23/01/2013

Islam et guerre au Mali: les mots pour ne pas le dire

 

Dans le conflit au Mali, il y a la guerre des maux, suscités par les actes terroristes, et la guerre des mots, pesés au trébuchet par les pontes de la communication élyséenne. Ainsi, le président François Hollande et, à sa suite, tous les membres de son gouvernement, éliminent-ils dans leurs discours, le mot «islamiste» pour qualifier les groupes intégristes contre lesquels la France se bat. Les ennemis sont nommés «terroristes», un point c’est tout.

 

Cette restriction lexicale part d’excellentes intentions. Il s’agit tout d’abord de ne pas stigmatiser les musulmans français qui constituent la deuxième religion du pays. La République doit forger cette unité intérieure sans laquelle toute guerre est vouée d’emblée à l’échec. D’autant plus qu’au sein des troupes françaises engagées se trouvent de nombreux militaires qui professent l’islam.

 

Ensuite, la France doit impérativement compter sur une coalition militaire formée par les pays de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Or, une grande partie des ressortissants de ces Etats est de religion musulmane. On comprend dès lors que l’emploi à tort et à travers du mot «islam» serait hautement contre-productif dans le contexte de cette stratégie. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que les victimes du terrorisme au Nord du Mali appartiennent à l’islam et que des lieux saints du soufisme musulman ont été détruits par la violence intégriste.

 

Toutefois, cette éviction systématique du mot «islam» recèle aussi des effets négatifs. Nimbé de brume, l’islamoterrorisme devient une entité virtuelle et même irréelle. Et cette occultation a quelque chose d’infantilisant pour les citoyens français. Ne sont-ils pas assez grands pour faire la part des choses? Faut-il nier tous liens entre l’islam et les actes terroristes commis en son nom? Ils existent de toute évidence. Il appartient en premier lieu à ceux qui professent l’islam de mener un grand mouvement de réforme pour extirper ces racines mortifères qui existent, peu ou prou, dans toutes les croyances et tous les systèmes politiques. Effacer ainsi toute référence à l’islamisme n’aide certainement pas les musulmans de France et d’Europe à mener ce travail de réforme qui tarde à venir.

 

Entre le matraquage islamophobe proféré par une extrême droite dont la hauteur de vue est digne d’un gnome d’horticulture et l’évitement délibéré de tout mot qui pourrait fâcher, les communicants de l’Elysée ferait bien de trouver un moyen terme.

 

Comme l’écrivait Jean-Paul Sartre dans Qu’est-ce que la littérature: «La fonction d’un écrivain est d’appeler un chat, un chat. Si les mots sont malades, c’est à nous de les guérir».

 

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Lors d'une interview dans Le Figaro, le politologue Christian Delporte confirme que le président François Hollande préfère le terme "terroriste" plutôt qu' "islamiste" pour décrire les groupes rebelles qui ont pris le contrôle du nord du Mali. Delporte donne une explication de plus par rapport à notre blogue: le président Hollande refuserait d'évoquer l'islamisme aussi pour des motifs électoraux. 

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Commentaires

Les gouvernements ne sont pas constitués d'écrivains. Jean-Paul Sartre eût-il osé dire qu'un homme politique devait appeler un chat un chat?

Mais dans les faits, il y a quelque chose de plus simple que ce que vous dites, à mon avis: c'est qu'on a qualifiés d'islamistes certains partis qui ont pris le pouvoir et respectent la légalité nationale et internationale, comme en Turquie, et leurs homologues tunisiens et égyptiens assurent qu'ils sont dans le même cas.

On peut après tout vouloir s'inspirer peu ou prou de la tradition islamique dans les lois sans être un ennemi de la société internationale.

En outre, ce n'est pas à la France d'imposer aux Etats souverains étrangers une réflexion sur les liens entre l'Islam et certains actes terroristes, et ce n'est pas même aux Etats, en principe, d'imposer des réflexions aux fidèles d'un culte ou d'un autre, puisque les cultes sont libres. Les Etats veillent à la sécurité et arrêtent les criminels, qu'ils agissent au nom du Coran ou de leur grand-tante.

En tout cas c'est mon avis. D'ailleurs, s'exprimer comme si c'était une réflexion qu'il fallait à présent faire, c'est un peu ridicule, j'ai lu l'autre jour dans le roman "Cinq Semaines en ballon", qui date de 1863, que des Talibas animés par un marabout fanatique s'en prenaient aux chrétiens installés en Afrique, qu'ils les terrorisaient, les assassinaient, pour les faire fuir. Pourquoi lancer une réflexion maintenant sur les liens entre la violence terroriste et l'Islam, et pas aussi en 1920 ou à un autre moment, après tout on ne sait pas. Il faut relativiser. Les chrétiens ont aussi rasé les lieux de culte d'autres chrétiens, les protestants ont aussi estimé que le culte des saints locaux était infâme et impur, et les républicains de 1793 pareillement, après tout, moi j'approuve François Hollande d'appeler Djihadistes ou terroristes les personnes qu'il a choisi de combattre, d'ailleurs dans la presse on dit surtout djihadistes, c'est objectif, ce n'est pas péjoratif, c'est lié à l'Islam sans l'intégrer forcément, puisque c'est un choix effectué en son sein que les musulmans sont libres de faire ou de ne pas faire.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/01/2013

Libres de devenir criminel au nom de la religion? Alors libre de devenir violeur au nom de la pulsion sexuelle. Libre de devenir assassin au nom du désir de richesse. Pas d'accord avec vous, Rémi. La liberté s'arrête là où celle des autres est menacée. La liberté de lire strictement à la lettre le Coran doit être pris comme un fascisme de notre temps. Nous ne sommes plus au temps de l'esclavage, des harems plus où moins forcés et constitués par les hommes en fonction de la richesse de ces messieurs ni au temps de la justice barbare. A moins de reconstituer chez nous les supplices du pale chers à Vlad Dracul, les membres humains écartelés par les supplices de la roue, la peine de mort après torture, etc. Il est vrai, Guantanamo a passé par ces jeux pervers datant du Moyen-Age et de bien avant encore...

Mais si on donne la liberté aux fidèles de l'islam de se fanatiser au nom de la religion, c'est le début de la fin de toute démocratie, des Droits de l'Homme qui sont fondés sur la Révolution des Lumières. Il faut choisir. Soit nous restons fermes avec nos principes de liberté. Soit nous cédons aux plus dogmatiques et nous nous retrouvons esclaves des pires manipulateurs et criminels de cette planète. Pour ma part, je fais un choix clair. Ce n'est pas pour autant que je renie ma croyance en Dieu.

Écrit par : pachakmac | 23/01/2013

guerre au Mali et guerre au malin, l'Autre , que si je comprends bien l'on peine à qualifier, terroriste ou criminel semble le plus petit dénominateur commun , il s'adapte à tous les conflits du Sahel au Bush improbable d'Afrique centrale et d'ailleurs.
Plus près de chez moi un bon Chrétien se fait alpaguer dans la grande plaine du Cirque : crime contre l'Humagnité selon Décaprop , guéguerre des communiqués en attendant la piqure fatale dans la prochaine livrée du MCGHI.
la guerre: les mots pour la dire ,les non- images pour la soustraire de l’addiction à l'immédiat.

Écrit par : briand | 23/01/2013

Voyons, Pachakmac, je parlais de libre arbitre, l'homme peut choisir entre le bien et le mal, c'est ce que je voulais dire. Je ne disais pas cela dans le sens où le mal était équivalent au bien. Dans les faits, un homme choisit entre les voies qui se présentent à lui. Ensuite, le pouvoir politique réagit, si quelqu'un choisit une voie qui va à l'encontre des lois, c'est évident. Mais on ne peut pas transformer le monde en proclamant qu'on n'est pas libre de choisir, qu'il faut forcément choisir la voie de la justice et de la bonté, car dans les faits, cela ne se passe pas de cette façon. A chaque moment de la journée, on a le choix entre faire bien et faire mal, et en fait, il n'y a personne qui choisisse systématiquement le bien, cela n'existe pas. Il ne faut pas dramatiser, voilà ce que je pense. Ceux qui enfreignent la loi, on les arrête, et puis voilà. Si on n'y arrive pas, tant pis, c'est le devoir de chacun d'essayer.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/01/2013

Ce n'est pas pour rien que le jour de l'élection de Hollande, on ne voyait que des drapeaux algériens, marocains et palestiniens à la place de la Bastille !

Pas un seul drapeau français !!

Etonnant, non ?

Écrit par : Corto | 24/01/2013

"l'homme peut choisir entre le bien et le mal,"

En êtes-vous sûr?

Et qu'est-ce que le bien, qu'est-ce que le mal?

Couper une main pour un voleur, bien ou mal?

Spéculer sur des matières premières alimentaires en privant de nourriture une population, bien ou mal?

D'autre part.

Si le bien est la loi et le mal l'infraction à la loi, c'est bien ou mal de changer la loi?

Écrit par : Johann | 24/01/2013

Oui, Rémi. Merci. On est bien d'accord sur le choix et son libre-arbitre intime dans la vie. Ce qui me chiffonnait c'est le fait de penser que ce qui se passe au Mali ne concerne ni la France ni nous-mêmes de près. En fait, c'est vrai que sous un éclairage néo-colonial, on pourrait dire que l'intervention française est détestable et non adéquate. Sous un autre éclairage, certaines grandes personnalités du monde musulman, dont des présidents de pays (!) y voient une agression contre l'islam! C'est grave de regarder le monde sous une telle obscurité de sentiment. D'ailleurs un imam malien influent vient de donner une position totalement opposée à cette vision de martyr, et de mauvaise foi, de dirigeants islamiques; une image très positive de l'intervention de la France contre le terrorisme islamiste. Donc si même les Maliens, et des chefs spirituels de l'islam, sont en grande majorité heureux de l'intervention armée française, on peut penser que la France ne fait pas tout faux dans cette intervention armée... La France n'est de loin pas parfaite. Elle a commis tellement d'horreur en Algérie et ailleurs dans le passé. Mais le Temps avance. La France d'aujourd'hui n'est plus celle de hier. Sarkozy, puis Hollande, pour moi, sont dans le temps de notre époque. Ils font assez justes dans leur appréciation de la situation et leur volonté démocratique d'établir des liens d'amitié et de prospérité avec les nations arabes en pleines révolutions. Et nous savons tous que 1789 n'a pas suffit à faire de la France une nation démocratique. Il a fallu beaucoup de temps, de contre-révolutions et d'avancées démocratiques multiples pour faire de la France et de l'Europe un continent de paix et de prospérité. La France est le seul pays qui bouge et qui crée une dynamique de la révolution démocratique dans les pays arabe. Après avoir soutenu, grave erreur, Ben Ali lors des préliminaires du printemps arabe, Sarkozy a eu comme une divine lumière et la France avec lui. Sans la France, aujourd'hui Kadhafi aurait écrasé son peuple et se sentirait plus puissant que jamais en signant au passage une grosse défaite des démocraties européennes. Un peu l'équivalent de ce qui se passe malheureusement en Syrie... Sans la France, l'Amérique, à la traîne, ne serait pas intervenue en Libye ni le Royaume-Unis. Autant Georges Bush m'a exaspéré avec son intervention basée sur des mensonges en Irak, quoique Saddam soit mis hors-jeu avec l'épouvantable succession d'actes terroristes qui perdurent encore, autant Sarkozy et Hollande m'ont surpris en bien. C'est une question de feeling personnel et de vision de la guerre "juste". C'est évidemment pas très rationnel comme analyse. Pourtant je lis beaucoup avant de me faire une opinion claire de la nécessité absolue d'une intervention ou d'une retenue nécessaire et indispensable pour ne pas bouleverser des sociétés qui souffrent déjà suffisamment d'une situation politique et économique mauvaise. Mon point de vue n'engage pas les autres. J'avance en free-lance, j'utilise mon libre-arbitre...et bien sûr je peux commettre aussi des erreurs de jugement lors de mon appréciation d'une situation.

Très belle journée à vous, Rémi.

Écrit par : pachakmac | 24/01/2013

Merci, Pachakmac, à vous aussi. Il est sûr que si le président du Mali demande l'intervention de la France, cela donne une légitimité assez grande.

C'est la différence par exemple entre le bien et le mal, agir en n'écoutant que son désir, ou agir en écoutant les autres, en pesant le pour et le contre, et en essayant de puiser dans le fond de sa conscience ce qui ressortit au sentiment moral, car ce qui paraît juste n'a jamais correspondu qu'à un sentiment, à cet égard, ce qui est purement rationnel ne dégage rien de précis, on peut peser le pour et le contre à l'infini sans jamais rien décider, si à un certain moment on ne ressent pas ce qui est juste comme beau, lumineux, chaud, et ce qui ne l'est pas comme sombre, froid, laid.

En soi, enfreindre la loi apparaît toujours comme mauvais, à cause du respect qu'on doit à ses concitoyens qui l'ont voulue, ou à la tradition qui a maintenu une loi, si on trouve qu'une loi est mauvaise et qu'il est trop difficile de s'y soumettre à cause de cela, on peut proposer de la changer. Mais si les concitoyens ne veulent pas, à mon avis, le respect des choix d'autrui fait qu'on est bien obligé de s'y soumettre. En soi, se soumettre malgré soi à la volonté d'autrui, c'est faire preuve d'altruisme.

Écrit par : Rémi Mogenet | 24/01/2013

Il faut vite arrêté avec ces spéculations tout azimut !

C'est juste une affaire de multinationale de l'uranium et autres minerais et de quelques Mirages 5 stationnés au Tchad, ces Mirages, sont-ils intervenus pour protéger la vie de centaines de milliers de civils massacrés au Darfour, 10 fois moins loin des bases françaises au Tchad que Djibali ?

Des centaines de milliers de chrétiens du Sud-Soudan ont-ils vu un seul de ces avions leur venir en aide ? Non !!

La seule aide que ces chrétiens du Darfour ont reçus est venue d'Israël et 70'000 réfugiés soudanais chrétiens en Israël sans un seul centime venant d'UNHCR !!!

Écrit par : Corto | 25/01/2013

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