31/05/2013

Nicolas Sarkozy, un obstacle de taille pour l’UMP

 

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Vous avez aimé le festival de fraudes et de vacheries lors de l’élection interne du président de l’UMP cet automne? Vous allez adorer la primaire de ce même parti pour désigner son candidat à la Mairie de Paris! Coups tordus, manipulations en tous genres, menaces de toutes sortes caractérisent cette campagne interne.

 

De plus, à peine le scrutin électronique était-il ouvert dès hier, que des journalistes ont pu le pirater avec une aisance déconcertante. Le grand parti de la droite française ne parvient pas à se débarrasser de ses deux démons, tripatouillage et division.

 

Pourquoi? Héritière en ligne directe des formations gaullistes, l’UMP souffre d’un mal rédhibitoire pour un parti de type bonapartiste: l’absence de chef. Aucune figure ne s’est encore imposée. Et pour cause, l’ancien patron de l’UMP fait tout pour empêcher l’émergence d’un successeur.

 

Après sa défaite à l’élection présidentielle de l’an passé, Nicolas Sarkozy devait soit abandonner la vie politique, soit prendre la tête de l’opposition en vue de la reconquête du pouvoir. Il n’a fait ni l’un ni l’autre. L’ex-président s’est retiré tout en ne se retirant pas complètement, a laissé percer sa volonté de revenir sur la scène politique, tout en ajoutant qu’il ne le ferait qu’en cas de catastrophe.

 

Bref, il frustre les militants de l’UMP de leur besoin d’être commandés. Ils ne savent s’il faut préparer le grand retour de celui qui reste leur héros ou s’il convient désormais de tourner la page pour s’investir dans une nouvelle figure dominatrice.

 

Tant que Nicolas Sarkozy ne choisit pas entre son retour ou sa retraite définitive, il reste un obstacle pour le développement de l’UMP. Sans chef, le parti de la droite est un bateau ivre livré aux remous des ambitions. Ne sachant sur quel pied danser et lassés par cette valse-hésitation, les électeurs UMP risquent fort d’être emportés par les bras musclés du Front national.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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29/05/2013

Les Bettencourt, une passion franco-suisse

 

 

Les relations entre la France et la Suisse sont d’une rare complexité. Proches par la géographie, l’histoire et même, pour partie, la langue et la culture. Eloignées quant aux modes de gouvernement, à la mentalité sociale et politique. La France ne parvient pas à se repérer dans la foisonnante diversité créée par le fédéralisme. La Suisse reste dubitative devant les «usines à gaz» fabriquées par le centralisme. La France aime le dissensus; la Suisse prône le consensus. Feux de bouche sur une rive du Foron (Pour les non-Genevois, l’étroite rivière qui sépare la Suisse de la France à Genève); robinet d’eau tiède sur l’autre rive.

 

La complexité s’accroît lorsqu’on aborde les relations spécifiques de chaque canton vis-à-vis du grand voisin. Genève - qui a été annexée et asservie par l’ogre gaulois de 1798 à 1813 – ne peut pas voir la France du même œil que le canton de Vaud – qui doit à la Révolution tricolore d’avoir été libéré du joug bernois.

 

HamelBettencourt.jpgLes rapports franco-suisses se sont donc toujours révélés aussi étroits  qu’ambigus. Les affaires politico-financières, qui secouent la France à la manière de hoquets chroniques, en administrent la preuve. Toutes ou presque passent par la Suisse. Un livre remarquable, Les Bettencourt , Derniers secrets» - rédigé par notre confrère Ian Hamel (photo) et publié à L’Archipel – en offre la confirmation sur plusieurs décennies. Il trace le parcours de cette «dynastie L’Oréal», devenue la plus grosse fortune de France, à laquelle Nestlé est intimement lié.

 

Avec le patriarche, Eugène Schueller - créateur du groupe cosmétique et militant d’extrême droite -, sa fille Liliane, qui avait épousé André Bettencourt - proche collaborateur du pater familias et ministre très transparent de l’ère gaulliste - les allers et retours entre la France et la Suisse ont la régularité du métronome. Dans leurs bagages, les secrets d’argent et de politique prennent une place considérable. Ils ne sont pas toujours déclarés en douane.

 

Aujourd’hui, cette époque évoquée par ce livre est en passe d’être révolue. Le secret bancaire suisse, objet de fascination chronique de la part des médias français, sera bientôt réduit à un paragraphe dans les manuels d’Histoire. La fraude fiscale ne sera pas effacée pour autant, mais elle alimentera d’autres paradis; les banques de tous pays sont certainement en train de s’activer en ce sens.

 

Les relations entre la France et la Suisse vont évoluer; l’évasion fiscale et les affaires de fric les avaient corrompues. Ce qu’ils perdront en charmes sulfureux et clandestins, les deux pays le gagneront en relations plus franches, plus transparentes, plus saines. Car la Suisse et la France ont besoin l’une de l’autre, sur tous les plans et dans tous les domaines. Que serait la République française sans le Genevois Rousseau et que serait la Suisse moderne sans l’Acte de Médiation de Napoléon Bonaparte?

 

 

Jean-Noël Cuénod

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27/05/2013

L’élection du Conseil fédéral par le peuple: danger usine à gaz!

 

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 Et pourquoi le peuple n’élirait-il pas le Conseil fédéral? Le Plouc serait prêt à voter cette initiative, même si elle provient de cette peu engageante grosse-moutre UDC. Mais son stylo est resté suspendu au-dessus de la case «oui» du bulletin de vote par correspondance. Et finalement, a coché la case «non». Pourquoi? Entre les deux gestes, Le Plouc a lu les explications relatives à cette votation.

 

Le problème central de cette initiative est soulevé par cette perspective qui relève du cauchemar pour nombre de Suisses: et si sept Zurichois étaient élus au gouvernement? Pour y parer, les partisans de l’initiative ont prévu un quota de deux conseillers fédéraux au moins provenant des régions francophones ou italophones. On remarque en passant qu’une notion inconnue en Suisse jusqu’alors est ainsi introduite: celle de régions linguistiques, ce qui peut à l’avenir mettre à mal les cantons.

De même, offrir au gouvernement une onction populaire  lui donnera une charge symbolique très forte, ce qui risque de renforcer son pouvoir et d’affaiblir la démocratie. A cet égard, l’exemple français devrait nous faire réfléchir.

 

Mais le diable ne se terre pas forcément dans ces détails. Il s’agite dans cette invraisemblable usine à gaz que seuls des cerveaux fumants, fumeux et fumistes ont pu concevoir. Lisez donc cette prose fluide comme un cervelas fondu et extirpée, à grand-peine, du matériel de vote.

 

Premier temps: tirons la moyenne géométrique

 

L’initiative prévoit une procédure particulière pour le cas où, au terme de la procédure ordinaire, il n’y aurait pas au moins deux représentants des régions francophones ou italophones parmi les élus: dans un tel cas, les deux sièges réservés à ces régions seraient attribués selon un mode de calcul qui se fonde sur la moyenne géométrique et qui confère ainsi un poids plus élevé aux suffrages des citoyens votant dans les régions francophones ou italophones.

 

Deuxième temps: multiplions les suffrages

 

Cette moyenne géométrique se calcule comme suit: le nombre de suffrages obtenus dans régions francophones ou italophones par un candidat domicilié dans l’une de ces régions est multiplié par le nombre de suffrages qu’il a obtenus dans l’ensemble de la Suisse.

 

Troisième temps: extrayons la racine carrée

 

On extrait alors la racine carrée du résultat de cette multiplication. Sont élus les candidats qui obtiennent les moyennes géométriques les plus élevées. Les candidats de la Suisse alémanique ou de la Suisse rhéto-romane qui ont obtenu le moins de suffrages dans la procédure ordinaire doivent alors leur céder la place, même s’ils ont obtenu la majorité nécessaire.

 

Voilà un texte qui est tout, sauf transparent et qui aboutira, en fin de compte, à délégitimer les élus latins qui auront dû leur élection aux combinaisons de la règle à calcul, bien plus qu’aux suffrages du peuple.

 

Une loi compliquée est une mauvaise loi. Une loi très compliquée est une très mauvaise loi.

 

Jean-Noël Cuénod

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25/05/2013

Le curé savoyard est Franc-Maçon? Viré!

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Connaissez-vous la «Congrégation pour la doctrine de la foi»? Jadis, elle s’intitulait Sainte Inquisition et se chargeait de torturer, puis de jeter aux bûchers les humains qui avaient la témérité de ne pas penser dans sa ligne. Avec son appellation contemporaine, elle a rangé dans ses coulisses, fagots et estrapades. Mais l’esprit est resté tel quel: intolérance, tyrannie, haine de la liberté, soif de domination, trahison du message chrétien.

 

Sa dénomination présente relève en soi du blasphème: une «Congrégation» formée d’humains s’arroge le droit illégitime d’assigner une «doctrine» à la Foi qui est un don de Dieu et ne relève que de Lui seul. Ce faisant, ces inquisiteurs modernes tentent d’enfermer Dieu dans des doctrines trop humaines pour être honnêtes et cherchent ainsi à rabaisser l’Eternel à leur niveau. Mais la Foi n’a que faire de ces doctrinaires ensoutanés. Elle vole librement d’âme en âme.

 

Le dernier coup tordu des inquisiteurs a pour victime le curé de Megève, le Père Pascal Vesin. A la demande du Vatican, l’évêque d’Annecy Yves Boivineau l’a démis de sa charge. Son crime? Le Père est aussi un Frère, car, selon Mgr Boivineau, il aurait été initié dans une Loge savoyarde du Grand Orient de France. Rome l’a sommé de choisir entre l’Eglise romaine et la Franc-Maçonnerie. Le Père Vesin a refusé ce choix qui relève du terrorisme moral et porte atteinte à ce qui constitue notre qualité d’être humain, la liberté de conscience.

 

Pour expliquer la décision vaticane, l’évêque Boivineau prétend qu’il y a «incompatibilité entre les principes de la Franc-Maçonnerie et ceux de la foi chrétienne». Mensonges! Que construisaient les Maçons opératifs de jadis? Des Cathédrales. Qui a rédigé la Constitution fondatrice de la Franc-Maçonnerie moderne? Deux pasteurs qui ont voué leur vie à diffuser la Parole du Christ, Jean-Théophile Désaguliers et James Anderson. D’ailleurs, ils proscrivaient l’entrée en Maçonnerie des «athées stupides » et des « libertins irréligieux». Nombre d’hommes d’Eglises ont figuré, figurent et figureront au sein des Loges.

 

La Franc-Maçonnerie – et particulièrement le Grand Orient de France – prône la liberté absolue de conscience. En quoi ce principe interdirait-il l’entrée des Temples maçonniques aux chrétiens? Au contraire. Cette liberté de conscience fait partie du message chrétien: C'est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude (Epître aux Galates 5. I.

L’un des rites de la Franc-Maçonnerie, celui du Régime Ecossais Rectifié, puise directement aux sources du christianisme. Et dans les nombreux autres rites maçonniques, les références judéo-chrétiennes foisonnent; aucun d’entre eux ne contrevient aux principes du christianisme énoncés, non pas par les illégitimes officines romaines, mais par les Evangiles, le seul guide fiable des chrétiens.

 Alors, la machine papiste peut bien mouliner ses bulles sectaires, devant la Bible, elles ne sont que gribouillis infâmes.

 Le Plouc a croisé, il y a quelques années le Père Vesin. C’est un bel homme de Dieu qui, dans ses montagnes, a su donner des ailes à la Parole. Nous lui dédions cet extrait de la Profession de Foi du vicaire savoyard de Jean-Jacques Rousseau.

 Pénétré de mon insuffisance, je ne raisonnerai jamais sur la nature de Dieu, que je n’y sois forcé par le sentiment de ses rapports avec moi. Ces raisonnements sont toujours téméraires, un homme sage ne doit s’y livrer qu’en tremblant, et sûr qu’il n’est pas fait pour les approfondir: car ce qu’il y a de plus injurieux à la Divinité n’est pas de n’y point penser, mais d’en mal penser.

 

Jean-Noël Cuénod

24/05/2013

Georges Moustaki, éternel métèque, tire sa révérence

La poésie en chanson porte le deuil de Georges Moustaki, décédé, mercredi à Nice, d’une affection des bronches. Il venait de fêter ses 79 ans. Depuis plusieurs mois, les habitués de l’île Saint-Louis, au cœur de Paris, ne le côtoyaient plus dans les rues ou chez le glacier Berthillon. Il avait choisi le climat de la Côte d’Azur pour apaiser les symptômes de sa maladie pulmonaire qu’il savait irréversible.

Georges Moustaki a tiré sa révérence en enregistrant, avec la chanteuse franco-israélienne Orlika, ce titre éloquent: « Il est trop tard », qui est sorti en disque au mois de mars.

Sa passion pour les voyages et sa faculté de s’adapter à des styles de musique de toutes provenances ont pour source Alexandrie, où il est né le 3 mai 1934. A cette époque, la ville égyptienne est la quintessence du cosmopolitisme. Dans ce chaudron grouillent les cultures juives, musulmanes, chrétiennes, italiennes, arabes, turques, arméniennes, maltaises britanniques et françaises. De son vrai nom Youssef Mustacchi, le futur chanteur est le fils d’un couple grec de religion juive. Son père Nessim parle cinq langues et sa mère Sarah, six. Ils inscrivent Youssef à l’Ecole française d’Alexandrie, qui l’initie à notre culture.

Les succès de Charles Trenet l’éblouissent. Alors qu’il a 13 ans, sa mère l’accompagne au tour de chant d’Edith Piaf, dont il deviendra le fugitif compagnon onze ans plus tard.

Bedos, Brassens…

La tête pleine de chansons françaises, Moustaki s’installe à Paris dès 1951, où son beau-frère le poète Jean-Pierre Rosnay l’embarque dans son groupe, le JAR (Jeunes auteurs réunis), dont les membres s’appellent par dérision les «jarivistes». Parmi eux figure Guy Bedos. Peu après, Georges Brassens les rejoint. Convaincu par les premières chansons de Moustaki, il devient son mentor. Youssef abandonne son prénom pour choisir celui de Georges, en hommage à son modèle et soutien.

Vendeur de livres de poésie au porte-à-porte — une nourriture plus spirituelle que calorique —, chanteur de rue et de terrasse, Georges Moustaki devient pianiste de bar, activité qui lui permet de pousser parfois sa propre chansonnette. Il parvient à se faire engager dans les cabarets parisiens des années 50, lieux d’éclosion des plus grands talents de la poésie chantée. Il enrichit son répertoire qu’il propose à des vedettes comme Henri Salvador, et collabore avec le sublime guitariste Henri Crolla. Après son mariage avec la seule femme que ce séducteur a épousée, Moustaki devient en 1954 père de Pia, qui choisira, elle aussi, de faire carrière dans la chanson.

Intense rencontre avec Piaf

Sa rencontre, grâce à Crolla, avec Edith Piaf en 1958 va bouleverser sa vie. La liaison de Georges Moustaki avec ce volcan à la voix d’or ne tiendra qu’une année mais elle lui a semblé «avoir duré dix ans», avouera-t-il plus tard, tant la vie avec la Piaf est trépidante. Il compose pour elle les paroles de l’un des plus grands succès de la star,Milord.

Malgré quelques essais discographiques comme interprète, Georges Moustaki, au début des années 60, est surtout apprécié en tant qu’auteur et compositeur. L’acteur devenu chanteur Serge Reggiani lui doit ses meilleurs tubes. En tout, Moustaki a écrit 300 titres pour Yves Montand, Juliette Gréco, Barbara… Ce travailleur aura l’élégance de paraître paresseux.

Le métèque sort de l’ombre

Georges Moustaki connaît la gloire en tant qu’auteur-compositeur-interprète en 1969, avecLe métèque. Sa voix sourde et lumineuse à la fois, solaire mais voilée de brume marine séduit enfin. Surtout, la chanson correspond à l’air du temps — celui de Mai 68, auquel Moustaki participe avec enthousiasme — en évoquant un monde sans borne, fait de liberté pour chacun et de pain pour tous. Un engagement qui dure, puisque l’an passé, ce doux révolutionnaire appelle à voter Philippe Poutou, le candidat trotskiste du NPA, à l’élection présidentielle. Le voilà un an après qui part ailleurs avec sa guitare.

Jean-Noël Cuénod

Ecoutons-le

Je vous chante ma nostalgie

Ne riez pas si je rougis

Mes souvenirs n’ont pas vieilli

J’ai toujours le mal du pays

Alexandrie.  

Dir’ qu´il faudra mourir encor

Moi qui suis souvent déjà mort

Oui, mort d´amour et de plaisir

De quoi pourrais-je mieux mourir?

 

ESPACE VIDEO

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22/05/2013

Tactiques parallèles de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont en commun la véhémence. Aujourd’hui, c’est ainsi que l’on fait de la politique en France et aussi ailleurs, à ouïr nos «grandes gueules» de l’UDC en Suisse et du MCG à Genève. Il est vrai que vociférer des imprécations est un exercice nettement moins épuisant pour les cervelles politiciennes que de réfléchir à une situation sociale et économique diablement compliquée par la société globalisée.

 

Les deux figures françaises des extrêmes de droite et de gauche partagent une autre similitude: elles déploient la même tactique vis-à-vis de leurs grands voisins idéologiques. Leurs objectifs sont parallèles: Marine Le Pen cherche à démolir l’UMP et Jean-Luc Mélenchon veut en faire de même à l’égard du Parti socialiste. S’ils lancent leurs assauts maintenant, c’est que la calamiteuse situation des deux formations de gouvernement les y engage.

 

L’UMP paraît plus divisée que jamais. La récente réconciliation entre François Fillon et Jean-François Copé n’est que de façade. Leurs dévorantes ambitions sont trop concurrentes pour qu’une véritable entente intervienne. A ce conflit s’ajoute une myriade d’autres qui opposent entre eux les seconds couteaux (habiles à se planter dans le dos du voisin). Mais le mal qui ronge l’UMP ne se résume pas qu’à ces fumantes et fumeuses batailles d’ego boursouflés. L’aile droite de cette «Union», qui ne mérite pas son nom, partage bien plus de convictions avec le Front national qu’avec son aile modérée que rien ne sépare des centristes de l’UDI fondée par Jean-Louis Borloo.

 

Cette configuration permet à Marine Le Pen de jouer sur du velours. Avec son mouvement «Bleu marine», elle a créé un sas pour les membres de l’UMP que l’étiquette Front national gênerait encore.

 

L’autre parti de gouvernement, le PS, ne se porte guère mieux. Les socialistes se montrent eux aussi divisés entre sociaux-libéraux et aile gauche. Les uns veulent assouplir le Code du travail et faire avaler d’amères pilules à leur électorat des classes moyennes. Les autres rêvent d’une participation active et centrale de l’Etat dans la réindustrialisation. Plus le temps passe, plus ces divergences s’exacerbent.

 

Le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon attise donc les contradictions internes du PS afin de provoquer une rupture radicale entre les deux grandes tendances qui se déchirent jusqu’au sein du gouvernement. Une partie des troupes du PS serait alors aimantée vers Mélenchon qui se verrait bien en soleil autour duquel graviteraient les communistes, les divers mouvements gauchistes, les socialistes de gauche, sans oublier les Verts.

 

Si les scénarios des deux Fronts se réalisaient, la France aurait pour figures politiques dominantes Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il faudrait alors débaptiser aussitôt la place de la Concorde*.

 

Jean-Noël Cuénod

 

*Voir la vidéo

ESPACE VIDEO

 

 

 

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20/05/2013

AU FIL DES PLUIES

 

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Aigle au ventre d’or

Que les parfums portent

Au-dessus des herbes

Scrute la montagne

Et ses doux replis

Tu y trouveras

Le songe des femmes

Qui s’accroche aux rocs

Pour donner leur chance

Aux hommes des plaines

Aveugles errants

 

Aigle au ventre d’or

Contemple le songe

Ne l’emporte pas

Dans ton bec solaire

Ne l’agrippe pas

Dans tes serres sanglantes

Laisse-le aux hommes

Qui le recevront

Au fil des pluies

Et un jour peut-être

Ils le comprendront 

 

Jean-Noël Cuénod

Crédit photo: www.oiseaux.net

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18/05/2013

La loi sur le mariage gay est validée: de quoi se mêle l'Eglise catholique?

La loi sur le mariage homosexuel est inscrite dans le droit. Elle a passé les filtres du parlement et du Conseil constitutionnel. Pourtant, par la voix du cardinal Barbarin  - archevêque de Lyon et à ce titre primat des Gaules -, l’Eglise dite catholique(1)  poursuit le combat: «Je pense que cette loi provoquera plus de trouble. Si elle passe, c’est évident que je continuerai ma mission», a-t-il déclaré vendredi devant les caméras d’Orange-Le Figaro (cf. l'intégralité de son intervention où il aborde d'autres sujets dans ESPACE VIDEO).

 

Que l’Eglise romaine fasse entendre sa voix pendant le débat qui a précédé l’adoption de ce texte, qu’elle organise des manifs à grande échelle pour s’y opposer, c’est dans l’ordre des choses démocratiques. Mais qu’elle maintienne ses consignes de bataille, alors que le mariage gay est devenu, en toute légalité, une loi de la République, cette Eglise sort de son rôle et dévoile ce qui constitue, de tout temps, sa véritable nature: une institution de domination qui prend en otage la sublime figure du Christ pour cacher ses desseins trop humains.

 

De quoi se mêle-t-elle, cette Eglise? La République ne cherche pas à lui imposer de consacrer religieusement une union entre personnes de même sexe. Si tel avait été le cas, l’institution aurait, à bon droit, protesté en brandissant la Loi de 1905 qui sépare en France Etat et religions. Maintenant que le «mariage pour tous» est devenu réalité juridique, qu’elle respecte, à son tour, cette séparation. On ne saurait s’en prévaloir lorsqu’elle nous arrange et en faire fi lorsqu’elle nous dérange.

 

En poursuivant son combat, que cherche-t-elle? A changer la loi? Tous ses recours sont épuisés. A entrer dans le jeu politique pour que, chassant la gauche du pouvoir, la droite abroge le mariage gay? Tout d’abord, il n’est guère probable qu’en cas d’alternance, la droite se lance dans une telle mesure qui tiendrait du casse-tête juridique. Ensuite, l’Eglise romaine ne pourrait plus prétendre se situer au-dessus de la mêlée. Elle y entrerait au beau milieu. Et foi d’ancien pilier de rugby, dans une mêlée, on prend beaucoup de coups! De ce mauvais combat, le catholicisme en sortirait encore plus cabossé qu’il ne l’est. 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

(1)    Selon l’étymologie grecque, «catholique» signifie «universel». Or, l’Eglise qui se prétend telle n’est qu’une branche, parmi d’autres, du christianisme, ni plus ni moins. Elle ne saurait donc prétendre à l’universalité. En tant que chrétien, je n’accepte pas qu’une institution qui doit plus à César qu’à Dieu veuille parler en mon nom.

 

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15/05/2013

Emeute du PSG : le foot parisien entre Qatar et Clignancourt

 

PSG.jpgLe football occupe à Paris une place étrange. Dimanche passé, lorsque le Paris Saint-Germain (PSG) a conquis son titre de champion de France – ce qui n’était plus arrivé depuis dix-neuf ans –, les rues populaires du XIIIe arrondissement ne vibraient d’aucune ferveur particulière. Elles frissonnaient plutôt sous l’effet d’un printemps glacial. On imagine sans peine l’explosion de joie qui aurait parcouru tout Marseille, des quartiers Nord au Vieux-Port, si l’OM avait remporté le championnat.

 

Le lendemain soir, c’est une mau- vaise fièvre qui a saisi Paris, et plus particulièrement le Trocadéro. L’équipe du PSG devait y recevoir son trophée et, loin de la liesse, c’est l’émeute qui a éclaté dans ces beaux quartiers. Passons sur la nauséabonde récupération politique des événements par l’UMP et la pitoyable transformation de bedonnants conservateurs en agitateurs «djeunes» qui tapent sur le gouvernement en épargnant les casseurs. Il est vrai qu’on prend moins de coups à ce petit jeu de massacre.

 

Le plus intéressant réside dans la provenance sociale et géographique des émeutiers. L’un d’entre eux, au micro de France-Info, met cartes sur table: «On est venu fêter la victoire des Clignancourt. C’est un prétexte, en fait. C’est un prétexte pour faire la guerre sur les Champs (ndlr: les Champs-Elysées). On va tout casser. On s’en fout du foot.» Pourquoi cette allusion à Clignancourt? Il s’agit de l’un des derniers quartiers parisiens restés populaires.

 

L’émeute exprimerait-elle la rage du peuple «d’en bas» contre les «bobos», cette nouvelle classe des bourgeois bohèmes mondialisés qui tient désormais le haut du pavé (et bientôt tous les pavés) à Paris? Il faut se garder des apparences et des conclusions hâtives. Après tout, parmi les casseurs, il y avait aussi des jeunes gens bien coiffés et à la mise onéreuse qui sont gentiment rentrés chez papa-maman à Neuilly après s’être défoulés avec la «racaille». Toutefois, on ne saurait écarter l’aspect social de cette revanche de Clignancourt sur le Trocadéro.

 

De création récente (il a été fondé en 1970), le PSG reste un club hors-sol, contrairement à l’Olympique de Marseille qui soude sa ville depuis 1899. Son rachat par le fonds souverain du Qatar a encore accentué cet aspect. Le club parisien constitue un élément parmi d’autres dans le marketing de ce petit émirat qui voit grand, comme l’explique magistralement un livre qui vient d’être publié chez Fayard, Le vilain petit Qatar, de Jacques- Marie Bourget et Nicolas Beau.

 

C’est ainsi que le club de la capitale française est devenu le panneau publicitaire d’un émirat proche-oriental qui soutient à la fois les Frères musulmans et le Credit Suisse (le fonds souverain du Qatar en est l’un des principaux actionnaires). On appelle ça «mondialisation». Et, pour reprendre l’expression locale, Clignancourt «n’en a rien à battre», d’une telle équipe.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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L'interview des "Clignancourt" sur France-Info

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11/05/2013

Esclavage: Comment réparer l’irréparable?

 

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Comment indemniser les descendants d’esclaves? Comment réparer l’irréparable? Ces questions ont surgi, hier, en France, à l’occasion de la Journée nationale consacrée à la mémoire de l’esclavage et son abolition. La tendance impulsée par les Etats-Unis à saisir la justice comme lieu de réparation des injustices historiques a ses limites. Avec le génocide, l’esclavagisme est l’un des pires crimes que l’humain puisse commettre contre ses semblables. Dès lors, aucun arrêt de Cour ne saurait servir à l’horreur d’attestation de solde pour tout compte.

La justice n’est pas un substitut à l’action politique et à l’enseignement historique; toutefois, elle est capable de tenir son rôle lorsque les crimes de masse ont été commis à une époque point trop reculée. Les responsabilités peuvent encore être établies et les faits mis au jour; les témoins ou leurs descendants directs sont encore vivants.

Mais il existe un certain niveau de dilution dans le temps qui rend l’action en justice inopérante. Imaginerait-on les descendants suisses des huguenots réclamer des indemnités à la France? Dans le cas de l’esclavage, cette responsabilité se révèle particulièrement diluée. La traite humaine n’a pas été le fait que de la France, de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis. Toutes les nations ont participé à cette économie de l’esclavagisme, en Europe mais aussi en Asie, aux Amériques, dans le monde musulman. Dès lors, rechercher des responsabilités, au sens juridique du terme, ne ferait qu’ouvrir la boîte de Pandore des haines réciproques.

Vouloir réparer l’irréparable, c’est se donner bonne conscience pour éviter de réparer ce qui peut l’être ici et maintenant, en menant une politique active contre les discriminations à l’embauche et en contrant systématiquement la propagande de l’extrême droite.

Jean-Noël Cuénod

 

NB :

L’illustration en tête du texte est tirée de ce site : http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/servitude.htm

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Le président François Hollande célèbre la Journée du 10 mai au Jardin du Luxembourg et explique sa position sur l'indemnisation par la France des victimes de l'esclavage (FranceTV Info).

 

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09/05/2013

Trois grands créateurs à la force fragile exposent à la Galerie Art Aujourd’hui

 

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Uppercut, direct du gauche, crochet au foie. Pour sa deuxième exposition, la nouvelle galerie parisienne Art Aujourd’hui – sise 8 rue Alfred-Stevens, à un jet de porte-jarretelles de Pigalle – fait fort. Les trois artistes que Marianne Rillon et son équipe exposeront de samedi 11 mai à dimanche 9 juin ne sont pas du genre guimauve. Ils plongent à pleines mains dans le bouillon fangeux de notre époque pour en retirer des pépites et en exprimer l’essence débarrassée de sa gangue. Formeraient-ils le gang de la gangue? Petite présentation des trois suspects.

 

Les lecteurs du Plouc connaissent l’impressionnant peintre-sculpteur Bernard Thomas-Roudeix (1) qui vit à Paris. Il fait partie des trois artistes exposés (illustration ci-dessus: "L'élégance du fumeur"). Il va toujours plus loin dans son art défiguratif qui procède de ce «lent et raisonné dérèglement des sens» préconisé par Rimbaud, indispensable préparation à l’«état de poésie» décrit par Georges Haldas. Il s’empare du réel apparent pour le fouailler jusqu’aux entrailles et mettre au jour sa mécanique secrète. L’humour, le grotesque sont les armes de la révolte qui sourd chez Thomas-Roudeix comme un fleuve profond. Chez ses personnages, l’animal reste proche et surgit dès que l’homme social baisse sa garde. A cette rusticité dans l’expression, répond l’apparence lisse de la céramique émaillée, technique que Bernard Thomas-Roudeix maîtrise d’alchimique façon. Le lisse et le rugueux ne s’annulent pas mais, au contraire, s’interpénètrent dans les méandres des membres, organes, lianes, ossements qui font de chaque sculpture un corps étrange et familier.

 

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Le peintre Bernard Le Nen (illustration: "Le Dessin") palpite au cœur des Cévennes. Il en retire des personnages aussi inquiétants que vous-mêmes. Et si vous les trouvez tordus, c’est que vous l’êtes aussi. Car, Le Nen peint les miroirs de votre enfance qui renvoie comme reflet votre mufle d’adulte. Réfléchissez un peu aux miroirs, cela vous changerait un peu! Les créatures du peintre prennent possession. De vous. Des autres. Des paysages. De la terre. Du ciel. Ils s’insinuent en vous et ne lâchent plus votre gorge. La peinture de Bernard Le Nen vous transforme. En monstre? Mais vous l’êtes déjà! Au contraire, monstre, vous le serez moins qu’avant. Le Nen fait de la dé-monstration.

 

Hermle_Réseau retabli, 81x65cm, 2012 HD  .jpg

Artiste d’origine allemande, devenu Français et vivant à Paris, Jörg Hermle prend, lui aussi, l’homme à témoin (illustration: "Réseau rétabli"). A témoin de ses propres vices, de sa cupidité rapace, de son égoïsme foncier. Partant de ce monde incohérent, Hermle reconstruit la cohérence dans ses œuvres. Il réunit ce qui, en l’homme, est épars. Si vous leur prêtez longue attention, ses personnages perdront, petit à petit, leurs traits grotesques et simiesques. Sous la croûte de veulerie, la chair aimante apparaîtra. C’est aussi cela, la dé-figuration: rendre à la figure son éternelle fraîcheur.

 

Le point commun qui relie les trois membres du gang de la gangue? La force fragile. Force de la vie, fragilité de l’homme.

 

Jean-Noël Cuénod

 

(1)    Bernard Thomas-Roudeix a illustré les pages intérieures d’un mien bouquin : « Quinquennat d’un plouc chez les Bobos » (Editions Slatkine)

 

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

 

Galerie Art-Aujourd’hui, 8 rue Alfred-Stevens, 75009 Paris Tél +33 1 71 37 93 51, Métro Pigalle, ouverte du jeudi au dimanche de 15 h. à 21 h. ou sur rendez-vous, site : www.galerie-art-aujourdhui.com

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08/05/2013

Un an de France hollandaise (2): comment le président "normal" est-il devenu "anormalement" impopulaire?

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Une pluie battante a baptisé le quinquennat de François Hollande. Un an plus tard, l’avalanche des mauvaises nouvelles tombe sur ses épaules. Il est devenu le président français le plus impopulaire de la Ve République après douze mois de pouvoir, battant même son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

 

Le sondage (CSA) le plus calamiteux est intervenu lundi dernier. Si l’élection présidentielle se tenait maintenant, François Hollande subirait le même sort que Lionel Jospin en 2002: il ne passerait pas le premier tour et serait battu par Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. Certes, sondage n’est pas suffrage mais cette succession de revers ne peut qu’affaiblir l’autorité présidentielle.

 

Cela dit, cette impopularité était programmée, même si son ampleur a de quoi étonner. En effet, François Hollande doit moins son élection à l’adhésion des électeurs à son projet et à sa personne qu’au rejet dont le président sortant Sarkozy était l’objet. Au printemps 2012, les Français ont voté «contre» un candidat et non pas «pour» son adversaire. D’ailleurs, le score du second tour (51,64% — 48,36%) s’est révélé plus serré que ne l’avaient prédit les sondages. Dès lors, les électeurs n’ont accordé aucun état de grâce au nouveau président. Tous les éléments négatifs - hausse vertigineuse du chômage, baisse du pouvoir d’achat, désindustrialisation massive - ont été portés à sa charge. L’argument socialiste de l’«héritage déplorable» laissé par la droite jusqu’alors aux commandes du pays, n’a pas convaincu.

 

A cette impopularité incendiaire, l’affaire Cahuzac a ajouté un baril d’essence. Et le cortège des autres dossiers politico-financiers a jeté la «République exemplaire» voulue par François Hollande dans la fosse commune des promesses non tenues. Toutefois, si un jour le chômage décroît, il y a fort à parier que les scandales seront oubliés.

 

A tous ces maux, s’ajoute une incertitude: les Français ne savent toujours pas à quel président ils ont affaire.

 Serait-ce l’homme des reculades qui accepte l’austère pacte budgétaire européen après en avoir souligné les périls majeurs pour la croissance?

L’instituteur débordé par les cancres en laissant ses ministres clamer tout et son contraire dès qu’un micro leur passe sous le nez?

Le prestidigitateur qui s’emmêle dans ses finesses en tentant vainement de sauver les hauts fourneaux de Florange?

 Le chef de guerre qui a sauvé le Mali du désastre islamiste par ses promptes et fermes décisions?

 Le négociateur qui a réussi à réformer en partie l’emploi grâce au dialogue social, ce qui n’est pas un mince exploit en France?

 

Ces aspects opposés de son action empêchent de distinguer le cap que le président Hollande compte faire prendre à son pays. Cette image est d’autant plus troublée qu’il avait axé sa campagne sur la volonté de «rassembler les citoyens» pour devenir un président «normal». Or, la France paraît plus divisée que jamais, non seulement sur le mariage gay mais aussi à propos de l’Europe, des choix économiques et sociaux.

 

On a supposé un peu vite que Nicolas Sarkozy était le principal acteur de cette culture de la discorde. En fait, les Français n’ont besoin de personne pour sombrer en de stériles querelles internes.

 

Jean-Noël Cuénod

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06/05/2013

Un an de France hollandaise : la Ve République est hors d’usage

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L’uniforme du général de Gaulle n’est plus adapté aux modestes mesures de ses successeurs les plus récents (dessin: Acé) . En cinq ans, Nicolas Sarkozy n’était pas parvenu à entrer dans ce costume taillé pour un homme hors du commun à l’occasion d’une situation historique exceptionnelle, la guerre d’Algérie et la décolonisation.

 

Aujourd’hui, c’est François Hollande qui se noie dans les oripeaux de la Ve République, après un an d’exercice présidentiel.

 

Dans aucune autre démocratie, le chef de l’Etat ne détient autant de pouvoirs qu’en France. Même le président de la superpuissance américaine doit composer avec son Congrès qui se montre souvent rétif, voire hostile. François Hollande, lui, est maître de son parlement et de son gouvernement. Une partie essentielle de la justice - les Parquets - est hiérarchiquement soumise à son ministre de la Justice, autant dire à lui-même. Paradoxe apparent, cette hypertrophie aboutit à la paralysie. Dès qu’un phénomène est poussé à l’exagération, il dégénère en son contraire. Trop de pouvoirs entraînent l’impotence.

 

Le président français étant responsable de tous et comptable de tout, il devient l’unique cible vers laquelle convergent toutes les flèches. Et son propre camp n’est pas le moins prompt à décocher ses traits. Le peuple n’a donc nul besoin de se sentir responsable de son destin puisqu’il dispose d’une tête de Turc à trancher tous les cinq ans. Il peut même actionner chaque jour ou presque sa guillotine virtuelle, les sondages se chargeant d’en aiguiser la lame.Dès lors, n’osant plus entreprendre de réformes fondamentales, le président se réfugie derrière les écrans de fumée de la politique communicante.

 

La Ve République est devenue un fardeau pour la France, un fardeau qui l’empêche de se montrer réactive dans la tourmente de la mondialisation. Certes, changer de République est un processus qui réclame du temps et de la concertation. Mais autant ne pas trop tarder à l’amorcer.

 

Jean-Noël Cuénod

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03/05/2013

Le 1er Mai parisien le plus déprimant du Plouc

muguet_fane.jpg Un brin de muguet fané à la boutonnière, Le Plouc a donc traîné ses bottes dans tout Paris en ce 1er Mai. Le plus sinistre de toute sa longue carrière. Le moins enthousiasmant. Le plus déprimant. Le moins roboratif. Le plus gris. Le moins ensoleillé. Et surtout, le plus éclaté. Terminé, le grand défilé unitaire des syndicats qui drainait les foules dans la fumée des merguez grillées.

 

Certes, Force Ouvrière a toujours fait défilé à part en célébrant les fusillés de la Commune (1871) au Mur des Fédérés. Mais enfin, la plus grande partie du monde ouvrier battait le pavé de Paris, toutes tendances confondues.

Cette année, FO n’est plus la seule à faire bande à part. La CFDT et les autres syndicats réformistes s’expatrient dans la banlieue de Reims pour bien souligner leur refus de participer au cortège parisien de la CGT et de ses alliés qui accomplit le classique parcours révolutionnaire Bastille-Nation.

 

Pourquoi cette bouderie de la CFDT? Pour troquer le beaujolpif contre du champagne? Ou alors, le nouveau patron cédétiste, Laurent Berger, a-t-il voulu s’y faire sacrer, avec onction de Saint Chrême et de Sainte Ampoule, comme un vulgaire Roi de France? La réalité est moins pétillante et plus prosaïque. La CFDT et les autonomes ont signé avec le patronat le pacte de compétitivité voulu par le président Hollande, alors que la CGT, SUD, Solidaires et d’autres le rejettent en criant à la trahison de classe. Des militants de la CGT ont donc brûlé un drapeau de la CFDT, traitée de «collabo» des patrons. D’où la colère du bon Berger et de son troupeau.

 

Bien d’autres 1er Mai se sont déroulés à Paris. A l’Opéra, par exemple, avec celui du clan Le Pen et sa trinité blonde: le grand-père Jean-Marie, la fille Marine et la petite-fille Marion, la députée. Sous l’impulsion de la patronne du Front national, les fachos sont tenus à l’écart. Pas question de vendre des fanzines racistes ou de distribuer des tracts antisémites. Mais chez ces gens-là, le naturel revient au trot et au galop. Dès que Marine Le Pen sent du mou dans l’assistance – moins nombreuse que l’an passé (3000 au lieu de 10 000 personnes) – hop, elle entonne le couplet sur l’immigration. Le succès est garanti. Même Sarkozy et Hollande sont moins hués. Un slogan fuse: «Du PQ pour les sans-papiers!» Dans les rangs, les blagues racistes se répandent avant d’être réprimées: chut, il faut écouter la cheffe!

 

De l’autre côté de la Seine, à la Fontaine Saint-Michel, les «antifa» manifestent contre le Front national. On retraverse la Seine, vers la Bastille, les climato-complotistes défilent contre la «géoingénierie». Retour rive gauche, pour léviter avec les raéliens, partisans du «paradisme qui annonce la fin du travail». Le Plouc craint fort que cette fin soit déjà décrétée par l’«enférisme» de la finance sauvage.

 

Quant au Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, il n’a guère figuré dans le cortège le plus proche de son idéologie, celui de la CGT, assez peu fourni lui aussi. Toutes les forces mélenchonienne sont mobilisées par la grande manif de la gauche anti-Hollande, dimanche 5 mai. Voilà qui est bien plus important que de participer à un traditionnel défilé syndical.

 

Et nous passons sur les autres micro-défilés. Chacun a donc fait son petit 1er Mai rien qu’à lui, dans son coin, en cultivant un frileux entre-soi. Jambon-beurre chez les frontistes. Brochette hallal chez les cégétistes. Voilà le 1er Mai 2013 : indigeste et pluvieux. Plus vieux, surtout.

 

Jean-Noël Cuénod

16:46 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : france, paris, politique | |  Facebook | | |

02/05/2013

Quand les juges français font le mur

 

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Les médias parisiens grimpent au mur depuis qu’ils ont découvert celui que le Syndicat de la magistrature réservait - selon sa propre terminologie - «aux cons» (cf. le dessin de l'excellent Acé). Pour cette organisation de gauche minoritaire au sein des magistrats français, il s’agissait d’épingler dans son local le portrait de tous ceux, politiciens ou autres, qu’elle rangeait sous cette vaste étiquette.

 

Même si elle a pris un tour outrageusement disproportionné, cette anecdote met en lumière les relations perverses et hypocrites qui se nouent entre justice et politique.

 

En France, le magistrat de l’ordre judiciaire est nommé par le Conseil supérieur de la magistrature, sur proposition du ministre de la Justice. Pour les postes les plus élevés (Cour de cassation, premier président de Cour d’appel, président de Tribunal de grande instance), c’est le chef de l’Etat qui les désigne, sur proposition du Conseil supérieur. Celui-ci est formé de magistrats élus par leurs pairs et de personnalités extérieures nommées par diverses instances publiques.

 

Théoriquement, l’appartenance politique ne doit tenir aucun rôle dans la nomination des magistrats et les partis sont bannis de ce processus. Le juge doit être vierge de toute appartenance partisane. L’article 10 de l’ordonnance définissant leur statut interdit aux magistrats, «toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions».

 

Le contraste avec la Suisse est saisissant. Dans le canton de Vaud, les juges sont élus par le Grand Conseil sur proposition de partis. A Genève, c’est le corps électoral qui les désigne, en fonction de listes politiques. De même, les juges fédéraux sont choisis par les deux chambres du parlement; leur appartenance politique figure sur le site du Tribunal fédéral.

 

En France, le juge est considéré comme une entité hors-sol, une sorte d’être éthéré qui, grâce à l’ampleur de sa robe bordée d’hermine, plane au-dessus des vicissitudes humaines. Instillée par le gaullisme, la méfiance française vis-à-vis des partis politiques a renforcé cette pudibonderie de l’appartenance partisane.

 

Or, juger est un acte éminemment politique, puisqu’il relève de l’organisation de la cité. On attend du juge qu’il se montre impartial mais sans être désincarné. Un juge qui n’aurait pas d’idées politiques serait même dangereux dans la mesure où il montrerait ainsi son incapacité à porter un… jugement sur la société qui l’entoure. Un magistrat digne de ce nom a donc forcément des opinions politiques. Autant que les citoyens les connaissent.

 

 Cette transparence l’induit d’ailleurs à prendre garde que ses choix personnels publiquement assumés n’envahissent pas sa faculté de juger. L’exemple français de ce «mur des cons» nous démontre que, chassée du monde des juges, la politique revient en prenant des formes à la fois malsaines et ridicules.

 

Jean-Noël Cuénod

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