10/01/2013

Georges Guingouin, une tragédie française

Qui se souvient de Georges Guingouin en France? Bien peu de monde, à la notable exception du Périgord et du Limousin, où le nom de ce héros de la Résistance reste ancré dans les mémoires. Heureusement, le téléfilm «Le grand Georges», diffusé mardi soir sur France 3, l’a extirpé de l’oubli. Il a été tourné par François Marthouret sur un scénario de Patrick Rotman.

 

Mêler, comme le fait cette œuvre, Histoire et fiction, reste une opération périlleuse. Le trait devient très appuyé et les zones grises sont soigneusement évitées. Même en couleur films et téléfilms privilégient le blanc et le noir. Mais ces considérations demeurent secondaires en regard de l’essentiel. Grâce à Marthouret et Rotman, l’un des destins les plus représentatifs du XXe siècle français a été remis en lumière.

 

Petit instituteur limousin, Georges Guingouin est entré au Parti communiste en 1934. Simple soldat en 1939, il évite d’être fait prisonnier par les troupes allemandes lors de la défaite de juin 1940. Alors que les dirigeants communistes français, englués dans le pacte germano-soviétique, attendront l’invasion nazie de l’URSS le 22 juin 1941 pour entrer en Résistance, le «grand Georges» l’a fait dès l’été 1940 et prend définitivement le maquis en avril 1941, contre l’avis du PCF. Il manifestera cette indépendance d’esprit tout au long de l’occupation et deviendra le chef de l’un des plus importants maquis de France, malgré les entraves de son propre parti.

 

Après la guerre, les dirigeants communistes lui feront payer très cher ce manque de souplesse stalinienne et l’acculeront à déchirer sa carte en 1952. Durant les années 50, Georges Guingouin subit l’assaut de ses anciens camarades mais aussi celui des ex-collabos de la police pétainiste, bien vite réhabilités par la IVe République. Après avoir été calomnié, accusé à tort, jeté en prison, passé à tabac, poussé vers la folie, rejeté de tous, sauf de ses plus proches, Guingouin est lavé de tout soupçon en 1959. Mais le Parti communiste français ne l’a réhabilité qu’en… 1998 dans la totale indifférence du héros, qui était redevenu le petit instituteur de sa jeunesse.

Le destin de Georges Guingouin symbolise à lui seul les illusions perdues de la France de l’après-Résistance. A la solidarité contre l’adversité a succédé la veulerie des compromissions.

 

Une fois de plus, le parallèle est établi entre fascisme et communisme. Même organisation pyramidale. Même obéissance aveugle. Même méthode de dénigrement. Même pression physique et psychique. Même ambition de soumettre le peuple à une entité totalitaire.

 

Cette proximité dans l’action ne doit pas pour autant masquer les différences idéologiques entre les deux formes de totalitarisme du XXe siècle. On serait bien en peine de trouver parmi les nazis et les SS, une figure qui possède la même trempe morale que Georges Guingouin.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Reportage sur la présentation de ce téléfilm

 

14:05 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : résistance, france, communisme, collaboration | |  Facebook | | |

Commentaires

"On serait bien en peine de trouver parmi les nazis"
S'il y en a eu, ils n'ont pas dû vivre longtemps. Il suffit de se souvenir comment les SA ont été liquidés...
Par contre, il faut relever le sacrifice de Von Stauffenberg.

Écrit par : Géo | 10/01/2013

Je serais curieux de savoir ce que le "parti communiste" avait de communiste. Pourquoi n'avez-vous pas compris que Guingouin est le seul vrai communiste dans cette histoire? N'avez-vous jamais lu le Manifeste du Parti Communiste? Dites-nous seulement à quelle page il est question d'un parti unique et par conséquent hégémonique ayant éliminé tous les autres...

Écrit par : Johann | 10/01/2013

Il y a eu la Commune, après le Manifeste. C'est à partir de cette expérience que s'est développée la notion de dictature du prolétariat. Et comme le PC est l'Avant-garde (auto-proclamée) du prolétariat...
Cela a toujours été l'excuse : le communisme, ce n'est pas cela. Celui qu'on va construire, celui-là sera le vrai...

Écrit par : Géo | 10/01/2013

Géo, vraiment vous dites n'importe quoi. Vous n'avez pas lu le Manifeste et vous n'avez aucune idée de ce que signifie la dictature du prolériat pour Marx. L'idée de la dictature du prolétariat est bien antérieure à la Commune. C'est assez lamentable comme bidouillage de l'histoire des idées. Lisez donc au lieu de sortir votre propagande éculée.

Et sur le parti unique, j'attends toujours une réponse... Allons un peu de courage.

Écrit par : Johann | 11/01/2013

Terrible époque où l'instituteur Georges Guingoin était devenu colonel de la résistance, s'improvisant en stratège de la libération du Limousin, avant de sombrer dans l'oubli collectif et la vindicte communiste et populaire !

Écrit par : Francis GRUZELLE | 11/01/2013

Le problème, car dans ce genre d'histoire il y a toujours des problèmes, c'est qu'il faut tenir compte de la réalité des faits et concernant le panier de crabes des résistants au nazisme allemand, il y aurait tellement à dire !

Notamment les "résistants" de la libération, ces "héros" d'un jour avant la capitulation, ces "héros" qui tondaient les femmes et ceux qui les tuaient !

Le dessous des cartes et cette réalité trop souvent travestie par ceux là même qui torturaient dans les caves de pétain pour devenir des notables comme papon et tant d'autres recyclés plus tard dans les casernes de l'oas !

Écrit par : Corto | 11/01/2013

c'est une page de l'histoire que la france n'a pas encore eu le courage d'affronter réellement : on a préféré construire des clichés rassurants (du style ... ce n'était pas la république!) et faire croire surtout que les communistes avaient mieux résisté que les autres, que les fachos ne sont que 'de droite' bien sûr. L'imposture intellectuelle n'est pas proche de la fin, hélas.
merci à ce cinéaste d'éclairer, par le biais de la culture, ces pages sombres qui doivent faire réfléchir.

Écrit par : uranus2011 | 11/01/2013

uranus2011,

Quand on parle de l'oas, ne pas négliger sont volait bien à gauche !

Écrit par : Corto | 11/01/2013

Ooops, "volet", là c'est un peu trop !!!!

Écrit par : Corto | 11/01/2013

Les commentaires sont fermés.