20/12/2012

François Hollande piégé par son habileté

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Les habiles courent toujours le risque de se prendre les pieds dans leurs manœuvres. Le président français est en train de vivre cette amère expérience. Habile, François Hollande a démontré, à maintes reprises, qu’il l’était, notamment durant son long règne — onze ans — à la tête du Parti socialiste. A ce poste, son esprit de synthèse a souvent fait florès; nul mieux que lui a su ménager la chèvre, le chou, le berger et le maraîcher ou utiliser les uns et les autres, les uns contre les autres, dans de savantes alchimies.

 

Mais les tactiques pour diriger un parti ne sont pas forcément valables pour présider une République. L’affaire Mittal en est la calamiteuse illustration. François Hollande a sans doute voulu faire plier le propriétaire du groupe Mittal — qui voulait fermer définitivement deux hauts fourneaux à Florange — en jouant au plus fin.

 

Je lance le pitbull Montebourg pour faire peur à Mittal. Lorsque le patron me semble à point, je lui envoie le labrador Ayrault pour lécher ses plaies et recueillir un bon compromis qui sauvera Florange. Malheureusement, ce beau scénario a tourné court. Le pitbull Montebourg a mordu mal à propos le mollet de Mittal; le labrador Ayrault s’est mis aussitôt à gronder en direction de Montebourg. Bagarre dans le chenil gouvernemental. Hollande a dû conforter les uns sans blâmer les autres, brouillant définitivement une situation déjà fort embrumée.

 

De son côté, Mittal s’est contenté d’épousseter son pantalon, de promettre de ne licencier personne mais en évitant de s’engager sérieusement sur l’avenir de Florange, plus sombre que jamais. Alors que le ministre Arnaud Montebourg leur avait fait miroiter une nationalisation temporaire afin de laisser à Bernard Serin —le patron français du groupe belge Cockerill — le temps nécessaire pour reprendre Florange, les ouvriers n’ont pu que se sentir trahis par le gouvernement socialiste. En effet, celui-ci a cédé beaucoup à Mittal pour en obtenir bien peu.

 

Florange est devenu le symptôme du mal qui ronge la politique de François Hollande durant ses premiers mois de présidence, à savoir l’absence de ligne directrice précise et la navigation à vue. Si Hollande estime que la France ne peut pas rompre, toute seule, d’avec le libéralisme, qu’il le dise. Si, au contraire, le président juge qu’une politique sociale-démocrate peut changer la donne, qu’il en trace clairement les contours.

 

Nicolas Sarkozy a raté son quinquennat par sa maladresse. François Hollande peut louper le sien par son habileté.

 

Jean-Noël Cuénod

Dessin: Acé

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Commentaires

Décidément, vous êtes incorrigible ! Ce qui était de la maladresse de la part de la droite devient de l'habileté de la part de la gauche. Mais il n'y a aucune différence ! Hollande a été maladroit dans cette affaire et il l'a perdue.

Appelons un chat un chat : Hollande n'est pas et ne sera jamais un meilleur président que Sarkozy. Par contre, Ayrault sera un moins bon premier ministre que ne l'était Fillon. Et ça, les français (et vous) ne l'ont pas encore compris. Mais ça viendra. Et plus vite que vous ne le pensez. En espérant que ce ne soit pas trop tard et que le mal ne soit pas trop grand.

Écrit par : Pascal | 20/12/2012

Florange si je ne fais pas erreur, c'est 600 ou 700 emplois, chaque jour ce sont 1'500 emplois qui sont perdus en France et les nouvelles mesures fiscales vont accélérer la cadence, car elles pénalisent les PME, alors vouloir encore se laisser hypnotiser sur le pendule agité par la gauche, n'est qu'un leurre, comme d'hab !!

La France avait mis la pression sur la Suisse en matière d'évasion fiscale, maintenant les français fortunés n'ont plus d'autre choix que d'émigrer, cette fois en toute légalité !

C'est bon pour nos banques et pour notre immobilier, qui parle de crise ?

Écrit par : Corto | 21/12/2012

Par contre que Swisssmetal passe dans la main d'industriels chinois, alors que les banques suisses pètent se trop plein de fric est encore plus navrant !

La Suisse dilapide sont savoir faire contre une poignée de cerise, pendant que nos banques investissent des centaines de milliards en Chine !!

Pas joli-joli !

Écrit par : Corto | 21/12/2012

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