11/05/2013

Esclavage: Comment réparer l’irréparable?

 

servitude.jpg

Comment indemniser les descendants d’esclaves? Comment réparer l’irréparable? Ces questions ont surgi, hier, en France, à l’occasion de la Journée nationale consacrée à la mémoire de l’esclavage et son abolition. La tendance impulsée par les Etats-Unis à saisir la justice comme lieu de réparation des injustices historiques a ses limites. Avec le génocide, l’esclavagisme est l’un des pires crimes que l’humain puisse commettre contre ses semblables. Dès lors, aucun arrêt de Cour ne saurait servir à l’horreur d’attestation de solde pour tout compte.

La justice n’est pas un substitut à l’action politique et à l’enseignement historique; toutefois, elle est capable de tenir son rôle lorsque les crimes de masse ont été commis à une époque point trop reculée. Les responsabilités peuvent encore être établies et les faits mis au jour; les témoins ou leurs descendants directs sont encore vivants.

Mais il existe un certain niveau de dilution dans le temps qui rend l’action en justice inopérante. Imaginerait-on les descendants suisses des huguenots réclamer des indemnités à la France? Dans le cas de l’esclavage, cette responsabilité se révèle particulièrement diluée. La traite humaine n’a pas été le fait que de la France, de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis. Toutes les nations ont participé à cette économie de l’esclavagisme, en Europe mais aussi en Asie, aux Amériques, dans le monde musulman. Dès lors, rechercher des responsabilités, au sens juridique du terme, ne ferait qu’ouvrir la boîte de Pandore des haines réciproques.

Vouloir réparer l’irréparable, c’est se donner bonne conscience pour éviter de réparer ce qui peut l’être ici et maintenant, en menant une politique active contre les discriminations à l’embauche et en contrant systématiquement la propagande de l’extrême droite.

Jean-Noël Cuénod

 

NB :

L’illustration en tête du texte est tirée de ce site : http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/servitude.htm

ESPACE VIDEO

Le président François Hollande célèbre la Journée du 10 mai au Jardin du Luxembourg et explique sa position sur l'indemnisation par la France des victimes de l'esclavage (FranceTV Info).

 

14:31 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : françois hollande, esclavage, justice, indemnisation | |  Facebook | | |

Commentaires

Et si pour commencer on essayait d'éradiquer l'esclavage moderne qui emprunte encore et toujours de multiples formes?

Écrit par : Johann | 12/05/2013

Au risque d'être cru il me semble qu'en ce qui concerne la traite d'être humains, on oublie trop qu'elle n'a été possible que parce que des chefs de tribus y ont trouvé leur compte, s'en sont enrichi. Et pourtant cet aspect de la question n'est jamais posé dans l'équation. Aimé Cezaire avait raison, cette question ne peut pas être réglée et l'une des composantes de l'équation, il le savait, est, précisément celle des africains qui ont vendus leurs frères.

La meilleur façon de compenser cette infamie, puisque réparer n'est pas pensable, est de financer des programmes sur place qui permettent aux descendants d'être bien sur leur terre.

Au lieu de cela on continue une politique de France-Afrique sous d'autres formes plus civilisées. Surtout on laisse la Chine prendre le relai et venir s'enrichir avec le même truc des pacotilles auquel la majorité des dirigeants africains succombent.

Tout le monde achète ces produits chinois sans jamais se poser la question des conditions de vie de celles et ceux qui les produisent. Pourtant, de fait, ils sont en condition d'esclavage!

Les chinois poussent désormais le vice jusqu'à implanter des usines dans les pays les plus pauvres d'Europe, le Kosovo par exemple, pour y exploiter des personnes totalement démunies et inonder les marchés avec leur produits bas de gamme qui condamnent nos PME/PMI.

Cela fait aussi partie des dégâts collatéraux de cette Union européenne totalement absorbée par les conséquences des excès budgétaires de plusieurs de ses membres, la France en premier.

Aimé Cézaire avait raison à un autre titre. L'esclavage ne finira jamais car l'attrait de l'argent pour l'argent conduit certains, y compris parmi les plus éduqués, à tout permettre, y compris l'inacceptable.

Écrit par : Patrick Dimier | 12/05/2013

Le savoir faire politique a toujours consisté à dénoncer ceux dont la dénonciation ne ccoûte rien en termes économiques ou stratégiques, mais rapporte du point de vue de l'apparence.

Écrit par : Mère-Grand | 12/05/2013

Tout juste Mère-Grand. Et le Plouc aussi bien sûr, qui résume parfaitement la situation. Les huguenots émigrés à Genève, Bâle et Neuchâtel n'ayant d'ailleurs pas été les derniers à profiter de la traite et plus généralement des colonies...

Écrit par : Victor Schoelcher | 13/05/2013

Le terme de "chef de tribu" est consternant de suffisance et tout à fait représentatif d'une forme de complexe de supérorité qui conduisait à l'esclavage et au colonialisme. Très significatif sous la plume de celui qui l'emploie.

Principal pourvoyeur d'esclaves, à la tête de son armée d'Amazones, le Roi de Dahomey règnait sur un territoire couvrant l'actuel Bénin ainsi qu'une bonne partie du Togo et du Nigéria. Ils vendaient aux négriers ses repris de justice et ses ennemis vaincus.
A la même époque (XVIè, XVIIè), les européens faisaient de même, vendant également leurs repris de justice (y compris les Suisses, qui étaient vendus à la France pour ses galères) et bien des blancs sont arrivés aux Antilles couverts de chaîne, ou avec des contrats de servage pour 5 ou 10 ans, à l'issue desquels ils étaient généralement déjà morts. C'est d'ailleurs essentiellement la mauvaise résistance des serfs européens au climat tropical qui a fait développer la traite triangulaire.
A moins donc de traiter également Louis XIII de "chef de tribu", le terme parait aussi déplacé que connoté.

Écrit par : Victor Schoelcher | 13/05/2013

Ça existe toujours, des millions de personnes abandonnés à leur sort vivent chaque jour dans l'esclavage,ces esclaves constituent une main d'œuvre corvéable à merci. Les principales formes modernes d’esclavage sont Le travail forcé,l’esclavage sexuel,L’esclavage pour dette...On n'est pas sorti de l'auberge.

Écrit par : Berrekla kamel | 14/05/2013

à l'rréparable du passé , n' entretenons pas l'ignominie du présent.
à l'esclave qu vogue la galère correspond le travailleur clandestin qui galère sur notre terre ferme ,le regard rivé sur ses chaines du bouquet global qui le met en temps réel au milieu de son nulle-part sud -américain, africain de l'ouest, sub saharien.
D'objet de foire à l'expo universelle de Paris , il devient sujet d'enjeux électoral .M le Maudit et procureur Jourdain qui font de la répression en le sachant.
CRS - SS la droite française tente un coup d'éclat à froid , légitimant des voyous
en mal de restauration d'entreprise .
Triste Optique , qui nous fait croire que le frontalier est bon à lier.
l'Histoire c'est maintenant.

Écrit par : briand | 14/05/2013

Les commentaires sont fermés.