07/02/2013

L’Eglise catholique contre le mariage gay : est-ce vraiment un bon choix?

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Dessin d'Acé

La guerre contre le mariage homosexuel, en France, a pour général l’Eglise catholique. Les manifs sont devenues sa chose. Elle fournit le gros des troupes, la logistique, la propagande, les directives, les slogans, la tactique, la stratégie. L’UMP se contente de faire traîner les débats au parlement. Aux prises avec une crise interne qui est en train de faire sombrer une partie de ses dirigeants, le grand parti de la droite a laissé à l’Eglise romaine le soin de remuer ciel et terre.

 

Certes, les organisateurs des «manifs pour tous» – en opposition au «mariage pour tous» du projet de loi gouvernemental – prennent soin de relativiser le poids de l’institution catholique mettant en avant des représentants d’autres religions, des groupes d’homosexuels antimariage et même une res- capée du socialisme mitterrandien, Georgina Dufoix, qui présente l’avantage d’offrir aussi une caution protestante à cette cause.

 

Mais, à la base, en province, ce sont les paroisses qui accomplissent le travail militant, dûment chapeautées par les diocèses. Dans les cortèges contre le mariage homosexuel, l’homogénéité est frappante: la foule est blanche, familiale et provinciale.

 

Cette implication massive est-elle un bien pour l’Eglise catholique? A court terme, la réponse est sans aucun doute positive. A moyen et long terme, on peut y voir le signe de son repliement et, donc, de son déclin.

 

A court terme: alors que la plupart des médias la considéraient comme une relique du passé, tout juste bonne à être diluée dans la laïcité républicaine, l’Eglise catholique démontre qu’elle représente une importante partie des Français et qu’elle est en mesure de les faire agir sur le plan politique. Cent huit ans après la séparation de la religion et de l’Etat, le phénomène mérite considération.

 

A moyen et long terme: par son engagement contre le mariage gay, l’Eglise romaine apparaît avant tout comme l’expression religieuse d’une tribu française. Une tribu importante, certes. Mais une tribu quand même. Ce qui ne correspond nullement à l’étymologie du mot «catholique» qui, en grec (katholikós), signifie «universel». Il est vrai que, depuis la Réforme, cette universalité est battue en brèche.

Si la grande «manif pour tous» du dimanche 13 janvier a réuni une foule considérable – entre 340 000 et 1 000 000 manifestants – un tel succès ne saurait occulter ce fait: la position de l’institution catholique contre le mariage gay est de plus en plus minoritaire, comme l’illustrent les plus récents sondages. Tous s’accordent pour évaluer à quelque 60% la part des Français favorables au projet gouvernemental. Même l’adoption par des couples homosexuels, approuvée par près de la moitié des personnes interrogées, progresse dans l’opinion.

 

L’Eglise catholique a donc bien mobilisé sa base. Mais elle apparaît désormais comme la représentante d’un combat d’arrière-garde.

 

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Comment pouvez-fois à la fois écrire qu'il y a un million de personnes qui se mobilisent contre ce projet de loi, contre quelques centaines de milliers "pour", et parler d'un combat d'arrière.garde? et si c'était le mariage gay, qui n'était qu'un combat idéologique d'arrière-garde, mais tenu à bout de bras par un lobby? Pourquoi? Dans un esprit de libéralisme économique, peut-être? Personne ne détaille, par exemple, la manne qui va être générée par le "droit de l'enfant" à tout prix et ses corollaires : PMA et GPA (qui peut encore prétendre que ce ne sont pas LA les vrais revendications du mariage pour tous?) Quand on sait que Elton John a payé 23'000 euros pour son fils, ça laisse songeur, non? Alors chacun son combat, en effet. A tout prendre, voyez-vous,je n'embrasserai pas celui du libéralisme sauvage qui sous-tend le "mariage-pour-tous".

Écrit par : MM | 07/02/2013

Ce qui est gênant avec ce genre de mariage c'est que dans le passé ils se faisaient de l'argent de poche en épousant des filles de cabaret étrangères qui leur versaient chaque mois une redevance afin d'obtenir la nationalité suisse.

Écrit par : F.H.Jolivet | 08/02/2013

Les "traditionalistes", mot péjoratif pour tous ceux, croyants ou non, qui pensent qu'un couple constitué d'un homme et d'une femme, dont sont biologiquement issus les cellules qui donneront naissance à un enfant, doivent continuer à jouir du statut spécial traditionnel que leur confère le mariage, devront à terme se tourner vers l'Islam. Quel progrès pour notre société!

Écrit par : Mère-Grand | 08/02/2013

Curieuse époque que celle que nous vivons : les hétéros se "pacsent" et les homos veulent se "marier."

A quand la polygynie et la polyandrie ? Avec la bénédiction - si j'ose dire - d'un Parlement soucieux du "bonheur" de "couples" à trois, à quatre...

O tempora, o mores

Écrit par : Michel Sommer | 09/02/2013

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