02/05/2013

Quand les juges français font le mur

 

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Les médias parisiens grimpent au mur depuis qu’ils ont découvert celui que le Syndicat de la magistrature réservait - selon sa propre terminologie - «aux cons» (cf. le dessin de l'excellent Acé). Pour cette organisation de gauche minoritaire au sein des magistrats français, il s’agissait d’épingler dans son local le portrait de tous ceux, politiciens ou autres, qu’elle rangeait sous cette vaste étiquette.

 

Même si elle a pris un tour outrageusement disproportionné, cette anecdote met en lumière les relations perverses et hypocrites qui se nouent entre justice et politique.

 

En France, le magistrat de l’ordre judiciaire est nommé par le Conseil supérieur de la magistrature, sur proposition du ministre de la Justice. Pour les postes les plus élevés (Cour de cassation, premier président de Cour d’appel, président de Tribunal de grande instance), c’est le chef de l’Etat qui les désigne, sur proposition du Conseil supérieur. Celui-ci est formé de magistrats élus par leurs pairs et de personnalités extérieures nommées par diverses instances publiques.

 

Théoriquement, l’appartenance politique ne doit tenir aucun rôle dans la nomination des magistrats et les partis sont bannis de ce processus. Le juge doit être vierge de toute appartenance partisane. L’article 10 de l’ordonnance définissant leur statut interdit aux magistrats, «toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions».

 

Le contraste avec la Suisse est saisissant. Dans le canton de Vaud, les juges sont élus par le Grand Conseil sur proposition de partis. A Genève, c’est le corps électoral qui les désigne, en fonction de listes politiques. De même, les juges fédéraux sont choisis par les deux chambres du parlement; leur appartenance politique figure sur le site du Tribunal fédéral.

 

En France, le juge est considéré comme une entité hors-sol, une sorte d’être éthéré qui, grâce à l’ampleur de sa robe bordée d’hermine, plane au-dessus des vicissitudes humaines. Instillée par le gaullisme, la méfiance française vis-à-vis des partis politiques a renforcé cette pudibonderie de l’appartenance partisane.

 

Or, juger est un acte éminemment politique, puisqu’il relève de l’organisation de la cité. On attend du juge qu’il se montre impartial mais sans être désincarné. Un juge qui n’aurait pas d’idées politiques serait même dangereux dans la mesure où il montrerait ainsi son incapacité à porter un… jugement sur la société qui l’entoure. Un magistrat digne de ce nom a donc forcément des opinions politiques. Autant que les citoyens les connaissent.

 

 Cette transparence l’induit d’ailleurs à prendre garde que ses choix personnels publiquement assumés n’envahissent pas sa faculté de juger. L’exemple français de ce «mur des cons» nous démontre que, chassée du monde des juges, la politique revient en prenant des formes à la fois malsaines et ridicules.

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

« Il faut être impitoyable avec les cons, qui n'ont de cet organe, ni la saveur, ni la profondeur » Léo Campion
Il y avait le mur de Berlin, Il y a le mur des lamentations, celui de la honte, celui de Sartre et celui du son ; il y a maintenant le mur des cons, qui n’est cependant pas celui d’Irène, comme le susurrait si bien ce bon vieil Aragon ! Le P.H.A.R.E, Parti de l'Humour Attitude et d'en Rire Ensemble vous propose sa dernière p'tite gélaste création" Le Mur des Pompeux Cornichons " qui souhaite gloupinesquement se voir peint des tronches hilaropétaradesques de tous les pètes-secs de la terre , les « Péremptoires » les « Trissotins » et autres « Fesse-mathieux » ! ( Léo Campion)
Quand l’Humour fait le mur, ce n’est pas un p’tit murmure, il y aura de la place pour tous et des oreilles pour vous écouter toutes et tous !
N.B: Merci pour vos apports et contributions iconographiques à sa décoration, en explicitant, si nécessaire, vos motivations.
Pour plus d’infos : http:/ /lephare1.e-monsite.com/pages/le-mur-des-pompeux-cornichons.html

Écrit par : MOULRON | 02/05/2013

Le problème n'est pas la présence de politiciens de quelque bord que ce soit punaisés par des juges de quelque bord que ce soit sur ce mur!
le problème, c'est que sur ce mur, il y a la photo de deux pères de jeunes filles qui ont été violées et tuées par des multi-récidivistes. Deux pères de victimes d'un système judiciaire qui fait débat en l'occurrence, non?
Je ne sais pas si vous avez des enfants, mais personnellement, cela me révulserai d'apprendre qu'on se f*** de ma g*** au terme d'un drame de cette ampleur.
C'est tout.

Écrit par : MM | 02/05/2013

"Le pire des cons, c'est le vieux con ; on ne peut rien contre l'expérience."

Jacob Braude

Écrit par : Michel Sommer | 03/05/2013

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