27/04/2013

AILE

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Il te manque l’autre essentiel
La femme que tu ne connais pas
Mais que tu pressens comme un soleil
Masqué par le buisson des nuages
Au ventre ce vide spasmodique
Grande marée des convulsions
Et ta vie durant tu vas errant
En quête d’elle et de son parfum

Mais ton combat sera long sans elle
Car ta promise n’est pas un dû
Au milieu des humains en marche
Tu affronteras la solitude
Avec d’autres tu prendras plaisir
Avec d’autres tu perdras boussole
Pour mieux retrouver ton chemin
Entre mirages et oasis

Homme va dévorer tes matins
Tu dois commettre encor tant d’erreurs

 

Jean-Noël Cuénod

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25/04/2013

Le droitisme souffle sur l’hivernal printemps français

 

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«Le gauchisme, maladie infantile du communisme», écrivait Lénine. En cet hivernal printemps français - traversé par les giboulées des manifs antimariage gay qui tournent à l’homophobie et à la contestation violente de la présidence socialiste - la formule pourrait changer de rive: «Le droitisme, maladie sénile du conservatisme.»

 

Malgré des buts et des idéaux diamétralement opposés, les gauchistes d’hier et les droitistes d’aujourd’hui ont en commun certains traits. Lesquels? Idéologies radicales, volonté d’affrontement physique avec la police, organisation sous forme de nébuleuses et non sous celle de mouvements structurés à la façon des partis traditionnels.

 

L’actuelle contestation conservatrice en France fait réapparaître à la surface des mouvements qui ne relèvent ni de l’UMP ni du Front national. Il s’agit des rejetons de cette droite catholique, intégriste, bourgeoise qui, au fond d’elle-même, n’a jamais accepté la Révolution et la République, pour laquelle la séparation de l’Eglise romaine et de l’Etat français reste un scandaleux divorce. Cette droite traditionaliste applaudissait jadis Pétain avec son retour à la terre, «qui, elle, ne ment pas», et conspuait le général de Gaulle dans son entreprise de décolonisation.

 

Elle est la résurgence de la droite légitimiste que l’on croyait définitivement éteinte par la prépondérance des autres droites, orléaniste (les libéraux ou centristes) et bonapartiste (les héritiers du gaullisme). On constate aujourd’hui la persistance de ce phénomène décrit dès 1954 par l’historien René Rémond. Du fait de cette longue histoire, il paraît hasardeux de ne voir en ce contre-Mai 68 qu’une traduction française du Tea Party américain.

 

Les droitistes veulent rompre avec le discours social et laïque de Marine Le Pen, avec laquelle ils se sentent bien peu d’affinités. De même, l’UMP actuelle - qui végète dans l’état de mort cérébrale - ne peut guère leur inspirer que du mépris. Toutefois, comme les gauchistes de jadis, les droitistes ne semblent pas en mesure de créer une force autonome apte à prendre, seule, le commandement de la droite. Selon le politologue Jean-Yves Camus (lire aussi nos éditions de lundi), quelque 5000 militants composent cette mouvance. Ce n’est donc pas à ce niveau que les droitistes vont agir.

 

Ils seront sans doute le moteur - ou l’une de ses pièces essentielles - de la recomposition de la droite. A ce titre, leur action consistera surtout à influencer les partis établis. Après tout, nombre de dirigeants des actuelles formations de la gauche sont d’anciens gauchistes. Pourquoi les droitistes de l’hivernal printemps 2013 ne feraient-ils pas la pluie et le beau temps au sein du Front national, devenu principale force de la droite ou d’une UMP qui renaîtrait de ses cendres? Le courant Gollnisch au sein du FN et la Droite forte, l’une des tendances de l’UMP, sont prêts à les accueillir.

 

Jean-Noël Cuénod

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23/04/2013

Mariage gay et passions tristes

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(Dessin d'Acé. François Hollande ne compte sans doute pas sur le mariage pour tous pour se refaire une santé dans les sondages)

 

 

Le mariage pour tous est définitivement voté par l’Assemblée nationale française. Les recours que déposeront les adversaires de la loi auprès du Conseil constitutionnel semblent aléatoires. Mais dans la rue la mobilisation continue. De grandes manifs contre le mariage homosexuel se dérouleront à Paris les dimanches 5 et 26 mai.
 
 
La droite parlementaire a trouvé dans cette proposition socialiste un abcès de fixation qui dépasse désormais son objet initial. Mais elle est souvent débordée par les groupuscules d’extrême droite les plus virulents et ne sait plus s’il faut calmer le jeu ou souffler sur les braises. Apaiser, au risque d’être taxé de mollesse. Attiser, au risque d’être brûlé.
 
 
Cette question du mariage gay a aussi révélé les passions tristes - comme les appelait Spinoza - qui traversent la France: amour du passé, haine du présent, angoisse de l’avenir. Pour cette partie de la population, la famille de toujours - un père, une mère, un enfant comme le proclament les pancartes antimariage gay - est l’axe autour duquel tourne son monde. On ne saurait donc le toucher en quoi que ce soit, sous peine de destruction.
 
 
Cette réforme est aussi perçue comme un avatar diabolique de la globalisation des échanges économiques. A cet égard, si les sujets sont complètement différents et ne portent pas sur les mêmes enjeux, il existe certains points communs entre les manifestants de droite contre le mariage gay et les manifestants de gauche, l’an passé, contre la réforme des retraites. Ces deux positions démontrent à quel point la France éprouve de la peine à entrer dans le XXIe siècle. Alors que bien d’autres pays ont réformé leurs retraites et adopté le mariage gay sans trop de remous, l’Hexagone résiste encore et toujours, à l’image d’Astérix et son village gaulois. On peut certes comprendre ce rejet de la société globalisée. Mais en la niant, les Français s’interdisent de l’affronter et d’en contrecarrer les effets délétères.
 
Jean-Noël Cuénod

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17/04/2013

"Pépère" Hollande montre ses muscles

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«Pépère est-il à la hauteur?» «Monsieur Faible». Ces deux récents titres de couverture des hebdomadaires Le Point et L’Express sont, comme il se doit, accompagnés de photos montrant un François Hollande situé quelque part entre «Lou Ravi» de la crèche et le vieil écolier penaud et benêt. Même dans le camp du président français, la sauce hollandaise paraît insipide.

 

Le général-président guerroyant au Mali et poursuivant les terroristes jusqu’au fond des trous de fennec laisse place à un Fabrice del Dongo errant à Waterloo dans les fumées d’une bataille qui le dépasse.

 

Les adversaires de François Hollande – à l’extérieur et à l’intérieur de son camp – feraient pourtant bien de se méfier. Tout au long de sa car- rière, le président socialiste n’a cessé d’être sous-estimé et a su utiliser à son profit cette fausse vision de son personnage.

 

Martine Aubry, la principale rivale de Hollande au sein du Parti socialiste, et l’ancien président Nicolas Sarkozy sont tombés dans ce piège. Les mesures que vient de prendre le chef de l’Etat contredisent d’ailleurs l’image «flanby» complaisamment entretenue par la plupart des médias qui ont la mémoire d’une mouche.

 

Il faut tout de même une certaine poigne pour exiger que les ministres déballent leur patrimoine devant une opinion française qui hait les riches tout en les enviant. Une poigne qui doit se faire encore plus ferme envers les parlementaires et les présidents de collectivités territoriales, qui, si le projet de lois de Hollande est voté, devront également publier leurs biens. A ouïr les cris de douleur qui retentissent au Sénat et à l’Assemblée nationale, à gauche comme à droite, cet effeuillage se mue en écorchage. Car l’argent est à la France ce que le sexe est à l’Amérique, un fantasme qui doit rester caché derrière les paravents. Comme l’a titré Libération, Hollande a fait sauter un tabou.

 

De même, en pressant l’Assemblée nationale d’avancer le vote final de la loi sur le mariage gay à mardi prochain, alors qu’il était prévu fin mai, le président Hollande prouve que «Flanby» ne manque pas de piment. D’ailleurs, la droite catholique qui se mobilise depuis des mois contre ce projet ne cesse de traiter Hollande de dictateur depuis qu’il a décidé de faire adopter le «mariage pour tous» à marche forcée.

Désormais, le président Hollande devra poursuivre cette voie. Il voulait devenir un président rassembleur et consensuel. Les institutions qu’il préside l’en empêchent. L’exécutif concentre l’essentiel du pouvoir; toute tentative de le partager est aussitôt interprétée comme une marque de faiblesse. Or, dès qu’un régime fort donne un tel signe, il devient lapin poursuivi par la meute.

 

François Hollande voulait diriger «avec», il devra présider «contre». Contre ses adversaires et souvent contre ses amis.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE DOCUMENTATION

Voici le lien qui vous permettra de lorgner sur le patrimoine de chaque ministre français. Bonne visite, gratuitement offerte par le plouc.

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14/04/2013

Marseille Notre-Dame de la Came


La basilique Notre-Dame de la Garde domine Marseille. Mais dans les quartiers Nord de la métropole portuaire, c’est Notre-Dame de la Came qui dicte sa loi. Maire d’une partie de cette zone, la sénatrice socialiste Samia Ghali ne cesse de sonner le tocsin contre l’emprise que les trafiquants exercent sur la deuxième ville de France et le cinquième port européen. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a renforcé les dispositifs policiers. Avec un certain succès. Mais la mainmise de la criminalité n’est pas levée pour autant. Car la police n’est qu’une partie de la solution d’un problème qui dépasse le seul aspect criminel.

 

Il y a tout d’abord le poids de l’Histoire. Marseille et le crime organisé ont eu souvent partie liée. Durant l’entre-deux-guerres, le clan Spirito et Carbone a mis l’antique Massalia en coupe réglée. Après la Libération, c’est le clan des frères Antoine et Mémé Guérini qui a repris les affaires. Quant à la drogue, Marseille était l’une des principales plates-formes de la French Connection dans les années 70.

 

Il y a aussi le poids social. La drogue est devenue l’une des principales sources de revenus de certains quartiers, avec l’explosion du chômage et la désindustrialisation massive. Dès lors, espérer éradiquer ce cancer avec un simple renforcement de la répression revient à écoper un paquebot avec une cuillère à soupe.

 

Le coup le plus terrible à porter aux trafiquants serait de légaliser la drogue. Mais dans l’opinion politique française cette solution n’est pas acceptée. D’autant plus qu’elle ne pourrait être efficace que si l’Europe prenait la même décision avec un ensemble de mesures concertées entre les pays.

 

 Pour l’instant, le plus urgent est le réinvestissement de l’Etat - à tous les niveaux et dans tous les domaines - au coeur de ces zones qu’il a désertées. Même en ces temps de disette budgétaire, il faudra que la France «mette le paquet» pour réduire la criminalité. Et cette situation concerne aussi Genève qui n’est située qu’à 462 kilomètres du Vieux-Port.

Jean-Noël Cuénod

 

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Interview de la sénatrice-maire Samia Ghali qui avait réclamé l'envoi de la troupe dans certains quartiers marseillais.

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10/04/2013

Le paradis fiscal risque bien d’être éternel

 L’affaire Cahuzac et les révélations de l’Offshore Leaks vont sonner le glas des paradis fiscaux, dit-on un peu partout. Le glas du secret bancaire suisse, selon toute vraisemblance. Le glas des paradis fiscaux en général, rien n’est moins sûr.

 

Si, vue de l’étranger, la Suisse figure encore parmi ces paradis où coulent le lait et le miel défiscalisés, c’est surtout en raison du secret bancaire. Mais, depuis l’adoption en février dernier de l’accord FATCA avec les Etats-Unis – qui impose aux banques suisses de transmettre au fisc américain toute information sur les comptes détenus chez nous par ses contribuables –, ce cher secret a reçu un sacré coup dans l’aile.

Il y a tout lieu de penser que l’Union européenne exigera de la Suisse un pareil accord. Elle finira bien par l’obtenir un jour ou l’autre. Une époque du secret bancaire et fiscal made in Switzerland sera dès lors achevée. La Suisse sera touchée mais n’en mourra pas pour autant.

 

 Notre pays n’est pas une monoculture financière comme Chypre ou d’autres véritables paradis fiscaux. Il a bien d’autres atouts à jouer sur la scène économique, en premier lieu l’excellence de ses formations professionnelles et universitaires.

 

Les paradis fiscaux seront-ils définitivement enterrés dans le sable des îles Caïmans? Nous faisons le pari qu’ils continueront à prospérer sous d’autres formes et en d’autres lieux. Car la fraude fiscale – ô pardon! – l’«optimisation fiscale» n’est qu’un effet et non la cause.

 

Celle-ci réside dans le capitalisme financier qui prend le pas sur le capitalisme industriel. Ce dernier doit prêter attention à son environnement social. Ford payait bien ses ouvriers afin qu’ils disposent des fonds nécessaires pour acheter les voitures qui sortaient de ses usines. Le capitalisme financier, lui, n’a pas ce genre de soucis. Il vit hors-sol, mû par la puissante et inventive énergie cupide.

Au moment où politiques, hauts fonctionnaires et magistrats élaborent lois, règlements, accords internationaux destinés à vaincre la fraude fiscale, des ingénieurs de la finance sont en train de concevoir les structures dans lesquelles les paradis fiscaux de demain pourront accueillir ces fruits juteux réservés par l’énergie cupide à ceux qui savent l’utiliser.

 

S’attaquer à l’effet plutôt qu’à la cause paraît donc illusoire. Mais, alors, comment faire rendre gorge au capitalisme financier afin qu’il restitue, au moins en partie, ce qu’il a pris à la société? Du socialisme autoritaire à la social-démocratie en passant par le libéralisme, aucun modèle n’a pu répondre à cette question. Elle constitue donc le grand défi politique et économique du XXIe siècle.

 

Si l’on continue à ne braquer son regard que sur le palmier des paradis fiscaux, on s’interdit de comprendre et, par conséquent, de maîtriser cette jungle financière sans limites.

 

Jean-Noël Cuénod

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07/04/2013

Une nouvelle galerie d'art qui préfére le savoir-faire au faire-savoir

La galerie ART Aujourd’hui vient de s’ouvrir à Paris, dans le neuvième arrondissement. Une galerie de plus ouverte par une Gwendoline qui a trouvé une manière sympa, à la fois de claquer le pognon de son mari, meubler son ennui et se faire mousser dans les salons de thé? En aucun cas.

Sculpture de Gisèle Lacroix actuellement présentée

à la Galerie ART Aujourd'hui

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L’enseignante en philosophie Marianne Rillon se situe à l’exact opposé des Gwendoline. C’est elle qui dirige cette nouvelle galerie, avec la complicité du peintre Philippe Rillon, son mari, et l’amateur d’art Daniel Chassagne. Son but: exposer des artistes qui défendent et illustrent la notion d’œuvres. Car ce que les merdias appellent «art contemporain» est en fait une entreprise de mercatique (marketing en franglais) destinée à détruire l’œuvre en tant que telle pour ne promouvoir que le concept et, surtout, l’auteur dudit concept qui, cent ans après le premier «ready made» («Roue de Vélo», 1913), continue à se soulager, l’air béat, dans l’urinoir signé Marcel Duchamp.

 

Dans son Manifeste de La Peau de l’Ours (http://lapeaudelours.free.fr/html/page_manifeste2.php) le peintre Philippe Rillon a fort bien résumé la chose:

«Sans œuvre, pas d'émotion ni de jugement esthétique possible! Réinvestir le champ du jugement et du plaisir esthétique, c'est aussi revaloriser la «notion d'œuvre» et l'œuvre elle-même, avilie aujourd'hui jusqu'à ne plus se distinguer des autres produits de la société média-mercantile».

 

Défendre l’œuvre en art, c’est prendre à rebrousse-poil notre époque média-mercantile, mélange wharolien de quart d’heure de célébrité et de comptes bancaires occultés. Elle privilégie systématiquement le faire-savoir sur le savoir-faire. Car à quoi sert le savoir-faire dans cette société où l’apparence est à la fois le fond et la surface? Pire, le savoir-faire est un gêneur car il rappelle la notion de travail dans une société qui n’a de cesse que de le détruire. Or, sans main à la pâte, sans travail patient et obstiné, il n’est point de poésie. L’étymologie grecque de ce mot «poiein» se réfère d’ailleurs directement au verbe «faire». A preuve, on n’écrit pas un poème mais on le compose, on travaille la pâte des mots. Si elles ne s’appuient pas sur cette notion de «faire», la poésie et toutes les disciplines de l’art ne sont que slogans publicitaires. Et un monde sans poésie est, au sens premier du mot, irrespirable. De l’air! De l’air! Eh bien voilà au moins une galerie qui n’en manque pas, d’air!

 

Actuellement et jusqu'au 5 mai, Marianne Rillon présente sa première expo qui a pour thème «l'aquarelle ou l'éloge de la délicatesse»: trois peintres, Gottfried Salzmann, Nicole Bottet, Wolfram et une sculptrice, Gisèle Lacroix, se partagent les quatre espaces de la galerie. Une magnifique galerie de 115 mètres carrés, à un jet de porte-jarretelle de Pigalle.

 Jean-Noël Cuénod

Renseignements pratiques: Galerie ART aujourd’hui

8 rue Alfred Stevens - 75009 Paris +33 (0) 1 71 37 93 51 - contact@galerie-art-aujourdhui.com

 

Aquarelle de Wolfram actuellement exposée à la Galerie ART Aujourd'hui

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06/04/2013

Jérôme Cahuzac et la malédiction du clan Strauss-Kahn

Chaque jour, l’affaire Cahuzac apporte son lot de nouvelles délirantes. Que l’ex-ministre du Budget veuille retrouver illico son siège de député après la catastrophe qu’il a provoquée démontre à quel point un homme de pouvoir peut perdre tout rapport avec le réel. L’une des causes – il y en a certainement plusieurs – de cette attitude stupéfiante réside dans l’ambiance qui régnait au sein du clan de Dominique Strauss-Kahn, dont Jérôme Cahuzac était l’une des importantes figures.

 

Saisis par la passion du fric, comme Monsieur le Trouhadec le fut par la débauche dans la pièce de Jules Romain, ces élus de gauche à la fibre plus boursière qu’ouvrière ont mené une double vie.

 

Côté public, ils s’ancraient au cœur de leur terroir électoral, DSK à la cité populaire de Sarcelles en banlieue parisienne; Cahuzac en sa mairie de Villeneuve-sur-Lot. Dans ce rôle, ils développaient leurs discours aux couleurs chatoyantes, alliant gestion sérieuse et intentions généreuses.

 

Côté privé, ces socialistes tendance Picsou, évoluaient dans les sphères de la finance hors-sol. Là était leur vraie vie. Celle où tout est permis.

 

Ce sentiment les a détachés du sort commun, convaincus qu’ils étaient d’appartenir à une espèce supérieure que le vulgaire ne saurait atteindre. Certes, on voulait bien lui serrer la main, à ce vulgaire, mais uniquement au cours de la liturgie électorale.

 

Cependant, lorsqu’il est nié, le réel se venge toujours. Ce qui faisait l’apparence de leur force – le sentiment d’impunité – s’est mué en faiblesse. Eblouis par eux- mêmes, ils n’ont pas vu les obstacles et ont abandonné toute prudence, toute décence. Il appartient désormais au Parti socialiste français de méditer sur ce qui est une trahison de ses origines, encore plus qu’une dérive.

 

Jean-Noël Cuénod

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Petite revue des mensonges

 

 

 

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03/04/2013

Affaire Jérôme Cahuzac: "Tous pourris", du slogan au lieu commun

«Tous pourris!» Ce n’est plus un slogan des extrémistes de gauche et de droite. C’est devenu, en France, un lieu commun.

 

 Au moment où le patron du socialisme tendance bouillabaisse Jean-Noël Guérini est plongé dans une affaire aux relents mafieux, ce dossier est relégué à l’état de péripétie par l’électrochoc Cahuzac. Pour le président Hollande qui s’était fait de la vertu un drapeau, la trahison de l’ex-ministre des impôts n’est pas une tuile, c’est toute la maison qui tombe sur sa tête.

 

Certes, il est ridicule d’affirmer que le président français connaissait les comptes cachés de Cahuzac à Genève et à Singapour. On imagine mal Hollande le nommer pourfendeur des fraudeurs fiscaux en sachant la vérité.

 

La faute gravissime de Hollande est de ne pas avoir pris au sérieux les informations diffusées par Mediapart dès le 4 décembre dernier. Ce journal numérique fondé par l’ancien directeur du Monde Edwy Plenel a démontré dans les affaires Woerth-Bettencourt et Karachi qu’il menait des enquêtes sérieuses.

 

 L’autre faute impardonnable du président est d’avoir accepté cette rocambolesque démarche du ministre des Finances Moscovici auprès du fisc suisse afin de tenter de blanchir Cahuzac. Dans ces cas-là, on saisit la justice pour mener une enquête et non pas les propres services du suspect!

Et sa troisième faute n'est pas la moins lourde. Au choc de l'affaire Cahuzac, il aurait fallu un contre-choc. La démission du gouvernement Ayrault, par exemple. Au lieu de cela, le président Hollande s'est contenté de mesurettes, la plupart déjà prévues de longue date.

 

Mais à l’UMP le paysage est tout aussi nauséeux, avec les magouilles des élections internes, la mise en examen pour «abus de faiblesse» de Nicolas Sarkozy, les attaques indignes subies par le juge d’instruction Gentil «coupable» d’avoir osé poursuivre l’ex-président, sans oublier les autres dossiers dans lesquels le nom de Sarkozy revient souvent.

 

Bien entendu, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon mènent une course effrénée au populisme. Mais est-on certain que leur placard est dépourvu de tout cadavre? Le discrédit jeté sur la classe politique est tel qu’il atteint tout le monde.

 

En fait, ce n’est même pas d’un changement de gouvernement dont la France a besoin mais d’une refonte complète de ses institutions. Ce système de monarchie élective donne un pouvoir exorbitant au président de la République et, par délégation, à ses ministres; un pouvoir quasi-absolu qui peut rendre fou, comme on le voit avec l’affaire Cahuzac. Pour résister à ce vertige élyséen, il faut avoir la stature d’un de Gaulle. On serait bien en peine de dénicher sa réplique à notre époque. Cette construction pyramidale empêche de faire naître une nouvelle relation entre élus et citoyens.

 

 Aujourd’hui, la Ve République est morte, mais elle ne le sait pas encore.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Voici la décevante intervention télévisée de François Hollande, mercredi 3 avril.


Hollande: "l'"exemplarité des responsables... par lemondefr

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02/04/2013

Le mensonge destructeur de Jérôme Cahuzac

«Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de comptes à l’étranger. Ni maintenant ni avant (…) C’est ahurissant (…) Je poursuivrai tous ceux qui reprendront cette calomnie».

 

 Depuis décembre 2012, lorsque Mediapart a révélé l’existence de son compte non déclaré à Genève, le ministre du Budget Jérôme Cahuzac a multiplié les dénégations sur tous les tons, devant tous les micros et dans toutes les instances, y compris à l’Elysée et au parlement. Pendant quatre mois, l’ex-ministre a joué l’innocence odieusement outragée. Et voilà qu’hier l’ancien chef du fisc français se met à table, enfin. S’il avait avoué d’emblée, l’affaire Cahuzac serait aujourd’hui reléguée dans l’oubli où stagnent bien d’autres dossiers politico-financiers. L’abcès aurait été vidé tout de suite, permettant au président Hollande et à son gouvernement de ne pas être éclaboussés.

 

En jouant sa comédie pendant si longtemps, l’ex-ministre a tiré contre son propre camp. Le président Hollande est ainsi ridiculisé pour avoir accordé autant de crédit au mensonge destructeur de celui qui était l’une des pièces majeures de son jeu. D’un chef d’Etat, on attend une perspicacité et une lucidité nettement au-dessus de la moyenne, puisqu’il doit conduire des négociations au plus haut niveau dans son pays et sur la scène internationale. Aujourd’hui, de quoi à l’air François Hollande après avoir été roulé dans la farine par son ancien responsable du fisc?

 

Empêtrée dans ses divisions, entravée par les dossiers judiciaires qui tournent autour de Nicolas Sarkozy, son «homme providentiel», l’UMP ne profitera guère de cet affaiblissement, au plus niveau, de l’exécutif socialiste. En revanche, Marine Le Pen et son Front national tireront sans doute bénéfice de cette aubaine, dès les élections municipales de 2014. La patronne frontiste n’a même pas besoin d’en faire trop. Les deux grands partis de gouvernement se chargent de lui faciliter la tâche.

 Jean-Noël Cuénod

Mardi à 15 h. 52, Jérôme Cahuzac diffuse ses aveux sur son blogue.

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