29/12/2012

CANTIQUE DES QUANTIQUES II

 

 

 

Dans la nuit des sens

Je marche en aveugle

Les sons se dérobent

Tout fuit sous mes doigts

 

Je vois la vérité

Et survient l'erreur

Je poignarde l'erreur

Et meurt la vérité

 

Erreur véridique

Vérité fautive

 

                                           Distinguer

                                            Et ne pas

                                           Distinguer

 

Dans la nuit des sens

                                           Je danse

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

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26/12/2012

Noël et le songe brun de Monsieur Brunner

 

 

Président de l’UDC, Monsieur Toni Brunner songe, voyez-vous. En effet, d’après la «Tribune de Genève» et «24 Heures», son parti «songe à enfermer tous les requérants». On se frotte les yeux. Non, ce n’est pas possible. C’est nous qui rêvons. Le principal parti suisse ne peut pas «songer» à réhabiliter les camps de concentration. Et le jour de Noël en plus!

 

Eh bien si! Monsieur Brunner nous dessine son joli songe tout brun: «Nous débattons à l’interne du lancement d’une nouvelle initiative sur l’asile. Elle concernerait le transfert de tous les requérants d’asile dans des centres de prise en charge fermés». Car, bien sûr, Monsieur Brunner ne lâche pas le vilain mot de Konzentrationlager. Attention il s’agit de «centres de prise en charge fermés». Ah, mais ça change tout; ça ne change rien! Il s’agit encore et toujours d’enfermer des êtres humains, en fonction de ce qu’ils sont et non pas de ce qu’ils ont fait.

 

Ces requérants ont fui la misère, la guerre et l’oppression. Et il faudrait encore les punir, les enfermer. Comme dans tout groupe humain, il y a parmi eux des délinquants. Mais affirmer qu’ils le sont tous est aussi stupide que de prétendre que tous les banquiers sont des escrocs. Ou que tous les membres de l’UDC sont des fascistes.

 

Tout l’immonde de ce songe puant de Monsieur Brunner gît dans le mot «tous». Il déshumanise en réduisant l’humain à une entité vague qui devient ensuite un objet dont il convient de se débarrasser. C’est ainsi que commencent toutes les pensées si bien nommées «totalitaires».

 

On imagine facilement le sort qui aurait été réservé par les bureaucrates UDC à ces Juifs palestiniens nommés Marie et Joseph, frappant avec leur nouveau-né à la porte de la Suisse: Le «centre de prise en charge fermé» pour toute crèche.

 

Jean-Noël Cuénod

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21/12/2012

Après Depardieu, Deneuve & Co, le patriotisme fiscal devient tendance

 

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La polémique fait rage chez les vedettes françaises de la scène et des écrans. Les saltimbanques de droite soutiennent Gérard Depardieu dans son exil fiscal vers la Belgique et ceux de gauche, le vouent aux gémonies. Ce qui pourrait n’être qu’un pia-pia pour dîner parisien devient un sujet hautement politique et culturel. Car le comportement de chaque citoyen, quel que soit son pays d’origine, devant l’impôt entraîne toute une série de remises en cause fondamentales qui touchent aux rapports qu’un individu entretient avec ses proches et ceux qui partagent la même communauté de destin, avec son pays et son histoire. La fiscalité pose la question des liens, essentielle pour tous les êtres humains.

 

Avec la crise économique qui se prolonge, les Etats affrontent une demande pressante d’aides sociales et d’engagements pour combattre le chômage. Or, au même moment, ils doivent réduire la voilure. Diminuer le train de vie de l’Etat est nécessaire mais non pas suffisant. Il faut encore améliorer les recettes. Dès lors, le patriotisme fiscal devient furieusement tendance dans la bouche des dirigeants politiques.

 

Mais l’incitation au civisme a ses limites. Dès lors, la tentation est grande pour les Etats de suivre l’exemple américain en liant l’impôt à la nationalité. Où que vous soyez, vous payez l’impôt de votre pays, après déductions des taxes payées dans l’Etat de résidence.

 

Certes, il est possible d’abandonner sa nationalité d’origine, à la condition toutefois de disposer d’un autre passeport. Outre que la démarche n’est pas toujours aisée sur le plan administratif, le fait de renoncer à sa patrie ne va pas de soi. Est-il si facile de devenir un nomade fiscal hors-sol? Ce faisant, je me coupe non seulement de l’Histoire de mon pays, mais je tire aussi un trait sur tous les miens qui se sont battus pour lui.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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20/12/2012

François Hollande piégé par son habileté

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Les habiles courent toujours le risque de se prendre les pieds dans leurs manœuvres. Le président français est en train de vivre cette amère expérience. Habile, François Hollande a démontré, à maintes reprises, qu’il l’était, notamment durant son long règne — onze ans — à la tête du Parti socialiste. A ce poste, son esprit de synthèse a souvent fait florès; nul mieux que lui a su ménager la chèvre, le chou, le berger et le maraîcher ou utiliser les uns et les autres, les uns contre les autres, dans de savantes alchimies.

 

Mais les tactiques pour diriger un parti ne sont pas forcément valables pour présider une République. L’affaire Mittal en est la calamiteuse illustration. François Hollande a sans doute voulu faire plier le propriétaire du groupe Mittal — qui voulait fermer définitivement deux hauts fourneaux à Florange — en jouant au plus fin.

 

Je lance le pitbull Montebourg pour faire peur à Mittal. Lorsque le patron me semble à point, je lui envoie le labrador Ayrault pour lécher ses plaies et recueillir un bon compromis qui sauvera Florange. Malheureusement, ce beau scénario a tourné court. Le pitbull Montebourg a mordu mal à propos le mollet de Mittal; le labrador Ayrault s’est mis aussitôt à gronder en direction de Montebourg. Bagarre dans le chenil gouvernemental. Hollande a dû conforter les uns sans blâmer les autres, brouillant définitivement une situation déjà fort embrumée.

 

De son côté, Mittal s’est contenté d’épousseter son pantalon, de promettre de ne licencier personne mais en évitant de s’engager sérieusement sur l’avenir de Florange, plus sombre que jamais. Alors que le ministre Arnaud Montebourg leur avait fait miroiter une nationalisation temporaire afin de laisser à Bernard Serin —le patron français du groupe belge Cockerill — le temps nécessaire pour reprendre Florange, les ouvriers n’ont pu que se sentir trahis par le gouvernement socialiste. En effet, celui-ci a cédé beaucoup à Mittal pour en obtenir bien peu.

 

Florange est devenu le symptôme du mal qui ronge la politique de François Hollande durant ses premiers mois de présidence, à savoir l’absence de ligne directrice précise et la navigation à vue. Si Hollande estime que la France ne peut pas rompre, toute seule, d’avec le libéralisme, qu’il le dise. Si, au contraire, le président juge qu’une politique sociale-démocrate peut changer la donne, qu’il en trace clairement les contours.

 

Nicolas Sarkozy a raté son quinquennat par sa maladresse. François Hollande peut louper le sien par son habileté.

 

Jean-Noël Cuénod

Dessin: Acé

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18/12/2012

Fillon, Copé et le cauchemar bleu Marine

 

 Malgré son abracadabrantesque crise interne, l’UMP a gagné dimanche trois élections législatives partielles en France. A Béziers, son candidat a même terrassé la représentante du Front national dès le premier tour. Cela signifie-t-il pour autant que le FN a cessé d’être un sujet de cauchemar pour l’UMP? Non.

Certes, le parti frontiste souffre pour l’instant d’une grave lacune. Il dispose avec Marine Le Pen d’une dirigeante charismatique qui draine un électorat de plus en plus nombreux. Mais il lui manque les relais intermédiaires, à savoir des élus de base bien formés et expérimentés. Or, cette faiblesse ne durera pas éternellement. Même si les chiffres avancés par Marine Le Pen sont incontrôlables, les frontistes sont en train d’étoffer leurs rangs, notamment grâce à l’apport d’anciens militants de l’UMP profondément ulcérés par la guerre Fillon-Copé. Avec un plus grand nombre d’adhérents, la sélection des futurs élus sera plus aisée à effectuer pour le parti d’extrême droite.

De son côté, si l’UMP est en train de s’extirper de son psychodrame, la violence de l’affrontement entre Jean-François Copé et François Fillon pour la présidence du parti a pris une telle ampleur que les plaies ne se refermeront pas rapidement. Copé devra remettre son mandat de président en jeu au mois de septembre prochain, lors d’une nouvelle élection ouverte aux membres de l’UMP. Pendant huit longs mois, la principale formation de la droite sera donc dépourvue de chef incontesté. En outre, des candidatures nouvelles ne manqueront pas de surgir avec, à la clé, une nouvelle campagne interne, qui mobilisera l’énergie de l’UMP au détriment de son rôle d’opposante principale au gouvernement socialiste.

Le Front national ne dispose que de deux députés. Mais on peut faire confiance à Marine Le Pen pour devenir, sur le plan médiatique, l’opposante numéro un.

(Edito paru lundi 17 décembre dans la "Tribune de Genève")

 

ESPACE VIDEO

Oldelaf dans "La Tristit'UMP". En France tout fini par des chansons.

 

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17/12/2012

Après la tuerie de Newtown, l’adieu aux armes n’est pas pour demain

 

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Le bilan de la tuerie de Newton laisse pantois: vingt bambins de 6 à 7 ans et six adultes assassinés par un dingue des flingues de 20 ans, abattu à son tour. Ne croyez pas que ce bilan effarant désarmera la puissante National Rifle Association qui vient de dépenser 9,8 millions de dollars pour qu’Obama ne soit pas réélu à la Maison-Blanche. Créé dans l’Etat de New York en 1871, ce groupe de pression s’appuie sur 4 millions de membres. Le but principal de la NRA: promouvoir le doux commerce des armes à feu en persuadant chaque Américain que sa survie nécessite l’acquisition de revolvers, pistolets, fusils et autres instruments destinés à harmoniser les relations humaines (voir le dessin d’Acé)

 

Mission remplie pour la NRA: 200 millions d’armes à feu (pour 300 millions d’habitants) circulent aux Etats-Unis, selon les chiffres de la Police Foundation.

 

Le tueur de Newtown, Adam Lanza, a été élevé par sa mère dans ce culte mortifère. Au domicile maternel, le jeune homme avait le choix: deux pistolets, deux fusils de chasse et une arme semi-automatique dont Mme Lanza était particulièrement fière puisqu’elle la montrait souvent à ses invités. C’est avec ce fusil que son fils l’a tuée avant d’entamer sa course criminelle contre l’école enfantine.

 

Depuis sa première élection, cela fait quatre fois que Barack Obama doit se rendre au chevet des familles victimes après un massacre de masse, comme il l’a souligné dimanche soir à Newtown. «Ces tragédies doivent prendre fin. Et pour qu’elles prennent fin, nous devons changer», précise le président américain. Vaste programme!

 

En effet, croire qu’une réglementation plus sévère du commerce des armes suffirait à éradiquer la violence américaine relève de l’illusion. Elle est profondément inscrite dans l’histoire de ce pays, qui a bâti son empire sur les ruines des tribus amérindiennes. Sa culture, ses mœurs, son capitalisme version brutale la développe quand elle ne la célèbre pas. Avec des effets positifs, illustrés par l’extraordinaire énergie américaine qui a permis à l’Europe – avec l’apport décisif des peuples soviétiques – de se libérer du joug nazi. Mais avec des effets terriblement négatifs, comme les massacres de masse dont le nombre ne cesse de croître.

 

Pour l’instant, le changement de mentalité espéré par Obama ne paraît guère de saison. A la tuerie de Newtown, des Américains répondent par le lancement d’une pétition réclamant «une arme dans chaque salle de classe». Samedi, ils étaient 1423 à l’avoir signée. Pourquoi ne pas transformer carrément les jardins d’enfants en champs de tir?    

 

A cette Amérique folle de ses armes, nous préférons celle de Victoria Soto (photo), l’héroïne de Newtown. Cette institutrice de 27 ans, mère de deux enfants, a sauvé la vie de ses élèves au détriment de la sienne. Lorsque Lanza a commencé son massacre, elle a enfermé les écoliers dans les placards de la classe, puis elle a répondu au tueur qu’ils se trouvaient dans le gymnase. Après avoir assassiné l’institutrice, il a délaissé la classe pour s’engouffrer dans le gymnase.

 

Honneur à cette belle âme.

Jean-Noël Cuénod

 

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16/12/2012

Au cortège pour le mariage gay : «Jésus aussi avait deux papas»

 

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Le plouc s’est plongé ce dimanche dans la manif en faveur du mariage gay (ou « mariage pour tous ») qui a réuni 150 000 partisans selon les organisateurs, 60 000 d’après la police et 101 953 à en croire l’IPP (indice pifométrique du plouc). Lequel plouc vous présente son palmarès des pancartes.

 La plus théologique :

 Jésus aussi avait deux papas

 La plus réformée :

Eglise protestante unie* = mariage de Luther et de Calvin.

 

La plus joyeuse :

 Non au mariage triste, oui au mariage gai.

 

La plus hollywoodienne :

 Liz Taylor a eu 7 maris, moi j’en veux juste 1.

 

La plus hérétique :

 Mêlez-vous de vos messes !

 

La plus familiale :

 Je veux épouser mon copain, pas mon cousin germain.

 

La plus procréatrice :

 Vous nous faites des homos, nous vous ferons des hétéros.

 

Et pour terminer, la plus cynique :

 Moi aussi, je veux une pension alimentaire. Divorce pour tous !

 

Jean-Noël Cuénod

 

*Les deux Eglises réformées, la luthérienne et la calviniste, viennent de fusionner en France.

 

Vous pouvez lire le compte-rendu de cette manif en surfant sur le blogue du "Monde vu de Genève" avec ce lien: mondetdg.blog.tdg.ch

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14/12/2012

Avec DSK, Le Plouc récidive sur Canal +


Le blog du plouc deviendrait-il un abonné de + pour canal +? Pour la deuxième fois en un mois, l'émission "Nouvelle Edition" de la chaîne cryptée évoque une ponte plouquesque, celle concernant un drôle d'oeuf sur la coquille duquel on lit trois lettres: DSK

 

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

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12/12/2012

Capitalisme sauvage, islam radical et dépénalisation du cannabis

 

L’actualité en France démontre presque chaque jour à quel point la porosité s’est installée entre l’économie souterraine et le terrorisme inspiré par l’intégrisme musulman le plus extrémiste.

 

Les bandes de «lascars» — ils se nomment ainsi — sévissant dans les quartiers «chauds» des banlieues ou des grandes métropoles ont développé un capitalisme qui, pour être sauvage, n’en est pas moins structuré de façon pyramidale. La denrée de base est, bien sûr, le cannabis avec 1,2 million de consommateurs réguliers en France, selon un rapport de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue. Sans oublier les autres stupéfiants.

 

Au sommet de la pyramide trône l’importateur qui fournit le semi-grossiste, roitelet de sa barre HLM. Celui-ci y fait régner sa loi, rendant aléatoire toute opération de police. D’autant plus qu'il gagne à lui seul, en moyenne, un demi-million d’euros par an. Son entreprise est souvent le commerce le plus important du quartier et donne du travail à divers intermédiaires jusqu’aux revendeurs de rue. Ces derniers ne gagnent pas grand-chose mais espèrent, bien entendu, s’élever au sein de cette stupéfiante PME.

 Allez donc expliquer à un «lascar» qu’il doit se lever à 5 heures du matin, se coltiner deux heures de train et de métro avant d’aller trimer pour toucher son SMIC, le salaire minimum qui stagne en France à 1 118.00 euros net par mois!

 

Dans une économie de marché, souterraine ou non, la concurrence fait rage. Chaque «roitelet cannabiste» défend donc son territoire de façon quasi militaire et les litiges commerciaux se règlent à la Kalachnikov qui est au «lascar» ce que le tournevis est au mécano.

 

Les contre-valeurs du capitalisme sauvage — cupidité, cynisme, barbarie — sont donc complètement intégrées. Cela dit, l’homme, y compris le « lascar », ne vit pas que de pain, même fourré au haschisch. En prison — passage obligé pour obtenir ses galons — il se rend compte que ces contre-valeurs ne sont d’aucune aide pour remplir son vide intérieur. C’est alors que les musulmans radicaux — imams ou codétenus — lui instillent un islam rudimentaire, simpliste à l’extrême. Cette propagande donne au détenu une raison de vivre que le capitalisme sauvage ne saurait lui offrir. Pour les islamoterroristes, il est la proie rêvée. Le «lascar» connaît le maniement des armes, les tactiques policières et dispose de réseaux souterrains. Ce qui sert au cannabis peut être utilisé à d’autres fins.

 

Pour lutter sérieusement contre ce double fléau, il faudrait commencer par dépénaliser le cannabisme, afin d’assécher l’économie souterraine. Mais la société française n’est pas prête à prendre une telle décision. Et lorsqu’elle le sera, il sera sans doute trop tard.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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10/12/2012

Dominique Strauss-Kahn, le chèque et le bâillon

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On aligne de gros montants sur un chèque et — hop! — il ne s’est rien passé samedi 14 mai 2011 dans la suite 2806 du Sofitel de New York. C’est la justice magique.

 

Le patron de la finance mondiale, promis à la présidence de la République française, est accusé d’agression sexuelle. Dominique Strauss-Kahn est exhibé par les policiers new-yorkais les menottes aux poignets. Un feuilleton médiatique déroule ses diaboliques chapitres. Et de tout ça, que subsiste-t-il? Un coupable qui n’est pas coupable. Une victime qui n’est pas victime. Un juge qui contrôle les comptes. Des avocats qui encaissent. Un chèque suffit à bâillonner la justice. Elle était aveugle. La voilà muette. D’autant plus que le coût de cette transaction doit rester secret. Il est difficile de trouver histoire plus immorale.

 

Les relations entre la justice et la morale demeurent toujours tendues. L’une exige la précision des faits et des textes pour appliquer les règles de droit qu’une société s’est fixées. L’autre relève du sentiment qu’une société développe pour distinguer entre le bien et le mal. L’une a la raison pour maître. L’autre a le cœur pour moteur.

Si la justice «colle» trop à la morale, il peut en résulter de graves dérives. Le juge serait alors tenté de suivre ses passions au détriment de son raisonnement, ce qui conduit tout droit à l’arbitraire.

 

Mais si la justice s’éloigne trop de la morale, elle perd sa légitimité. Les justiciables ne comprendraient plus ses décisions, trop éloignées de leur sens du bien et du mal. Et ne comprenant plus ses décisions, ils ne les respecteraient plus.

 

Dans l’affaire Strauss-Kahn et sa conclusion à X millions de dollars, le droit et la morale ont donc fait le grand écart. Comment accepter cette justice qui tarifie la souffrance et l’humiliation? Qui expose une affaire puis occulte sa conclusion? Or, le droit des Etats-Unis influence de plus en plus notre monde globalisé. Voilà qui est tout sauf rassurant.

 

 

Jean-Noël Cuénod

Dessinateur: Acé

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09/12/2012

La France est de plus en plus choquée

 

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La France est sous le choc. Ou plutôt sous les chocs. Le grand patron de gauche couleur saumon sur canapé, Louis Gallois - qui vient de pondre son rapport sur la désindustrialisation - prône un «choc de compétitivité». Le gouvernement socialiste en est tout retourné.

 

La ministre écolo du Logement, Cécile Duflot, lui emboîte le pas en appelant à un «choc de solidarité». Elle vise l’Eglise catholique, propriétaire de logements vides qui pourraient être utilisés en faveur des familles pauvres. Mais la ministre tendance verte de rage subit, en retour, un choc de crosses épiscopales, les évêques lui rétorquant que l’Etat n’a aucune leçon à leur donner. La crosse épiscopale est instrument contondant qui peut causer de graves blessures, surtout d’amour-propre

 

Guillaume Pepy, le patron du rail français, la SNCF, ne saurait rester muet. Aussi plaide-t-il pour un «choc de citoyenneté» en lançant une grande action contre les incivilités dans les trains. Apparemment, l’onde de choc n’a pas encore traversé les tortillards de la banlieue parisienne. Les «djeunes» sont toujours aussi nombreux à installer leurs baskets délacées et puantes sur le siège d’en face.

 

Acé, le dessinateur exclusif du Plouc, se montre inquiet comme le montre son dessin. Cette bonne vieille France ne risque-t-elle pas la crise cardiaque en subissant tous ces chocs? A moins qu’il ne faille lui administrer un choc de défibrillation pour la sortir du coma.

 

En attendant, le Plouc, s’apprête à passer Noël dans sa Suisse natale, avec d’autres chocs. Ceux de la maison Lindt par exemple.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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05/12/2012

Les mémoires d'un procureur éclairé: le XXIe siècle sera juridique ou ne sera pas

 


Si vous n’avez plus foi en l’homme, lisez les «Mémoires de Ben» qui viennent de paraître à Paris aux Editions Michalon (traduction: Cécile Nelson). L’avocat américain Benjamin B. Ferencz, âgé de 92 ans, y retrace sa vie pleine de rebondissements et d’espoirs, malgré les horreurs traversées.

 

A l’heure où les immigrés clandestins sont poursuivis dans tous les pays d’Europe, il est utile d’apprendre que le futur procureur en chef au procès de Nuremberg est entré sur sol américain sous une fausse identité, à l’âge de 10 mois. Ses parents fuient alors la misère et les persécutions réservées aux Juifs hongrois de cette Transylvanie qui vient d’être annexée à la Roumanie. Ben passe son enfance dans un quartier de New-York pauvre et gangrené par le crime, le bien nommé «Hell’s Kitchen» (cuisine de l’enfer).

 

Cet enfant de divorcés, fils d’un cordonnier borgne qui survit de petits boulots, parvient à entrer dans la prestigieuse Faculté de droit de Harvard, après avoir effectué un parcours scolaire à la fois chaotique et brillant. Il y fait une rencontre qui changera le cours de son existence. Ben Ferencz devient l’assistant d’un professeur qui prépare un livre sur les atrocités perpétrées par l’armée allemande durant la Première Guerre mondiale. L’étudiant doit absorber tous les ouvrages de la bibliothèque de Harvard traitant des crimes de guerre.

Le deuxième conflit mondial éclate. Voilà le jeune juriste transformé en artilleur qui participe au débarquement en Normandie. Durant la bataille des Ardennes, il enquête sur les crimes de guerre commis par les Allemands, puis le sergent Ferencz est démobilisé et rejoint New-York. Mais la guerre va le reprendre, sous une autre fonction. Les Alliés décident, pour la première fois dans l’Histoire, de juger à Nuremberg les fauteurs de guerre et de massacres. Les compétences en la matière sont rares. La science acquise à Harvard dans ce domaine par le jeune Benjamin Ferencz se révèle fort précieuse.

 

A 27 ans, le petit Juif de «Hell’s Kitchen» devient procureur en chef au procès de Nuremberg. C’est lui qui mène l’instruction et présente les charges contre les chefs nazis, notamment ceux qui ont commandé les Einsatzgruppen, responsables du génocide de Juifs et de Tziganes. Il ressort de cette plongée dans la mort industrialisée plus convaincu que jamais de la nécessité de lutter pour instaurer l’Etat de droit sur la planète. Il en fera l’axe de sa vie et sera l’un des créateurs de la Cour pénale internationale. A ceux que la CPI laisse sceptique, Ben Ferencz répond:

 

 «Les criminels responsables de telles horreurs savent désormais qu’ils risquent de faire face aux juges».

 

Pour lui, le XXIe siècle sera juridique ou ne sera pas. La tâche est rude mais du haut de ses 92 ans, le procureur Ferencz nous montre les progrès considérables qui ont été accomplis sur le chemin, toujours tortueux, vers la justice.

 

 Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE PHOTO

Cette photo a été prise le 12 avril 1945 dans une mine de sel près d'Ohrdruf en Allemagne. Le caporal Ben Ferencz, qui mène ses premières enquêtes sur les crimes nazis, figure à gauche, portant casquette. A droite, on reconnaît le général et futur président des Etats-Unis Eisenhower. Les soldats américains viennent alors de découvrir un trésor de guerre des SS.

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15:59 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : justice, deuxième guerre mondiale, nazisme, benjamin b. ferencz | |  Facebook | | |

02/12/2012

Après les moulinets de Montebourg, déception programmée à Florange

 

L’accord entre le groupe Arcelor Mittal et le gouvernement français pour sauver le site sidérurgique de Florange a donc déçu à peu près tout le monde et, surtout, les travailleurs qui avaient pris pour argent comptant les mirobolantes promesses du ministre Arnaud Montebourg, surnommé désormais «Montebourde». Cette déception, pourtant, était programmée.

 

La nationalisation du site, brandie par le ministre, n’était pas viable en l’état actuel de l’économie, compte tenu de la baisse de la demande européenne en acier. Le gouvernement français en était bien conscient, puisqu’il n’a pas utilisé cette arme.

Celle-ci n’était donc destinée qu’à menacer le groupe Arcelor Mittal. Mais elle a principalement semé de fallacieux espoirs dans l’esprit des sidérurgistes. D’où la colère qui est en train de se répandre dans leurs rangs.

 

 Le président socialiste Hollande s’est assigné comme objectif d’arracher les ouvriers aux griffes du Front national. Ce n’est certes pas avec de telles fausses promesses qu’il y parviendra. Les marchands d’illusions font la prospérité de Marine Le Pen.

 

Ce bras de fer entre Mittal et le gouvernement marque sans doute une étape essentielle dans la prise de conscience par les Français des réalités du monde globalisé. Depuis l’avènement de la Ve République, notre voisin privilégie la notion d’Etat fort qui instaure sa politique industrielle au cœur de l’économie.

 

Aujourd’hui, Mittal démontre que cette politique appartient au passé. Un pouvoir politique national ne peut plus lutter contre un groupe dirigé du Luxembourg par un patron indien vivant à Londres. Seul le niveau européen dispose de la taille critique nécessaire pour résister à ces géants. Hélas, les actuelles institutions de l’Union européenne sont incapables de remplir cette mission. La grande question politique est donc, non pas de s’accrocher à des vestiges industriels, mais de créer une Europe cohérente et forte.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO Arnaud Montebourg s'explique après l'accord

 

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