24/01/2013

Florence Cassez libérée, la belle leçon du Mexique

Fascinante et instructive, l’audience de la Cour suprême du Mexique! Les cinq juges de sa 1ère Chambre ont délibéré en direct, devant les caméras, avant d’annoncer la libération immédiate de Florence Cassez et l’annulation du jugement la condamnant à 60 ans de prison. Belle leçon de transparence démocratique offerte à la France et à d’autres Etats européens, prompts à considérer les Mexicains comme de bouillants guitaristes porteurs de sombrero.

 

Retransmise par les chaînes d’information continue en France, cette délibération nous a permis de suivre le développement de l’Etat de droit dans un pays en proie à la guerre contre les narcotrafiquants.

 

Utiliser le mot «guerre» en l’occurrence n’est pas exagéré. De par sa situation entre les narcoproducteurs de l’Amérique centrale et du Sud (notamment colombiens) et le lucratif marché de l’Amérique du Nord, le Mexique est devenu le passage obligé de la drogue. 60% de l’héroïne et 92% de la cocaïne consommées aux Etats-Unis passent par le Mexique. Les autorités mexicaines évaluent à 63 milliards de dollars par an, les gains que rapporte le trafic vers les «States». Grâce à cette manne, les cartels mexicains qui gèrent cette stupéfiante logistique disposent de véritables armées. Comme dans tout marché capitaliste, la concurrence est rude. Mais les conflits ne se règlent pas par courrier d’huissier. Assassinats, viols, rapts sont les voies de recours privilégiées. Et s’il faut acheter des flics et des politiciens, aucun problème, les caisses sont pleines! La corruption est un investissement rentable. Le précédent président du Mexique Calderón ne disait-il pas que la moitié de ses policiers n’étaient pas recommandables? Dès lors, il n’est pas étonnant de constater - comme l’a fait le Monterrey Institute of Technology dans une récente étude ‑ que 98,5% des crimes commis au Mexique en 2010 restent impunis.

 

C’est dans ce contexte que Florence Cassez s’est retrouvée embastillée à la prison de Tepapan, au sud de Mexico, à la suite d’un montage organisé par la police avec la complicité de deux chaînes de télévision. La jeune Française était l’ex-compagne d’un homme accusé d’avoir enlevé quatre personnes. Cet homme croupit d’ailleurs toujours en détention préventive depuis sept ans, sans avoir été jugé.

 

La libération de Florence Cassez obéit-elle à un changement dans le rapport de force politique? Sans doute, puisque durant son règne, le président Calderón a toujours protégé le ministre de la sécurité publique Garcia Luna qui avait orchestré l’arrestation, désormais reconnue illégale, de Florence Cassez. Or, le nouveau chef de l’Etat mexicain, Pena Nieto, s’est débarrassé de cet encombrant personnage. Mais il serait faux de réduire la décision de la Cour suprême qu’à cet aspect.

 

Dans cette guerre contre le narcotrafic, il est difficile de distinguer entre les «bons» et les «méchants». Les policiers sont tentés d’utiliser les mêmes tactiques que ceux qu’ils sont censés combattre, lorsqu’ils ne sont pas carrément du côté des criminels.

 

Par leurs commentaires, les juges de la Cour suprême ont donc jeté les bases d’un véritable Etat de droit au Mexique. Leur leçon: il est vain de poursuivre le crime en mimant les criminels. Il en résulte une corruption de l’ensemble de la société, corruption qui ne profite qu’aux pires racailles. Les droits de l’homme ne sont pas de simples arguties juridiques, a souligné le juge Zaldivar. Ils forment le squelette d’un Etat démocratique. Sans lui, la démocratie n’est qu’une peau flasque et sans autre vie qu’apparente.

 Il reste maintenant au pouvoir politique, mais aussi à la société civile mexicaine, de transformer l’essai marqué par leurs magistrats.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Florence Cassez libérée : les arguments de la... par BFMTV

13:27 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : florence cassez, vidéo, crime, mexique, narcotrafic | |  Facebook | | |

Commentaires

mon commentaire précédent est tiré de mes séjours prolongés en Amérique Latine, du Mexique aux frontières du Panama, au Costa Rica.

Écrit par : Oxy316 | 24/01/2013

On n'est pas en Europe, mais en Amérique Latine - les rapports de force politiques évoluent.. au gré des courants
et dire que: "Les juges de la Cour suprême ont donc jeté les bases d’un véritable Etat de droit au Mexique" est méconnaître ce pays. Les juges formés à l'américaine, parlent à la méxicaine. L'Etat de droit existe, et son application est "flexible"... comme ailleurs.

Votre approche & analyse offrent quelques informations sur la situation mexicaine,
mais "informe" sur base d'erreurs typiques de point-de-vue européens méconnaissant l'Amérique Latine, ignorants de la culture d'une part,

d'autre part reprenant le flou artistique d'opinion journalistiques françaises, par trop manipulatrice & jouant du pipeau en continu:
cf les journaux TV canal+, Delon & autres célébrités ayant soutenu "la biche" - donc innocente, donc faut aller dans ce sens-là: manipulation d'opinion typique des médias français!

En ne taclant que le volet politique vue d'Europe, en omettant le terreau populaire, son évolution & impacts sur élections qu'est l'opinion publique mexicaine,
en reprenant les clichés d'opinion de journalistes français, répétant les mêmes erreurs et manipulation d'information:
"Florence Cassez s’est retrouvée embastillée à la prison de Tepapan, au sud de Mexico, à la suite d’un montage organisé par la police avec la complicité de deux chaînes de télévision."

- dire "embastillée" au lieu d'arrêtée, c'est pas de la manip?
- utiliser la mise en scène - aujourd'hui reconnue par les médias, de l'arrestation, et faire oublier que derrière l'arrestation, il y a les charges et la condamnation conduisant à cette arrestation, c'est pas de la manip?

Voir dans la décision de la cour suprême une "Belle leçon de transparence démocratique" relève de l'ignorance euphorique

c'est une opinion insultante pour tout méxicain, dont l'esprit démocratique est ancré dans l'histoire depuis longtemps: si la démocratie est loin d'y être accomplie, elle n'est pas en train de naître! cette décision n'en n'est pas "l'heureux présage", mais opportune pour les juges en besoin d'asseoir une position de dignité des mexicains de 2013 sous influence US.



cette seule approche politique est insuffisante pour traiter cette décision de la cour, qui n'est pas sur le fond de la condamnation de la française mais seulement sur la forme: cette décision aurait pu tomber plus tôt - mais les mexicains ayant leur fierté, semble que Sarkozy a "joué contre son camp" la dernière fois

Assassinats, kidnappings, viols, corruption, chantages et autres moyens de pression utilisés pour assurer l'impunité des narcotrafiquants, actes dont certains pour lesquels le frère du compagnon et le compagnon de F Cassez ont été arrêtés et condamnés.
L'autre aspect qui pèse sur l'opinion publique mexicaine, c'est le fait divers: l'histoire plutôt fréquente en A. latine, de jeunes mais séduisantes étrangères vivant aux crochets de machos (caïds) du coin. Pour les mexicains, la complicité va de fait avec cette situation de concubinage. F Cassez, partie sans bagages du nord de la France retrouver son frère et restant au Mexique pour la vie facile auprès d'un caïd, vivant de ses moyens "mal acquis" mais prétendant n'avoir ni participé ni rien su des activités de son compagnon et du frère de celui-ci, n'est, pour les mexicains, juste pas crédible bien au contraire, dans ce rôle d'innocente colombe que les photos retouchées du visage derrière les barreaux et les célébrités françaises veulent faire croire.

Parce que c'est de fait une situation de guerre que vivent les mexicains, tueuse à 100% de flics nouveaux-venus non corrompus en frontières US, les narco-trafiquants gangrènant toutes institutions et pouvoirs, corruption généralisée depuis longtemps où le kidnapping n'est qu'un outil de pression des narco-trafiquants & corrompus

et c'est là que le bas blesse dans une approche cantonnée au politique ignorant le rôle de pression de l'opinion publique mexicaine sur les jugements successifs: tout mexicain sait que toute concubine ou petite amie de l'un de ces sbires ne peut que savoir de quelle activité vit son compagnon dont elle-même vit et profite, ne peut qu'être impliquée dans ses actes.

J'ai personnellement été victime de l'une de ces séduisantes étrangères maquées à un macho narco-trafiquant du coin; contexte corruption police à 100% et 50% de la population impliquée. La séduisante étrangère, une autrichienne étudiante en psycho, vivait de et chez ce caïd qui me cambriola, emportant pratiquement tout (complice des policiers corrompus). Cette autrichienne vint me voir peu après, jouant le rôle d'intermédiaire me dit-elle, en "offrant" de me revendre des carnets de notes et des chéquiers, tout ayant été volé par son compagnon (passeport, argent, vêtements). Elle justifia sa démarche ...en légitimant les actes de son compagnon!: "tu dois comprendre, tu voyages, t'as un passeport donc pour eux t'es riche!". Comme F Cassez, il y a beaucoup de jeunes femmes sans bagages parties se cracher sous le soleil, comptant sur leurs charmes pour vivre "la belle vie".

Reste à espérer comme vous que ce fait divers utilisé dans les jeux politiques de tous bords, au Mexique comme chez Sarkozy, cristallise une orientation "de façade", en attendant que les mexicains ne voient tourner le vent de l'impunité du narco-business en leur faveur.

Écrit par : Oxy316 | 24/01/2013

Dommage, pensez-vous honnêtement Jean-Noël Cuénod, en écrivant :
- " Fascinante et instructive, l’audience de la Cour suprême du Mexique! Les cinq juges de sa 1ère Chambre ont délibéré en direct, devant les caméras, avant d’annoncer la libération immédiate de Florence Cassez et l’annulation du jugement la condamnant à 60 ans de prison. Belle leçon de transparence démocratique offerte à la France et à d’autres Etats européens, prompts à considérer les Mexicains comme de bouillants guitaristes porteurs de sombrero ".
- Que l'issue de cette speudo révision du procès de Florence Cassez l'aurait maintenue devant la Presse, en Prison ?
Son sort était fixé d'avance en Décembre, sans doute avant mais surtout lors de l'investiture de Enrique Peña Neto
Humblement je vous le dis, après 12 années passées au Mexique, la Presse a eu droit à deux supercheries en quelques 7 années mais, il faut avoir vu certaines situations pour le comprendre et l'admettre !
Cordialement

Marc POTY
potymarc@gmail.com

Écrit par : marc POTY | 24/01/2013

Navrant de voir comment sont présentés les pays dans les medias, selon qui en parle et dans quel but.

La démocratie à géométrie variable, c'est ici:

http://voix.blog.tdg.ch/archive/2013/01/24/fabius-la-democratie-parce-qu-elle-le-vaut-bien.html

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 25/01/2013

Elle avait été condamnée pour prise d'otage(s), c'est bien ça ?

Maintenant qu'elle a été libérée, elle, elle pourra donner des conseils aux islamistes ??````!!!!

Écrit par : Corto | 25/01/2013

Pas folle la Suisse, pourtant au centre de l'Europe et opte pour des solutions beaucoup plus efficaces :

"Israël : nouvel accord de coopération sécuritaire avec la Suisse
Le ministre de la Défense israélien Ehud Barak s’est entretenu aujourd’hui avec son homologue suisse et un nouvel accord de coopération sécuritaire a été signé entre les deux pays. Cet accord prévoit une intensification des liens entre les deux armées et une coopération dans le domaine de l'industrie militaire. Ces mesures s’inscrivent dans une volonté des deux pays de développer leurs relations."

Écrit par : Corto | 25/01/2013

"elle pourra donner des conseils aux islamistes "

Relativement au billet précédent sur la façon de désigner Ansar Dine, Mujao et Al Qaeda, par "les terroristes" tout court :
1. L'Irgoun a été considérée comme une organisation terroriste juive, et non judaïste, hébraïste ou je ne sais quoi.
2. Les massacres de Sabra et Chatila ont été perpétrés par les milices chrétiennes libanaises, et non les milices christianistes, nazaréennes (allusion au Nassara des Mossi) ou je ne sais trop quoi.
3. Je ne vois pas pourquoi on ne parle pas simplement de terroristes musulmans et qu'on se sente obligé de travestir la réalité en parlant de terrorisme islamiste...

Écrit par : Géo | 25/01/2013

à noter: c'est la mise en scène de l'arrestation par une TV qui fut le maillon du dossier Cassez utilisé par la CS pour sa libération (et non pour l'innocenter comme le clame sa mère)

et non l'arrestation en soi, effectuée la veille
arrestation fondée sur charges réelles de complicité de kidnapping de F Cassez: faits avérés à charge: lieu de détention & 3 kidnappés dans la maison où vivait Cassez avec son amant, lui-même et son frère, membres du milieu reconnus et condamnés.

avoir tant d'aides médiatiques lui forgeant une fausse image pour se convaincre d'un faux passé, hier "victime", aujourd'hui "otage" et "héroïne", cette française habituée à l'usage de sa séduction pour tout bagage professionnel ou intellectuel, dit maintenant vouloir être en recherche d'emploi .. comédienne, marketing, journaliste? le choix est large

Écrit par : Oxy316 | 25/01/2013

Géo, faisons quand même une distinction avec "musulmans activistes" ?

Oxy, le gouvernement français et ses médias dévoués ne savent plus quoi inventer pour cacher le fiasco du Mali, alors Cassez tombait à point et ce n'était que service rendu par le nouveau président de gauche mexicain pour recevoir éventuellement le futur prix nobel de la paix ?

Écrit par : Corto | 27/01/2013

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