28/11/2012

La poésie contre les arracheurs de langue

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Sans mots, pas de langue; sans langue, pas d’échanges; sans échanges, pas de vie. La préservation d’une langue riche, colorée, savoureuse, précise, évocatrice est donc une question de vie ou de mort. Or, les arracheurs de langue ne cessent de conquérir de nouveaux domaines.

 

Leur agressivité au front bas exerce en premier lieu ses ravages dans le domaine commercial et publicitaire. Un infâme salmigondis d’américain nauséabond et de bouts de français moisis dégouline chaque jour des affiches et panneaux des grands magasins.

 

A Paris, la FNAC n’a plus de rayon jouets; si l’on veut offrir un joujou à son gosse, il faut se rendre à l’«espace gaming». Ailleurs, c’est le «booking» qui désigne la librairie. Genève et Lausanne ne sauraient donner des leçons à la grande sœur parisienne. A chaque période des soldes, les enseignes à succursales multiples s’y donnent le ridicule de vanter leur «saleté», puisque sur de grandes affiches rouges, elles inscrivent le mot «SALE». Prenons-les au mot, et fuyons!

 

Les arracheurs de langue s’activent surtout dans le domaine politique. Là aussi, le franglais a gagné ses lettres de bassesse. Avec cette perversité supplémentaire, l’emploi massif de matière ligneuse. Les langues ainsi corsetées s’agitent tellement qu’elles font surgir des boîtes à babil le claquement frénétique des castagnettes. Le langage politicard — le mot «politique» est de trop noble facture pour qualifier ce bruit médiatique — est affligé d’une autre tare ; il vide les mots de leur sens.

 

Le rocambolesque feuilleton de la présidence de l’UMP nous en a offert le consternant exemple. Les élus de ce parti se succèdent devant caméras et micros pour ânonner que la «sérénité» et l’«union» vont régner dans leurs rangs, alors que le spectacle de leur affolement et de leur désunion saute aux yeux du plus aveugle des militants. Si la politique est l’art de transformer la parole en actes collectifs, on imagine aisément la qualité desdits actes collectifs avec une parole aussi dépourvue de sens.

 

La prose étant désormais tellement dégradée, la poésie devient l’unique îlot de résistance devant ces hordes d’arracheurs de langue. Elle seule restitue aux mots la richesse de leurs significations et la précision de leurs images. Elle rend le rêve palpable, l’invisible, visible et la réalité plus véridique.

 

Certes, la poésie paraît bien faible devant la puissance de ses ennemis. Mais il n’est pas nécessaire d’espérer pour résister. Défendons-la les armes à la langue. A commencer par les écoles où elle devrait devenir une pièce essentielle dans l’apprentissage de la vie. Une graine de poésie semée dans le cœur d’un enfant peut accomplir des miracles, voire une résurrection.

                                                                                                                         

Jean-Noël Cuénod

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Commentaires

Merci pour ce très bon article ici. Je cherchais quelque chose comme ça pendant un temps assez long et enfin je l'ai trouvé sur votre blog. C'était vraiment intéressant pour moi de lire sur les applications Web et leur situation sur le marché de nos jours. remercie une fois de plus et de garder l'affichage de ces plus gentilles dans un proche avenir aussi.

Écrit par : messi | 29/11/2012

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