10/12/2012

Dominique Strauss-Kahn, le chèque et le bâillon

DSK chaussettes.jpg

On aligne de gros montants sur un chèque et — hop! — il ne s’est rien passé samedi 14 mai 2011 dans la suite 2806 du Sofitel de New York. C’est la justice magique.

 

Le patron de la finance mondiale, promis à la présidence de la République française, est accusé d’agression sexuelle. Dominique Strauss-Kahn est exhibé par les policiers new-yorkais les menottes aux poignets. Un feuilleton médiatique déroule ses diaboliques chapitres. Et de tout ça, que subsiste-t-il? Un coupable qui n’est pas coupable. Une victime qui n’est pas victime. Un juge qui contrôle les comptes. Des avocats qui encaissent. Un chèque suffit à bâillonner la justice. Elle était aveugle. La voilà muette. D’autant plus que le coût de cette transaction doit rester secret. Il est difficile de trouver histoire plus immorale.

 

Les relations entre la justice et la morale demeurent toujours tendues. L’une exige la précision des faits et des textes pour appliquer les règles de droit qu’une société s’est fixées. L’autre relève du sentiment qu’une société développe pour distinguer entre le bien et le mal. L’une a la raison pour maître. L’autre a le cœur pour moteur.

Si la justice «colle» trop à la morale, il peut en résulter de graves dérives. Le juge serait alors tenté de suivre ses passions au détriment de son raisonnement, ce qui conduit tout droit à l’arbitraire.

 

Mais si la justice s’éloigne trop de la morale, elle perd sa légitimité. Les justiciables ne comprendraient plus ses décisions, trop éloignées de leur sens du bien et du mal. Et ne comprenant plus ses décisions, ils ne les respecteraient plus.

 

Dans l’affaire Strauss-Kahn et sa conclusion à X millions de dollars, le droit et la morale ont donc fait le grand écart. Comment accepter cette justice qui tarifie la souffrance et l’humiliation? Qui expose une affaire puis occulte sa conclusion? Or, le droit des Etats-Unis influence de plus en plus notre monde globalisé. Voilà qui est tout sauf rassurant.

 

 

Jean-Noël Cuénod

Dessinateur: Acé

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Commentaires

Cher Plouc,
je vous ai trouvé plus inspiré. Quelle morale ? Qui baise qui ? Qui est foutu pour quoi ? Nafissatou ou Dominique ?

Écrit par : Nicolas Burgy | 10/12/2012

Je peux vous affirmer que le montant versé par DSK ne paye que le quart des honoraires d'avocats de Nafissatou

Écrit par : Corto | 10/12/2012

Cher Monsieur Cuénod,

Ne versons pas dans une morale instantanée et écoutons Molière car :

« Vous savez mieux que moi, Quels que soient nos efforts,
Que l’argent est la clef de tous les grands ressorts » (L’École des femmes)

Fallait-il, dans cette comédie où la justice américaine a “fait son show”, la caricaturer par un billet cache-sexe pour DSK ? Une brassée de billets, débordant du décolleté de Nafissatou, avec des mains charitables, prêtes à la peloter (en tout honneur évidemment) pour venir à son secours, pourrait aussi faire un joli dessin. Ne trouvez-vous pas?

Écrit par : Michèle Roullet | 11/12/2012

Ça fait cher la fantaisie, Nafissatou va devoir s'installer en Belgique...

Écrit par : Berrekla kamel | 11/12/2012

Un chèque dont on ne connait pas le montant, DSK va avoir pour le coup beaucoup de mal à se défendre de ne pas avoir des relations sexuels tarifées...

Écrit par : Paris | 11/12/2012

"je vous ai trouvé plus inspiré."

Au contraire je trouve le commentaire du plouc excellent. Nous savons qu'aux Etats-Unis tout s'achète, même le fauteuil de président. N'est-ce pas celui qui "récolte" le plus de fonds qui est élu? C'est une ploutocratie. Nouvel exemple avec d$q. Avant on a eu oj.simpson.

Quant à corto, toujours de la désinformation et un mensonge de plus.

Monsieur le plouc, je voudrais savoir : écrire comme corto : "ces membres du GIA qui assassinaient 300'000 paysans algériens, sans raison apparente et sous les ordres d'un habitant de Meyrin, mourad dhina" et "il faut également dire que dhina, salafiste reconnu possède de nombreux comptes bancaires à Genève, l'argent que les colonels lui ont versé pour qu'il ordonne les massacres dans les villages peuplés d'innocents massacrés" est-ce constitutif d'un délit lorsque les preuves font défaut?

Écrit par : Johann | 11/12/2012

Je ne pense pas que ce qui constitue l'aspect le plus intéressant de l'affaire soit de près ou de loin lié au fonctionnement de l'appareil judiciaire américain,il a abondamment été décrit dans d'innombrables ouvrages avisés y compris la théâtralité de la présentation du présumé coupable offert à la vindicte populaire , par caméra interposées.
Ce qui me fascine est par contre le volet "tragique" d'un juif né à Agadir métèque devenu le plus expert des experts en économie, Maire d'une commune bigarrée et qui semble fuir un destin qui fait de lui l' ultime recours face au pouvoir arrogant de l'argent , et qui l'expose lui et son ombre à une société qui ignore ses travers .
Plus près de l 'échéance ,d'une décision que le Parti Socialiste attend avec impatience, plus la tension augmente , jusque,à brusquer une femme de chambre au lendemain d'une journée pendant laquelle il a pourtant "consommé du matériel"
Les héros financiers sont de pleutres fragiles pire , ils sont comme nous.

Écrit par : briand | 11/12/2012

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