11/03/2013

Vasella, Depardieu et les Intouchables d’en haut

 

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En Inde, les Intouchables forment un groupe humain placé tellement bas dans l’échelle sociale-religieuse de ce sous-continent, qu’il se situe hors du système des castes. En d’autres termes, ils n’ont même pas accès à ladite échelle. Les tâches les plus rebutantes et les emplois les plus mal rémunérés leur sont le plus souvent réservés.

 

A son tour, la société mondialisée produit ses Intouchables, membres de la caste hors-caste, voire hors-sol. Eux aussi, ne figurent pas sur l’échelle sociale. Mais ce n’est pas en raison de leur situation inférieure. Au contraire, ils sont désormais parvenus au sommet de cette échelle et l’ont quittée, n’ayant plus besoin d’elle. Ce sont les Intouchables d’en haut.

 

Parvenus par leur extrême richesse ou leur statut médiatique à s’extirper du pays qui les a formés, ils secouent sur lui la poussière d’or de leurs sandales Kenzo. Les Intouchables d’en haut n’ont pas la reconnaissance du ventre, même s’ils ont l’abdomen imposant de Gérard Depardieu, ancien acteur devenu guignol au Poutine’s Circus.

 

La Suisse en reçoit de régulières livraisons. Les joueurs de tennis français, par exemple ou hommes d’affaires d’origines indéterminées. Mais des Intouchables ex-helvètes, comme Daniel Vasella, quittent également la Confédération lorsque le cadre national ne se plie plus à leur volonté. Vasella offre d’ailleurs la caricature d’un nomade de la cupidité. Installé à Bâle, il déménage à Zoug pour cause de fiscalité plus sympathique. Après le succès de l’initiative Minder contre les parachutes dorés, il délaisse Zoug pour les Etats-Unis.

 

Les Intouchable d’en haut ont inventé l’«acitoyenneté». Ils ne se sentent plus liés à ce tissu formé de mille choses disparates que l’on nomme un pays: odeur des rues, courbes des paysages, cris d’enfants dans les préaux, campagnes électorales, destin collectif, souvenirs d’armée, passions sportives. Et sont les seuls contemporains à épouser pleinement la cause de la société mondialisée. Elle est faite pour eux.

 

 Par eux? Pas tout à fait. Car, la mondialisation ne serait rien sans les richesses que chaque pays produit. Et ces producteurs de richesse, dans leur écrasante majorité, ne peuvent s’extraire du cadre national, faute de moyens financiers le plus souvent, mais aussi faute d’envie, parfois. Car est-elle vraiment désirable, l’existence d’un humain qui n’a d’autre horizon que celui de sa cupidité? Un jour ou l’autre, il sentira la vacuité de son être. L’ennui le guettera comme au coin d’une palmeraie. L’Intouchable d’en haut pourra toujours sauter de piscine en paradis fiscal, de mannequin en actrice, il sonnera toujours aussi creux.

 

Les Intouchables d’en bas sont de pauvres gens. Les Intouchables d’en haut sont de pauvres types.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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Commentaires

Est-ce une consolation?

Écrit par : Johann | 11/03/2013

Beau texte!

Écrit par : Mère-Grand | 12/03/2013

Malheureusement, la cupidité existe dans l'être humain riche ou pas riche, célèbre ou pas célèbre!

Écrit par : ¨Noëlle Ribordy | 12/03/2013

il en est des intouchables, comme des tabous relayés par les salariés des médias (qui de là discrédite le titre de journaliste dont ils s'affublent)

tel le tabou de la pédophilie, dont bon nombre de coupables renommés s'en sortent toute une vie et ce grâce aux médias et leur business pour l'audience, leur course au buzz ou carriéristes

ce dont se rend coupable en ce moment France Inter et sa journée "consacrée à" et ses journaleux rendant un "hommage" appuyé à David Bowie,

pourtant pédophile connu et reconnu, souvent accusé mais toujours sans suite comme c'est trop souvent le cas en nos jours, ce qui ce sait partout ... sauf en France!
en France où ya pas que le nuage de Tchernobil à rester coincer aux frontières

Écrit par : Pierre à feu | 12/03/2013

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