09/05/2013

Trois grands créateurs à la force fragile exposent à la Galerie Art Aujourd’hui

 

Elegance du fumeur blanc.jpeg

 

 

Uppercut, direct du gauche, crochet au foie. Pour sa deuxième exposition, la nouvelle galerie parisienne Art Aujourd’hui – sise 8 rue Alfred-Stevens, à un jet de porte-jarretelles de Pigalle – fait fort. Les trois artistes que Marianne Rillon et son équipe exposeront de samedi 11 mai à dimanche 9 juin ne sont pas du genre guimauve. Ils plongent à pleines mains dans le bouillon fangeux de notre époque pour en retirer des pépites et en exprimer l’essence débarrassée de sa gangue. Formeraient-ils le gang de la gangue? Petite présentation des trois suspects.

 

Les lecteurs du Plouc connaissent l’impressionnant peintre-sculpteur Bernard Thomas-Roudeix (1) qui vit à Paris. Il fait partie des trois artistes exposés (illustration ci-dessus: "L'élégance du fumeur"). Il va toujours plus loin dans son art défiguratif qui procède de ce «lent et raisonné dérèglement des sens» préconisé par Rimbaud, indispensable préparation à l’«état de poésie» décrit par Georges Haldas. Il s’empare du réel apparent pour le fouailler jusqu’aux entrailles et mettre au jour sa mécanique secrète. L’humour, le grotesque sont les armes de la révolte qui sourd chez Thomas-Roudeix comme un fleuve profond. Chez ses personnages, l’animal reste proche et surgit dès que l’homme social baisse sa garde. A cette rusticité dans l’expression, répond l’apparence lisse de la céramique émaillée, technique que Bernard Thomas-Roudeix maîtrise d’alchimique façon. Le lisse et le rugueux ne s’annulent pas mais, au contraire, s’interpénètrent dans les méandres des membres, organes, lianes, ossements qui font de chaque sculpture un corps étrange et familier.

 

Le Nen_LE DESSIN 80x80 acrylique sur toile 2012.jpg

Le peintre Bernard Le Nen (illustration: "Le Dessin") palpite au cœur des Cévennes. Il en retire des personnages aussi inquiétants que vous-mêmes. Et si vous les trouvez tordus, c’est que vous l’êtes aussi. Car, Le Nen peint les miroirs de votre enfance qui renvoie comme reflet votre mufle d’adulte. Réfléchissez un peu aux miroirs, cela vous changerait un peu! Les créatures du peintre prennent possession. De vous. Des autres. Des paysages. De la terre. Du ciel. Ils s’insinuent en vous et ne lâchent plus votre gorge. La peinture de Bernard Le Nen vous transforme. En monstre? Mais vous l’êtes déjà! Au contraire, monstre, vous le serez moins qu’avant. Le Nen fait de la dé-monstration.

 

Hermle_Réseau retabli, 81x65cm, 2012 HD  .jpg

Artiste d’origine allemande, devenu Français et vivant à Paris, Jörg Hermle prend, lui aussi, l’homme à témoin (illustration: "Réseau rétabli"). A témoin de ses propres vices, de sa cupidité rapace, de son égoïsme foncier. Partant de ce monde incohérent, Hermle reconstruit la cohérence dans ses œuvres. Il réunit ce qui, en l’homme, est épars. Si vous leur prêtez longue attention, ses personnages perdront, petit à petit, leurs traits grotesques et simiesques. Sous la croûte de veulerie, la chair aimante apparaîtra. C’est aussi cela, la dé-figuration: rendre à la figure son éternelle fraîcheur.

 

Le point commun qui relie les trois membres du gang de la gangue? La force fragile. Force de la vie, fragilité de l’homme.

 

Jean-Noël Cuénod

 

(1)    Bernard Thomas-Roudeix a illustré les pages intérieures d’un mien bouquin : « Quinquennat d’un plouc chez les Bobos » (Editions Slatkine)

 

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

 

Galerie Art-Aujourd’hui, 8 rue Alfred-Stevens, 75009 Paris Tél +33 1 71 37 93 51, Métro Pigalle, ouverte du jeudi au dimanche de 15 h. à 21 h. ou sur rendez-vous, site : www.galerie-art-aujourdhui.com

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Commentaires

sise 8 rue Alfred-Stevens...

Merci de ne pas avoir utilisé le détestable "basée 8, rue...".

Repos. Merci.

Écrit par : Michel Sommer | 09/05/2013

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