

Pour les extrémistes de gauche non pacifiques, la violence est un moyen et non pas une fin, le but idéal étant d’atteindre la justice sociale. Cette attitude est périlleuse et erronée, comme l’Histoire nous l’a montré, des moyens violents conduisant à instaurer une société violente.

 

Mais l’état d’esprit qui la guide n’est pas le même que celui qui anime les extrémistes de droite pour qui la violence est toujours une fin. Elle est revendiquée comme le ferment d’une société organisée en fonction d’une hiérarchie rigide et fondée sur la discrimination raciste et sexiste, cette violence des violences.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

L'avis d'un spécialiste de l'extrême droite interviewé par France 3. A noter son constat: les policiers français se sont plus occupés des extrémistes de gauche que de ceux de droite.

 

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10/06/2013

A la Galerie ART Aujourd’hui: la sérénité après l’orage

 

La Galerie parisienne ART Aujourd’hui aime le contre-pied. Après l’expression poussée au plus fort de ses feux - avec Bernard Thomas-Roudeix, Bernard Le Nen et Jörg Hermle dont l’exposition s'est terminée dimanche 9 juin (lire aussi dans ce blogue «Trois grands créateurs à la force fragile») -, Marianne Rillon et son équipe ont choisi la sérénité, parfois teintée d’humour. «Ineffables présences», tel est le beau titre choisi pour cette expo qui commence mercredi 12 juin et se terminera, jour de gloire, dimanche 14 juillet. Elle présentera les peintures de Franck Duminil, Pierre Duclou, Yutaka Imaï et les sculptures de Pascale Proffit.

 

La sérénité, donc. La zénitude, comme le disent les médiacrates qui ignorent tout du Zen mais trouvent le mot vachement smart. Et même hypercoule. Mais pour en faire quoi? Si la sérénité consiste à tirer la prise de l’intelligence pour roupiller, les pharmacies offrent toute une gamme d’hypnotiques à même de vous satisfaire. Nul besoin d’œuvre d’art. Si la sérénité est vécue comme un état d’évacuation de tous les parasites qui empêchent de prendre conscience de votre être véritable, alors l’œuvre d’art devient le véhicule qui permet d’entrer dans votre labyrinthe intérieur, d’y évoluer sans vous y perdre. En ce sens, l’œuvre est un mandala. D’ailleurs, chacun à leur façon, les quatre artistes offrent leur mandala que vous transformerez en fonction du paysage propre à votre labyrinthe.

Duminil.jpg

 

Né à Paris en 1933, Franck Duminil est un artiste d’envergure internationale. Marianne Rillon le présente ainsi: «Il n’est pas un peintre abstrait au sens le plus commun du terme. Il est bien au-delà. Un peu à la manière des anciens peintres chinois, il saisit le monde hors de ses traits distinctifs (…) L’incomparable présence de son œuvre tient précisément en cette plongée dans l’indéfini qui n’est ni l’imprécis ni l’indécis, mais l’ouverture à tous les possibles.»

Pour sa part, le Plouc est fasciné par un détail de l’œuvre Parallèle de brume choisie comme illustration ci-dessus. Duminil a créé trois petites traces, une de couleur jaune dans la partie supérieure, une autre de même teinte en bas à gauche et une troisième, rouge, en bas à droite. Il se forme ainsi un triangle. Pénétrez à l’intérieur de cette figure. Et tout peut arriver. A vous de faire le travail.

 

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Pierre Duclou, né en 1957 en Seine-Saint-Denis, a été formé par le peintre et céramiste Jean-Marie Guyoton. Marianne Rillon conseille cette approche de l’artiste: «Les œuvres de Pierre Duclou sont rebelles à toute analyse: vouloir les décomposer pour croire en saisir le sens est une erreur. Elles frappent le regard d’un coup et il faut en faire une lecture globale. Ensuite seulement, l’œil sera libre de cheminer où bon lui semblera».

L’artiste (cf. l’illustration ci-dessus d’une de ses œuvres sans titre) utilise plusieurs techniques et s’empare des tons les plus variés sans jamais donner l’impression d’un fouillis. Au contraire, c’est le sentiment d’unité qui domine. Un cheminent du multiple vers l’unique. Duclou accomplit ainsi le célèbre impératif ésotérique: «Réunir ce qui est épars».

 

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Le Japonais Yukata Imaï (1945) a choisi une démarche différente, il part de l’unité pour l’approfondir. Pour Marianne Rillon, «un tableau d’Imaï donne peu à voir. Presque rien. Mais l’étonnement envahit immédiatement celui qui regarde (…) La minutie de la technique picturale, qui procède par petites touches, proscrit toute spontanéité et geste aléatoire (…) Le tumulte et la vanité du monde s’effacent tandis que s’installe le silence».

Le Plouc est aussi saisi par un aspect étonnant de l’œuvre d’Imaï présentée ci-dessus (titre; Refuge): sa sensualité. Certes, la figure fait songer à celle d’un sein. Mais ce n’est pas seulement cet aspect qui provoque la sensation charnelle, c’est l’ensemble des éléments du tableau. L’esprit et la chair ne sont pas séparés mais se fondent sans se confondre. Ils sont deux fonctions d’un seul et même mouvement cosmique

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La Montmartroise Pascale Proffit (1951) est née dans une famille vouée au théâtre. La sculptrice sait donc mettre en scène et créer des personnages issus de son imagination foisonnante et souriante. Explications de Marianne Rillon: «Chez elle, la fantaisie et la poésie dominent la figure. Extravagantes et invraisemblables, ses créatures imposent leur puissance émerveillée qui pulvérisent les conventions. Ces joyeuses gargouilles n’ont de logique que celle des rêves. Elles ont l’air de se moquer de nous comme d’elles-mêmes».

Pour le Plouc, ce Lever de soleil (ci-dessus) est une petite merveille qui dépasse le rire ou le sourire qu’elle provoque. Le Créateur ne se prend pas au sérieux. Mais alors pourquoi ses créatures n’en font elles pas autant? Elles seraient enfin libres. Car toute liberté commence par la fonte des chaînes de son ego dans la forge des éclats de rire.

 

Jean-Noël Cuénod

 

Renseignements pratiques

 

Galerie ART aujourd’hui

 La galerie est ouverte du JEUDI au DIMANCHE inclus, de 15h à 20h

8 rue Alfred Stevens - 75009 Paris

+33 (0) 1 71 37 93 51

contact@galerie-art-aujourdhui.com

 

 

 

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08/06/2013

Faut-il interdire les fachos des Jeunesses nationalistes révolutionnaires?

 

JNR-2.jpgPS: sur la Légende: sur cette photo des JNR devant la statue de Jeanne d’Arc à Paris, figure en incrustation leur devise: «Croire, combattre, obéir». C’est la traduction du célèbre slogan des fascistes italiens de l’entre-deux-guerres: «Credere, obbedire, combattere»

Le premier ministre français Jean-Marc Ayrault vient d’annoncer la dissolution prochaine des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), groupuscule fasciste. Cette déclaration tombe le même jour que la mise en examen du principal suspect, un membre des JNR, pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Il est accusé d'avoir porté les coups mortels au jeune militant antifasciste Clément Méric lors de la rixe de mercredi dernier, rue Caulaincourt à Paris. L'autopsie a démontré que la victime est morte des coups qui lui ont été infligés et non de sa chute sur le trottoir.

 

Ayrault a-t-il raison d’interdite les JNR? Appelons tout d’abord un chat, un chat. Les médias tournent autour du pot puant en parlant d’«extrême droite», d’«extrémistes» sans employer le mot qui les qualifie: fascistes. Ils se comportent comme tels, développent la même idéologie raciste et n’ont pour théorie que la force brutale.

 

Cela dit, la dissolution des JNR ne résoudra rien. Elle risque même d’aller à fin contraire. L’histoire l’a systématiquement démontré. Chaque fois qu’une ligue factieuse était dissoute, elle réapparaissait aussitôt sous une autre forme. Et chaque fois, la dissolution a rempli de venin nouveau la poche à haine des fachos. Ce qui était vrai hier, l’est encore plus aujourd’hui. Ces groupes s’organisent par le truchement des réseaux sociaux, Tweeters, Facebook, etc. et changent de dénominations. Ce sont des nébuleuses et non des partis structurés. Et on ne dissout pas une nébuleuse.

 

La dissolution des JNR donnera la trompeuse impression que le gouvernement agit, qu’«il fait quelque chose». Car en ces temps merdiatiques, l’exécutif doit toujours démontrer devant les caméras qu’«il fait quelque chose». Surtout, s’il ne fait rien.

Il en va des fachos comme des dileurs de drogue. Vous les chassez d’un lieu, ils s’organisent ailleurs mais alors, les policiers perdent leur temps à retrouver le nouveau point de fixation. Un temps perdu par la police, mais qui ne l'est pas pour les fachos. La méthode allemande qui consiste à infiltrer ces mouvements se révèle nettement plus efficace. Elle demande de l’ombre et des moyens. Or, en France, les gouvernements n’aiment pas l’une et ne possèdent pas l’autre. Il faudra tout de même bien en passer par là, car la virulence des fascistes du XXIe siècle devient un danger pour les démocraties européennes.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

 

 

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05/06/2013

Des habits neufs pour le protestantisme libéral

 La nébuleuse évangélique prend chaque jour plus d’ampleur. Dans les banlieues françaises, ses lieux de culte font concurrence aux mosquées. En Amérique latine, les évangéliques attirent un nombre toujours plus élevé de catholiques. En Afrique, en Asie, ils croissent de façon galopante.

 

Dans cette branche du protestantisme, il y a tout et son contraire: le pire et le meilleur, l’obscurantisme et la ferveur, l’intolérance et la fraternité, l’étroitesse d’esprit et l’ouverture du cœur. C’est un foisonnement qui ne s’embarrasse pas de cohérence doctrinale. Devant ce bouillonnement, le protestantisme «classique», souvent d’inspiration libérale - qui a forgé une grande partie de la culture démocratique occidentale -, se trouve démuni.

 

Les chants, la danse, les manifestations du «parler en langues» des pentecôtistes, l’expression exubérante de la foi sont observés avec ébahissement par les héritiers de la Réforme, soucieux de promouvoir le protestantisme des Lumières, fondé sur le libre examen de sa conscience, l’interprétation personnelle et raisonnée de la Bible, la répugnance envers toutes les manipulations mentales et la prudente réserve vis-à-vis des autorités spirituelles.

 

Entre les évangéliques portés par l’émotion et les réformés libéraux animés par la raison, le fossé n’est pas large, il se révèle océanique. Cette confrontation n’est d’ailleurs que la perpétuation d’un antagonisme fort ancien qui a traversé toute l’Histoire du protestantisme.

 

Dans notre société axée sur l’image et l’émotivité, il n’est point besoin d’être prophète pour deviner qui sera le gagnant de ce «bras d’esprit». Lors des cultes protestants «classiques», l’ennui règne souvent. Et ce ne sont pas les cantiques du Psautier romand qui vont réveiller les dimanches matin au temple. Or, en cette période déstabilisée et déstabilisante, froide et virtuelle, inégalitaire et anxiogène, les chrétiens sont forcément attirés par la chaleur communicative des cultes évangéliques. Ils y cherchent la puissance consolatrice qui leur fera reprendre pied.

Dès lors, le message de liberté diffusé par le protestantisme libéral risque fort de ne plus être audible. Et que vaut le plus intelligent des sermons, si aucune oreille ne lui prête attention?

 

Les réformés «classiques» doivent donc se... réformer - conformément d’ailleurs à l’un des six grands principes du protestantisme - en laissant un espace au corps, à la chaleur humaine, à l’expression vivante de la foi au cours de leurs cultes. Cet espace ne peut être ménagé que par une liturgie nouvelle.

 

Les réformés se sont toujours montrés fort réticents à «scénariser» leurs offices. Mais s’ils veulent continuer à transmettre le bel héritage de la liberté chrétienne, ils devront mettre de l’eau pétillante dans leur vin.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

L'une des plus belles figures du protestantisme libéral, le scientifique, explorateur et humaniste français Théodore Monod (1902-2000).

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03/06/2013

OUVERTURE

 

gouttedeau.jpg

Dans la goutte d’eau regarde-toi

 Tu es là

Petit dans l’infiniment petit

    Dérisoire

Mais indispensable molécule

          Tu demeures

Ignorant incertain tâtonnant

         Où vas-tu ?

Jeté dispersé éparpillé

Egaré

Tu envies le destin du saumon

       A sa source

Il remonte en toute certitude

       Clair-obscur

Tel est ton sort chercheur inquiet

        Dans ta main

Les lignes de la vie sont muettes

    Désormais

Tu liras ta chair pour voir l’esprit

 Tu feras

L’apprentissage des souterrains

 Le soleil

Parfois vient y prendre racines

          N’attends plus

Ton moment est venu maintenant

 

Jean-Noël Cuénod

 

     

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